Pierre Bartholomée  au Namur Concert Hall

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Pierre Bartholomée, légende de la création et de la vie musicale en Belgique, est à l’honneur  au Namur Concert Hall.  Son Requiem et sa nouvelle composition OUR(UR) seront interprétés par le Chœur de Chambre de Namur.  Alex Quitin et Thimothée Grandjean, reporters de l’IMEP  rencontrent Pierre Bartholomée en prélude à ce concert commémoratif, l’un des évènements du mois.  

En 2019, vous avez composé un Requiem, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette œuvre ?

C'est en 2006 que j'ai composé ce Requiem, à la demande de Guy Janssens, pour l'ensemble Laudantes. La création a eu lieu au Conservatoire de Bruxelles en 2007 et ce premier concert a été immédiatement suivi de deux autres, l'un à la Collégiale de Nivelles, l'autre dans une très jolie église dont je ne retrouve pas le nom mais qui se situe à Sint-Truiden. Ce troisième concert a été enregistré pour le label Cyprès qui l'a publié pour clôturer la série que Guy Janssens et le Laudantes consort ont consacrée à l'histoire du Requiem, de Ockeghem à nos jours. 

Mon Requiem est une œuvre de relativement grande dimension. Il est construit en 7 parties -Prélude, Kyrie, Dies Irae, Urupfu, Sanctus, Agnus Dei, Épilogue. Il y a trois langues : le latin, le français et le rwandais. La partie centrale, Urupfu (la Mort), se réfère aux événements tragiques du Rwanda, en 1994. Elle fait appel à un poème original de Charles Karemano, écrivain rwandais, et elle contient des extraits d'une lettre, écrite en français, par une très jeune Rwandaise au destin tragique. J'y ai aussi introduit un Hostias et un Libera nos. L'Épilogue se conclut sur un vers du poète belge Henry Bauchau avec qui j'ai eu le privilège de travailler pour mes deux premiers opéras, OEdipe sur la route et La Lumière Antigone

La structure de votre Requiem diffère de celle qu’on peut apercevoir chez Verdi ou Mozart par exemple. Vous êtes vous inspiré d’un modèle particulier pour composer votre propre Requiem ?

Tout en respectant les termes de la commande qui m'avait été faite, j'ai voulu que cette oeuvre soit une sorte d'interrogation du requiem par lui-même. On y retrouve des éléments importants de la tradition liturgique romaine mais la mise en perspective avec le drame rwandais y introduit une dimension forcément particulière qui, conjuguée à l'interrogation qui m'habite depuis de longues années sur l'évolution et le destin de la musique d'inspiration religieuse, le situe probablement en marge des principaux modèles connus. 

À l'occasion d’une collaboration avec le Chœur de Chambre de Namur, vous avez composé une œuvre complémentaire à ce Requiem, OUR(UR). Pouvez-vous nous expliquer le lien entre les deux pièces ?

Je pense que le seul lien entre ces deux pièces est que c'est moi qui en suis l'auteur. Encore que l'on ne sache jamais vraiment ce qui nous pousse à écrire ou composer telle chose plutôt que telle autre. 

 

La Croisette, l'opérette et les Années folles

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Croisette. Opérettes des années folles. Ouvertures, airs et ensembles de : Henri Christiné (1867-1941), Reynaldo Hahn (1874-1947), André Messager (1853-1929), Raoul Moretti (1893-1954), Moïse Simons (1889-1945), Maurice Yvain (1891-1965). Amel Brahim-Djelloul, Patricia Petibon, Marion Tassou ;  sopranos ; Pauline Sabatier, mezzo-soprano ;  Rémy Mathieu et Philippe Talbot,   ténors ; Guillaume Andrieux,  baryton,  Laurent Naouri, baryton-basse ; Orchestre National de Cannes,  direction : Benjamin Levy. 2022. Livret en français et anglais. 67'48’’. Warner Classics :  5054197196195 

Premières discographiques pour Leo Blech,  à l’occasion des 150 ans de sa naissance

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Leo Blech (1871-1958) : Œuvres complètes pour orchestre. Lieder avec orchestre. Waldwanderung pour orchestre op. 8 n° 1 ; Von den Englein, pour chœur féminin et orchestre ; Trost in der Natur, barcarolle pour orchestre op. 7 n° 3 ; Six Kinder Lieder pour voix et petit orchestre ; Wie ist doch die Erde so schön, op. 21 n° 8, pour voix et orchestre ; Sommernacht, pour chœur mixte et orchestre ; Die Nonne, poème symphonique pour orchestre op. 6. Sonja Gornik, soprano ; Opernchor Aachen ; Sinfonieorchester Aachen, direction : Christopher Ward.  Capriccio C5481.

Leo Blech : Le Roi des Alpes et le Misanthrope, opéra en trois actes. Ronan Collett (Astragalus), Hrólfur Saemundsson (Rappelkopf), Sonja Gornik (Marthe), Irina Popova (Sabine), Tilmann Unger (Hans), Anne-Aurore Cochet (Lieschen), Hyunhan Hwang (Habakuk), Pawel Lawreszuk (Veit Meinhardt), Fanny Lustaud (Katharine), Anna Graf (Susel) ; Opernchor Aachen ; Sinfonieorchestrer Aachen, direction : Christopher Ward. 2021. Notice en allemand et en anglais. Texte complet du livret en allemand, avec traduction anglaise. 125.00. 2 CD Capriccio C5478. 

Bernardo Storace sur trois claviers, expédition méridionale avec Marouan Mankar-Bennis

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In modo pastorale. Bernardo Storace (c1637-c1707) : Pastorale ; Capriccio sopra Ruggiero ; Ciaccona ; Recercar ; Toccata e canzon ; Passagagli sopra Fe ; Ballo della Battaglia ; Recercar di ligature ; Follia ; Monica ; Passagagli in Modo Pastorale ; Passagagli sopra la. Bergamesca ; Trombetta [improvisations]. Arnaud Carron de La Carrière, percussions. Arabella Cortese, récitante. Jean-Pascal Lamand, murmures siciliens. Marouan Mankar-Bennis, clavecin, épinette, orgue. Livret en français et traduction partielle en anglais. Octobre 2020. TT 77’51. L’Encelade ECL 2101

César Franck en coffret anniversaire chez Calliope 

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César Franck (1822-1890) : Quatuor à cordes en ré majeur, FWV 9 ; Messe, op.12 FWV 61 : Panis Angelicus ; Pièce V pour hautbois et piano ; Symphonie en ré mineur, FWV 48 ; Sonate pour violon et piano en la majeur, FWV 8 (version originale pour violon et piano et transcription pour violoncelle et piano) ; Prélude, Choral et Fugue, FWV, 21, Prélude, Aria et final, FWV, 23, Mélodies. Solenne Païdassi, violon ; Xenia Jankovic, violoncelle ; Bruno Laplante, baryton ; Benoit d’Hau, trompette ; Vincent Rigot, orgue ; Alexandre Gattet, hautbois ; Laurent Wagschal, Annie d’Arco, Janine Lachance, Jacqueline Bourgès-Maunoury, piano ; Vincent Rigot, orgue ;  Quatuor Joachim, Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, Roberto Benzi. 1972-2022. Livret en français. 1 coffret de 4 CD Calliope. 

A Lausanne, un Candide ébouriffant

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08.11.2022; Lausanne; Opera; Candide de Voltaire et Bernstein; Repetition generale piano
Photo Jean-Guy Python

Comme deuxième spectacle de sa saison, l’Opéra de Lausanne a la judicieuse initiative de proposer un ouvrage dont on parle beaucoup mais que l’on voit rarement sur scène, Candide de Leonard Bernstein. Répondant à une suggestion de Lillian Hellman, célèbre scénariste et dramaturge native de New Orleans, le jeune compositeur et chef d’orchestre s’emploie, dès 1950, à transformer en comédie musicale le roman cruel de Voltaire publié en 1759, avec l’idée de mettre en parallèle les abominations de l’Inquisition catholique dans l’Espagne médiévale et les persécutions anti-communistes du maccarthysme des années cinquante. Commencée en 1954, la composition est abandonnée puis reprise l’année suivante et menée de front avec celle de West Side Story. Présentée précautionneusement au Colonial Theatre de Boston le 29 octobre 1956 avant une création officielle au Martin Beck Theatre de New York le 1er décembre de la même année, cette comic operetta déconcertera le public de Broadway qui la jugera trop sérieuse ou trop premier degré, et n’obtiendra que 73 représentations, ce qui est peu à pareille enseigne. De nombreuses révisions aboutiront à une seconde version, plus  comique, avec un nouveau livret de Hugh Wheeler et des dialogues remaniés par Stephen Sondheim, qui sera affichée à Brooklyn en décembre 1973 puis au New York City Opera, neuf ans plus tard. Leonard Bernstein avalisera une version définitive en deux actes que dirigera John Mauceri au Scottish Opera de Glasgow le 19 mai 1988 et qu’il enregistrera lui-même l’année suivante. 

Et c’est donc cet ultime remaniement que choisit l’Opéra de Lausanne qui avait prévu de le donner en mars 2020, en ayant monté complètement la production que la pandémie annulera. Parfaitement huilée, la mise en scène de Vincent Boussard vous agrippe dès le lever de rideau et ne vous lâche pas une seconde avec une frénésie qui vous met en présence d’un Candide pataud juché sur une mappemonde, observant la jolie servante Paquette et ses cousins, Cunégonde et Maximilian, les enfants du Baron de Thunder-ten-tronck. Tout irait pour le mieux, s’il n’avait pas pour principe de suivre à la lettre les règles de conduite de son précepteur, le docteur Pangloss, en déclarant sa flamme à Cunégonde et en l’épousant, ce qui le fait chasser du château.

Premier volet de l’intégrale pour piano  de Germaine Tailleferre, par Nicolas Horvath

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Germaine Tailleferre (1892-1983). Her piano works, revived, vol. 1. Exercice d’harmonie (chant donné par Florent Schmitt), Impromptu, Romance, Pas trop vite, Pastorale (en ré), Fandango, Hommage à Debussy, Très vite…, Petites ouvertures d’airs anciens, Sous le rempart d’Athènes, Sicilienne, Pastorale en la bémol, Pastorale en do, Fleurs de France, Pastorale inca, Pastorale amazone, Berceuse, Suite dans le style ‘Louis XV’, Au pavillon d’Alsace (Deux danses du marin de Bolivar). Nicolas Horvath, piano. 2021. Notice en anglais et en français. 83.21. Grand Piano GP891.

Le Dowland sévère et inventif de Jonas Nordberg

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Lessons. John Dowland (1563-1626) : Prelude P 98 ; A Fancy P 73 ; The Frog Galliard P 23a ; Farewell P 4 ; A Fancy P 6 ; The Most Sacred Queen Elizabeth, Her Galliard P 41 ; Forlorn Hope Fancy P 2 ; The Right Honourable Ferdinando Earl of Derby, His Galliard P 44a ; Loth to Depart P 69 ; Can She Excuse P 42 ; Solus Cum Sola P 10 ; Sir John Smith, His Almain P 47 ; Orlando Sleepeth P 61 ; Lady Hunsdon’s Puffe P 54 ; Semper Dowland Semper Dolens P 9 ; The Most High and Mighty Christianus the Fourth, King of Denmark, His Galliard P 40 ; A Fantasie P 1a ; Piper’s Pavan P 8 ; A Fancy P 5 ; Lachrimae P 15 ; Galliard to Lachrimae P 46. Jonas Nordberg, luth. Livret en anglais, allemand, français. Mars 2021.  72’16 .  BIS 2627

Le conte est bon : « L’Amour des trois oranges » de Sergueï Prokofiev à l’Opéra National de Lorraine

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A l’Opéra National de Lorraine, avec L’Amour des trois oranges, c’est un joyeux moment que les spectateurs sont invités à vivre et à partager, grâce, mais oui, à une musique de Sergueï Prokofiev fidèlement servie par Marie Jacquot, grâce à l’inventivité souriante d’Anna Bernreitner, la metteure en scène, grâce à des interprètes au diapason.

Il faut immédiatement souligner que le livret, inspiré d’une pièce de Carlo Gozzi, est un excellent point de départ pour pareille joyeuse entreprise. Ce jeune prince-là, désespérément hypocondriaque, ne rit jamais. Faisant le désespoir de ceux qui l’aiment (son père le Roi de Trèfle, le mage Tchélio et le jongleur Truffaldino). Suscitant les ambitions de ceux qui veulent le supplanter (notamment la sorcière Fata Morgana). Mais voilà qu’une chute ridicule de la sorcière fait éclater de rire le triste prince. Anathème furieux de celle-ci : « Jour et nuit, tu chercheras les trois oranges ! ». Le prince trouvera évidemment les oranges et s’en emparera malgré leur gardienne, la terrible Créonte. Une de ces oranges se métamorphosera en ravissante Princesse Ninette, quand même temporairement transformée en rat avant de retrouver ses belles apparences. Tout est bien qui finit bien : les méchants s’enfuient, les beaux jeunes gens convolent en justes noces. 

Et voilà que Prokofiev, oui le sérieux Prokofiev, compose une partition pour ce joli conte ! Une partition absolument savoureuse, inventive, drôle, décalée dans ses déploiements orchestraux, instrumentaux et vocaux. L’écouter, c’est déjà sourire, d’autant que Marie Jacquot la sert au mieux avec l’Orchestre et le chœur de l’Opéra National de Lorraine. 

Anna Bernreitner l’a mise en images scéniques. De façon tout aussi bienvenue. Puisque Roi de Trèfle il y a, son château nous apparaîtra comme un… château de cartes ! Un plateau tournant fera apparaître et disparaître les personnages dans des décors comme en papier mâché. Les costumes et déguisements seront de cet acabit-là : le manteau à très longue traîne du roi, le petit short en simili cuir de Truffaldino, et surtout les trois princesses en oranges à éplucher. Le tout bien réglé, chorégraphiquement rythmé.

Une belle farce ? Oui et non : en effet, un Prologue nous fait assister à la dispute entre les Tragiques, les Comiques, les Lyriques et les Ridicules, désireux bien sûr de s’imposer chacun dans le récit qui va suivre, et qui d’ailleurs, installés sur des sortes de balcons, en seront comme les manipulateurs tout à tour victorieux et défaits. Si farce il y a, moments tragiques et moments lyriques ne manquent pas… mais passés au tamis de l’humour. Même si, petit bémol pour moi, le choix dramaturgique de cette « distanciation » liée aux observateurs-manipulateurs en combinaisons blanches de laboratoire, là-haut, ne convainc pas vraiment, n’ajoutant pas grand-chose au propos, nous distrayant même du carnaval d’en-bas.