Clara Levy, Hildegarde Von Bingen et Pauline Oliveros : 13 Visions énigmatiques
Clara Levy (1991-) : 13 Visions. Clara Levy, violon et voix. 2022. Livret en anglais - Discreet editions. discreet004.
Clara Levy (1991-) : 13 Visions. Clara Levy, violon et voix. 2022. Livret en anglais - Discreet editions. discreet004.
Krzysztof Penderecki (1933-2020) : Suite per violoncello solo ; Jeajoon Ryu (°1970) : Sonata per cello e pianoforte n° 2 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano, Op. 40. Arto Noras, violoncelle ; Ralf Gothóni, piano. 2021-Textes de présentation en polonais et anglais - 66’22. Dux 1709

George Frederic Haendel (1685-1759) : Theodora. John Chest, Valens ; Paul-Antoine Benos-Djian, Didymus ; Michaël Spyres, Septimus ; Lisette Oropesa, Theodora ; Joyce DiDonato, Irene ; Massimo Lombardi, A Messenger. Il Pomo d’Oro, Maxim Emelyanychev. 2022. Livret en anglais, français, allemand. Texte chanté en anglais. 3 CD Erato. 5054197177910

Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Symphonie n°6 en mi mineur ; Symphonie n°8 en ré mineur. English Folks Songs ; England, my England. Roderick Williams, baryton ; BBC Symphony Chorus, BBC Symphony Orchestra, Martyn Brabbins. 2019 et 2021. Livret en : allemand, anglais et français. Textes chantés en anglais. 74’02’’. Hyperion. CDA 68396.
Le concert d’ouverture du 21e Festival européen de quatuor à cordes était assuré par le Quatuor GoYa, ensemble regroupant à l’origine quatre musiciennes de quatre nationalités différentes, toutes membres de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. (Si la composition du quatuor n’a pas changé, son premier violon, notre compatriote Sylvia Huang, a quitté il y a peu la prestigieuse formation néerlandaise pour devenir aux côtés de Saténik Khourdoian la nouvelle co-Konzertmeisterin de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie.)
Donné dans le cadre des Maisons Romanes, lieu qui abrite la sobre église protestante tournaisienne et offre une belle acoustique, le programme débuta par le Quatuor N° 1, Op. 27 (1877-1878) de Grieg, curieusement le deuxième des trois quatuors du compositeur et d’ailleurs le seul à nous être parvenu (le premier fut perdu et le troisième resta inachevé). Comme l’expliqua très bien le musicologue Hugo Rodriguez dans sa captivante introduction, l’oeuvre servit plus que probablement de modèle au Quatuor de Debussy, les similitudes entre ces deux compositions ne pouvant être le seul fruit du hasard. Rare au concert, cette oeuvre de vastes dimensions -elle dépasse les 35 minutes- débute par un Allegro molto aux accents passionnés, suivi d’une Romanza un peu sucrée et salonnarde aux accents vaguement tchaikovskiens. L’Allegro molto marcato alterne des épisodes aux caractère de marche énergique avec d’autres doux et lyriques, mais aussi au caractère de danse populaire norvégienne bien marqué, avant que l’oeuvre ne se conclue sur un énergique Presto al saltarello.
Dans la semaine qui précède Noël, l’Orchestre de la Suisse Romande organise un concert exceptionnel qui est donné en la Cathédrale Saint-Pierre de Genève le 21 décembre, en la Salle Métropole à Lausanne le 22. Le programme inclut quatre voix solistes et le Chœur de Chambre de la Haute Ecole de Musique de Genève.
En ce qui concerne la première soirée, il faut d’abord relever que, dans la vaste nef de l’église, le son émis depuis le maître-autel est de bonne qualité sans que l’écho brouille les lignes de force du tissu orchestral.
Sous la direction de Jonathan Nott, le programme débute par une cantate profane de Joseph Haydn, la scena Berenice, che fai ? sur un texte tiré de l’Antigono de Pietro Metastasio, écrite sur mesure pour Brigida Giorgi Banti qui en assurera la création au King’s Theatre de Londres en mai 1795. La mezzosoprano Marie-Claude Chappuis en est la soliste, donnant au recitativo initial une expression contrastée qui met en lumière le déchirement et les doutes qui assaillent l’héroïne, confrontée à la disparition tragique de Demetrio, son amant. Le Largo lui fait développer un legato intense soutenant sa morne résignation, tandis que l’Allegro conclusif l’entraîne jusqu’aux extrémités de la tessiture pour traduire son désespoir et sa volonté de mettre fin à ses jours.
Sur la scène du Théâtre de Beaulieu récemment rénové, le BBL (Béjart Ballet Lausanne) fait son grand retour en donnant six représentations de Wien, Wien, nur du allein, un ballet en deux parties et un interlude élaboré il y a quarante ans par Maurice Béjart et créé au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles le 14 mars 1982.
Qui sait pourquoi, l’œuvre n’a jamais été reprise intégralement par la compagnie actuelle. Son directeur artistique, Gil Roman, avait fait partie des quatorze danseurs que le grand chorégraphe avait choisis pour la première bruxelloise et la création mondiale au Châtelet, un mois plus tard. A première vue, pensant que ce ballet était daté, il ne songeait qu’à en présenter quelques pages significatives ; néanmoins, en travaillant avec la troupe, il a été subjugué par sa profondeur et son architecture scénique dense et complexe.
L’ouvrage témoigne de la fin d’une époque, d’un cycle de l’humanité qui est au bord de l’abîme. Ne lui restent que la musique et un mot clé, Vienne… « Wien, Wien. Nur du allein », mélodie célèbre de Rudolf Sieczinsky à jamais gravée dans nos mémoires par le disque d’Elisabeth Schwarzkopf, ce qui faisait dire à Maurice Béjart : « Vienne, un rêve, un espoir, une lente décadence, la mémoire d’un certain passé, Vienne, petite madeleine de Proust au parfum de Schubert du côté de chez Mozart, prisonnière de sa légende, Sodome et Gomorrhe d’un fleuve qui incarne la Valse, d’une valse qui tourne comme les planètes ». C’est pourquoi ce ballet n’a pas de trame véritable mais donne à l’imagination du spectateur diverses clés de lecture. Serait-ce l’histoire de quatorze survivants à un cataclysme, attendant la mort au fond d’un bunker ou celle d’un enfer où quatre trios réunissant les êtres les plus diversifiés se cherchent, se frôlent, se mêlent sans trouver l’amour ? Seul celui d’un frère et d’une sœur, Werner et Schwesterlein (magistralement campés par Kwinten Guilliams et Ooana Cojocaru) semble profond sans pouvoir le vivre charnellement .

Airs français de Bel Canto. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Le Siège de Corinthe : Acte II, n° 5 : « Que vais-je devenir ?... Du séjour de la lumière » et Acte III n° 12 : L’heure fatale approche… Juste ciel. » ; Guillaume Tell, Acte II, n° 9 : « Ils s’éloignent enfin… Sombre forêt. » ; Le comte Ory, Acte II n° 4 : « En proie à la tristesse… Céleste providence. ». Gaetano Donizetti (1797-1848) : Les martyrs, Acte I, scène 5 : « Ô ma mère… Qu’ici ta main glacée bénisse ton enfant. » ; Lucie de Lammermoor, Acte I, Scènes 6 et 7 : « Gilbert… Ô fontaine… Que n’avons-nous des ailes ? » ; La fille du régiment, Acte I, n° 6 : « Il faut partir » et Acte II, n° 8 : « C’en est donc fait… Salut à la France ». Lisette Oropesa, soprano ; Sächsischer Staatsopernchor Dresden ; Philharmonie de Dresde, direction Corrado Rovaris. 2021. Notice en anglais. Texte des airs chantés en français, avec traduction anglaise. 65.13. Pentatone PTC 5186 955.
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Weihnachtsoratorium BWV 248 ; Osteroratorium BWV 249 ; Himmelfahrtsoratorium BWV 11. Anna Lucia Richter, Regula Mühlemann, Joanne Lunn, soprano. David Allsopp, alto. Wiebke Lehmkuhl, Elisabeth Jansson, alto. Sebastian Kohlhepp, Jan Kobow, Samuel Boden, ténor. Michael Nagy, Gotthold Schwarz, Tobias Berndt, basse. Gaechinger Cantorey, Hans-Christoph Rademann. Kammerchor Stuttgart, Barockorchester Stuttgart, Frieder Bernius. Notices en allemand, anglais. Pas de livret des paroles. Juillet 2004, mai 2014, décembre 2016, janvier 2017 (réédition). Coffret 3 CDs TT 75’48 + 75’27 + 66’44. Carus Verlag CV 83.047
A l’Opéra National de Lorraine, Le Barbier de Séville est emporté prestissimo (à la Rossini donc) par une mise en scène « vive et malicieuse » (c’est la définition de l’espièglerie) de Mariame Clément et par des interprètes heureux d’en rajouter à bon escient dans le jeu scénique… sans compromettre pour autant leurs incontestables qualités vocales.
Ce que l’on découvre sur le plateau, c’est comme un grand bloc qui tourne… en fait la maison fortifiée (fenêtres et portes occultées) du docteur Bartolo, un homme d’un âge certain (on appelle cela un barbon), soucieux de protéger des regards, qu’il juge tous « intéressés », sa pupille Rosine … qu’il se réserve pour lui-même. Evidemment, il ne sait pas ce qui l’attend. Le Comte Almaviva (qui se fera d’abord passer pour Lindoro, un étudiant pauvre) est amoureux de la belle ; le barbier Figaro, très vif et très malicieux, espiègle donc, va l’aider à sauver la belle et à l’épouser, au grand dam du tuteur. Tout évidemment finit au mieux pour les tourtereaux (… même si l’on sait, grâce aux Noces de Figaro, que le couple connaîtra plus tard quelques problèmes liés aux pulsions de monsieur, mais Figaro, encore lui, défendant Suzanne sa promise, remettra de l’ordre moral dans tout cela…).
La scénographie est à panneaux mouvants, qui s’ouvrent notamment sur le cabinet de consultation du docteur Bartolo (devenu dentiste à l’ancienne pour l’occasion) ou sur la chambre de la pupille. C’est une boîte à surprises.
On l’aura compris, Mariame Clément a décidé de s’amuser en mettant en scène cette œuvre (qu’on peut également par ailleurs lester de points de vue plus sérieux ou davantage engagés : le sexisme, le machisme, la dépendance des filles et des femmes, la corruption, etc.). Ce faisant, elle nous amuse.
Elle ne sollicite pas le texte : les spectateurs peuvent constater qu’elle prend au pied de la lettre des mots et des phrases du livret pour leur donner une équivalence scénique superlative (tous les personnages se figent soudain en « statues », ils se « cognent la tête »). Elle multiplie les gags visuels en jouant sur de savoureux anachronismes : l’homme à tout faire Basilio aux apparences de rocker à chemise rouge et banane, Almaviva en Rambo ou en sosie d’Elvis Presley se déhanchant comme il convient. Il y a des agitations de film muet. Elle installe le tout dans un rythme soutenu bienvenu… celui de la musique de Rossini.