Trois œuvres ludiques de Gulda, Prokofiev et Poulenc

par https://www.brunobarbatomedicali.it/

Friedrich GULDA (1930-2000) : Concerto pour moi-même ; Serge PROKOFIEV (1891-1953) : Symphonie n° 1 en ré majeur op. 25 ; ba (1899-1963) : Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur. Mischa CHEUNG (piano), Yulia MILOSLAVSKAYA (piano), Janic SAROTT (percussion), Stanislaw SANDRONOV (basse électrique), Giraud Ensemble Chamber Orchestra, dir. : Sergey SIMAKOV. DDD–2019–69’ 58’’–Textes de présentation en allemand et anglais–Solo Musica SM 325

Le principal intérêt de ce disque est de proposer trois œuvres qu’on qualifiera de ludiques, à commencer par le curieux Concerto pour moi-même du grand pianiste autrichien Friedrich Gulda. Tous les mélomanes savent à quel point ses nombreuses interprétations des pièces pour piano de Mozart et de Beethoven sont personnelles, souvent très audacieuses et très originales, et parfois carrément iconoclastes. Mais ils savent sans doute moins qu’il a aussi été un compositeur et qu’en tant que tel, il s’est pareillement toujours singularisé. Exécuté pour la première fois en public à Vienne en 1988 et divisé en quatre mouvements, ce long Concerto pour moi-même tient ainsi du pot-pourri et repose sur une multitude de registres, non sans friser le mauvais goût, avec des passages de musique de bar ou de salon de thé, des rythmes de jazz (mais peut-être encore asservis au métronome), des envolées romantiques, des écarts brusques et violents par rapport au tempo de l’orchestre, comme si par là Friedrich Gulda voulait montrer (démontrer ?) que sous ses doigts, le clavier n’est jamais qu’un merveilleux jouet et qu’il n’a pas peur de l’utiliser selon ses humeurs, ses caprices, ses manies et son bon plaisir.

De toute évidence, le pianiste suisse d’origine chinoise Mischa Cheung s’est amusé à exécuter le Concerto pour moi-même de Friedrich Gulda avec le Giraud Ensemble Chamber Orchestra (fondé en 2015 et comprenant vingt et un instrumentistes), l’air de ne pas trop se prendre au sérieux. Ce côté ludique, on le retrouve d’ailleurs dans son interprétation du Concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc avec Yulia Miloslavskaya, une œuvre « gaie et directe », d’après les propres termes du compositeur, lequel l’a créée en 1932 à La Fenice de Venise, en compagnie de Jacques Février (ils l’ont enregistrée ensemble à deux reprises en 1957 et en 1960), sous la direction de Désiré Defauw. 

La troisième œuvre ludique du présent CD n’est autre que la Symphonie n° 1 en ré majeur op. 25 de Serge Prokofiev. Baptisée Symphonie classique, elle a été créée à Saint-Pétersbourg en 1918. Dans son autobiographie, Serge Prokofiev n’a pas caché qu’il l’avait barbadeeeécrite « pour provoquer les philistins », autrement dit les gens fermés aux arts et, plus généralement, aux nouveautés. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est bel et bien devenue un… classique et que le Giraud Ensemble Chamber Orchestra en donne ici une version de qualité, mais qu’on aurait aimée beaucoup plus pétillante.

Jean-Baptiste Baronian

Son 8 – Livret 4 – Répertoire 4, 9 et 10 – Interprétation 8

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