À Genève, une création à l’OSR  

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Pour l’un des derniers concerts de la saison 2018-19, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande présentent une de leurs commandes dont ils ont assumé la création le mercredi 8 mai, le Concerto pour flûte et orchestre ‘Memento Vivere’ qu’Eric Montalbetti a écrit à l’intention d’Emmanuel Pahud. Selon les dires du compositeur, le sous-titre « Souviens-toi que tu es vivant » signifie que la flûte est avant tout l’instrument du souffle et que l’arrêter serait comme le faire mourir. Dans une esthétique qui rappelle le dernier Messiaen, l’œuvre est d’un seul tenant, même si elle comporte quatre parties qui s’enchaînent les unes aux autres. Ainsi, le Prélude aux Dieux antiques est développé comme une houle incantatoire suscitant les volutes de la flûte, comme un Premier souffle s’appuyant sur un tissu de cordes, xylophone et harpe que lacéreront de fulgurantes stridences. Le soliste recourt alors à la flûte basse pour évoquer un Memento mori dans le registre grave. Mais un dialogue entre le violon solo et l’alto donne libre cours à une Renaissance en trois parties, accumulant les blocs sonores sur lesquels se juchera la flûte délivrant un message d’espoir. Et les spectateurs ovationnent le soliste et le compositeur, visiblement ému et humblement reconnaissant de la qualité d’une exécution dont, en l’espace de deux jours, pourront témoigner les publics de la Seine Musicale à Paris et du Lac Sala Teatro à Lugano.

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SCARLATTI Alessandro (1660-1725) : L’ASSUNZIONE DELLA BEATA VERGINE. Ensemble Baroque de Monaco. Matthieu PEYREGNE, dir. et  alto, Eternita. Béatrice GOBIN, soprano,  Sposo ; Aurora PE͠NA, soprano,  Sposa ; Mélodie RUVIO, alto,  Amore. Premier enregistrement intégral mondial. 2018-DDD- 63’15-livret en français et anglais- textes en italien, français, anglais-chanté en italien paraty118176

Les Pêcheurs de perles : radical, mais convaincant

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« Une petite communauté de pêcheurs de perles sur une île exotique… » : c’est là que les auteurs du livret, Michel Carré et Eugène Corman, et le compositeur, Georges Bizet, décident, en avril 1863, d’installer – orientalisme à la mode oblige – les péripéties de leur opéra à venir. Avec tout ce que cela entraîne comme conditions d’existence, mode d’organisation sociale, croyances, interdits religieux et transgressions.

Un peu plus de 150 ans plus tard, et après bien d’autres, le FC Bergman, un collectif belge de mise en scène, s’est emparé à son tour de cette histoire dont le livret a toujours laissé « un peu perplexe » les commentateurs, en raison notamment de ses « raccourcis ». Ils lui font subir un traitement radical !

L’île de Ceylan devient… une maison de retraite, une gériatrie, avec son lot de décès quotidiens – une morgue y est d’ailleurs installée. Un dépaysement étonnant, n’est-ce pas !

Massaki Suzuki conclut en beauté son cycle de cantates profanes de Bach

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Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Cantates profanes. Angenehmes Wiederau, BWV 30a. Ich bin in mir vergnügt, BWV 204*Carolyn Sampson* (soprano), Robin Blaze (contre-ténor), Makoto Sakurada (ténor), Dominik Wörner (basse). Bach Collegium Japan. Masaaki Suzuki (direction). 2018-DDD-66’11-Textes de présentation en français, allemand et anglais- Textes des cantates en allemand et anglais- BIS-2351

L’artiste du XXIe siècle peut-il être hors connexion ?

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Les réseaux sociaux ont pris dans le monde de la musique classique une part non négligeable pour soutenir une visibilité et entretenir une notoriété. Mais un cas particulier est intéressant car complètement à rebours des pratiques en vogue : Kirill Petrenko, directeur musical désigné de l’Orchestre Philharmonique de Berlin. En effet, le chef russe est arrivé au pupitre de la philharmonie par des chemins détournés. Loin des Karajan ou Abbado, rois des marchés du disque et stars mondiales de la musique classique ou d’un Simon Rattle parangon des projets communautaires et pédagogiques, Petrenko a fait une carrière prestigieuse à l’ancienne mais sans les attributs de la star de la musique classique. Il a gravi pas à pas les marches du métier en se concentrant sur l’opéra, parvenant jusqu’à la direction de l’Opéra de Bavière à Munich. Son legs discographique officiel (on trouve sur Youtube une belle quantité d’enregistrements de concerts piratés sans vergogne !) se limite à un coffret d’oeuvres de Josef Suk enregistrées lors de son passage au pupitre de l’Orchestre du Komische Oper Berlin pour le valeureux mais modeste label allemand CPO. De plus, il fuit toutes les interviews et il est volontairement absent des réseaux sociaux !

Rencontre avec Nelson Freire

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A l'âge de 74 ans, dont 70 au piano, Nelson Freire recevra ce 10 mai le Prix d'Excellence pour l'ensemble de sa carrière qui lui sera remis à Lucerne, dans le cadre du Gala annuel des International Classical Music Awards.  Enfant prodige, doté dès ses débuts d'une étonnante virtuosité, son parcours s'est construit sur la liberté et la classe interprétative, dans une harmonie de la technique et de l’intelligence que l’on ne rencontre que chez très peu de pianistes. En imaginant que tout cela lui soit inné et qu’il ait juste veillé à y rester fidèle, la conversation avec le grand artiste brésilien -à voix très douce, imprimant une cadence qui suggère à la fois discrétion et finesse- se déroule dans un calme chaleureux.
Pour Scherzo, membre espagnol du jury, c’est Luis Sunen qui l’a rencontré dans une loge du Palacio de la Opera de La Coruna, en pleine répétition de ses concerts avec l'Orquesta Sinfonica de Galicia.

 Vous allez recevoir l'ICMA Liftetime Achievement Award. Pourtant, aux côtés de vos prédécesseurs, Menahem Pressler, toujours actif, ou Aldo Ciccolini, qui a joué jusqu'à son décès, vous êtes encore un enfant ?

Eh bien, un enfant... Je reviens souvent à mon enfance, je me souviens de beaucoup de choses du passé, mais quand il s'agit de musique, je regarde toujours devant. J'ai eu plusieurs vies. Je dirais jusqu'à sept vies différentes, chacune bien identifiable, marquées parfois de changements radicaux et elles font comme une somme qui donne une vie entière, la mienne. Une, mais bien divisée en sept parties.

Javier Perianes, artiste de l'année

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Sur la scène musicale d’aujourd’hui, le pianiste Javier Perianes est devenu, à 40 ans, l'interprète espagnol le plus célèbre. Son agenda se décline naturellement sur les meilleures scènes et dans les festivals internationaux où il se produit en récital ou en concert, et en tournée avec des orchestres et des chefs de renom. Pour sa carrière ponctuée de succès, il est Artiste de l'année 2019 des International Classical Music Awards (ICMA). Justo Romero l’a rencontré pour Scherzo, le membre espagnol du jury.

Il y a plus de vingt ans, quand vous étiez encore un jeune pianiste prometteur, vous assuriez que vous ne rêviez pas de devenir un pianiste acclamé et reconnu. Maintenant que le "no dream" s'est réalisé et qu’au fil de tant d’événements et de succès, votre carrière de concertiste est bien établie, êtes-vous toujours du même avis ?

Oui, je maintiens ma réponse de l'époque. Mon but est de profiter de la musique, de chacun des projets auxquels j'ai l'occasion de m’atteler, ainsi que de ma famille et de mon environnement. Beaucoup de choses se sont passées pendant toutes ces années, mais je crois que je n'ai perdu ni la curiosité ni la passion pour ce que j'ai la chance de faire.

À Genève, une surprenante Médée selon Charpentier

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Une Kommandantur établie dans un somptueux hôtel parisien dont les baies vitrées laissent entrevoir le détachement des gardiennes en uniforme, tel est le cadre scénique imaginé par la décoratrice et costumière Bunny Christie pour la Médée de Marc-Antoine Charpentier dans la production que David McVicar avait conçue pour l’English National Opera en février 2013. Une fois passé l’état de choc qui vous fait admettre qu’un ouvrage créé à l’Académie Royale de Musique le 6 décembre 1693 en présence du Roy est transposé à Paris à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, il faut relever la cohérence du propos. Alors qu’une horde de mondains en jaquette et plastron blanc s’engouffre dans le living room, deux ou trois femmes-officiers en tailleur brun procèdent à la conscription des filles de joie. Médée, vêtue d’une simple robe noire, entrouvre une malle contenant la robe nuptiale pailletée destinée à Créuse, tout en laissant ses deux bambins aux bons soins de la suivante Nérine. Paraît Jason en uniforme d’officier de marine, qui s’en prend par jalousie à Oronte, roi d’Argos, débouchant avec son état-major d’aviateurs, afin de précéder l’entrée de Créon, le monarque de Corinthe, incarné par Willard White, qui le rapproche curieusement d’Hailé Sélassié, empereur d’Ethiopie. Au deuxième acte, la pantomime colorée offerte en gage d’amour à sa fille par un Oronte, sûr de son triomphe, voit l’irruption d’un petit avion de combat que commande l’Amour vainqueur en déclenchant les déhanchements grotesques d’une phalange de danseurs exécutant la chorégraphie souvent ridicule de Lynne Page (reprise ici par Gemma Payne) ; au tableau suivant, le parquet laqué s’éventrera pour faire surgir démons et sorcières, larves visqueuses échappées du chaudron de Macbeth. A l’issue des horreurs en cascade qui voient Créon assassiner Oronte et Créuse se consumer comme torche vivante dans ses atours nuptiaux, Médée apparaîtra, entre deux pans de mur, à Jason qui l’a trahie, en proclamant le meurtre de leurs enfants, tandis que Corinthe s’embrase…

Un bouleversement sensoriel : Tristan und Isolde de Richard Wagner

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A l’opéra, l’essentiel, évidemment, c’est ce que l’on entend : un livret mis en musique et chanté. Il arrive, malheureusement, qu’une incarnation scénique–scénographique, encombrante, prétentieuse, en contresens, vienne en compromettre la réception. Mais heureusement, des metteurs en scène offrent à l’œuvre qu’on leur a confiée le meilleur des environnements, celui qui garantira au chant les meilleures possibilités d’expression et d’épanouissement. C’est le cas à La Monnaie ces jours-ci pour le Tristan und Isolde conçu par Ralf Pleger et Alexander Polzin.

Et pourtant, l’on pourrait être perplexe quand le rideau se lève pour chacun des trois actes : au premier acte, un immense miroir se dresse au fond du plateau, de tout aussi immenses « stalactites » pendent au plafond. L’un après l’autre, ils se développent lentement mais sûrement et finissent par toucher le sol. Au second acte, une installation monumentale surgit, sorte d’immense (oui encore) souche d’arbre, mais dont on a vite l’impression qu’elle est plutôt comme un entrelacs de corps pétrifiés. Au troisième acte, c’est une immense (oui toujours) cloison percée de trous tantôt éclairés tantôt traversés par des tubes, qui s’avance inexorablement.

Décès de Dominique Lawalrée

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Notre rédacteur Dominique Lawalrée est décédé à l’âge de 65 ans. Passionné par tous les répertoires, en particulier les découvertes d’oeuvres inconnues et la création contemporaine. Dominique était une personnalité du monde musical. Compositeur prolifique, il a écrit plus de 450 oeuvres documentées sur 27 albums. Sa musique pour le film “Khaddak” a obtenu un “Lion d’or” du futur à Venise en 2006. Dominique Lawalrée était également un musicien d’église, initiateur du Festival de Musiques Liturgiques. Auteur, il a également publié divers ouvrages dont Documenta Belgicae (1983), Taciturne, journal d’une composition (1985), La musique sacrée (avec Dominique Collin o.p., 2010), Les Beatles : un guide pour les écouter (2014). Crescendo-Magazine présente ses condoléances à son épouse Claire Lawalrée-Hanse et à ses proches.