Les Brandebourgeois de Bach par l’Akademie für Alte Musik Berlin, sous le signe de l’engagement

par https://pizzadali.co.il/

Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concertos brandebourgeois n° 1 à 6, BWV 1046 à 1051. Isabelle Faust, violon ; Antoine Tamestit, alto ; Akademie für Alte Musik Berlin. 2021. Notice en français, en anglais et en allemand. 87.35. Harmonia Mundi HMM 902686.87.

En pleine période où il est maître de chapelle à Köthen, Bach dédie en 1721 ses Concertos brandebourgeois à l’oncle du Roi de Prusse Frédéric Guillaume II, le Margrave Christian Ludwig de Brandebourg. L’anniversaire des trois cents ans de ces partitions n’a pas échappé à l’Akademie für Alte Musik Berlin, plus de vingt ans après une première gravure pour le même label à la fin des années 1990. Il y a vingt-cinq ans, expliquent les concertmeisters Georg Kallweit et Bernhard Forck, notre orchestre utilisait davantage d’instruments à cordes anciens médiocres. Grâce à la spécialisation croissante des facteurs d’instruments -notamment de vents-, nous avons pu introduire dans l’ensemble plusieurs excellentes copies fondées sur des modèles originaux, ce qui a eu un effet sur la sonorité. On lira dans la notice d’autres remarques de ces deux artistes concernant cette nouvelle version, en particulier quant au choix des instruments à affecter à la basse continue, ainsi que sur la mise en place de la collaboration avec Isabelle Faust et Antoine Tamestit. En ce qui concerne la première, on se souvient des splendides Concertos pour violon de 2019 joués avec cet ensemble. Avec Antoine Tamestit, pendant la pandémie, l’enregistrement d’un CD Telemann (annoncé pour le début de 2022) a été réalisé. 

Le nouvel album dépasse l’ancienne mouture en termes d’investissement et de liberté, qualités auxquelles se joignent la clarté des timbres et un dynamisme augmenté. Dès le premier concerto, on est séduit par la saveur des trois hautbois, malgré une prise de son qui n’est pas idéale (un effet de la réverbération de la Christuskirche de Berlin) et ne rend pas tout à fait justice aux cors. L’effectif est, pour chaque opus, plus important que celui des ensembles qui optent pour des instruments réduits, ce qui n’empêche nullement la souplesse de l’articulation et la mise en valeur de la riche écriture du compositeur. Dans le Concerto n° 2, la trompette de Rupprecht Drees fait merveille, avec des couleurs pleines d’allant. Antoine Tamestit et Isabelle Faust se joignent au Concerto n° 3, cette dernière avec son Jacobus Stainer de 1653. Une fougue salvatrice anime cette oeuvre exempte de partie lente. Dans le n° 4, la combinaison du violon avec les flûtes à bec relève de l’évidence, l’échange est ludique à souhait et la complicité lumineusement naturelle. Mention spéciale pour le clavecin de Raphael Alpermann dont la présence vivifiante dans la cadence de l’Allegro du Concerto n° 5 est quasi hypnotisante. Ce concerto sublime, qui semble être le premier pour clavier de l’histoire de la musique, apparaît comme un moment de grâce et comme le plus abouti de l’album. Ce qui n’enlève rien à la beauté globale de la série, y compris dans le n° 6 où l’instrument de Tamestit, l’alto Stradivarius ‘Gustav Mahler’ de 1672 (mis à la disposition de l’artiste par la Fondation Habisreutinger qui l’a acquis en 1960, année du centenaire de la naissance du compositeur, d’où son nom) déploie d’incroyables couleurs poétiques, portées à leur comble par les sonorités captivantes des violes de gambe. 

Les deux concertmeisters évoquent encore dans leur note-entretien à laquelle nous nous sommes déjà référé le travail entrepris par les instrumentistes en raison des diverses parties solistes qui les concernent : Le luxe de pouvoir jouer cette musique grandiose encore et encore présente un grand avantage : la grande et profonde familiarité avec elle qu’on acquiert. C’est ce qui nous donne la liberté de l’aborder de façon nouvelle chaque soir, à chaque concert, sur le plan du tempo, des nuances et du caractère. Ainsi, notre nouvel enregistrement n’est pas le point final à ce chapitre pour nous, mais plutôt -comme si souvent en musique- un simple « instantané ». On sort de l’audition de ces six Brandebourgeois avec le sentiment d’avoir accompagné un parcours au cours duquel on touche du doigt l’investissement de chacun des musiciens. On en retire l’impression que l’Akademie für Alte Musik Berlin a effectivement approfondi le travail proposé avant l’an 2000, tout en étant conscient que la présence des deux solistes talentueux auxquels ils ont fait appel leur apporte un supplément de beauté sonore. Dans les gravures parues depuis le début du siècle, nous continuerons à considérer que celle du Café Zimmermann (Alpha) demeure la plus incisive et la plus enthousiasmante, mais il faut prêter une oreille attentive à cette version nouvelle travaillée avec un vrai souci d’engagement.

Son : 8,5  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 9

Jean Lacroix  

 

 

 

  

 

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