Rafael Kubelík aux tout débuts de la High Fidelity américaine

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Rafael Kubelík - Les Masters Mercury. Béla Bartók (1881-1945) : Musique pour cordes, percussion et célesta, Sz. 106. Ernest Bloch (1880-1959) : Concerto grosso pour orchestre à cordes et piano obligé. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 1 en ut mineur, op. 68. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur, op. 95 « du Nouveau Monde ». Paul Hindemith (1895-1963) : Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une Exposition [orchestration Maurice Ravel (1875-1937)]. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n° 34 en ut majeur, K. 338 ; n° 38 en ré majeur, K. 504 « Prague ». Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonies n° 4 en fa mineur, op. 36 ; n° 6 en si mineur, op. 74 « Pathétique ». Bedřich Smetana (1824-1884) : Má Vlast (Ma Patrie), cycle de six poèmes symphoniques. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Fünf Orchesterstücke, op. 16. Bert Whyte (1920-1994) : Les Enregistrements Stéréo Expérimentaux. Interview de Wilma Cozart-Fine, productrice de la série « Living Presence » de Mercury Records. George Schick, piano ; Irwin Fischer, célesta ; Edward Metzenger, timbales ; Allan Graham, Lionel Sayers, Thomas Glenecke, percussion. Chicago Symphony Orchestra, direction : Rafael Kubelík. Enregistré entre le 23 avril 1951 et le 5 avril 1953 à l’Orchestra Hall de Chicago. ADD [mono]. Édition 2021. Livret substantiel en anglais. 1 coffret 10 CD Mercury « Eloquence » 4843028. Durée : 7 h 39 min.

Fils du célèbre violoniste virtuose tchèque Jan Kubelík (1880-1940), Rafael Kubelík (1914-1996) dirige l’Orchestre Philharmonique Tchèque pour la première fois en janvier 1934 -à 19 ans !- et en devient le chef d’orchestre principal à l’automne 1941 jusqu’au 5 juillet 1948, où peu après il émigre de la Tchécoslovaquie devenue communiste : son mandat se situe donc entre ceux de Václav Talich (1883-1961) et Karel Ančerl (1908-1973), et l’on peut se demander comment aurait évolué la carrière de ce dernier si Rafael Kubelík était resté à Prague…

Quoi qu’il en soit, le 17 novembre 1949, Kubelík se retrouve pour la première fois devant l’Orchestre Symphonique de Chicago, et ses prestations obtiennent un succès tel qu’en octobre 1950, il est nommé cinquième (et le plus jeune) directeur musical du CSO, après Artur Rodziński et avant Fritz Reiner. Il entre ainsi de plain pied dans l’histoire discographique en produisant coup sur coup les 23 et 24 avril 1951 les enregistrements sur bande des Tableaux d’une Exposition de Moussorgski, premier disque Mercury haute fidélité longue durée commercialisé aux États-Unis (MG-50000), de la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók et, en première publication mondiale sur CD, du Concerto grosso n° 1 pour cordes et piano obbligato d’Ernest Bloch (MG-50001), gravures qui reçoivent les appréciations dithyrambiques tant artistiques que techniques, notamment d’un critique américain qui souligne « the living presence » de l’orchestre : Mercury adopte d’emblée l’expression comme slogan de son label.

Il y eut ainsi cinq sessions d’enregistrement en tout, commençant le 23 avril 1951 et se terminant le 5 avril 1953, le tout coïncidant parfaitement avec le mandat de directeur musical de Kubelík durant trois saisons. Toutes les œuvres captées avaient été jouées en concert avant ces séances. Les 19 et 20 novembre 1951, c’est au tour de la Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde » de Dvořák et de la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski à connaître les sillons Mercury, tandis que les Symphonies n° 6 « Pathétique » de Tchaïkovski et n° 1 de Brahms font l’objet des sessions des 21 et 22 avril 1952. Ici se révèlent les qualités de poète du chef : tout comme dans les Tableaux de Moussorgski, les mouvements de la Nouveau Monde sont du vif-argent, hormis bien sûr le Largo d’une poésie rêveuse intense (un peu comme savait le rendre Ferenc Fricsay dans sa gravure mono contemporaine DG avec le RIAS).

Concernant les Symphonies de Tchaïkovski, il ne s’agit pas ici d’interprétations « chauffée à blanc » par la personnalité écrasante d’un Evgueni Mravinski et sa fabuleuse Philharmonie de Leningrad, mais bien celles d’un artiste sensible, sobre et d’une modestie soumise au texte qui fait absolument merveille ici : c’est l’évidence même d’exécutions épurées, sans complaisance et débarrassées de tout sentimentalisme, absolument naturelles mais passionnées et d’une implication totale qui, à la manière d’un Furtwängler, nous offrent ces œuvres dans une vision globale, renforçant en cela leur unité et leur structure. Par ailleurs Kubelík nous offre un Brahms superbement majestueux, lyrique et poétique rappelant Bruno Walter, aux phrasés soignés et maîtrisés, à la lisibilité du contrepoint d’une parfaite transparence. Tchaïkovski et Brahms reçoivent opportunément ici leur première publication mondiale en CD.

La quatrième session d’enregistrement datant du 4 au 6 décembre 1952 est importante car en plus de la seule version studio de la Symphonie n° 34 K. 338 de Mozart, admirable de finesse et de fluidité, elle concerne la toute première des multiples versions complètes du chef de Má Vlast (Ma Patrie) de Smetana, œuvre tellement chère au cœur de Rafael Kubelík qui s’y sent particulièrement à l’aise, et cette version est superbe d’engagement : il faut souligner que beaucoup de musiciens du Chicago Symphony de l’époque sont originaires de Bohême tout comme leur chef, et l’orchestre sonne étonnamment Pragois !

La cinquième et finale session d’enregistrement datant du 3 au 5 avril 1953 est dévolue d’une part à une Symphonie n° 38 K. 504 « Prague » de Mozart lyrique au possible (l’Andante !), et d’autre part à deux œuvres du 20e siècle, les Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Weber d’Hindemith et les Fünf Orchesterstücke op. 16 de Schoenberg : en très grand chef, Kubelík ordonne superbement les premières, les articulant avec une logique évidente et les construisant avec vigueur, exaltant ainsi toute la richesse instrumentale de l’orchestre ; les secondes posent de redoutables exigences de précision et de qualité aux musiciens, ce dont s’acquittent avec brio chef et orchestre : Kubelík maîtrise les coloris sonores de son orchestre avec lucidité et une intensité qui accentue particulièrement l’expressionnisme des pages de Schoenberg.

Rafael Kubelík quittera Chicago peu après son dernier concert du 24 avril 1953, agacé et lassé des attaques au vitriol infondées et incessantes de la critique haut placée et influente du Chicago Tribune, Claudia Cassidy (1899-1996), surnommée à juste titre « acidy Cassidy », et qui démolit également et parvint à bouter hors de Chicago deux autres grands chefs, le Belge Désiré Defauw (1885-1960) et le Français Jean Martinon (1910-1976).

Les transferts de toutes les bandes de première génération disponibles ont été réalisés par Jared Hawkes des studios d’Abbey Road. Les enregistrements ont été idéalement remasterisés pour CD par Thomas Fine, fils de Wilma Cozart Fine et de l’ingénieur du son et producteur d’origine C. Robert Fine, fondateurs de la section classique de Mercury. Dans la plaquette du coffret, Thomas Fine a l’honnêteté de signaler que pour la Symphonie n° 1 de Brahms, la Symphonie n° 6 « Pathétique » de Tchaïkovski et Ma Patrie de Smetana, seules survivent les bandes de copie de deuxième génération : ce ne sont donc plus à proprement parler des « Mercury Masters », dont la différence de qualité se détecte sans doute à peine pour Brahms et Tchaïkovski, mais est plus problématique et gênante dans Smetana où les nombreux passages fortissimo ou même déjà forte sont souvent gâtés par une distorsion de saturation audible importante, étonnante chez ce label, mais qui à la longue fatigue…

Son : 8 - Livret : 10 - Répertoire : 10 - Interprétation : 9

Michel Tibbaut

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