Furtwängler, les enregistrements radios

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Le label de l’Orchestre philharmonique de Berlin nous offre, dans des conditions techniques superlatives, les enregistrements de l’orchestre sous la baguette de Wilhelm Furtwängler. Captés entre 1939 et 1945, ces témoignages avaient été emportés par les soviétiques lors de la prise de Berlin. Ces captations connaissent ici une édition définitive, exemplaire par le soin apporté aux bandes.

Essentiellement centrés sur le répertoire germanique, ces enregistrements présentent le coeur du répertoire du chef en 21 concerts (repris sur 22 CD) : Beethoven, Brahms, Bruckner, et Schubert. Pour Eric Schulz, initiateur et concepteur de l'édition Furtwängler, ces témoignages : “nous donnent le meilleur de Furtwängler, dans une salle qu’il considérait comme l’acoustique idéale, avec un orchestre qu’il connaissait intimement, dans un environnement d’enregistrement en direct qui le stimulait et enfin et surtout avec un ingénieur du son de confiance qui pouvait réaliser ses souhaits dans des conditions techniques satisfaisantes.” Mais justement, le style si particulier du chef n’a-t-il pas indubitablement vieilli ? Eric Schulz remet en perspective : “le style de Furtwängler faisait déjà à son époque l’objet de telles critiques. Mais, mis à part toutes les facettes bien connues de l'art de Furtwängler, j'aimerais souligner un aspect essentiel : Furtwängler, était, musicalement parlant, essentiellement un chef d’orchestre du XIXe siècle mais fascinant dans sa pratique et son authenticité sans aucune doute très proche de l’essence des compositeurs comme Brahms ou Bruckner. Prenons aussi le cas de Beethoven, Furtwängler était sans doute plus familier de l’esprit de Beethoven que nous pouvons l’être aujourd’hui. Il faut également considérer la qualité superlative de l’orchestre; en effet nous savons que Furtwängler a critiqué l’orchestre après la guerre, car il y avait une pénurie de jeunes talents (ce qui n’était pas surprenant) combinée à des problèmes de qualité dus au fait que de nombreux membres avaient largement dépassé l’âge de la retraite.”

L’histoire de ces bandes de concert a été tourmentée. Emportées en URSS en 1945, les bandes originales ont été renvoyées à Berlin en 1991, deux ans après que DGG ait publié un coffret de 10 CD avec certains de ces enregistrements mais tirés de cassettes réalisées en Russie, en 1988, dans une qualité douteuse. En 1991, personne ne voulait se risquer commercialement à diffuser les bandes originales seulement 3 ans après la parution du coffret DGG. Il a donc été nécessaire d’attendre que le label du Berliner Philharmoniker fasse pour la première fois des copies numériques directes de haute qualité à partir des bandes originales. Le matériel sonore à la base de la présente édition est donc bien meilleur que sur n'importe quelle version précédente.

La plus-value sonore est l’immense atout de cette édition ! Pour Christoph Franke, producteur auprès du label de l’orchestre, c’est un travail méticuleux qui : “nécessite des oreilles avec une idée claire de ce à quoi devrait ressembler un orchestre, et une comparaison constante avec le son moderne comme référence”. C’est un travail entre la technologie et l’historicisme porté par les connaissances du producteur : “avec des décennies d'expérience de concert, après avoir entendu les témoignages de nombreux vieux musiciens dans ma jeunesse et avoir analysé à partir de photographies à quoi ressemblait la salle de l’ancienne philharmonie, il est possible d'avoir une idée de ce à quoi il ressemblait à l'époque. Le résultat ne sonne certainement pas comme les enregistrements historiques typiques que nous connaissons : rugosités, absence ce netteté ou de basses”. Le travail sur les bandes se fit en plusieurs temps et sur des outils de haute technologie pour, au final, une conversion dans un format : PCM 96 kHz 24 bits. Parmi les étapes de ce travail notons : le débruitage ; la réduction de la distorsion à l'aide de techniques très avancées permettant de distinguer les parties tonales des parties non tonales du signal ; réduire les signaux indésirables tels que le bourdonnement et les sifflements (résonnant comme dans les émissions à ondes courtes) ; le comblage des petites lacunes de l'audio causées par des contraintes mécaniques ; la correction du décalage de hauteur à court et à long terme en ajustant la hauteur globale à la hauteur correcte de 443 Hz qui était également utilisée ces années-là à Berlin, selon des sources scientifiques ; la réduction des bruits acoustiques indésirables (fissures, toux, autres bruits parasites) ; la suppression des pré-échos (accord tutti puissant imprimant une couche de ruban vers la couche précédente, rendant ainsi l'accord audible avant qu'il ne se produise réellement) ou encore l’ajustement de la balance tonale à un idéal naturel où les violons sonnent comme des violons et où la réponse en fréquence plutôt imparfaite des anciens magnétophones est corrigée.

Dès lors, ces enregistrements sont des incunables de l’histoire de l’interprétation, même s’il reste terrifiant de les écouter en songeant qu’un tel sommet artistique se passait au moment où la barbarie nazie dévastait l’Europe. Mais Furtwängler est peut être un pilier du patrimoine pour envisager l’avenir de l’art interprétatif ? Si Eric Schulz devrait conseiller une interprétation à un jeune mélomane ce serait Coriolan pour “ une initiation très sauvage et intrigante

Berliner Philharmoniker, Wilhelm Furtwängler. The Radio Recordings 1939-1945. Oeuvres de Wilhelm Furtwängler, George Fridiric Haendel, Ludwig van Beethoven, Richard Wagner, Robert Schumann, Johannes Brahms, Heinz Schubert, Franz Schubert, Wolfgang Amadeus Mozart, Jean Sibelius, Ernst Pepping, Anton Bruckner, Carl Maria von Weber, Maurice Ravel. 1 coffret de 22 CD Berliner Philharmoniker. Référence : BPHR 180181.

Un commentaire

  1. Avatar
    sergio beltram

    un vertice poi mai più raggiunto da nessuno.Un patrimonio musicale di immenso valore,un grazie ai tecnici che hanno fatto un lavoro magnifico per restituire dei veri documenti storici.

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