Natalie Dessay, la chanteuse d’opéra

par https://pootysbooty.com/

Natalie Dessay. The Opera Singer. 1993-2003. Livret en français, anglais et allemand. 33 CD et 19 DVD. Warner 0190295163136.  

Ce beau coffret documente les 20 ans de carrière de la star Natalie Dessay. Le bilan est imposant : 7 Cds d’airs, issus d’albums solos ou d’autres ; 12 intégrales d’opéras au disque et 12 intégrales scéniques filmées et proposées en DVD et 2 DVD bonus. Il ne s’agit pas d’une intégrale car d'autres témoignages en récitals ou dans des oeuvres sacrées existent au catalogue Warner. Dans tous les cas, cette somme est majeure et ne fait que confirmer l’envergure de la soprano française. 

Dans les années 1990, l’irruption de la jeune musicienne avait d’emblée convaincu le public avec des prestations majeures dans le répertoire naturel d’une soprano colorature : Lakmé de Léo Delibes, la Reine de la nuit de la Flûte enchantée de Mozart ou Olympia des Contes d’Hoffmann. 3 rôles et surtout 3 airs qui caractérisent ce type de voix. Mais Natalie Dessay a révolutionné ces personnages. Fuyant un certain “style cocotte” incarné par Mado Robin ou Mady Mesplé, au final assez caricatural même si musicalement intéressant dans une perspective historique, elle a donné à ces personnages une profondeur et une épaisseur qui leur étaient inconnus.  

Si tout commence chronologiquement par le petit rôle de la Fiakermilli d’Arabella de Richard Strauss en 1994 sur la scène du MET avec rien moins que Kiri Te Kanawa sous la baguette de Christian Thielemann, le premier “grand rendez vous” est une Reine de la Nuit d’une Flûte enchantée passable sous la direction probe mais raide de William Christie, escale en studio d’une production qui avait fait les beaux jours du Festival d’Aix-en-Provence 1995. Mais très vite, la musicienne enchaîne : un récital d’airs d’opéras français multi-primé, une Olympia des Contes d’Hoffmann sous la baguette de Kent Nagano avec Roberto Alagna, Lakmé sous la baguette de Michel Plasson avec José van Dam et Gregory Kunde et, bien évidement, l’Eurydice d’Orphée aux enfers d’Offenbach sous la direction de Marc Minkowski dans une production réglée par Laurent Pelly qui accompagnera la chanteuse pour de nombreuses mises en scènes marquantes. A l’orée des années 2000, Natalie Dessay fait évoluer son répertoire par des rôles plus dramatiques et ce tournant est amorcé par sa prise de rôle en Ophélie dans Hamlet d’Ambroise Thomas en l’an 2000 dans une production toulousaine également présentée au Châtelet à Paris.  Bien évidement, elle n’abandonne pas son répertoire naturel avec une Zerbinette d’une Ariadne auf Naxos Salzbourgeoise sous la direction phénoménale du regretté Giuseppe Sinopoli, une Marie de la Fille du Régiment filmée à Londres et un Rossignol dans l’oeuvre éponyme de Stravinsky ; mais au delà de ces rôles démonstratifs et pyrotechniques, la soprano étoffe l’ampleur dramatique qu’elle insuffle aux personnages : on relève une formidable Amina de la Sonnambula de Bellini, une grandiose Lucia un italien et en français. Du côté des explorations plus inattendues, on relève évidemment la Manon de Massenet, la Violetta Valéry de la Traviata ou la Mélisande de Debussy. Pour toutes ces intégrales, la chanteuse est accompagnée des meilleurs chanteurs ou chanteuses et de chefs d’orchestres attentionnés qu'ils soient des stars ou des solides routiers des maisons lyriques. Du côté scénographique, c’est également primeur à la musique. Laurent Pelly règle la grande majorité des mises en scène dans le style brillant et inventif qu’on lui connaît. Point de relectures radicales au niveau scéniques dans ces intégrales en DVD.  

On apprécie la présence en bonus de 2 DVD qui reprennent différents extraits vidéos parfois amusants comme cet “Air du Feu” de l’Enfant et les Sortilèges de Ravel en 1993 à Lyon dans une version de chambre, ou pétaradants comme ce “Glitter and be gay” du Candide de Bernstein à l’occasion du gala 1997 du festival de Glyndebourne, ou encore dramatiques comme une scène de la folie de Lucia di Lammermor au MET en 2007 sous la direction de James Levine. 

Au final, ce coffret est intéressant à plusieurs titres. Déjà il documente l’art d’une chanteuse qui a marqué son époque en faisant changer le regard sur un type de voix pour lequel il ne sera plus possible de le limiter à un côté rossignol virtuose divertissant. C’est déjà énorme. Le coffret est également une superbe photographie de l’art lyrique au début des années 2000 des deux côtés de l’Atlantique. 

Son : 9 – Livret : 8 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10 

Pierre-Jean Tribot

 

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