Le premier Rachmaninov

par
Rachmaninov

Sergei RACHMANINOV
(1873 - 1943)
Symphonie n°1 en ré mineur, Op. 13
Mily BALAKIREV
(1837 - 1910)
Tamara
London Symphony Orchestra, Valery Gergiev, direction
2017-Live--61’22’’-Texte de présentation en anglais, français et allemand-LSO Live-LSO0784

Lorsqu’à 20 ans Rachmaninov écrit Aleko, opéra en un acte qui suscitera l’intérêt de Tchaïkovski lui-même et présenté au Bolchoï, pour son devoir de fin d’études au Conservatoire de Moscou, il ne s’est en réalité pas encore attaqué au format symphonique. Ce n’est notamment qu’après le Concerto pour piano n°1, Le Rocher et Caprice bohémien que Rachmaninov écrit sa Première symphonie, une œuvre de jeunesse qui dépasse largement ses ambitions tant il se surpasse dans son écriture. Si la partition est un chef-d’œuvre incontesté, sa création à St-Petersburg le 27 mars 1897 sous la direction de Glazounov fut un véritable désastre, d’une part par un manque évident de répétitions pour une création et d’autre part par un manque d’inspiration de la part d’un chef qui, pour la petite anecdote, aurait été ivre lors de la création. Fort heureusement, la proposition du London Symphony Orchestra sous la houlette de son ancien directeur musical, Valery Gergiev, rend justice à cette œuvre encore trop méconnue. Un premier mouvement pris avec gravité, des tempi justes et amenés avec assurance, une émergence sensible des solistes accompagnés avec soin par des pupitres unis et dosés et une logique romantique à aucun moment exacerbée. Le second mouvement se démarque par une fluidité hors-pairs tandis que des effets virevoltants et vifs se dégagent à travers le prisme d’une masse stable. Sensibilité et construction thématique aboutie pour le larghetto dont on soulignera la qualité d’un orchestre de solistes qui n’hésite pas un seul instant à intervenir tantôt avec fraîcheur, tantôt avec angoisse (pupitre de basses), avant de conclure par un mouvement final éclatant. Unifiée par un motif cyclique que l’on retrouvera plus tard dans les Danses symphoniques, cette symphonie et l’interprétation que propose Gergiev sont de premier plan. La conception globale a le mérite d’être claire et franche, notamment grâce aux transitions et développements construits et imagés, tandis qu’aucune perte d’énergie ne se fait ressentir. Dans Tamara de Balakirev, poème symphonique achevé en 1882 en hommage à un poème de Mikhaïl Lermontov, on retrouve la même qualité d’écoute et cette attention constante sur le travail et l’agencement des climats et des atmosphères tantôt sinistres, tantôt éclairés. C’est un vrai paysage sonore que déploie Gergiev grâce à un très bel orchestre dont on saluera l’homogénéité et l’excellence de chaque pupitre.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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