L’Orchestre symphonique de la Radio suédoise : une formation solide, un chef policé, une soliste remarquable

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On n’entend que trop rarement chez nous les formations symphoniques scandinaves, ce qui fait que le concert donné par l’Orchestre Symphonique de la Radio suédoise dans la superbe Salle Reine Elisabeth à Anvers -en ouverture d’une tournée qui conduira cette formation en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et en Autriche- était attendu avec beaucoup d’intérêt, d’autant plus que le programme offert par l’ensemble suédois sous la baguette de son directeur musical Daniel Harding offrait cette véritable rareté dans les salles de concert qu’est le Concerto pour violon de Schumann.

Qui plus est, les visiteurs de Suède avaient amené dans leurs bagages une soliste exceptionnelle qui se produisait sans doute pour la première fois avec orchestre en Belgique, la violoniste russo-britannique Alina Ibragimova. L’oeuvre -qui traîne  une réputation mitigée et peine à se faire une place parmi les grands concertos du répertoire- n’aurait pu rêver de meilleure interprète que cette remarquable violoniste dont on sait qu’elle est aussi à l’aise dans le violon moderne que dans l’approche authentique, ce qui se remarque à sa tenue d’archet assez haute à la manière des baroqueux, alors que son vibrato -splendidement varié et intelligemment appliqué- est bien celui des tenants du violon traditionnel. On est ici face à une artiste qui n’a que des qualités : une musicalité solaire et chaleureuse, une douceur et une luminosité de son exceptionnelles, un lyrisme naturel, une justesse impeccable y compris dans les doubles cordes dont Schumann parsème l’oeuvre, ainsi qu’une remarquable compréhension de cette musique qui peut si aisément paraître décousue. Il est intéressant de relever que le chef, en qui la violoniste trouva un excellent et chaleureux partenaire, imposait de son côté aux cordes orchestrales un jeu presque invariablement sans vibrato et optait le plus souvent pour une dynamique par paliers renvoyant plutôt à une approche authenticisante.

On connaît mal chez nous l’oeuvre réputée austère et violente du compositeur suédois Allan Pettersson (1911-1980), mais le Mouvement symphonique (1972) par lequel le concert débuta ne fera sans doute pas grand-chose pour la gloire de son auteur. On y entend des alternances d’épisodes mélodieux post-romantiques et d’éruptions apocalyptiques avant que l’oeuvre ne s’achève sur une brève et inattendue conclusion lumineuse et apaisée.

La soirée se termina sur une Suite tirée de Roméo et Juliette de Berlioz,  compositeur idéal pour permettre à un orchestre de briller. En dépit des belles qualités de l’orchestre et de la poigne du chef, l’interprétation déçut. Il manque chez Harding cette qualité d’imagination, cette sensualité, voire ce grain de folie qui font les grands berlioziens. Ou pour le dire autrement: un Berlioz convenable et bien élevé est-il un bon Berlioz? La réponse est non.

Anvers, Salle Reine Elisabeth, 12 novembre.

Crédits photographiques :  Christophe Archambault

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