Charmant programme de Noël associé à la basilique Santa Maria Maggiore de Rome

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Noël à la Bethléem de l’Occident. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Messa per il Santissimo Natale. Non so qual piu m’ingombra. Beata Mater. O Magnum Mysterium. Giovanni Giorgi (?-1762) : Messa a quattro concertata con violini per la notte di Natale. Carlotta Colombo, soprano. Coro e Orchestra Ghislieri, Giulio Prandi. Marco Piantoni, Alberto Stevanin, violon. Jorge Alberto Guerrero, violoncelle. Mario Lisarde Beinat, contrebasse. Francesco Tomasi, théorbe. Deniel Perer, orgue. Livret en anglais, français, italien. Mars 2025. 69’19’’. Arcana A 587

La Reine Hortense et le premier romantisme à la française

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Hortense compositrice et son temps. Oeuvres de : Hortense de Beauharnais (1783 – 1837) – Guillaume-Pierre-Antoine Gatayes (1774 – 1846) – Giovanni Paisiello (1740 – 1816) – Louis Adam (1758 – 1848) – Ferdinando Paër (1771 – 1839) – George Onslow (1784 – 1853) – Hélène de Montgeroult (1764 – 1836) – Vincenzo Bellini (1801 – 1835) – Jan Ladislav Dussek (1760 – 1812) – Johann-Franz Xavier Sterkel (1759 – 1817) – Franz Schubert (1797 – 1828). La nouvelle Athènes à Malmaison : Clara Hugo, soprano ; Coline Dutilleul, mezzo-soprano ;  Daniel Thomson, ténor ;  Masami  Nagasawa, harpe ; Francesco Romano, guitare ; Alexis Kossenko, flûte ;  Sébastien Bausch, Laura Granero,  Luca Montebugnoli, Eloy Orzaiz Galarza,  Edoardo Torbianelli, Aline Zylberajch, pianos romantiques. Ensemble Les Lunaisiens, baryton et direction Arnaud Marzorati ; David Ghilardi, ténor ; Imanol Iraola, baryton ; Pernelle Marzorati, harpe ; Patrick Wibart, serpent. 2024.  Livret en français et en anglais.  69’54’’.  Paraty 2025007.

Création française d’une œuvre de Ravel à la Philharmonie

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L’événement de ce concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Alain Altinoglu, c’était la création française de Sémiramis, une cantate dont Ravel avait écrit des extraits, retrouvés dans sa maison de Monfort l’Amaury, et vendus aux enchères, en 2000 (acquis par la Bibliothèque nationale de France, avec d’autres travaux de jeunesse). Les lecteurs de Crescendo-Magazine sont bien informés des précédentes créations (mondiale, européenne et belge pour la partie purement orchestrale, cette dernière étant aussi l’occasion de la création mondiale de l’Air de Manassès) qui ont jalonné cette année 2025, 150e anniversaire de la mort du compositeur, ainsi que de l’édition dont elle bénéficiera dans le cadre de cette célébration. Il y a fort à parier que personne, lors de cette soirée à la Philharmonie de Paris, n’avait déjà assisté à la création parisienne d’une œuvre orchestrale de Ravel, car il semble bien que la dernière soit celle de L’Heure espagnole en 1911.

Outre son intérêt purement musical, cette œuvre ajoute une pierre précieuse à la saga « Ravel et le Prix de Rome », dont l’on pourrait tirer un véritable roman ! En effet, écrire une cantate ne correspondait probablement pas à une nécessité artistique intérieure pour Ravel. Mais c’était le passage obligé de tout finaliste du Prix de Rome. Après trois échecs en 1900, 1901 et 1902, et avant deux autres en 1903 et 1905 (faisant l’impasse en 1904), il se lança dans la composition d’une cantate sur le texte imposé du concours de 1900. À titre d’exercice, en vue des concours suivants, probablement. C’est ainsi que nous sont parvenus les Prélude, Danse et Air de Manassès, qui constituent les trois premières parties, soit à peu près la moitié, d’une cantate semble-t-il restée inachevée.

A Lausanne, un Barbe-Bleue étourdissant

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Pour célébrer les fêtes de fin d’année dans la bonne humeur, Claude Cortese, le directeur de l’Opéra de Lausanne, présente pour la première fois sur cette scène Barbe-Bleue, l’opéra bouffe en trois actes que Jacques Offenbach avait affiché au Théâtre des Variétés le 5 février 1866 avec Hortense Schneider et le ténor José Dupuis qui, quinze mois auparavant, avaient fait triompher La Belle Hélène.

Pour l’Opéra National de Lyon, Laurent Pelly avait conçu en juin 2019 une production intelligente avec la complicité d’Agathe Mélinand pour l’adaptation des dialogues et la collaboration de Chantal Thomas pour les décors, de Joël Adam pour les lumières, alors que lui-même élaborait les costumes. Proposé à Marseille, à Lyon une seconde fois, le spectacle est repris à Lausanne pour la quatrième fois. Et Laurent Pelly lui-même vient le remonter en l’adaptant à une scène plus exiguë. En bénéficient les chanteurs dont les dialogues sont mieux perçus par les spectateurs qui s ébaudissent de leurs mimiques et de leurs pitreries. De la complexité du livret d’Henri Meilhac et de Ludovic Halévy nous montrant l’allégeance du Sire de Barbe-Bleue à son suzerain, le roi Bobèche, il dénoue les ficelles pour situer dans le monde campagnard d’aujourd’hui une intrigue qui fait de Barbe-Bleue un véritable prédateur sexuel éliminant chacune de ses épouses pour faire place à une nouvelle compagne, mais qui se pique d’un brin de culture en disant de la Boulotte dévergondée : « C’est un Rubens ! », sans pouvoir mettre un frein à sa délirante nymphomanie. Tout aussi cocasse s’avère le couple du roi Bobèche et de la reine Clémentine, empêtré dans les rigueurs de l’étiquette que tenteront de préserver le Comte Oscar, courtisan en chef, et Popolani, l’inénarrable alchimiste. Que dire de la pétulante Fleurette courtisée par ce dadais maladroit de Saphir, avant d’être reconnue comme Hermia, la fille perdue du roi, que l’on emmènera au palais sur un char de foin en forme de baldaquin ?  Comment ne pas se gausser des courtisans pliant l’échine ou de la scène du baise-main où Boulotte commettra un esclandre tapageur ou de son pseudo-assassinat dans les caveaux où se sont terrées les cinq autres femmes que Popolani avait plongées dans un sommeil léthargique sans les occire ? Il faut simplement constater qu’en cette quatrième reprise les rouages de la mise en scène sont bien huilés et que le spectateur ne s’ennuie pas une seconde, emporté qu’il est par cet enchaînement de situations invraisemblables.

Flagrant programme Charpentier autour de la Messe de Minuit

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Messe de Minuit H. 9. Dialogus inter angelos et pastores Judeae in Nativitatem Domini H. 420. Dixit Dominus H. 202. Noëls sur les instruments H. 534. Laissez paître vos bêtes ; Ô Créateur H. 531. Nicolas Lebègue (1631-1702) : Où s’en vont ces gays Bergers. Traditionnel : Chantons je vous en prie. Caroline Arnaud, dessus. Romain Champion, haute-contre. Mathias Vidal, taille. David Witczak, basse. Chœur et Orchestre Marguerite Louise. Gaétan Jarry, orgue et direction. Livret en français, anglais. Décembre 2024. 77’53’’. Château de Versailles Spectacles CVS173

Reprise de L’uomo femina à Rouen : le fragile renversement des genres

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L’Opéra Orchestre Normandie Rouen a repris, en deux représentations, L’uomo femina de Baldassare Galuppi, recréé il y a un an à l’Opéra de Dijon, puis présenté à Caen et à Versailles. Agnès Jaoui signe la mise en scène de cet opéra ressuscité par Vincent Dumestre.

Retrouvée en 2006 dans la bibliothèque du Palais d’Ajuda à Lisbonne, la partition déploie une intrigue singulière : sur une île gouvernée par une femme, deux naufragés sont recueillis par deux guerrières, qui s’éprennent aussitôt d’eux. Leur reine, Cretidea, se laisse elle aussi séduire par l’un des étrangers, causant le bouleversement d’un ordre établi depuis toujours.

Entre baroque et classicisme

La musique de Galuppi navigue entre le baroque et le classicisme. À certains moments, l’aria da capo cède la place à des mélodies soutenues par une basse d’Alberti, ou à des ensembles vocaux annonçant Mozart, comme le sextuor final de l’acte I. Ailleurs, récitatifs et airs à la basse continue rappellent Vivaldi, avec qui le compositeur partageait alors une popularité. Tout au long de l’opéra, ce mélange de ces deux styles se retrouve fréquemment. Ainsi, le recitativo secco de Roberto accompagné de deux théorbes est suivi d’un air d’un style très mozartien (acte I). À l’acte II, des harmonies étrangement dissonantes s’insèrent dans un air, toujours confié à Roberto. Faut-il y voir la volonté de représenter un homme issu d’un monde inconnu, où deux cultures se mêlent, ou simplement l’ouverture du compositeur à une autre écriture ? La question reste ouverte.

Pour le temps de Noël, PWV 2025

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La récente tentative d’un syndicat d’enseignants visant à rebaptiser les vacances scolaires liées aux fêtes chrétiennes a soulevé quelques débats avant d’être enterrée par le ministère de l’Éducation nationale. Mais pour combien de temps ? Le thème est récurrent et refait surface chaque année à l’approche de Noël, comme la présence des crèches dans les lieux publics. Je me suis livré à une petite enquête pour savoir ce qu’en pensent les compositeurs auxquels nous devons des chefs-d’œuvre liés à Noël, Pâques ou autres fêtes chrétiennes. 

Honneur au grand aîné, JSB, le cantor de Leipzig qui verrait d’un mauvais œil son Oratorio de Noël rebaptisé Oratorio de fin d’année. Risque de confusion m’a-t-il confié dans un récent e-mail, car outre la cantate BWV 152 pour le premier dimanche après Noël (« Tritt auf die Glaubensgahn »), il a écrit une cantate pour la Saint-Sylvestre (BWV ???, perdue, comme beaucoup d’autres, mais on ne le lui a pas dit ; donc inutile d’insister) et une cantate profane pour la dernière nuit de l’année dont on ne possède qu’une trace, l’esquisse d’une mélodie reprise par Mozart dans l’air du champagne de Don Giovanni

Autre problème, les cantates de l’Avent. Telemann, tout content d’avoir récupéré une cantate attribuée à JSB (BWV 141, devenue TWV 1 :183) voit d’un très mauvais œil ces turbulences de fin d’année, car cette cantate de l’Avent deviendrait cantate de fin d’automne, avec un risque de confusion avec les feuilles d’automne chères à Johann Strauss et à certain chocolatier alsacien. Dangereux pour une œuvre à la paternité baladeuse. 

Marc-Antoine Charpentier, lui aussi, est opposé à tout renommage (le mot est moche, mais il existe). Pas question que son Oratorio de Noël devienne un Oratorio d’hiver. Pourquoi pas un oratorio pour chaque saison, a-t-il répondu sur son compte tak-tik ? Lorsque j’ai pu le joindre, il ne savait pas qu’un prêtre italien à la crinière rousse le prendrait au mot avec des concertos visiblement destinés aux bulletins météos des journaux télévisés mais détournés en attentes téléphoniques.

Je viens d’apprendre qu’Alessandro Scarlatti, Daquin, Saint-Saëns, Honegger, Frank Martin et quelques autres ont rejoint le mouvement. Adolphe Adam, également, qui a fait un horrible cauchemar en imaginant son Minuit, chrétiens adapté aux nouvelles normes : « Hiver, hiver, voici le Rédempteur ». Il en avait froid dans le dos !

Casse-Noisette par Benjamin Millepied : rêve éveillé

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La fin d’année est une belle occasion de franchir les portes des salles de spectacle. L’Opéra Nice Côte d’Azur présente en décembre pas moins de seize représentations du ballet Casse-Noisette de Tchaïkovski, dans une version chorégraphiée par Benjamin Millepied. Ce spectacle captivant et enchanteur offre à des centaines d’enfants l’opportunité de découvrir l’univers magique du ballet en compagnie de leurs proches.

Il y a vingt ans, Benjamin Millepied créait son premier grand ballet, Casse-Noisette, pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Cette version mêlait le vocabulaire académique à une grande liberté imaginative, nourrie par ses années de fulgurant danseur au New York City Ballet. Le chorégraphe star réinvente aujourd’hui sa propre œuvre, enrichie d’un langage chorégraphique mûri et d’une liberté narrative pleinement assumée. Sa vision magnifie la partition de Tchaïkovski : audacieuse et personnelle, la chorégraphie dépasse la lecture narrative classique. C’est une relecture vivante d’un ballet intemporel, imaginée pour une nouvelle génération, plus de 130 ans après sa création. Un conte de fées surréaliste et magique. Ce rajeunissement conserve à l’œuvre sa fraîcheur, son élan, sa poésie et sa beauté.