Récital plus que mitigé de Yundi au Théâtre des Champs-Elysées

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Lorsque Yundi a remporté le Concours international Frédéric Chopin en 2000, il était le premier pianiste chinois à avoir gagné cette prestigieuse compétition et également le plus jeune lauréat (il avait 18 ans). Dès le lendemain du Concours de Varsovie, il démarre sa carrière internationale. Il est adulé dans son pays quelques années avant l’essor spectaculaire de Lang Lang. Mais depuis l’automne 2021, il a connu une traversée de désert. Cette année, il reprend son activité de musicien avec un disque entièrement consacré à Mozart (chez Warner Classics). À la fin du mois d’avril, il était au Théâtre des Champs-Elysées pour le même programme.

La salle est archi-complète, jusqu’aux galeries au-dessus de la scène. Le pianiste commence par la Sonate « Alla Turca ». Le mouvement lent est d’une grande délicatesse, régi par une certaine pesanteur agréable. Il a le temps de poser les doigts et de suivre son idée. La sonorité est transparente et légère, il y a une noblesse mêlée de pudeur. On se laisse bercer par la beauté céleste de Mozart. Dans les deux autres sonates également (en la mineur K. 310 et en ut mineur K. 457), le deuxième mouvement est un véritable moment de grâce entre les agitations tumultueuses des mouvements animés. Dans ces derniers, le contrôle manque dans certains passages rapides où les notes fuient dans la précipitation. Cela donne même l’impression que l’interprète est dépassé par l’idée musicale du compositeur… Contrairement aux deuxièmes mouvements où chaque note trouve sa place, les mouvements rapides ne nous donnent pas de rendez-vous avec un son consistant, surtout la musique se joue en piano. Entre la beauté divine de l’Adagio ou de l’Andante et la maladresse de l’Allegro ou du Presto, le décalage est surprenant, qui nous laisse parfois pantois. Comment se fait-il qu’une telle contradiction puisse exister dans l’interprétation d’une même œuvre chez un même artiste ? Si cela est dû à son absence prolongée sur scène, louons plutôt son courage d’avoir repris sa carrière en main.

Pendant toute la première partie, dès qu’il termine un mouvement, des applaudissements assez nourris s’entendent et à la fin du dernier mouvement, des « bravo ! » fusent de partout. De plus, certains fans filment leur idole sans aucune gêne pendant l’interprétation. Peut-on y voir un signe positif d’un nouveau public ? Même c’est le cas, la transformation d’un récital de piano en un événement à ne pas manquer, dans l’ignorance des règles d’usage, n’est pas agréable.

Dans la deuxième partie, on entend la fameuse Fantaisie K. 475 suivie de la sonate K. 457 toutes les deux en ut mineur. Nous attendions un caractère tragique, si présent dans ces deux œuvres ; nous espérions entendre une trame dramatique qui les unit ; nous comptions sur l’expression de la résignation retenue derrière des chants d’apparence paisibles… Sous ces acclamations enthousiastes ininterrompues, nous avons quitté la salle, avec un vif souhait que le musicien retrouve vite son talent qui avait auparavant séduit plus d’une oreille experte…

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, Récital du 27 avril.

Photo© Marco Borggreve 

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