Karajan scuplte Tchaïkovski 

par

Pyotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893) : intégrale des symphonies, Marche Slave, Capriccio Italien. Berliner Philharmoniker, Herbert von Karajan. 1967-1979-Livret en : allemand, anglais et français-1 coffret DGG 4 CD et un Blu-Ray Audio-483 6978.

À l’occasion des 30 ans de la mort d’Herbert von Karajan, DGG remet sur le marché son intégrale des symphonies de Tchaïkovski, pilier de son catalogue depuis sa parution. Avec Tchaïkovski, Karajan était à son affaire dans une musique de chef qui faisait briller les pupitres des orchestres qu’il dirigeait avec, en tête de pont, la symphonie “pathétique” qui fut au programme de l’un de ses premiers enregistrements avec les Berliner Philharmoniker en 1939, mais aussi au coeur de ses derniers concerts avec son orchestre, en 1988. 

Cette intégrale se divise en deux parties ; dans les Symphonies n°1 à n°3, on sent le chef prisonnier d’une vision très symphoniste qui ne rend pas justice à ces oeuvres ‘en devenir”, la masse sonore imposante apparaît comme lourde et peu mobile, défauts assez rédhibitoire dans ces partitions qui ont besoin de passion et de délicatesse. La prise de son assez dure n’est pas non plus un atout de ces enregistrements. Antal Dorati à Londres pour Mercury s’avère bien plus nature ! 

Le changement qualitatif est radical avec les trois ultimes symphonies où la machine orchestrale tourne à plein régime. Le chef est dans une optique “concerto pour orchestre” galvanisant les pupitres qui rivalisent de puissance et de précision. Certes les transitions sont surjouées, les dynamiques sont démoniaques et les cuivres sont de la dynamite, mais la conduite du discours et l’emprise du chef sur ses musiciens sont inégalées. En véritable super héros, il impose un Tchaïkovski musclé à l’extrême qui bande ses biceps sans le moindre scrupule d’autant plus que la prise de son démonstrative est une mise en scène en soi ! L’esprit de Tchaïkovski n’est sans doute pas là, mais cela reste du grand art de direction d’orchestre et de technique orchestrale. 

Les audiophiles se réjouiront de retrouver en Blu-Ray audio ses pépites, certes un peu honteuses, mais qui les raviront tout en mettant en avant leurs équipements. 

Pierre-Jean Tribot   

Son 8 – Livret 8 – Répertoire 10 – Interprétation 8

 

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