Rafael Payare et l’Orchestre Symphonique de Montréal : Une collaboration fructueuse au service de la musique germanique post-romantique

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : Pelleas und Melisande Op 5 Verklärte Nacht (La nuit transfigurée) Op 4 (version pour orchestre à cordes révision 1943). Orchestre Symphonique de Montréal, direction Rafael Payare. 2024.  Livret en anglais et français .72’31’’ / Pentatone.- PTC 5187 218.

Rare et délicat portrait de neuf flûtes du XVIIIe siècle

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The Spohr Collection vol 3. Œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), John Frederick Lampe (1703-1751), Antonio Vivaldi (1678-1741), Walter Clagget (1742-1798), Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784), Thomas Chilcot (1700-1766), Pietro Locatelli (1695-1764), Francesco Barsanti (1690-1772), Johann Christoph Pepusch (1667-1752). Ashley Solomon, flûtes. Florilegium. Rowan Pierce, coprano. Agata Daraskaite, Alice Evans, violon. Elitsa Bogdanova, alto. Jennifer Morsches, violoncelle. Fred Jacobs, théorbe, Steven Devine, clavecin. Avril 2023. Livret en anglais, français, allemand. TT 77’21’’. Channel Classics CCS46024

Ian Bostridge et Piotr Anderszewski à l’Athénée : un récital minimaliste

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Un lundi par mois, dans le cadre intimiste du Théâtre de l’Athénée (Paris), se déroule un récital lyrique. Fin janvier, le ténor britannique Ian Bostridge et le pianiste polonais Piotr Anderszewski y ont proposé deux cycles de Lieder de Schumann et 14 Bagatelles de Béla Bartók, pour un récital minimaliste, voire ascétique.

Less is more est une expression difficile à traduire : le mieux est l’ennemi du bien ? Le moins tu en sais, le mieux c’est ? Ou plus simplement : moins c’est mieux. Autrement dit, éviter toute lourdeur inutile, afin de privilégier l’essentiel. Adage transformé en Less is less par le ténor Ian Bostridge et le pianiste Piotr Anderszewski, lors de leur Lundi musical à l’Athénée. 

Interprétés du bout des lèvres et des doigts, les cycles Liederkreis et Dichterliebe, de Robert Schumann, ont semblé froids et mécaniques. Aucun engagement véritable, si ce n’est des déferlements pianistiques inattendus, envahissant la voix du soliste, ou encore des crescendos incontrôlés montrant dangereusement les limites vocales du ténor de soixante ans. Si les Quatorze Bagatelles de Béla Bartók furent rendues avec justesse et finesse, l’austérité de leur écriture, toute en expérimentations sonores et idées thématiques à peine esquissées, n’a pas contribué à réchauffer l’ambiance.

Fauré et Bach réunis pour le premier album du pianiste Gabriel Durliat 

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In Paradisum. Gabriel Fauré (1845-1924) : Requiem, op. 48, VIII. In Paradisum, transcription pour piano Gabriel Durliat ; Pelléas et Mélisande, suite op. 80, transcription pour piano Gabriel Durliat ; Nocturnes n° 7 op. 74, n° 11 op. 104 n° 1 et n° 13 op. 119. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Fantaisie et Fugue pour orgue en sol mineur, BWV 542, transcription pour piano Franz Liszt ; L’Art de la fugue. Contrepoint XIV, complétion Gabriel Durliat ; Cantate BWV 147 : n° 10 Choral « Jésus que ma joie demeure », transcription pour piano Myra Hess. Gabriel Durliat, piano. 2024. Notice en français. 65’ 40’’. Scala Music SMU019.

Yo-Yo Ma et Renaud Capuçon, Schumann et Beethoven

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Pour quatre concerts donnés au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, au Victoria Hall de Genève, au Rosey Concert Hall de Rolle et aux Sommets Musicaux de Gstaad entre le 28 et le 31 janvier, l’Orchestre de Chambre de Lausanne invite le grand violoncelliste Yo-Yo Ma que l’on entend rarement en Suisse. Sous la direction de Renaud Capuçon, il se fait l’interprète du Concerto en la mineur op. 129 de Robert Schumann. Dès les premières mesures, il attire l’auditeur dans son monde intérieur tout en nuances délicates, tirant expression de chaque trait virtuose, suggérant l’accentuation à un canevas orchestral quelque peu brouillon que la baguette du chef tente d’assouplir pour accompagner décemment le soliste. Dans un phrasé d’une rare intelligence, Yo-Yo Ma ose le coup d’archet agressif qu’il atténue ensuite par d’imperceptibles pianissimi, produisant dans le Langsam médian, un oasis de sérénité qui lui permet d’élaborer un éloquent duo avec le premier violoncelle de l’orchestre. Une transition impérieuse amène le Sehr lebhaft conclusif pris à un tempo di marcia qui concède au soliste de radieuses envolées sur d’épineux passaggi débouchant sur une cadenza corsée suivie d’une éclatante coda conclusive. Devant l’enthousiasme du public, Yo-Yo Ma rejoint le quatuor des violoncelles pour présenter une transcription de la mélodie de Gabriel Fauré, Après un rêve, dont il distille le charme mélodique. Puis il finit par emprunter au deuxième violoncelliste son instrument pour tirer un dernier coup de chapeau avec le Prélude de la Première Suite de Bach au phrasé si original. Quel grand artiste !

Partitions d’orchestre chez Breitkopf & Härtel 

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Les célèbres éditions Breitkopf & Härtel nous proposent une belle série de partitions d’orchestre avec des nouveautés parfois reprises de leur imposant catalogue mais qui sont les bienvenues. 

Johann Strauß (1825–1899) : Die Fledermaus-Ouverture. Urtext de l'édition intégrale de Johann Strauß éditée par Fritz Racek. ISMN  : 979-0-004-21793-1.

Johann Strauß (1825–1899) : An der schönen blauen Donau, Op.314.  Urtext de l'édition intégrale de Johann Strauß éditée par Fritz Racek. ISMN : 979-0-004-21764-1

Dans son quatrième album, Işil Bengi exprime sa fascination pour l’eau 

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Hydropath. Charles-Valentin Alkan (1813-1888) : Prélude op. 31 n° 8 : Chanson de la folle au bord de la mer. Johannes Brahms (1833-1897) : Trois Intermezzi, op. 117. Toshi Ichiyanagi (1933-2022) : Inexhaustible Fountain. Jules Massenet (1842-1912) : Impromptu n° 1 : Eau dormante. Augusta Read Thomas (°1964) : Six Études pour piano, n° 5 : Rain at Funeral. Ulvi Cemal Erkin (1906-1972) : Cinq Gouttes. Julian Scriabin (1908-1919) : Prélude en do majeur op. 2. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Une larme. Amy Beach (1867-1944) : Out of the Depths op. 130. Henry Cowell (1897-1965) : The Tides of Manaunaun. Işil Bengi, piano. 2024. Notice en français, en anglais et en allemand. 55’ 52’’. Insolite Records INS03. 

A l’Opéra de Wallonie-Liège, un « Tristan und Isolde » à la très belle lisibilité musicale et scénique

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"Tristan und Isolde », un récit légendaire tel que l’a revu et accompli Richard Wagner en juin 1865, est une œuvre fascinante. Elle est exemplaire d’une conception de l’amour identifié à une passion impossible ici-bas et qui ne peut s’accomplir que dans la mort. Une conception reprise et déclinée notamment par le « Roméo et Juliette » de William Shakespeare, « L’Ecume des jours » de Boris Vian ou encore le « Love Story » d’Erich Segal.

Wagner a donc cristallisé le thème : Tristan et Isolde s’aiment d’un amour aussi irrésistible que désespéré, accru par les effets d’un philtre fatal ; un amour qui les contraint à trahir le roi Marke, époux d’Isolde, oncle de Tristan ; un amour qui ne se résoudra que dans leurs morts.

Pour Wagner, dont on connaît les déferlements textuels, c’est l’occasion d’une accumulation de mots, phrases, images, métaphores, qui disent cette impossibilité de vivre pareil amour « au grand jour », qui exaltent « la nuit merveilleuse », qui soulignent l’implacable fatalité dont le terme est une mort exaltée paradoxalement heureuse. Wagner s’est approprié cet amour-passion.

Mais la musique, sa musique, transcende tout cela pour le porter à un incroyable degré d’incandescence. Ce n’est pas le lieu ici d’une analyse musicale qui montrerait comment tous les moyens de l’expression musicale sont revisités pour multiplier ce qui est raconté, ce qui est vécu. Dans le flux continu d’une partition, dans les récurrences des leitmotive, dans les étagements orchestraux, dans les interventions instrumentales solistes (ah ! la clarinette basse ! ah ! le cor anglais !). L’Orchestre de l’Opéra de Wallonie-Liège en a été un interprète vraiment inspiré sous la baguette d’un Giampaolo Bisanti exactement wagnérien. Oui, quelle remarquable lisibilité musicale.

Quant aux solistes, ils ont nourri leurs airs exigeants (et quelles exigences) de leurs « intonations-appropriations personnelles », conjuguant puissance et nuance, densité et intensité. Michael Weinius-Tristan et Lianna Haroutounian-Isolde « sont » leurs personnages dans les éclats ou les retenues de leurs voix, dans leurs duos, dans leurs monologues désespérés ou emportés. Violeta Urmana-Brangäne est « la suivante de la tragédie », celle qui, voulant venir en aide, précipite en fait le cours du destin. Evgeny Stavinsky-Der König Marke exprime toute la déception, toute la douleur incommensurable et toute la grandeur du roi trahi. Quant à Birger Radde, il confère à son Kurwenal une présence vocale et scénique particulière. Il l’impose. Alexander Marev-Melot, Zwakele Tshabalala-jeune marin-berger et Bernard Aty Monga Ngoy-un timonier, complètent avec bonheur l’éventail vocal.