Otto Gerdes, musicien multifonctions
Otto Gerdes. Complete Recordings on Deutsche Grammophon. 1954-1971. Livret en anglais. 11 CD Decca Eloquence. 484-4445
Otto Gerdes. Complete Recordings on Deutsche Grammophon. 1954-1971. Livret en anglais. 11 CD Decca Eloquence. 484-4445
Le Festival George Enescu se poursuit ce jeudi 4 septembre avec deux nouveaux concerts. Le premier concert de la journée est assuré par le Rotterdam Philharmonic Orchestra tandis que le second est assuré par le Czech Philharmonic.
Le Rotterdam Philharmonic Orchestra se produit dans l’Athénée Roumain sous la direction de son chef principal, Lahav Shani. Trois œuvres sont au programme de ce concert : l’ouverture de concert Cyrano de Bergerac de Johan Wagenaar, le Concerto pour violon N°5 en la majeur K. 219 de Wolfgang Amadeus Mozart ainsi que la célèbre Symphonie N°9 en mi mineur, Op.95 d’Anton Dvorak, dite « Du Nouveau Monde ». C’est le violoniste roumain Valentin Şerban que nous retrouvons en tant que soliste.
Pour commencer ce concert, Lahav Shani et le Rotterdam Philharmonic mettent un compositeur néerlandais à l’honneur : Johan Wagenaar. C’est son ouverture de concert, Cyrano de Bergerac, qui est choisie pour lancer les festivités. C’est une belle découverte et une belle mise en bouche avec une interprétation très réussie de cette œuvre au caractère à la fois héroïque et lyrique.
Après cette introduction, place au Concerto pour violon N°5 en la majeur K. 219 de Mozart. En soliste, nous retrouvons le lauréat du Grand Prix de la finale de violon du Concours international George Enescu 2020/2021, Valentin Şerban. Le violoniste nous propose une bonne version, très propre au niveau du respect des notes et de la partition. En revanche, au niveau du style, nous faisons face à une interprétation très (trop?) romantique avec un vibrato très prononcé. Cela étant dit, les cadences sont bien exécutées et la connexion avec le chef et l’orchestre est bonne. D’ailleurs, la phalange néerlandaise accompagne avec attention et musicalité le soliste du jour, le tout sous la direction claire et précise de Lahav Shani. En bis, Valentin Şerban interprète avec brio, et tout à fait dans le style cette fois, deux pièces pour violon seul d’Enescu.
Après la pause, place à un tube de la musique classique : la Symphonie N°9 en mi mineur, Op.95 d’ Antonín Dvořák dite « Du Nouveau Monde ». Le Rotterdam Philharmonic nous livre une prestation exemplaire. Il y a une alternance entre les passages délicats et les passages brillants et puissants. Lahav Shani, dirigeant par cœur, nous livre une interprétation savamment construite. Il connaît sa partition et transmet avec brio ses idées à l’orchestre, très réceptif par ailleurs. L’architecture de la forme globale est habilement érigée, ce qui nous permet de suivre le contenu narratif de l’histoire qu’ils nous racontent. Cette interprétation est largement acclamée par le public. Pour le bis, le chef a lui-même arrangé pour l’orchestre une pièce pour piano de Mendelssohn : Romances sans paroles, Op. 62 N°5, dite « Chanson de gondolier vénitien ».
Pour le concert du soir, le Czech Philharmonic, sous la direction de Petr Popelka, nous propose deux œuvres : la Symphonie N°4 en mi mineur de George Enescu (complétée de manière posthume par Pascal Bentoiu) et les Danses symphoniques, Op. 45 de Sergueï Rachmaninov.
En 1961, lorsque l’Orchestre symphonique de Londres fit appel à lui comme chef permanent avec un contrat de 25 ans, on le croyait éternel. Il y avait de quoi : signer un tel contrat à 86 ans équivalait à un bail à vie, un usage assez rare dans un monde où l’usure se fait vite sentir et où les musiciens aiment à voir partir assez rapidement les chefs qu’ils ont tout d’abord encensés. Monteux avait un sens du contact très profond, un grand calme dans le geste comme dans le propos, une compétence que les instrumentistes à cordes appréciaient car il était l’un des leurs, et une précision encore rare à l’époque des excès du post-romantisme. On a attribué à Toscanini l'exclusivité de cette révolution au profit d’une nouvelle rigueur. Mais Monteux a œuvré dans le même sens. L’histoire semble l’avoir oublié. D’ailleurs, comment imaginer avoir dirigé le répertoire qui était le sien, à commencer par le Sacre du printemps dont il fut le créateur, sans une précision qu’ignoraient ses prédécesseurs. Toutefois, limiter les qualités de Monteux à la seule précision rythmique serait réducteur. Son abondante discographie en apporte la preuve. Et s’il fallait se contenter d’un seul exemple, il suffit d’écouter son enregistrement de La Valse de Ravel avec l’Orchestre symphonique de Londres : souplesse et rigueur font bon ménage, élégance sans le moindre excès, l’art de la juste mesure. Inégalé et, à mon humble avis, inégalable.
Le Festival George Enescu, organisé de manière bisannuelle, est l’un des plus prestigieux festivals d’Europe. Du 24 août au 21 septembre, les plus grandes phalanges européennes et roumaines vont venir à Bucarest pour donner de nombreux concerts. Cet événement est l’un des plus importants dans son style en Europe. Le festival porte le nom du célèbre compositeur roumain. D’ailleurs, un certain nombre de ses compositions seront entendues lors de ce festival.
Au programme de cette journée du 3 septembre, deux concerts : celui de l’orchestre français des Siècles et celui de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich. Le premier concert a lieu dans l’Athénée Roumain tandis que le second a lieu dans la Salle du Palais, juste derrière le Musée National d'art de Roumanie.
Au programme du concert des Siècles, deux œuvres phares du répertoire : le Concerto pour violon en ré majeur, Op. 61 de Ludwig van Beethoven et la Symphonie fantastique, Op. 14 d'Hector Berlioz. L’orchestre est placé sous la direction de la cheffe d’orchestre Ustina Dubitsky. La soliste du jour est la violoniste allemande Isabelle Faust.
Le concert débute avec le Concerto pour violon en ré majeur, Op. 61 de Ludwig van Beethoven. Isabelle Faust nous propose une version de très belle qualité et nous démontre une nouvelle fois toute la pureté de son jeu violonistique. Cela nous marque particulièrement dans le deuxième mouvement mais également dans l’ensemble des passages où la partition requiert de jouer dans les nuances les plus faibles. En revanche, dans les moments plus vifs, elle joue de manière franche avec beaucoup de caractère. La combinaison de ces deux types de jeux nous donne une interprétation où l’on ne s’ennuie jamais. Il faut aussi souligner la qualité de l’orchestre dans sa manière de jouer et d’accompagner la soliste. Ustina Dubitsky conduit la phalange française, jouant sur des instruments de l’époque classique, avec précision et musicalité, ce qui permet à la soliste de développer son jeu en toute tranquillité et en assurant un bel équilibre entre les différentes parties. Le public, très enthousiaste, acclame les artistes dès la fin de la pièce.
L’édition 2025 du Festival Berlioz (21-31 août) s’est achevée sur un succès record : plus de 28 000 spectateurs, soit une hausse de plus de 40 %, alors même que la durée de la manifestation avait été réduite. Placée sous le thème « À la vie, à la mort ! », cette édition a, une fois encore, joué sur les contrastes, mêlant grandeur et intimité.
Requiem : voyons la chose grande
Le goût du gigantisme et de la spatialisation sonore cher à Berlioz a toujours été pleinement assumé par le Festival. On se souvient des deux cloches, coulées en 2013 pour la Symphonie fantastique, ou encore du cheval de Troie inauguré en 2019 pour Les Troyens. Ces emblèmes veillent aujourd’hui sur l’entrée du Château Louis XI, lieu des concerts du soir.
Le 29 août, c’est le Requiem ou Grande messe des morts qui a pris possession de l’espace. Quelque 120 choristes venus de cinq chœurs — Spirito, le Jeune Chœur Symphonique de Lyon, le Jeune Chœur d’Auvergne, la Maîtrise des petits chanteurs de la cathédrale de Lyon et plusieurs chœurs amateurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes — rejoignaient un orchestre tout aussi fourni. Pour l’occasion, l’ensemble mozartien Appassionato était considérablement renforcé, notamment avec six timbaliers, cinq cymbalistes et quatre groupes de cuivres disposés aux quatre coins de la salle.
Diriger une telle armée de musiciens exige une baguette à la fois précise et dynamique : Mathieu Herzog s’y est employé avec une énergie tantôt communicative, tantôt explosive. Pour un rassemblement de formations différentes, le chœur impressionne par leur homogénéité, notamment dans le « Quaerens me » et l’ « Hostias ». Les cuivres, malgré quelques décalages inévitables dus à la disposition spatiale, ont offert un éclat saisissant dans le « Dies irae », dramatique à souhait. Le « Lacrimosa », dans une surprenante écriture théâtrale, a marqué l’auditoire par la force des cuivres et des percussions. Dans le « Sanctus », le ténor Kevin Amiel a séduit par la luminosité de son timbre, malgré des aigus quelque peu serrés. Tout au long de la soirée, la rondeur des cordes a apporté une suavité en magnifique constast face à la flamboyance de l’ensemble. Voilà une performance grandiose, fidèle à la vision monumentale de Berlioz.


Carlo Maria Giulini, Complete Studios Recordings on Columbia, HMV, Pathé et Electrola. 1952-1980. Livret en anglais, allemand et français. 60 CD Warner Classics. Référence 5021732441218
C’est l’annonce de la fin de ce mois en Belgique, le chef d’orchestre Giampaolo Bisanti prolonge son aventure au pupitre de l’Opéra royal de Wallonie à Liège. Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec le maestro à l’aube d’une nouvelle saison liégeoise qu’il amorce avec une production du Faust de Gounod et avec un casting de prestige.
L’annonce du renouvellement de votre contrat vient d’être communiquée. Vous serez en poste à Liège jusqu’en 2031. Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre l’aventure ? Quels seront les objectifs artistiques de cette nouvelle phase de votre présence ?
Je suis très enthousiaste et honoré de pouvoir poursuivre ce magnifique voyage musical entrepris avec le directeur Stefano Pace et son extraordinaire équipe, et qui se poursuivra dans les années à venir.
La décision prise il y a quatre ans d’élargir le répertoire et l’offre culturelle à la ville de Liège et aux régions voisines est un processus de long terme, qui ne peut s’épuiser en seulement quatre ou cinq ans. Il faut du temps pour que ces choix s’enracinent et posent les bases du public de demain.
Qui dit renouvellement, dit aussi bilan. Quel bilan pouvez-vous déjà établir depuis votre arrivée à Liège tant pour l'orchestre, que les forces musicales et les équipes ?
L’Orchestre et le Chœur ont accompli un parcours remarquable ces dernières années !
Je suis heureux et fier du travail que nous avons réalisé ensemble. Leur extraordinaire souplesse dans l’approche de nouveaux répertoires, souvent très exigeants sur le plan technique autant que musical, est vraiment unique dans le paysage des théâtres d’opéra européens.
Ils sont capables de jouer et de chanter Wagner un mois, puis Rossini le mois suivant, en passant par Mozart et Janáček, sans jamais perdre leur identité sonore ni leur capacité à s’adapter au style propre à chaque œuvre.
Dans le communiqué de presse qui nous a été envoyé, vous saluez votre collaboration avec Denis Segond, chef des chœurs. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Denis Segond est un partenaire exceptionnel !
Pour lui aussi, le défi que représente l’exploration de répertoires nouveaux, complexes et exigeants, s’est révélé passionnant. Il le relève avec enthousiasme et obtient d’excellents résultats.
C’est un musicien sensible, rigoureux, qui sait créer une véritable dynamique d’équipe, de sorte que même les chefs invités se sentent toujours soutenus et pleinement intégrés dans un processus théâtral qui fonctionne à la perfection.
Vous commencez votre saison par Faust de Gounod. Pourquoi ce choix ?
Faust est un véritable grand opéra ! Il est parfait pour inaugurer une saison aussi prestigieuse et ambitieuse que celle de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. Il permet de mettre en valeur l’ensemble des savoir-faire techniques, artistiques et artisanaux du Théâtre.
Ce titre s’inscrit aussi dans un projet de « Trilogie des Diables », entamé l’an dernier avec La Damnation de Faust de Berlioz, et qui se poursuivra avec un troisième ouvrage que je ne peux pas encore dévoiler (même s’il est assez facile à deviner…).
Cette trilogie met en scène un artiste rare, précieux et idéal comme Erwin Schrott, entouré d’un plateau qui rassemble quelques-unes des plus grandes voix du monde lyrique actuel.
Dimitri Chostakovitch (1906- 1975) : Scherzo, op.1 ; Scherzo, Op.7 ; Symphonie n°1 en fa mineur ; Symphonie n°3, Op.20 “1er mai”. Hallé Choir, direction : Matthew Hamilton ; BBC Philharmonic Orchestra, direction : John Storgårds. 2024. Livret en français, anglais et allemand. 75’06’’. Chandos. Chan 20398.
Nichée dans une boucle du Thouet et flanquée des tours des belles églises romanes poitevines de Saint Médard et de Saint-Laon, la ville historique de Thouars, dans le département des Deux-Sèvres, possède un riche patrimoine et sort peu à peu de sa torpeur à la faveur de divers travaux de restauration et d’embellissements toujours en cours. Elle vient en outre de voir naître un nouveau festival organisé par deux jeunes musiciens du pays, Aglaé Bonnet et Léo Gaillard, qui entendent démocratiser l’univers de la musique classique dans leur ville natale d’une manière vivante et accessible à tous, au gré d’une programmation aussi intelligente qu’originale. Sous le titre un peu intriguant d’Harmonies somnambules, la première édition s’est déroulée durant le week-end du 29 au 31 août au MZ, un « Tiers Lieu » installé dans une ancienne école au cœur de Thouars qui a rencontré la faveur des thouarsais depuis sa création en 2023. Il fallait en fait être assez peu somnambule, mais au contraire très réveillé pour suivre les horaires de cette nouvelle manifestation dont les concerts avaient lieu à 7h30 et à 20h30, soit au lever et au coucher du soleil ! L’originalité de la programmation et l’excellence des jeunes artistes ont attiré un public nombreux, aussi bien dans la petite salle autour du piano que dans la salle principale, le temps incertain ayant empêché le déploiement de certains concerts en plein air dans ce qui fut autrefois le préau de l’ancienne école Jean Macé. Salle pleine pour les cinq concerts, succès total et mérité pour cette première édition. Bilan.
Coup d’envoi vendredi soir avec le très beau récital de la pianiste Élise Noaille. Conçu comme un programme racontant l’histoire d’Eurydice en mêlant littérature et musique avec des œuvres de Thelonious Monk, George Crumb, Joe Division, Zoltán Kodály, Ann Southam et Nadia Boulanger, ce parcours très poétique, aux sonorités parfois étranges, fournissait une véritable étoffe pour nos rêves.
Il fallait se lever tôt le lendemain matin pour un concert ressemblant à un tour de force avec le récital de mélodie française proposé par Emma Steiner, soprano et Alexia Roth au piano. Une première à cette heure inhabituellement matinale pour les deux jeunes musiciennes venues de Genève où elles ont suivi le cursus de la Haute Ecole de Musique. Chanter Fauré, Poulenc, Bernstein ou Bizet à 7h30 du matin n’a entamé ni leur talent ni leur bonne humeur. Voir se lever le soleil à travers les fenêtres du MZ au moment même où le poète dit « Je quittais la terre pour m’enfuir avec toi vers la lumière » était un réel moment de grâce. Et quoi de mieux pour poursuivre gaiement la journée que de conclure ce programme par La Diva de l’empire d’Erik Satie, chantée avec force œillades et par les Chemins de l’amour, cette valse ensorcelante que Francis Poulenc écrivit pour Yvonne Printemps sur des paroles délicieuses de Jean Anouilh.
Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Six Trios à violon et basse chiffrée TWV 42 : en si bémol majeur B1 avec hautbois, en la mineur a1 avec flûte à bec, en sol majeur G1 avec flûte traversière, en ré majeur D1 avec violon, en sol mineur g1 avec basse de viole, en fa majeur F1 avec basson (Francfort, 1718). Essercizii Musici (Hambourg, c1739) : Trio pour viole de gambe, clavecin obligé et basse continue en sol majeur TWV 42:G6 ; Trio pour flûte à bec, clavecin obligé et basse continue en si bémol majeur TWV 42:B4. Les Timbres. Harmonia Lenis. Yoko Kawakubo, Yuki Koike, violon. Stefanie Troffaes, traverso. Antoine Torunczyk, hautbois. Myriam Rignol, viole de gambe. Julien Wolfs, Akemi Murakami, clavecin, orgue. Kenichi Mizuuchi, flûte à bec. Yukiko Murakami, basson. Elena Andreyev, violoncelle. 2022. Livret en français, anglais, japonais. 78’26’’. Flora5925
Georg Philipp Telemann (1681-1767) : six Ouvertures TWV 55 : en fa majeur F1, en la majeur A1, en si bémol majeur Es1, en la mineur a1, en ré majeur D2, en sol mineur g1. Carin van Heerden, L’Orfeo Barockorchester. Carin van Heerden, Philipp Wagner, hautbois, flûte à bec. Makiko Kurabayashi, basson. Mate Borzsonyi, Jens Pribbernow, cor. Michi Gaigg, Julia Huber-Warzecha, Sabine Reiter, Martin Kalista, Nina Pohn, violon. Lucas Schurig-Breuss, Daniela Henzinger, alto. Anja Enderler, violoncelle. Maria Vahervuo, contrebasse. Alexander Gergelyfi, clavecin. 2021. Livret en anglais, allemand. 81’18’’. CPO 555 519-2