Hybridation pour Aficionados

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Passacaille de la Follie. L’Arpeggiata ; Philippe Jaroussky, contreténor ; Christina Pluhar,  théorbe, direction, conception et arrangements.  2023. Texte de présentation en  anglais, français, allemand - textes chantés en différentes langues.  62’55.  Erato. 5054197221873

A Lausanne, une Norma surprenante  

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Pour achever sa saison 2022-2023, l’Opéra de Lausanne affiche Norma, le chef-d’œuvre de Vincenzo Bellini. Son directeur, Eric Vigié, en confie la production à Stefano Poda qui assume à la fois mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphie en collaborant avec Paolo Giani Cei. Pour une Note d’intention figurant dans le programme, il écrit : « Norma est le monde du rêve et du cauchemar, de l’inconscient, de l’esprit. C’est l’occasion parfaite pour épurer ma mise en scène, pour offrir aux spectateurs un véritable instrument optique qui ne montre pas forcément la vie des Gaules et des Romains, mais aussi le monde interne de chacun de nous ».

A l’instar de ses précédentes relectures des Contes d’Hoffmann et d’Alcina, Stefano Poda délimite l’espace scénique par de vastes parois vitrées permettant les jeux subtils d’éclairage, alors que descend des cintres un gigantesque peuplier porteur du gui sacré dont les racines énormes semblent vouloir écraser le peuple gaulois engoncé dans de blanches houppelandes et les quelques uniformes noirs portés par le proconsul romain Pollione et ses hommes de main. Tandis qu’apparaît un immense disque lunaire élevé par de mystérieuses mains, Norma, vêtue de rouge vif, officie en déroulant le sublime « Casta diva » puis s’immerge dans le souvenir des jours heureux au moment où, dans un « Ah bello, a me ritorna » suggéré par le rêve, lui apparaît Pollione auquel elle s’unit avec une dévorante passion. Le second tableau présente une Adalgisa drapée de noir, considérant une maquette du Panthéon qui s’agrandira en arrière-plan quand la rejoindra le consul imposant la toute-puissance romaine. Des entrailles de la terre surgiront, en un cube exigu, les deux enfants nés de l’union de la grande-prêtresse et du parjure, vivant dans un monde clos et jouant au lego avec les lettres de toutes tailles composant le nom NORMA. Mais que leur constante agitation devient dérangeante durant le magnifique « Mira, o Norma » où ils édifient les mots AMOR et ROMA ! Un gong lumineux déclenchera l’incitation à exterminer l’envahisseur, tandis que le sang inondera les vitres. Le dénouement laissera en coulisse le bûcher sacrificiel mais fera émerger la sphère bleue de la rédemption vers laquelle s’achemineront les deux amants purifiés, tenant par la main leurs deux fils.

 

Montreux ovationne Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole  

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Le Septembre Musical à la fin mai début juin, tel est le fait surprenant auquel est confronté le public des habitués du Festival de Montreux-Vevey ! Il faut mentionner qu’au terme du Montreux Jazz Festival qui aura lieu en août, l’Auditorium Stravinsky fermera ses portes pour de longs mois de travaux. C’est pourquoi Mischa Damev, directeur du Septembre Musical, a été contraint d’anticiper la série de manifestations.

Pour la 77e édition comportant dix concerts, la France est à l’honneur, ce qui occasionne la venue de deux de ses grandes phalanges symphoniques, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. La première de ces formations ouvre les feux les 31 mai et 1er juin sous la direction de celui qui a fait sa renommée internationale de 2008 à 2022, Tugan Sokhiev. 

Le premier soir, le programme est intégralement dédié à la musique française et commence par Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy, plongé dans un pianissimo étrange d’où se dégagera la lente mélopée de la flûte à laquelle répondra le hautbois enveloppé par les cordes langoureuses. De cette torpeur naîtra une ascension vers un tutti où s’étalera une sensualité débordante qui finira par retomber, alors que le chef prend soin de détailler chaque note de la péroraison.

Intervient ensuite Renaud Capuçon qui aurait dû interpréter le 3e Concerto en si mineur op.61 de Camille Saint-Saëns mais qui se voit contraint de solliciter un changement de programme. En coulisse court la rumeur que ses trop nombreuses obligations l’ont empêché de se rendre à Toulouse pour répéter… En lieu et place, il propose le Poème op.25 d’Ernest Chausson écrit pour le grand violoniste Eugène Ysaye qui en assura la création à Nancy le 27 décembre 1896 puis à Paris le 4 avril 1897. D’une introduction orchestrale tirant sa gravité de la profondeur des basses, le violon se détache lentement en un pianissimo déchirant qui s’anime de pathétiques élans rendant expressives les doubles cordes. Le discours s’exacerbe, l’aigu devient tranchant en un paroxysme tumultueux masquant avec peine le manque de répétitions. Mais la section finale est dominée par une sonorité radieuse corsée par le trille avant de trouver l’apaisement rédempteur.

D’autres facettes de Stanisław Moniuszko : sa musique sacrée

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Stanisław Moniuszko (1819-1872) : Litanies d’Ostra Brama ; Sub tuum praesidium ; Ecce lignum crucis ; Marche funèbre d’Antoni Orlowski ; Requiem aeternam. Ingrida Gápová, soprano ; Marion Eckstein, alto ; Sebastian Mach, ténor ; Maximilian Argmann, basse ; Goldberg Baroque Ensemble ; Gellert Ensemble, direction Andrzej Szadejko. 2022. Notice en anglais, en français et en allemand. Textes chantés en latin. 62.38. SACD MDG 902 2278-6.

La musique de chambre avec piano d’Artur Malawski : premières gravures mondiales 

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Artur Malawski (1904-1957) : Conte de fée pour violon et piano ; Burlesque pour violon et piano ; Trois Chants d’enfants pour voix et piano ; Sonate sur des thèmes de Feliks Janiewicz ; Trio pour piano, violon et violoncelle, et autres petites pièces. Sylwia Michalik, piano ; Malgorzata Wasiucionek-Potera et Kamila Wasik-Janiak, violon ; Adam Krzeszowiec, violoncelle ; Inga Poskuté, soprano ; Iga Polonska, mezzo-soprano. 2022. Notice en polonais et en anglais. 80.05. Un album de deux CD Dux 1831/32.

À quatre ou en duo, les violons dans l’arène : Imaginarium réveille l’imaginaire de Telemann

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Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto con 4 violin en sol majeur TWV 40:201. Zwangiste Lection des Music-Meisters en sol majeur TWV 40:111. Concerto a 4 violini senza basso en ré majeur TWV 40:202. Duetti en sol majeur, la mineur, si mineur TWV 40:124-126. Sonata à IV violini en ut majeur TWV 40:203. Canons mélodieux ou VI Sonates en duo : Sonata I en sol majeur TWV 40:118, Sonata III en ré majeur TWV 40:120. Sonata I en ré majeur TWV 40:103. Imaginarium Ensemble. Enrico Onofri, Alessandro Tampieri, Boris Begelman, Maria Cristina Vasi, violon baroque. Août 2022. Livret en anglais, français, allemand, italien. TT 63’29. Passacaille PAS 1126