Ryan Wang en récital

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Situé entre Nice et Antibes, Cagnes sur Mer est célèbre pour son Hippodrome qui  se transforme depuis trois ans en un lieu accueillant un festival de musique classique "Les Nocturnes de piano". Le lieu peut sembler insolite, mais l'acoustique est remarquable. La programmation exigeante réunissant des pianistes éminents a séduit le public qui assiste en grand nombre aux sept récitals, sur une période de dix jours. Nous assistons au récital de Ryan Wang, qui a remporté le Concours International de piano Samson François il y a deux ans et qui est aussi  vainqueur  du Concours International Jeune Chopin de Lugano en 2023.

Doté de moyens pianistiques superlatifs, ce jeune pianiste de 16 ans est aussi un authentique musicien.Ryan propose en première partie du récital les Préludes n°13 à n°24 de Chopin. Il a une palette de couleurs infinies tout en étant sensible à l’art du rubato. Il apporte à la musique de Chopin son compositeur de prédilection, cette élévation qui touche au-delà des notes. L’artiste  s’y fait poète ; il dépeint chaque prélude avec sensibilité et touche le cœur et l'âme de chacun.  Il a étudié ces Préludes avec le grand Marian Rybicki, à partir du manuscrit tout en les jouant sur des pianos de l'époque de Chopin, afin de mesurer la difficulté que les interprètes ressentirent pour exprimer toute la richesse et la complexité de cette musique. Ryan Wang est un poète ; il dépeint chaque prélude avec sensibilité et touche le cœur et l'âme de chacun.Après l'entracte il s'attaque à la Sonate n°2 en si bémol mineur de Chopin. C'est une performance incroyable. Son interprétation est captivante, pleine de passion, de feu, de limpidité, de nuances. Il fait ressortir toutes les mélodies intérieures avec une technique hors du commun.

Les Étoiles du classique : les jeunes d’abord !

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Soirée Piano

 

Créé par le violoniste Thomas Lefort à Saint-Germain-en-Laye, à l’ouest de Paris, le festival Les Etoiles du classique a rassemblé, pour la troisième édition du 26 au 30 juin, quelque 200 jeunes interprètes en 11 concerts. Nous avons assisté à la « grande soirée du piano », le 27 juin, avec trois pianistes en vue avec le soutien d’Yves Henry. 

Sur la scène du Théâtre Alexandre Dumas, à deux pas du château de Saint-Germain-en-Laye qui abrite le Musée d'archéologie nationale, se succèdent Arsenii Moon, Marina Saiki et Gaspard Thomas. Le Russe natif de Saint-Pétersbourg reçoit, outre le premier prix du 64e Concours international Ferruccio Busoni, de nombreuses récompenses dont « Sviatoslav Richter Grant » de la Fondation Mstislav Rostropovich, le Prix Yuri Temirkanov et Verbier Festival Tabor piano award. Dans son programme virtuose, Gaspard de la nuit de Ravel a encore beaucoup de marge de manœuvre, notamment dans l’expression du caractère charnel d’Ondine, de l’effroi du Gibet et surtout, de l’esprit malin et maléfique de Scarbo. Dans cette dernière pièce, sa virtuosité, d’ailleurs remarquable, l’emporte sur le symbolisme narratif. Le pianiste se laisse quelque peu aller par la fougue dans Mazeppa de Liszt ; cette belle spontanéité donne à la fois l’impression de lâcher-prise. L’acoustique de la salle, n’étant pas dédiée à la musique classique (très loin de là !) joue défavorablement aux interprètes, ce sentiment étant également confirmé chez Marina Saiki. 

Élève de Christian Ivaldi au CNSM de Paris et de Rena Shereshevskaya à l’Ecole Normale de Musique de Paris, Marina Saiki est une pianiste polyvalente dans le meilleur sens du terme. Si elle joue avec l’Ensemble Intercontemporain, elle étudie également le pianoforte, l’écriture et l’improvisation générative. Elle vient d’obtenir avec brio son prix de musique chambre au CNSM de Paris, en tant que membre du Trio Azuli. Sa sensibilité raffinée fait d’elle une excellente interprète de Chopin et de Ravel, comme l’ont témoigné ce jour sa Barcarolle et ses Jeux d'eau. Mais la montée émotionnelle vers le point culminant de ces pièces accompagnée de l’explosion éclatante tant attendue, peine à s’entendre. La deuxième sonate de Scriabine sonne beaucoup mieux, peut-être parce que le piano commence à bien s’acclimater à la salle et que nos oreilles s’y habituent… Toujours est-il qu’elle souligne à merveille le caractère encore chopinien de l’œuvre, mais une affirmation plus forte ferait une belle affaire pour forger davantage sa musicalité.

Midsummer Festival à Hardelot : Convivialité et diversité

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L’esprit de l’entente cordiale irrigue le théâtre élisabéthain d’Hardelot tout en bois, en face du château que le Londonien Henry Guy (alias Guy d’Hardelot) avait fait ériger dans un style que l’on qualifie aujourd’hui de kitch, mais pas pour autant à son époque, au XIXe siècle. Ce mélange de styles, comme symbole d’ouverture, est perceptible à la programmation du Midsummer Festival, entre la musique « savante » et « sérieuse » et celle plus légère. 

Christophe Dumaux en majesté

Au cours du concert intitulé « Chevalier et enchanteresse », avec des extraits d’opéras de Haendel, de Vivaldi et de Porpora, la musicalité et la vocalité surprenante du contre-ténor Christophe Dumaux a largement marqué l’esprit des spectateurs. Son timbre unique, légèrement argenté le distingue immédiatement par l’étrangeté de sa couleur, mais on prend vite le plaisir d’entendre cette voix extrêmement agile. Dans « Tu spietata non farai » d’Iphigenia in Aulide de Porpora, l’enchaînement entre les voix de poitrine et de tête, pourtant de nature et de teinte très différentes, est si bien rendu qu’aucune rupture n’est marquée. Sa voix s’envole ensuite dans les aigus avec une puissance impressionnante, dans une virtuosité spectaculaire. Il chante avec une aisance confondante, comme si la partition était écrite pour lui ! Aux côtés d’un artiste qui exerce son art avec autant de liberté, n’importe quel(le) chanteur(se) aura des difficultés à l’égaler. La jeune cantatrice Lauranne Oliva — premier prix des Voix Nouvelles 2023 et la révélation lyrique aux Victoires de la Musique classique 2024 — a malgré tout bien défendu son chant. Ses phrasés un peu tendus au début gagnent en souplesse à la fin de la soirée, notamment dans le duo « Caro, Bella » (Giulio Cesar) de Haendel. Dans le concerto pour violon RV 275 de Vivaldi, Thibault Noally joue la partie soliste avec son ensemble Les Accents, avec un beau contraste entre les mouvements, grâce à sa sonorité à la fois boisée et brillante. Son interprétation n’est pas explosive même dans des moments les plus « rock’n’roll » du compositeur vénitien, mais son archet racé vient doter la musique d’une grande noblesse. 

Musique de la Renaissance au Festival Musical de Namur

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Cette année marque les 60 ans du Festival Musical de Namur. Dédiée à Jodie Devos, qui devait s’y produire le 11 juillet, cette 31ème édition a débuté le 6 juin (avec un concert Haendel en prélude le 28 mai) et se clôturera le 13 juillet par un concert autour du thème des oiseaux. 

Le mardi 2 juillet fut l’occasion d’entendre un concert consacré à des œuvres de la Renaissance, et plus particulièrement à la figure de l’Homme Armé. Interprété par l’Ensemble Clément Janequin et Les Sacqueboutiers de Toulouse, le programme complet sera détaillé en fin d’article. 

Le début du concert fut quelque peu mitigé. La position en alternance (un musicien, un chanteur) des artistes n’a pas directement porté ses fruits et la balance s’en est ressentie, livrant un résultat quelque peu brouillon. Ce sentiment s’est poursuivi dans la pièce instrumentale Pavane et Gagliarde de la Guerre de Pierre Phalèse, qui a vu de nombreux problèmes de mise en place apparaître. 

La pièce suivante, le Gloria de la Missa de Bomba de Pedro Bermúdez fut aux antipodes de la précédente. Balance parfaite, équilibre total, symbiose des chanteurs et de l’organiste Yoann Moulin, sans aucun doute l’une des plus belles interprétations de la soirée. Cette œuvre a permis aux artistes d’entrer totalement dans leur concert, et de nous livrer par la suite une copie parfaite. Pour les meilleurs moments, nous pouvons également citer La Guerra de Mateo Flexa ou bien le Benedictus de la Messe La Bataille ainsi que La Guerre de Clément Janequin (dont la fin étonnante pourrait avoir sa place dans un concert de musique contemporaine). 

Ce que Bach n’écrivit jamais pour flûte à bec et clavecin… poétisé par un sage duo

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate pour traverso en fa majeur BWV 1035. Andante de la Sonate pour violon en si mineur BWV 1014. Sonate en trio no 3 en mi mineur BWV 527. Chaconne de la Partita pour violon no 2 en sol mineur BWV 1004. Nun komm, der Heiden Heiland BWV 659. Suite pour Lautenwerk en ré mineur BWV 997. Largo de la Sonate pour violon en do mineur BWV 1017. Julien Martin, flûte à bec. Olivier Fortin, clavecin. Livret en français, anglais, allemand. Novembre 2001. TT 69’14. Alpha 939

Elektra à Munich

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Après un Trouvère de Verdi extrêmement obscur, l’opéra de Bavière, dans le cadre de son Festival annuel, donne une reprise de l’exécution de 1997 aux couleurs fauves d’Elektra de Richard Strauss. Le metteur en scène Herbert Wernicke, qui conçut également l’éclairage  et les costumes, choisit d’illustrer par ce moyen la psychologie à vif de l’œuvre. C’est donc avec des jaunes, rouges et bleu plus sauvages les uns que les autres, et sous la lame d’un panneau s’ouvrant en diagonal, que le drame a lieu. 

Les vêtements ne sont pas moins éclatants que le décor. Salomé, habitée par la mort et tenant sa hache constamment en main, est toute de noire, debout sur son cercle blanc, quasi immuable comme une pierre tombal ; Chrysothemis, pleine de vie, elle, et souhaitant enfanter, évolue dans sa robe blanche : Chlytemnestre, aux rêves sanguins, ayant assassiné son premier mari, sort du fond écarlate sur un escalier de la même couleur,  dans sa parure rouge vif avec une cape brodée d’or .

Plus tard, l’ayant abandonnée, Electre s’en servira pour essayer de convaincre sa sœur de tuer leurs parents avec elle, et Oreste s’en drapera tel un empereur romain.

La scène voisine ainsi avec des tableaux d’art abstrait ou des Nicolas de Staël. Le manque de survitrage nonobstant est cependant regrettable. Le traitement que Richard Strauss inflige à la langue, rend la compréhension des dialogues malaisée, y compris pour un germanophones, et tous les spectateurs ne sont pas forcément germanophones de surcroît.

L’orchestre de l’opéra de Munich, sous la direction de Vladimir Jurowski est remarquable de pénétration, de force et de feu avec ses accents, ses aigus et pics acérés. Trop peut être même, mordant sur les chanteurs, et rendant l’exécution à la limite de la version de chef, il en fait presque perdre de vue la valeur des interprètes. 

C’est qu’ils sont remarquables également. Les personnages principaux, une belle cohésion les unit dans un esprit de troupe. Et que ce soit Elena Pankratova en Electre, qui donne à son timbre irisé une sécheresse de rasoirs, Vida Miknevičiūtė en Chrysothemis au chant non moins aigu mais plus mélodieux, ou Violeta Urmana en Clytemnestre, avec sa voix tendue de douleurs, les joutes entre la mère et la sœur avec cet abîme de désir assassin, qu’est Electre, révèlent bien la noirceur de l’opéra.

L’Oreste de Károly Szemerédi est sans doute le rôle masculin le plus réussi. Le désamour de Strauss pour les ténors exigent des interprètes d’une qualité extrême. Et il incarne un Oreste, à la voix ferme, grave et dure comme sa stature. Un Oreste à faire peur de sécheresse, comme sa sœur.