Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Pelléas et Mélisande à l’Opéra de Paris

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Scandale à sa création en 1902 sur la scène de l’Opéra comique, Pelléas et Mélisande, drame lyrique de Claude Debussy n’a rien perdu de sa provocante séduction. Comme la lampe d’Aladin, ce chef-d’œuvre d’art français peut facilement se briser laissant son génie s’évaporer puisque sa beauté réside dans sa fragilité. C’est ce que Wajdi Mouawad directeur du théâtre de la Colline exprime dans sa note d’intention : la musique et les voix ont toute leur place et « le reste doit rester indicible, imperceptible, à peine montré ». Grâce à cette compréhension profonde, la splendeur vénéneuse de l’opéra peut se libérer.   

Basée sur un argument très simple : le prince Golaud revient au château d’Allemonde avec Mélisande sa jeune épouse qui tombe amoureuse de son frère Pelléas, la partition mélange onirisme et prosaïsme – par exemple Golaud jaloux frappe et traîne Mélisande par les cheveux ou manipule le petit Yniold pour espionner les amants –. 

Ici, le compromis entre une approche cérébrale, désincarnée et une autre plus luxuriante penche en faveur de la profusion. Si le goût des décors et des costumes laisse à désirer : tunique rosâtre de Mélisande, sinistre robe de Geneviève, tripes violacées, homme-sanglier poilu, masques hideux, photos lugubres de fleurs séchées…  l’efficacité prime. 

La scène se divise ainsi en trois zones horizontales superposées. En bas un charnier, au milieu les humains apparaissant et disparaissant à travers des panneaux mobiles et, au sommet, les ancêtres puis le ciel où les amants s’uniront - dénouement rajouté au livret du poète belge Maurice Maeterlinck et qui fait peut-être allusion au panthéisme du compositeur. 

A Genève, l’OSR accueille deux artistes d’exception : Vasily Petrenko et Kian Soltani

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Pour un programme intitulé ‘Deux grands symphonistes’ (Prokofiev et Brahms en l’occurrence), l’Orchestre de la Suisse Romande invite le chef russe Vasily Petrenko, actuel directeur musical du Royal Philharmonic Orchestra, et le violoncelliste autrichien d’origine persane Kian Soltani.

Et c’est avec la Symphonie Concertante pour violoncelle et orchestre op.125 de Sergey Prokofiev que commence ce programme. Version remaniée du Concerto pour violoncelle en mi mineur op.58 qui n’avait connu aucun succès à sa création en novembre 1938, cette œuvre tripartite fut élaborée en collaboration avec le dédicataire, Mstislav Rostropovitch, durant les étés 1950 et 1951 et créée par lui à Moscou le 18 février 1952 sous la baguette de Sviatoslav Richter, faisant ses débuts en tant que chef d’orchestre.

 Ici dès les premières mesures, Vasily Petrenko impose une rigoureuse précision au canevas orchestral permettant au soliste de se frayer un chemin par un lyrisme plaintif que les doubles cordes amplifient pour tenir tête à des vents omniprésents. Kian Soltani use de traits à l’arraché pour zébrer  un alla marcia rageur qui finira par se rasséréner en d’étranges suspensions. En faisant appel à une virtuosité ébouriffante, il prête à l’Allegro giusto médian le caractère d’un scherzando ponctué par de péremptoires tutti. A la trompette solo, il répond par de généreuses effusions  qui vont en s’intensifiant, alors que le discours orchestral suscite de virulents contrastes d’éclairage. Le Final poursuit dans la même veine, concédant néanmoins au violoncelle de donner libre cours à une poésie intimiste contrastant avec un basson goguenard dialoguant avec les chefs de pupitre des cordes. Mais par un stringendo enchaînant les passaggi effrénés, le discours s’achève sur une brillante coda qui provoque les hourras des spectateurs subjugués. Avec une souriante bonhommie, Kian Soltani y répond en sollicitant de ses collègues violoncelliste un fil ténu pour dérouler les mélismes d’une pièce folklorique perse, Dochtar Shirazi (A Girl from Shiraz).

L'Or du Rhin à Monaco

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Après nous avoir  programmé  les plus beaux opéras du répertoire italien et français, Cecilia Bartoli lance le défi pour sa troisième saison en tant que directrice de l'Opéra de Monte-Carlo de présenter des chefs d'œuvres de Richard Wagner. L'Or du Rhin en version intégrale à l'opéra et le deuxième acte de Tristan et Isolde en version concertante à l'Auditorium.

L'Or du Rhin constitue le prologue des trois festivals scéniques de Wagner qui composent la Tétralogie. Cette nouvelle production est époustouflante.

Le metteur en scène David Livermore qui avait livré en 2023 une production de Don Carlo de Verdi spectaculaire, se surpasse encore.

On est entraîné dans un tourbillon visuel. Grâce à la technologie moderne et les projections en 3D on assiste à un spectacle total durant 2h30 sans entracte. Les chanteurs sont les meilleurs interprètes wagnériens du moment et le public est cloué sur sa chaise. Pas un moment de répit. C'est un flot de notes continu. 

Un bel enfant, dont l'image est projetée sur un grand écran, nous invite à assister à un premier jeu. Il fabrique un avion en papier qu'il lance en direction de la salle.

Grâce à la vidéographie cet avion en papier se transforme en avion de guerre, qui traverse les brumes et finit par s'écraser dans les profondeurs du Rhin. On retrouve l'avion partiellement détruit sur scène. Grâce aux jeux de lumières, on pénètre un monde magique où tout se rejoint.

Tourcoing célèbre Le Carnaval de Venise dans une mise en scène éclatante

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La nouvelle production de La Co[opéra]tive, avec l’Ensemble Il Caravaggio sous la direction de Camille Delaforge, Le Carnaval de Venise d’André Campra, fait escale à Tourcoing après Besançon, Compiègne, Grenoble et Sénart. Hasard du calendrier, ces deux représentations coïncident précisément avec le week-end du carnaval, dont les festivités restent particulièrement vivantes dans le Nord.

Créé en 1699 à l’Académie royale de Musique, cet opéra-ballet a été ressuscité en France en 1975 lors du Festival d’Aix-en-Provence, dans une mise en scène de Jorge Lavelli. Depuis, bien que certaines œuvres de Campra aient été reprises à l’occasion – notamment Les Fêtes vénitiennes en 2015 à l’Opéra Comique et Idoménée en 2021 à l’Opéra de Lille, toutes deux couronnées de succès – son nom demeure rare sur les scènes françaises. L’initiative de La Co[opéra]tive, qui a déjà mis en lumière des œuvres peu jouées comme Les Enfants terribles de Philip Glass ou la création comme Les Ailes du désir d’Othman Louati, mérite donc d’être saluée.

La mise en scène est confiée à Clédat & Petitpierre, « sculpteurs, performers, metteurs en scène et chorégraphes ». Pour leur première incursion dans l’opéra, ils proposent un univers poétique et coloré, peuplé de personnages de la commedia dell’arte. Tous les protagonistes sont vêtus de beaux costumes d’Arlequin et de Colombine, incarnant des figures symboliques des sentiments humains.

Dans un décor géométrique évoquant un jardin labyrinthique à la française, cinq Polichinelles occupent en permanence la scène, en étant tantôt acteurs, tantôt spectateurs. Présents dès avant le début du spectacle, ils observent le public s’installer, interagissant parfois avec lui. Ils interviennent également brièvement dans l’orchestre juste avant l’entracte, adressant des signaux aux musiciens tout en s’adressant à la salle. Ainsi, les Polichinelles jouent le rôle de passeurs entre la scène et le public, leurs regards se mêlant à ceux des spectateurs. Avant tout, « Ce qui nous touche particulièrement dans le Carnaval, ce n’est pas tant l’histoire […] mais plutôt tout ce qui est mis en place autour pour la raconter », affirme le duo comme l’idée conductrice de la mise en scène merveilleusement stylisé.

Un Eugène Onéguine simple et beau à Nancy

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L’opéra national de Lorraine propose, sous la direction avisée de Matthieu Dussouillez, des productions de qualité. Eugène Onéguine de Tchaïkovski, qui s’y donne en ce moment, le démontre encore une fois. Mis en scène avec subtilité par Julien Chavaz et porté par un casting solide, un orchestre convaincant et un chœur affûté, il forme un tout harmonieux.

L’histoire d’Eugène Onéguine est simple : les sœurs Larina, Olga et Tatiana, grandissent dans la propriété familiale à la campagne. Si Olga, enjouée et rieuse, ne songe qu’à danser et s’amuser, Tatiana, plus réservée, rêve de l’homme idéal en lisant des romans d’amour. Lenski, du château voisin, est poète, idéaliste et fiancé à Olga. En visite chez les Larina, il est accompagné de son ami le dandy Eugène Onéguine, dont Tatiana tombe immédiatement amoureuse. Mais Onéguine la délaisse, lui disant ne pas croire à l’amour durable et préférant, par provocation, courtiser Olga. Jaloux, Lenski le provoque en duel et meurt. Plusieurs années plus tard, lors d’un bal à Saint-Pétersbourg, Onéguine et Tatiana se croisent à nouveau. Mariée au Prince Gremine, Tatiana voit Onéguine lui déclarer sa flamme. Malgré l’amour intact qu’elle a conservé pour lui, elle lui répond qu’elle ne rompra pas son engagement marital. Elle s’éloigne, le laissant seul, désespéré et hagard.

Voilà un propos a priori assez peu élaboré. Mais c’est sans compter sur le charme du roman en vers de Pouchkine, dont le livret est tiré, et sur la beauté de la musique de Tchaïkovski. Grâce à la rencontre de ces deux génies artistiques, une immense poésie s’en dégage, faite de pittoresque, d’ambiance champêtre mais aussi d’expression sincère des sentiments, dans un grand déploiement du potentiel émotionnel. 

Le metteur en scène Julien Chavaz s’est inscrit, avec élégance et discrétion, dans leur sillage. Il n’a pas cherché, à la différence de la plupart des mises en scènes actuelles, à ajouter un propos supplémentaire. Sa seule audace est la présence, muette et doucement décalée, du comédien Steven Beard. Jardinier armé de son bonnet et de sa brouette, il figure le malaise des sentiments discordants et la triste fatalité qui en découle. 

Éric Tanguy enrichit le répertoire français pour violon et orchestre d’une bien belle Ballade

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Éric Tanguy (né en 1968) est l’un des compositeurs français les plus joués actuellement. Reconnu comme un connaisseur averti de l’orchestre, ses créations symphoniques sont des événements qui  comptent. La dernière était Strange Times, par l'Orchestre National de France sous la direction de Kristiina Poska, le 4 février 2021. La prochaine sera le Concert, par le même orchestre, cette fois dirigé par Simone Young, le 19 juin 2025. Et ce soir, il s’agissait donc de la Ballade pour violon et orchestre, par Renaud Capuçon, Daniel Harding dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Radio France (à noter que toutes ces créations ont eu lieu dans l’Auditorium de Radio France).

Corrigeons tout d'abord une erreur qui figure dans le programme de salle (et reprise dans l’annonce sur France Musique) : cette pièce n’est pas « dédiée à la mémoire du pianiste Nicholas Angelich ». Elle est en effet écrite « in memoriam Nicholas Angelich », et si elle a bien été « créée par deux interprètes privilégiés du compositeur français : Renaud Capuçon et Daniel Harding », c’est en réalité à eux deux qu’elle est dédiée. 

Éric Tanguy a un profond sens de l’amitié, et a su, au fil des années, nouer des relations fidèles avec ses interprètes. On pourrait presque dire que c’est pour lui une nécessité artistique, à la fois technique et psychologique, que de penser à tel musicien ou telle ∙o musicienne quand il compose. Si Daniel Harding est relativement récent dans sa sphère d’Éric Tanguy en tant que chef d'orchestre (il en avait déjà dirigé deux pièces symphoniques d’envergure : Matka en 2020, et Constellations en 2021), il connaît sa musique depuis longtemps. Quant à Renaud Capuçon, il a noué avec le compositeur une relation de longue date, depuis la création (et l’enregistrement) de la Sonate pour violon et violoncelle en 2003. Il a également à son répertoire la Sonata breve pour violon seul (1999) et Mélancolie pour violon et piano (2000). Il avait par ailleurs invité le compositeur à un concert-portrait, à Aix-en-Provence, en 2018.

Mais il voulait une pièce pour violon et orchestre, qui ne soit pas un nouveau concerto (Éric Tanguy en a déjà deux pour violon à son catalogue), et qui puisse, sans que ce soit une condition sine qua non (dans une interview, le violoniste évoque d'ailleurs aussi le Tzigane de Ravel, ou Sur le même accord de Dutilleux, qui ont également besoin d’un « complément ») être jouée en regard du Poème de Chausson. D’où la commande, de la part de Radio France, de cette Ballade pour violon et orchestre, dont la durée ne devait pas dépasser 15 minutes. 

Superbe Récital d’orgue à Notre Dame de Paris par Thibault Fajoles

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Depuis son éveil en présence des puissants de ce monde, le 7 décembre dernier, l’orgue, tel un ours endormi, s’ébroue hors de sa tanière et le calendrier des concerts sacrés s’enrichit chaque jour de nouvelles propositions. Sans avoir souffert directement des flammes, le titan démonté, nettoyé puis accordé et ré-harmonisé, va néanmoins nécessiter encore de nombreux réglages. Il requiert également une approche prudente. En effet, les 8000 tuyaux du Cavaillé-Coll, inauguré en 1868, déployés sur 13 mètres de haut sont l’aboutissement de plusieurs siècles de perfectionnements incessants. Si la présence d’un orgue est attestée dès 1160 et que la trace de ses différents états (jeux datés des XVIIe et XVIIIe siècle notamment) a été conservée, les aménagements en particulier électroniques comme les évolutions du goût ont engendré un instrument inconnu. Sa complexité et son gigantisme ne se laissent pas apprivoiser si facilement. Les critères esthétiques et liturgiques actuels peuvent par ailleurs entrer en contradiction avec les équilibres sonores et architecturaux existants au risque de cabrer l’auditoire. 

A cet égard le récital de Thibault Fajoles s’est révélé aussi passionnant qu’instructif  à la fois par son jeu, son programme et surtout la synergie qu’il parvient à instaurer avec le public. Dès ses 13 ans, le jeune musicien défie le vertige des tribunes ; aujourd’hui, il vient d’ accéder  à celle de Notre Dame de Paris à l’âge de 22 ans!

Pour ce premier récital soliste sous les voûtes de la cathédrale restaurée, l’intégrité, l’exigence, la précision de son approche impressionnent. Les gestes sont sobres, souples et les bras voltigent sans fièvre. La maîtrise des plans sonores se fait naturellement lui permettant de dégager les structures changeantes, parfois massives, des quatre premières pièces de Louis Vierne (Marche harmonique de l’ Hymne au soleil par exemple). 

Théotime Langlois de Swarte et la fascination des Quatre Saisons 

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Le violoniste Théotime Langlois de Swarte en compagnie de son ensemble Le Consort proposent un album avec les célèbres Quatre Saisons de Vivaldi. Mais comme le dit la présentation de ce phonographe, ce n’est pas qu’une nouvelle interprétation de ce chef d’oeuvre, c’est un projet éditorial et musical qui met en relief d’autres oeuvres du compositeur et des danses vénitiennes de Lambranzi. 

Dans le livret de présentation, vous dites que les Quatre Saisons de Vivaldi ont toujours exercé sur vous une fascination profonde. Dès lors, quels sentiments vous procure le fait d’avoir enregistré cette partition ?  

Les Quatre Saisons est une œuvre très importante pour moi. A l'issue de cet enregistrement, je ressens un mélange d'émotions. J'ai à la fois un sentiment d'accomplissement car c'était un moment très fort d'enregistrer ces pièces et d'un autre côté, je suis dans l'attente des prochains concerts que je vais donner et impatient de voir comment ma relation avec cette œuvre va évoluer au fil du temps.

Pourquoi enregistrer ce cycle maintenant, au stade actuel du développement de votre carrière ?   

J'ai enregistré ce cycle pour fêter les 300 ans de la publication des Quatre Saisons en 1725.  Cette pièce va m'accompagner tout au long de cette année car je serai en tournée aux Etats-Unis avec 22 concerts de mi-mars à début mai et je jouerai ensuite cette œuvre en Europe. Je pense que c'était aussi le bon moment de me confronter à une œuvre que tout le monde connait car j'ai l'habitude d'enregistrer des compositeurs méconnus, des pièces que les gens délaissent ou alors n'ont jamais retrouvées (par exemple Eccles, Senaillé, Dandrieu avec mon ensemble Le Consort) ou encore d'autres compositeurs que j'ai vraiment à cœur de redécouvrir. 

Dans le cas présent pour les Quatre Saisons, c'est peut-être l'œuvre la plus célèbre du répertoire classique. J'avais envie de partager ma vision de cette œuvre, même si c'est une vision inachevée car c'est la vision que j'ai eue en juillet 2024. Je pense qu'elle sera en perpétuelle évolution tout au long de ma vie.

Est-ce que l’on peut se détacher, comme interprète, du côté purement narratif de cette musique ? 

Le côté narratif est intéressant, mais ce n'est pas la seule voie d'accès au Quatre Saisons. Les Quatre Saisons sont pour moi une œuvre symbolique. Toute la rhétorique baroque est basée sur des symboles,sur une prosodie. Les Quatre Saisons racontent aussi l'histoire de la naissance jusqu'à la mort et le continuum de la vie.

Dans la construction du disque, j'ai essayé de comprendre et de démontrer la symbolique de cette œuvre : le printemps est une allégorie de la naissance, l'hiver de la mort, et puis on a un retour au printemps. J'ai trouvé cette dimension métaphysique très inspirante. Dans le deuxième mouvement de l'hiver en mi bémol majeur par exemple, il y a le ton de la dévotion, de la conversation intime avec Dieu, selon Matheson. Ces trois bémols nous invitent à la trinité. Il y a donc plusieurs degrés de lecture et je pense que tous les degrés coexistent et peuvent parler au plus grand nombre.

La Bohème à Avignon

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L’opéra d’Avignon en collaboration avec le SNG Opera de Ljubljana donne La Bohème de Puccini dans une mise en scène de Frédéric Roels.

Le décor et les costumes de Lionel Lesire situent l’opéra dans son début du XXème siècle parisien originel. Se situant ainsi dans une optique traditionnelle de la mise en scène, Frédéric Roels choisit de ne pas choquer avec un plateau et un fond de scène dépouillés rappelant les estampes japonaises. Quelques meubles esquissant la guérite des jeunes hommes, les chœurs et la projection de MOMUS le lieu du deuxième acte, une simple maisonnée celui du troisième signalent avec le très bel éclairage d’Arnaud Viala les lieux et temps de l’action. Cette rareté des éléments scéniques souligne aussi le drame de la pauvreté des protagonistes qui finira par tuer Mimi.

Le jeu d’acteur est ici naturel et sans insistance, gardant la fraîcheur des interprètes jusque dans leurs défauts. L’amitié des quatre jeunes hommes, avec tout ce qu’ils font et disent pour manger, chasser le propriétaire et s’amuser de leur sort, pour s’étourdir jusqu’à ce qu’avec la maladie de Mimi les rattache à la gravité de la vie en un mot, est particulièrement appréciable.

Si la mise en scène est réussie, la musicalité est plus difficile. Divisant en deux parties l’opéra, non pas simplement avant et après l’entre acte, mais surtout par son intensité sonore, l’orchestre national Avignon-Provence dirigé par Federico Santi, semble se calmer en seconde partie pour mieux faire apprécier les chanteurs. Jouant très fort durant les deux premiers actes, et forçant les chanteurs à pousser plus que de raison sur leurs cordes vocales, aggravant ainsi leurs défauts, tandis qu’il perd en continuité musicale, l’orchestre en première partie est presque criard. Ce problème touche à son paroxysme au deuxième acte, durant lequel beaucoup de choses sont dites et faites-en même temps, et durant lequel de surcroît les chœurs, par ailleurs fort bien menés par Florence Goyon-Pogemberg et Alan Woodbridge, ajoutent leur part à la musique, frôlant ainsi la cacophonie.