Partitions d’orchestre chez Breitkopf & Härtel 

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Les célèbres éditions Breitkopf & Härtel nous proposent une belle série de partitions d’orchestre avec des nouveautés parfois reprises de leur imposant catalogue mais qui sont les bienvenues. 

Johann Strauß (1825–1899) : Die Fledermaus-Ouverture. Urtext de l'édition intégrale de Johann Strauß éditée par Fritz Racek. ISMN  : 979-0-004-21793-1.

Johann Strauß (1825–1899) : An der schönen blauen Donau, Op.314.  Urtext de l'édition intégrale de Johann Strauß éditée par Fritz Racek. ISMN : 979-0-004-21764-1

Dans son quatrième album, Işil Bengi exprime sa fascination pour l’eau 

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Hydropath. Charles-Valentin Alkan (1813-1888) : Prélude op. 31 n° 8 : Chanson de la folle au bord de la mer. Johannes Brahms (1833-1897) : Trois Intermezzi, op. 117. Toshi Ichiyanagi (1933-2022) : Inexhaustible Fountain. Jules Massenet (1842-1912) : Impromptu n° 1 : Eau dormante. Augusta Read Thomas (°1964) : Six Études pour piano, n° 5 : Rain at Funeral. Ulvi Cemal Erkin (1906-1972) : Cinq Gouttes. Julian Scriabin (1908-1919) : Prélude en do majeur op. 2. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Une larme. Amy Beach (1867-1944) : Out of the Depths op. 130. Henry Cowell (1897-1965) : The Tides of Manaunaun. Işil Bengi, piano. 2024. Notice en français, en anglais et en allemand. 55’ 52’’. Insolite Records INS03. 

A l’Opéra de Wallonie-Liège, un « Tristan und Isolde » à la très belle lisibilité musicale et scénique

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"Tristan und Isolde », un récit légendaire tel que l’a revu et accompli Richard Wagner en juin 1865, est une œuvre fascinante. Elle est exemplaire d’une conception de l’amour identifié à une passion impossible ici-bas et qui ne peut s’accomplir que dans la mort. Une conception reprise et déclinée notamment par le « Roméo et Juliette » de William Shakespeare, « L’Ecume des jours » de Boris Vian ou encore le « Love Story » d’Erich Segal.

Wagner a donc cristallisé le thème : Tristan et Isolde s’aiment d’un amour aussi irrésistible que désespéré, accru par les effets d’un philtre fatal ; un amour qui les contraint à trahir le roi Marke, époux d’Isolde, oncle de Tristan ; un amour qui ne se résoudra que dans leurs morts.

Pour Wagner, dont on connaît les déferlements textuels, c’est l’occasion d’une accumulation de mots, phrases, images, métaphores, qui disent cette impossibilité de vivre pareil amour « au grand jour », qui exaltent « la nuit merveilleuse », qui soulignent l’implacable fatalité dont le terme est une mort exaltée paradoxalement heureuse. Wagner s’est approprié cet amour-passion.

Mais la musique, sa musique, transcende tout cela pour le porter à un incroyable degré d’incandescence. Ce n’est pas le lieu ici d’une analyse musicale qui montrerait comment tous les moyens de l’expression musicale sont revisités pour multiplier ce qui est raconté, ce qui est vécu. Dans le flux continu d’une partition, dans les récurrences des leitmotive, dans les étagements orchestraux, dans les interventions instrumentales solistes (ah ! la clarinette basse ! ah ! le cor anglais !). L’Orchestre de l’Opéra de Wallonie-Liège en a été un interprète vraiment inspiré sous la baguette d’un Giampaolo Bisanti exactement wagnérien. Oui, quelle remarquable lisibilité musicale.

Quant aux solistes, ils ont nourri leurs airs exigeants (et quelles exigences) de leurs « intonations-appropriations personnelles », conjuguant puissance et nuance, densité et intensité. Michael Weinius-Tristan et Lianna Haroutounian-Isolde « sont » leurs personnages dans les éclats ou les retenues de leurs voix, dans leurs duos, dans leurs monologues désespérés ou emportés. Violeta Urmana-Brangäne est « la suivante de la tragédie », celle qui, voulant venir en aide, précipite en fait le cours du destin. Evgeny Stavinsky-Der König Marke exprime toute la déception, toute la douleur incommensurable et toute la grandeur du roi trahi. Quant à Birger Radde, il confère à son Kurwenal une présence vocale et scénique particulière. Il l’impose. Alexander Marev-Melot, Zwakele Tshabalala-jeune marin-berger et Bernard Aty Monga Ngoy-un timonier, complètent avec bonheur l’éventail vocal.

Bach Collegium Japan à la Philharmonie de Paris : Mozart revisité avec élégance 

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Bach Collegium Japan a lancé sa tournée européenne à Paris le 21 janvier dernier. Contrairement à son habitude d’interpréter des œuvres de Jean-Sébastien Bach, l’ensemble a proposé un programme exclusivement consacré à Mozart. Parmi les œuvres, le Requiem a été révisé par Masato Suzuki, chef principal de l’ensemble, qui a dirigé le concert.

Fils du fondateur du BCJ Masaaki Suzuki, Masato Suzuki est devenu le chef principal de ce célèbre ensemble, et c’est sous sa direction que la grande partie de cette tournée se déroule. Après Paris, les musiciens et chanteurs s’arrêtent jusqu’au 1er février dans six villes réparties sur quatre pays, notamment Madrid, Barcelone, Toulouse, Düsseldorf et La Haye. Ils interprètent un programme unique regroupant trois des œuvres les plus célèbres de Mozart : la 40e Symphonie, le Requiem et Ave Verum.

Le point culminant de ce programme est la version du Requiem revisitée par Masato Suzuki, en deuxième partie du concert. Dans le programme de la salle, le chef précise s’être appuyé sur la version de Franz Xaver Süssmayr (élève de Salieri et assistant de Mozart), respectant ses ajouts contenant des informations aujourd’hui perdues. En s’inspirant également des recherches du musicologue Christoph Wolff, il a cherché à distinguer ce qui peut être directement attribué à Mozart. Les modifications apportées par Suzuki ne visent que les éléments nécessitant des ajustements pour des raisons techniques ou artistiques. Il y décrit sa méthodologie pièce par pièce, offrant aux amateurs avertis des informations musicologiques succinctes mais précises.

Légende bretonne

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Il était une fois… lorsque des consignes sanitaires très strictes faisaient de notre ordinateur un compagnon encore plus fréquenté qu’à l’ordinaire, je naviguais sur la toile sans savoir où me menait ma dose quotidienne de coups de souris. Comment ai-je atterri sur le nom d’Alexandre Georges ? Souvenir de jeunesse puisque c’était le père de mon premier professeur de piano, Bernadette Alexandre-Georges, une disciple de Cortot à qui je dois ma vocation de musicien. 

Le papa, Alexandre, dont la photo trônait sur le piano pendant mes leçons, avait été formé à la dure école Niedermeyer (comme Fauré). Né en 1850, organiste de l'église Saint-Vincent-de-Paul à Paris, très célèbre de son vivant, il était joué régulièrement à l'Opéra de Paris mais tomba totalement dans l’oubli après sa mort en 1938.

En 1904, il avait reçu commande de la pièce pour trompette et piano imposée au concours final du Conservatoire de Paris, la Légende de Larmor, dont on trouve quelques enregistrements sur Youtube. Après consultation de notre magicien de la trompette, Romain Leleu, nous tombons d’accord sur le fait que l’œuvre mérite d’être exhumée. L’idéal serait de pouvoir la jouer avec orchestre, ça parle davantage que la version trompette-piano. Une orchestration de musique française, c’est Anthony Girard qu’il nous faut. Il accepte de s’embarquer dans le projet et le répertoire des trompettistes se trouve en quelques clics enrichi d’une belle pièce avec orchestre que nous présentions en ce début d’année, loin des côtes bretonnes, au public lituanien de Kaunas. Grand succès. Nul doute qu’elle fera carrière.

L'expérience Svetlanov à Londres

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Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de pique, ouverture ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après midi d’un faune ; La Mer ; Sergei Rachmaninov (1873-1943)/ Ottorino Respighi (1879-1936) : Deux études tableaux ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Ouvertures sur des thèmes juifs. Philharmonia Orchestra ; BBC Symphony Orchestra ; London Symphony Orchestra, direction : Evgeny Svetlanov. 1979, 1999 et 2001. Livret en : anglais, allemand et français. 66’00’’. ICAC 5181.  

Jean-Paul Dessy et le Quatuor Tana : « Etre joué, être bien joué… »

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Les pièces au programme de ce soir convoquent deux époques, dans une mixité susceptible d’ouvrir un public à l’autre (et vice-versa), initiative bienvenue (et payante, la salle est comble) qui me met toutefois en porte-à-faux, moi qui ai si peu à ajouter sur tout ce qui a déjà été dit ou écrit à propos de l’œuvre du compositeur emblématique de la musique romantique allemande (musique qui n’est, par ailleurs et nonobstant ses qualités, pas ma tasse de thé) : du viennois Franz Schubert, que ses amis surnomment « Schwammerl » (le « petit champignon ») en raison de sa taille réduite et de sa chevelure bouclée et massive (le chapeau mycologique), réservé mais baignant son inspiration de ses émotions (au premier rang desquelles, le tourment, la douleur, la mélancolie), piètre pédagogue mais compositeur sur-actif/efficace (il meurt brutalement à 31 ans en laissant plus de 1000 œuvres achevées), le Quintette à cordes en ut majeur, écrit lors de son dernier été, est vu comme le pic, l’aboutissement de sa musique de chambre.

De pic(s), il en est aussi question dans le Quintette à deux violoncelles de Jean-Paul Dessy, titré Orée Oraison Hors-Raison (on connaît son goût de la langue et de l’euphonie) : de grandes vagues successives, d’un engrenage d’élans toniques, surgit la trouvaille sonore, se construit un chemin où les violoncelles se complètent, contribuent comme un couple du 21ème siècle aux tâches familiales, gravissent la pente (les pentes, il y en a plus d’une) qui mène au climax où tout se tait à l’explosion, sorte de phase inverse de l’éruption volcanique – pour celle-ci, c’est au jaillissement de la lave que débute le beau, alors que pour la musique du compositeur hutois, c’est l’apaisement qui lui donne son nom et en marque la frontière, telle une invitation à s’arrêter, se retourner et le contempler.