Alexandre Kantorow concertant avec l’OPMC

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Alexandre Kantorow a été choisi comme "Artiste en résidence" par l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Après un récital exceptionnel, le 17 janvier dernier, on le retrouve en concert avec l'orchestre en compagnie du talentueux  chef d'orchestre Jérémie Rhorer. 

Au programme le puissant et motorique Concerto n°2 de Prokofiev.  L'exécution d'Alexandre Kantorow admirablement accompagné par l'orchestre est incroyablement forte, hallucinante et ébouriffante. Sous des doigts l’oeuvre déborde de vitalité, de rage de sauvagerie et de piquant de la très longue cadence du premier mouvement, l’une des plus exigeantes écrites par Prokofiev, lui-même pianiste-virtuose  à l’embrasement du dernier mouvement. 

Avec Alexandre Kantorow, pas de gestes artificiels mais l'émotion pure qui coule directement du piano dans son corps et qu'il transmet au public. Cette interprétation est récompensée d’une "Standing ovation". Le public est enflammé. L'orchestre applaudit avec les mains à l'unisson. C'est un triomphe! Alexandre Kantorow nous offre deux bis de Brahms qui est un de ses compositeurs favoris: la Ballade n°1 et le finale de la Sonate n°3.

La musique adoucit les heurts : une analyse du litige entre l’Orchestre National de Belgique et certains de ses musiciens à propos des droits des artistes-interprètes

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La crise sanitaire n’aura pas apaisé, loin s’en faut, les tensions entre la direction et les organisations syndicales de l’ONB. La pandémie est même à l’origine d’une poussée de fièvre supplémentaire, qu’un arrêt de la Cour d’appel de Bruxelles du 7 mai 2021 ne suffira vraisemblablement pas à calmer… En cause, le sort des droits des musiciens sur les reproductions et radiodiffusions de leurs interprétations. 

Le dilemme des acteurs du monde musical face à la pandémie 

On le sait, la crise de la COVID-19 a entraîné un gel des représentations musicales en public, dans notre pays comme dans beaucoup d’autres. Dans ce contexte, plusieurs ensembles ont été contraints de se tourner vers de nouvelles sources de financement, comme le streaming. D’autres, en raison de leur statut d’organisme d’intérêt public, ont choisi de diffuser des concerts par internet à des fins non commerciales, sans aucune forme de rémunération, dans l’unique objectif de se conformer à leur contrat de gestion et de préserver les contacts avec leur public.  Au risque de renforcer le sentiment, déjà bien ancré chez de nombreux internautes, selon lequel l’accès la culture devrait être totalement gratuit… Mais comment, alors, financer adéquatement la création artistique ? 

Les droits des artistes-interprètes dans la ligne de mire

Nul n’ignore plus, aujourd’hui, que les compositeurs jouissent de droits d’auteur sur leurs œuvres. Ces droits, dont la durée est limitée par la loi, leur permettent notamment d’interdire, ou d’autoriser aux conditions qu’ils déterminent, toute reproduction ou communication au public de leurs œuvres. Sur la scène internationale, ces droits trouvent leur source dans la Convention de Berne de 1886 pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. Une convention pour laquelle des compositeurs tels que Giuseppe Verdi ont fortement milité. 

Ce qu’on sait moins, c’est que les artistes-interprètes bénéficient, eux aussi, de ce qu’il est convenu d’appeler des « droits voisins du droit d’auteur ». Ceux-ci ont été consacrés par la Convention de Rome de 1961 sur la protection des artistes-interprètes ou exécutants, des producteurs de phonogrammes et des organismes de radiodiffusion, ainsi que par une Directive européenne de 1992 (entretemps remplacée par une Directive de 2006). Chez nous, c’est en vertu d’une loi du 30 juin 1994 qu’ont été octroyés pour la première fois des droits voisins aux artistes-interprètes. Ces différents textes s’appuient sur une réalité, que ce site n’a jamais cessé de rappeler : la valeur économique d’une œuvre ne dépend pas uniquement de l’auteur de celle-ci, mais aussi de ceux qui l’exécutent. C’est à la lumière de ce constat que les législateurs ont voulu garantir aux artistes-interprètes une juste rémunération en cas de communication publique de leurs prestations par les nouveaux médias de masse apparus à cette époque. 

Au titre de ces « droits voisins », les artistes-interprètes jouissent, à l’instar des auteurs proprement dits, de droits exclusifs – notamment, celui d’autoriser ou d’interdire la reproduction et la communication au public de leurs prestations. Le droit de reproduction comprend non seulement le droit de fixation (sur un support sonore ou audiovisuel) des prestations non encore fixées, mais également le droit de reproduire la prestation déjà enregistrée de l’artiste-interprète, sous quelque forme que ce soit, qu’elle soit directe (à partir d’une prestation vivante) ou indirecte (à partir d’une émission radiodiffusée), provisoire ou permanente, en tout ou en partie. Quant au droit de communication au public, il comprend, entre autres, le droit d’autoriser ou d’interdire la radiodiffusion des prestations d’un artiste-interprète, sa diffusion par câble ou par satellite.

Guillaume Tourniaire, chef d’orchestre 

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Le chef d’orchestre Guillaume Tourniaire est le maître d'œuvre d' un formidable concert que l’Opéra royal de Liège propose en ligne. L’opéra romantique français est le titre de ce moment de musique qui nous permet de retrouver un beau panel de chanteurs belges (Jodie Devos, Lionel Lhote et Marc Laho). C’est à voir en ligne sur la plateforme streaming de l’Opéra royal de Liège. 

Ce concert liégeois a pour titre “Hamlet et le romantisme à la française”. Pouvez-vous nous définir ce “romantisme à la française”?

C’est une vaste et passionnante question, à laquelle il est malheureusement impossible de répondre en quelques lignes seulement. Tentons cependant d’esquisser quelques pistes d’orientation… Quelques décennies après la révolution française, les soubresauts et conséquences de celle-ci continuent de modifier en profondeur la culture, l’organisation et l’existence même des pays en Europe. Les notions de nation et d’identité liée à une langue, deviennent de vibrants enjeux sociétaux. Ainsi, l’opéra italien (et "en italien"), qui régnait en maître jusqu’à la fin du siècle des Lumières dans tous les théâtres du monde, commence à être remis en question. Tandis qu’à Paris, Rossini et Donizetti composent désormais en français, chaque pays cherche à célébrer sa culture en se rapprochant de ses propres racines.  Née en partie de ces préoccupations, la réforme wagnérienne de l’opéra va marquer à jamais (mais  aussi polariser) la créativité des écoles nationales. Si Mozart (grâce à Beaumarchais) avait déjà ouvert la route dès 1786 dans Le Nozze di Figaro, la politique devient désormais un sujet récurrent d’inspiration chez de nombreux compositeurs célébrés à la fois comme artistes et hommes d'État. Il suffira de songer à la place prise par Verdi dans le Risorgimento en Italie où à celle de Smetana dans l’exaltation du sentiment anti Habsbourg alors que la Bohème vivait sous le joug de l’Empire austro-hongrois…  ou encore à celle d’Auber et sa Muette de Portici dans les troubles qui précédèrent la Révolution belge de 1830.    

Exerçant alors un pouvoir d’attraction unique en Europe, Paris est à la croisée de tous ces courants artistiques. Succédant aux premières créations géniales et révolutionnaires de Berlioz, les œuvres de Auber, Meyerbeer et Halévy enrichissent les premières pages du répertoire romantique français en faisant une synthèse des beautés du chant italien, de la richesse de l’orchestration allemande, et des préoccupations dramatiques nouvelles. Puis, s’affranchissant peu à peu de ces influences, et soucieux de se démarquer des deux figures tutélaires que sont Verdi et Wagner, les compositeurs français découvrent des accents musicaux plus personnels, plus caractéristiques de subtilités de leur langue et de leur culture.  La déclamation lyrique, jusqu’alors plus hiératique ou formelle, devient plus naturelle, plus souple et la mélodie française prend son envol. Les inflexions des récits chantés vont pouvoir se parer de sublimes transparences poétiques, de chatoyances orchestrales. La légèreté ou la fragilité des sentiments exprimés, mais aussi l’opulence ou la sensualité des passions ravageuses, vont bientôt caractériser un univers sonore unique et reconnaissable entre tous… le romantisme à la française...

 Comment avez-vous conçu le programme de ce concert ?

Celui-ci s’inscrit dans une programmation de quelques concerts en streaming faisant écho à des productions qui n’ont malheureusement pas pu avoir lieu à Liège cette saison à cause de la pandémie. Ainsi, la Directrice musicale de l’Opéra Royal de Wallonie, Speranza Scappucci, m’a proposé de diriger quelques extraits de Hamlet avec les formidables solistes wallons Jodie Devos, Lionel Lhote et Marc Laho. Soucieux d’une part de ne pas trop divulgâcher (comme disent nos amis québécois) Hamlet que nous redonnerons dans une prochaine saison, et d’autre part, de conserver une trame théâtrale à ce concert, j’ai décidé de concentrer ce programme autour de trois chef-d’œuvres, Hamlet, Werther et Les Pêcheurs de Perles, trois piliers du répertoire romantique lyrique français, mêlant amour et folie. Puis, malgré l’absence de public, il m’a semblé qu’une pièce infiniment plus légère et réunissant nos trois solistes (le trio "Ah! Vous dirai-je maman!" extrait du Toréador d’Adolphe Adam), serait un charmant clin d’œil clôturant ce moment musical…         

Vassily Petrenko à propos de Miaskovsky 

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On ne présente plus l’excellent Vassily Petrenko ! Le chef russe est l’une des baguettes les plus demandées. Alors qu’il termine son mandat de Directeur musical du  Royal Liverpool Philharmonic Orchestra à la fin de cette saison, avant de prendre les rênes du Royal Philharmonic Orchestra  et de l’Orchestre symphonique académique d’état de Russie “Evgeny Svetlanov”, il fait l’évènement avec une parution au pupitre du Oslo Philharmonic Orchestra dont il fut le Directeur musical. Ce nouvel album Lawo met en relief la Symphonie n°6 de Prokofiev avec la Symphonie n° 27 de Miaskovsky. C’est à propos de ce dernier que nous échangeons avec le chef d’orchestre.  

Pour ce nouvel album, vous avez associé la Symphonie n° 6 de Serge Prokofiev à la Symphonie n° 27 de Miaskovsky. Comment vous est venue l'idée d'associer ces deux compositeurs ? 

Prokofiev et Miaskovsky étaient contemporains et amis. Ils passaient beaucoup de temps ensemble à parler de la musique et de son rôle dans la vie des gens, et de son importance dans la société soviétique. Ils avaient des approches et des points de vue assez différents sur la composition, mais ils se respectaient toujours. 

Les partitions de Miaskovsky ne sont pas très connues. Comment pouvez-vous décrire et présenter l'art de ce compositeur à nos lecteurs ?

Miaskovsky était l'un des derniers élèves de Rimsky-Korsakov. Il a hérité de nombreuses traditions et réalisations de l'école des compositeurs russes du XIXe siècle, mais il les a combinées avec des harmonies du XXe siècle et, dans certaines symphonies, avec le pouls de l'Union soviétique industrielle. Il s'est consacré principalement au genre symphonique et à la musique de chambre. Il essayait de trouver l'équilibre entre le passé et l'avenir, entre le courant romantique tardif, l'avant-garde et le néoclassique, tout en conservant sa voix et son caractère distinctifs. Sa musique est tonale, principalement dans le cadre d'une orchestration traditionnelle et d'une architecture classique, mais il y a toujours de l'honnêteté. Elle comprend les espoirs et les tragédies de son époque, reflétés avec passion.  

Streamings de la semaine : Varsovie, Lille et Liège

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On commence ce parcours avec rien moins que Martha Argerich dans le Concerto pour piano n°1 de Chopin avec le Sinfonia Varsovia dirigé par Jacek Kaspszyk (concert filmé le 27 aout 2010 à Varsovie). Ce concert est mis en ligne sur la chaîne Youtube de la Deutsche Welle.

https://www.youtube.com/watch?v=uUTFVNAa2_E

A Lille, l'Orchestre national de Lille, sous la direction de Jean-Claude Casadesus accompagnait la formidable violoncelliste Anastasia Kobekina dans le Concerto n°1 de Chostakovitch. En complément de programme : la Symphonie n°5 de Beethoven.

Enfin, on rappelle l'excellent concert opéra français de l'Opéra royal de Liège sous la direction de Guillaume Tourniaire en compagnie d'un trio de chanteurs belges : Jodie Devos, Marc Laho et Lionel Lhote. C’est à voir en ligne sur le site de l‘Opéra royal de Wallonie et jusqu'au 23 mai.

Des cordes sereines, douloureuses ou passionnées pour Pēteris Vasks

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Pēteris Vasks (°1946) : Musica serena, pour orchestre à cordes. Musica dolorosa, pour orchestre à cordes. Musica appassionata, pour orchestre à cordes. Concerto n°2 pour violoncelle et orchestre à cordes « Présence ». Uladzimir Sinkevich, violoncelle ; Anna-Maria Palii, soprano ; Münchner Rundfunkorchester, direction Ivan Repušić. 2020. Notice en allemand et en anglais. 76.53. BR Klassik 900336.

Première version italienne intégrale de L’Orfeo de Luigi Rossi

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Luigi Rossi (c. 1597-1653) : L’Orfeo, tragicomédie en trois actes avec prologue. Francesca Lombardi Mazzulli (Orfeo), Emanuela Galli (Euridice), Paola Valentina Molinari (Aristeo), Mauro Borgioni (Satiro), Clarissa Reali (Nutrice, Giunone) et une dizaine d’autres rôles. Ensemble Allabastrina, direction Elena Sartori. 2019. Notice en anglais, en français et en allemand. Livret complet en italien, sans traduction. 235.45. Un album de trois CD Glossa GCD 923903. 

Macbeth de Pascal Dusapin : très beau et très laid, inventif et convenu

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A peine deux ans après sa création remarquée à La Monnaie à Bruxelles, « Macbeth Underworld », le huitième opéra de Pascal Dusapin, nous revient dans une nouvelle co-production, celle du Staatstheater Saarbrücken et des Théâtres de la Ville de Luxembourg.

C’est à la fois très beau et très laid, inventif et convenu. 

La beauté et l’inventivité sont musicales ! Pascal Dusapin nous invite à retrouver le couple maudit dans « un monde souterrain », aux enfers, en enfer. Macbeth et Lady Macbeth sont condamnés à revivre leurs péripéties maudites : « Regardez ! Ils reviennent encore et encore. Ils vont chanter encore et encore les choses qu’ils ont faites. » Cette idée de « retrouver » les personnages d’une grande oeuvre, Pascal Dusapin l’a déjà exploitée dans son « Passion » : Eurydice refusait de suivre Orphée, préférant demeurer aux enfers.

La partition, bien servie par le Saarländisches Staatsorchester dirigé par Julius Thorau, est magnifique, convaincante et séduisante dans des exigences qui ne rebutent pas. Le compositeur multiplie les atmosphères, avec notamment de superbes séquences confiées à un archiluth solo, des interventions d’un orgue, une panoplie absolument significative de percussions, dont certaines, exotiques, viennent même de la collection personnelle de Pascal Dusapin. Vocalement, il donne à entendre aussi, avec une identique exigence, notamment dans l’amplitude des tessitures, les différents modes d’expression, du chuchotement au style récitatif, de la chanson populaire au sprechgesang. C’est convaincant parce que dramaturgiquement pertinent. Une partition qui justifie donc et justifiera encore des reprises.