La Psyche de Matthew Locke, l’opéra emblématique de la Restauration anglaise

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Matthew Locke (c. 1621-1677) : Psyche, opéra dramatique en cinq actes. Caroline Weynants, Caroline Bardot, Lieselot de Wilde et Deborah Cachet, sopranos ; Lucile Richardot, mezzo-soprano ; et Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténors ; Marc Mauillon, Antonin Rondepierre et Davy Cornillot, ténors ; Etienne Bazola, Nicolas Brooymans et Renaud Bres, basses ; Ensemble Correspondances, direction Sébastien Daucé. 2022. Notice en français et en anglais. Livret complet en anglais, didascalies comprises, avec traduction française. 107.00. Un album de deux CD Harmonia Mundi HMM 905325.26. 

Piotr Anderszewski à Monte-Carlo

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo propose cette saison une série de récitals avec les pianistes les plus éminents, dont Piotr Anderszewski en fait partie.

L’artiste se présente avec un programme intense composé d’œuvres de compositeurs avec lesquels il est très proche depuis des années. Une sélection des Préludes et Fugues du deuxième cahier du Clavier bien tempéré de Bach, les Variations op.27 d'Anton Webern et la Sonate n°31 op.110 de Beethoven.

L’Auditorium Rainier III est dans la pénombre, le piano est placé plus près du public, Piotr Anderszewski nous entraîne immédiatement dans son voyage musical. Il propose une autre façon d'écouter les pièces de Bach, grâce à une interprétation intimiste, pleine de couleurs, de poésie et de luminosité. Comme pour son enregistrement paru chez Erato l'année passée, il sélectionne des Préludes et Fugues (huit pour ce récital) qu'il réorganise en créant un sens du drame. Il suggère une sorte de cycle où les pièces dialoguent entre elles. Tout y est exceptionnel : le phrasé, le son, le toucher. Il respire la musique, communique l'essence et projette son âme et son cœur aux auditeurs. On est en dialogue avec Bach.

En seconde partie il donne vie aux Variations op.27 d'Anton Webern, la seule œuvre pour piano du compositeur, datant de 1935, mais qui reste d'habitude difficile pour le grand public. Sous ses doigts cette pièce de musique dodécaphonique devient un joyau musical, expressif et chantant. Il enchaîne sans interruption avec la Sonate n°31 op. 110 de Beethoven.

Quatrième étape de l’intégrale brucknérienne de Hansjörg Albrecht : la « Symphonie Wagner » à Munich

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie 3 en ré mineur WAB 103 [version 1888-1889] ; Prélude symphonique en ut mineur pour orchestre WAB 297 [transcriptions Erwin Horn]. Johanna Doderer (*1969) : PINUS – Bruckner Fenster, Orgelversion der Orchesterfassung DWV 139. Hansjörg Albrecht, orgue de l’église St. Peter de Munich. Novembre 2021. Livret en allemand, anglais. TT 74’35. OEHMS Classics OC 479

A Florence, Maria José Siri incarne une émouvante Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea 

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Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes. Maria José Siri (Adriana Lecouvreur), Martin Muehle (Maurice, comte de Saxe), Ksenia Dudnikova (Princesse de Bouillon), Nicola Alaimo (Michonnet, le régisseur), Alessandro Spina (Prince de Bouillon), Paolo Antognetti (Abbé de Chazeuil), Davide Piva (Quinault), Antonio Garés (Poisson), Michele Gianquinto (Majordome), Chiara Mogini (Mademoiselle Jouvenot), Valentina Corò (Mademoiselle Dangeville) ; Orchestre et Chœurs du Mai Musical florentin, direction Daniel Harding. 2021. Notice en anglais et en italien. Pas de livret, mais synopsis en anglais et en italien. Sous-titres en italien, en anglais, en allemand, en français, en japonais et en coréen. 143.00. Un DVD Naxos 2. 110737. Aussi disponible en Blu Ray.

Musiques Nouvelles : 60 ans, 45 compositeurs, la création épanouie 

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Tim Gouverneur (1983-), Benoît Chantry (1975-), Adrien Tsilogiannis (1982-), Sébastien Jurczys (1985-), Eric Bettens (1973-), Edwin Pierard (1986-), Alin Gherman (1981-), Alithéa Ripoll (1990-), Paula Defresne (1971-), Jonathan Aussems (1981-), Nicolas d’Alessandro (1981-), Guillaume Auvray (1990-), Maxime Georis (1991-), François Couvreur (1992-), André Ristic (1972-), Gilles Doneux (1985-), Pierre Slinckx (1988-), Grégory d’Hoop (1986-), Gaëlle Hyernaux (1979-), Qoutayba Neaimi (1986-), Adrien Lambinet (1979-), Alice Hebborn (1990-), Eliot Delafosse (1994-), Jarek Frankowski (1958-), Stefan Hejdrowski (1993-), Hughes Kolp (1974-), Laurent Houque (1985-), Max Charue (1992-), Bo Van der Werf (1969-), Benjamin Sauzereau (1984-), Eric Collard (1995-), Pierre Quiriny (1983-), Judith Adler de Oliveira (1989-), Gwenaël Grisi (1989-), Harold Noben (1978-), Patrick Leterme (1981-), Sarah Wéry (1987-), David Achenberg (1966-), Line Adam (1972-), (19-), Jean-Philippe Collard-Neven (1975-), Fabian Fiorini (1973-), Apolline Jesupret (1995-), Stephane Orlando (1979-), Arnould Massart (1956-), Pauline Claes (1982-): 60 Ans 45 Compositeurs - 2012-2022. Musiques Nouvelles. 6h48’38 – 2022 – Livret en : anglais, français. Cypres. CYP8621. 

Influence croisée entre Venise et la Cour de Dresde : Zefiro tire un feu d’artifice !

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Grand Tour a Venezia. Francesco Maria Veracini (1690-1768) : Ouverture no 6 en sol mineur. Georg Pisendel (1687-1755) : Concerto pour violon no 2 en ré majeur JunP I.7. Antonio Lotti (1667-1740) : Sinfonia de l’opéra Ascanio. Johann David Heinichen (1683-1729) : Concerto pour deux hautbois en mi mineur Seibel 222. Jan Dismas Zelenka (1679-1745) : Ouverture a 7 concertanti en fa majeur ZWV 188. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto per l’orchestra di Dresda en sol mineur RV 577. Zefiro. Alfredo Bernardini, direction et hautbois. Paolo Grazzi, hautbois. Lorenzo Cavasanti, Emiliano Rodolfi, flûte à bec. Alberto Grazzi, basson. Cecilia Bernardini, Claudia Combs, Ayako Matsunaga, Monika Toth, Rossella Croce, Ulrike Fischer, Isotta Grazzi, Matilde Tosetti, violon. Stefano Marcocchi, Teresa Ceccato, alto. Gaetano Nasillo, Sara Bennici, violoncelle. Riccardo Coelati Rama, violone. Francesco Corti, clavecin, positif. Evangelina Mascardi, luth. Mai 2021. Livret en anglais, français, italien. TT 66’11. Arcana A534

Une Force du Destin suprêmement musicale

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Vaste salon, table éclairée de chandeliers, portraits d’ancêtres : ce décor sera le seul situé dans l’intimité d’une demeure familiale. Le Marquis de Calatrava y souhaite bonne nuit à sa fille Léonora di Vargas avant que l’irruption de l’amant-ravisseur, Don Alvaro, fils d’un noble espagnol et d’une princesse inca, n’anéantisse en un éclair ce paisible tableau. L’absence d’ouverture, replacée ici après la fuite des jeunes gens, renforce la violence de l’équation : père intransigeant, amant meurtrier malgré lui, jeune fille déchirée entre les deux. 

Réminiscence du Don Giovanni de Mozart, à cette différence près que le frère, Don Carlo di Vargas, incarne à lui seul « la » vengeance. Il réduit de ce fait Leonora à un rôle de victime sacrificielle armée de seules forces spirituelles. En outre, un mélange de néo-paganisme, de religieux « romain » et de romantisme allemand (Schiller) fait finalement basculer l’esthétique générale du côté de Victor Hugo auquel le compositeur avait justement dû renoncer sous la pression de la censure.

L’oeuvre commandée par le Tsar prend alors les proportions du continent : gigantesque errance, dans le temps -presque dix ans-, et dans l’espace -depuis les campements militaires, assemblées de bohémiens, jusqu’aux asiles monastiques et autres ermitages qui font office de tombes-. Intenses mouvements aussi du côté des protagonistes : les héros changent de nom, d’apparence, de genre, d’identité, si bien qu’on ne sait jamais vraiment s’ils sont vivants, morts ou revenants. Proportions monumentales, enfin, de la partition qui juxtapose des scènes bouffes, ironiques, sentimentales, nobles ou totalement intériorisées.

Un disque-livre pour souligner la modernité de Marcel Proust

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Ecrits dans une sorte de langue étrangère. Ludwig Van Beethoven : Trio à clavier en si bémol majeur op. 97 « Archiduc ». Pierre-Yves Macé (°1980) : Les sons n’ont pas de lieu, pour piano à quatre mains et électronique. Charles Heisser (°1998) : Improvisations # 1 et # 2, pour piano. Jean-Frédéric Neuburger (°1986) : Sehr Bestimmt, pour violon. Philippe Leroux (°1959) : VVV, pour violon et piano. Mauro Lanza (°1975) : John Conway in Gondola, pour trio à clavier. Noriko Baba (°1972) : Au pavillon de (Monsieur) Porcelaine, pour trio à clavier et voix. Gérard Pesson (°1958) : Echelle et infusoire, pour piano à six mains ; Portraits de musiciens (d’après Marcel Proust) : Gluck et Schumann, pour récitant et piano. Gabriel Marghieri (°1964) : Céleste balance, clochers, pour orgue. Trio Georges Sand ; Anne-Lise Gastaldi, Maroussia Gentet, Charles Heisser, Kim Béroff, Alice Delmas et Dario Pirone, piano ; Aya Kono et Virginie Buscail, violon ; Gabriel Marghieri, orgue ; Jennifer Tani, soprano. Lecture de textes par les comédiens Loïc Corbery et Clément Hervieu-Léger. 2022. Textes des compositeurs et de Belinda Cannone, Elsa Fottorino, Cyrille Gouyette, François Hartog, Franck Jaffrès, Stephen Paulello, Jérôme Prieur et Nicolas Ragonneau. 96'20'' Un disque-livre de deux CD (livre inséré) Elstir004.

A Genève, un orchestre balte décoiffant ! 

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A quelques jours des fêtes de fin d’année, le Service Culturel Migros invite le Baltic Sea Philharmonic sous la conduite de son chef fondateur, Kristjan Järvi, pour trois concerts à Zürich, Genève et Berne. Cette formation, à nulle autre pareille, a vu le jour en 2008 à l’initiative du Festival d’Usedom, en réunissant une communauté de jeunes musiciens issus de dix des pays nordiques qui bordent la Mer Baltique. 

Sur le plateau, l’on remarque d’emblée l’absence totale de pupitres, car chaque instrumentiste joue par cœur un programme d’une heure et demie, donné sans pause et sans entracte. A part une dizaine de chaises pour les violoncelles, les deux harpes et le célesta, tout ce petit monde déambule sur scène, en se faufilant jusqu’à la rampe si un solo le met en évidence, ou en esquissant quelques pas de danse si la musique y incite. Sous un jeu de lumières virevoltant continuellement comme un kaléidoscope, les chemises de chaque groupe comportent des taches de couleur à l’endroit où l’instrument interagit avec le corps. 

De manière informelle, les musiciens entrent sur le plateau en jouant, laissant à Krystjan Järvi le soin de se frayer un chemin pour donner forme à Ascending Swans, une brève page de sa composition d’après le Chant de louange extrait de la musique de scène de Jan Sibelius pour Svanevit (Le Cygne blanc). Les deux harpes dessinent un pont de transition  nous amenant à Nutcracker reimagined (Casse-Noisette ré-imaginé), symphonie dramatique que le chef estonien a élaborée en déplaçant, voire en réorchestrant, les pages qui lui paraissaient les plus significatives du célèbre ballet de Tchaikovsky. Ainsi, du 1er acte, ne subsistent que l’Ouverture miniature, les scènes concernant l’Arbre de Noël, la Marche et le départ des invités.