Paysages anglais et tchèques avec l'OPMC

par

Pour ce concert, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo retrouve l’excellent Frank Peter Zimmermann, l'un des solistes réguliers des saisons monégasques. L'intégrale des Sonates de Beethoven avec Martin Helmchen, ainsi que les Sonates de Brahms et le Concerto pour violon de Schumann ont été des moments musicaux inoubliables, pleins d'inventivité et de profondeur, atteignant les sommets de la perfection. Pour ce concert, l’OPMC est placé sous la direction de Cornelius Meister, l’un des chefs en vue du moment, aussi à l’aise dans la fosse que sur le podium symphonique. 

On les attend donc avec impatience pour écouter l’un des plus longs concertos du répertoire  : celui du compositeur anglais Edward Elgar (plus de 45 minutes...). Le Concerto d'Elgar est une œuvre qui se mérite, qui n’a pas la même séduction immédiate que d’autres partitions du grand compositeur : les Variations Enigma ou le Concerto pour violoncelle. La partition requiert une hauteur de vue exceptionnelle pour l'habiter et en rendre toutes les facettes. Quant au public, il doit apprivoiser cette masse imposante et intimidante.  Malheureusement, Frank Peter Zimmermann n'est pas en forme. Il joue avec brio et témoigne d’une belle sonorité, mais le courant ne passe pas. Ce n'est que dans le dernier mouvement qu'il arrive enfin à captiver l'auditoire. Malgré une belle gestique, Cornelius Meister n'arrive pas à réaliser la cohésion entre l'orchestre et le soliste. Frank Peter Zimmermann offre en bis une Sarabande de Bach, qui suscite quelques minutes d'émotion et de bonheur.

Biber, lecture châtiée des douze Sonatae « tant pour la table que l’autel »

par

Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) : Sonatae Tam Aris, quam Aulis servientes. Harmonie Universelle. Florian Deuter, Mónica Waisman, violon. Wolfgang von Kessinger, Christian Goosses, Aino Hildebrandt, alto. Linda Mantcheva, violoncelle. Dane Roberts, violone. Christoph Sommer, théorbe. James Johnstone, orgue. Hans-Martin Rux-Brachtendorf, Astrid Brachtendorf, trompette. Livret en anglais, français, allemand. Juin 2021. 77’11. Accent ACC 24386

Il Proscritto de Mercadante : une séduisante résurrection

par

Saverio Mercadante (1795-1870) : Il Proscritto, mélodrame tragique en trois actes. Ramón Vargas (Giorgio Argyll) ; Iván Ayón-Rivas (Arturo Murray) ; Sally Matthews (Anna Ruthven) ; Goderdzi Janelidze (Guglielmo Ruthven) ; Elizabeth DeShong (Odoardo Douglas) ; Irene Roberts (Malvina Douglas) ; Opera Rara Chorus ; Britten Sinfonia, direction Carlo Rizzi. 2022. Notice en anglais. Synopsis en anglais, en français, en allemand et en italien. Livret complet en italien, avec traduction anglaise. 124.05. Un coffret de deux CD Opera Rara ORC62.

Rodolphe Menguy, débuts à la hongroise 

par

Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano Sz.80, En plein air, Sz.81 ;   Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses  de  Marosszék ; Franz Liszt (1811-1886) : Rhapsodie hongroise n°5 en mi mineur “Héroïques-élégiaques”, S.244 ; Rhapsodie hongroise n°16 en la mineur “Budapest Munkácsy-Festlichkeiten”, S.244 ;  Rhapsodie hongroise n°10 en mi majeur “Preludio”, S.244. Rodolphe Menguy, piano. 2022. Livret en français et anglais. 60’. Mirare. MIR 672. 

Un monstre d’orgueil et d’ambition« Henri VIII » de Camille Saint-Saëns

par

Un monstre d’orgueil et d’ambition, tel est le Henri VIII magistralement incarné par Lionel Lhote, tel est le Henri VIII que nous propose le metteur en scène Olivier Py.

Henri VIII est un opéra de Camille Saint-Saëns, créé à l’Académie nationale de musique de Paris (aujourd’hui Opéra de Paris) le 5 mars 1883. Un opéra rarement représenté : cette saison, « all over the world », il ne sera à l’affiche que pour cette production bruxelloise ! C’est dire. 

Justifie-t-il ce désintérêt ? Mérite-t-il cette sorte d’exhumation ? Oui et non. C’est une œuvre musicalement bienvenue, de belle orchestration, de belle instrumentation. Et l’on comprend le bonheur d’Alain Altinoglu de nous la faire découvrir. De nous la faire bien découvrir dans la mesure où, très bien suivi par un Orchestre de la Monnaie qu’il a manifestement convaincu et stimulé, il en exalte les richesses. Mais c’est une œuvre qui n’a pas la tension de ces grands chefs-d’œuvre lyriques qui nous emportent inexorablement dans leur déferlement ou qui nous marquent à jamais par l’un ou l’autre épisode de leur partition. 

Elle nous confronte donc à cet Henri VIII dont nous savons tous par infusion culturelle qu’il s’est marié six fois, et que d’ailleurs l’un de ces mariages a provoqué le schisme anglican. Cet Henri VIII dont nous reconnaissons à l’instant le portrait peint par Holbein. Le livret, qui prend des libertés avec l’Histoire, nous invite à le rejoindre au moment où il répudie Catherine d’Aragon, la remplace par Anne de Boleyn et de ce fait quitte l’Eglise romaine avec fracas. Ce livret insère un certain Don Gomez de Féria, ambassadeur espagnol auprès de la Cour d’Angleterre, amant dorénavant rejeté par Anne de Boleyn, mais pour qui elle avait écrit une lettre d’instante recommandation auprès de la reine aujourd’hui ostracisée, une lettre qui pourrait compromettre sa merveilleuse ascension (« l’humble fille d’hier sera reine demain »). Un livret assez linéaire en fait et qui n’abonde guère en « coups d’opéra ».

Olivier Py s’en est emparé dans une mise en scène dont tous les aspects visent à faire du monarque un monstre d’orgueil et d’ambition, un cynique jouant sur tous les tableaux, de la séduction à la menace sans appel (Ses derniers mots : « si j’apprends qu’on s’est raillé de moi, la hache désormais »). 

La première séquence est si révélatrice : Henri VIII entre sur le plateau vêtu d’une redingote noire. Un photographe s’installe. On revêt le monarque d’un manteau et d’un chapeau d’apparat. Henri VIII, tel que l’a imposé pour l’éternité le portrait d’Holbein. Photo. Plus tard, une autre photo, tout aussi majestueuse, sur un faux cheval. Plus tard encore, au début du troisième acte, le roi entre en scène… sur un vrai cheval, incroyable tribune pour des paroles d’autorité et de décisions sans appel.

Souvent, alors que les autres protagonistes sont à l’avant-plan, il est là, à l’affût, à l’écoute. Et même, le voilà batifolant avec une dame d’honneur d’Anne de Boleyn, en négation méchamment ironique de ses grands serments d’affection et de prédilection.

Tout cela s’inscrivant dans une scénographie et des costumes de Pierre-André Weitz, le complice au long cours de Py, qui nous plongent dans un univers surdimensionné, majestueux, dont le noir typique permet des contrastes éclatants avec certains vêtements rouges ou blancs.

Olivier Py est un incontestable créateur de tableaux scéniques époustouflants. Ainsi, la séquence du synode qui se conclura par le schisme : masse rouge vif des prélats rassemblés se métamorphosant, chasubles retirées, en peuple acclamant son roi (un grand moment pour les chœurs !).

Mais Olivier Py, ce sont aussi, qui m’ont moins convaincu, ses éternels beaux jeunes gens quasi dénudés (mais cette fois, un seul « tout nu » : a-t-il été tiré au sort ou l’a-t-il voulu ?) qui doublent les séquences ou en anticipent des réalités futures. C’est aussi ce que j’appellerai un caprice de metteur en scène : cette locomotive qui, au début du deuxième tableau du quatrième acte, surgit sur le plateau en défonçant un mur, tout cela pour dire qu’on est parti à la campagne… Ce sont aussi des séquences chorégraphiées (par Ivo Bauchiero), obligées par le genre certes, dont j’interroge la signification et l’intérêt (mais cette réticence est peut-être liée à ma relation personnelle à la danse).

Mais si cet Henri VIII restera dans notre souvenir, ce sera, et c’est essentiel en l’occurrence, grâce à celui qui l’incarne : Lionel Lhote. Il est, vocalement et scéniquement, le monstre d’orgueil et d’ambition de son personnage. Quelle rage, quelle séduction doucereuse, quelle conviction, quelles menaces dans les intonations de sa voix, dans la conduite et la maîtrise de son chant. Et son jeu corporel est alors comme le prolongement, comme l’exacte visualisation de ce qu’il nous donne à entendre. Quelle maturité ! 

Telemann et les flûtes : en Sonates et Fantaisies, deux nouvelles parutions

par

Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Sonate en ut majeur TWV 41:C5, Sonatine en la mineur TWV41:a4, Sonate en fa mineur TWV 41:f2, Sonatine en ut mineur TWV 41:c2, Sonate en fa majeur TWV 41:F2, Sonate en ré mineur TWV 41:d4, Sonate en fa mineur TWV 41:f1, Sonate en ut majeur TWV 41:C2. Dan Laurin, flûte à bec. Anna Paradiso, clavecin. Mats Olofsson, violoncelle. Avril 2021. Livret en anglais, allemand, français. TT 70’02. BIS-2555

Georg Philipp Telemann (1681-1767) : 12 Fantasie per flauto solo TWV 40:2-13. Ensemble Vibrations. Fabien Bogaert, Myriam Graulus, Philippe Laloy, Eric Leleux, Audrey Ribaucourt, Pascale Simon, Lydie Thonnard, flûtes. Février 2022. Livret en anglais, français. TT 54’26. Et’Cetera KTC 1743