La Walkyrie de Wagner comme un concerto pour orchestre

par

Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre. Stuart Skelton (Siegmund) ; Eric Halfvarson (Hunding) ; James Rutherford (Wotan), Eva Maria Westbroek (Sieglinde) ; Iréne Theorin (Brünnhilde) ; Elisabeth Kulman (Fricka) ; Katherine Broderick (Helmwige) ; Alwyn Mellor (Gerhilde) ; Anna Gabler (Ortlinde) ; Jennifer Johnston (Waltraute) ; Claudia Huckle (Schwertleite) ; Eva Vogel (Siegrune) ; Simone Schröder (Roßweisse) ; Anna Lapkovskaja (Grimgerde). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Sir Simon Rattle. 2020. Livret en allemand et anglais. Texte chanté en allemand, traduction en anglais. CD 1: 61:16 / CD 2: 59:44 / CD 3: 29:13 / CD 4: 67:37. BR Klassik 900177

Malgré la crise du marché du disque, les Ring de Wagner continuent de nous arriver à un rythme assez régulier ! Venant après le Ring de Hong-Kong, le premier enregistré en Asie par le chef d’orchestre Jaap van Zweden au pupitre du philharmonique local (Naxos), on découvre le deuxième volet du cycle que Simon Rattle mène actuellement à Munich au pupitre du Symphonieorchester des bayerischen Rundfunks dont il est l’un des chefs invités réguliers alors que le Deutsche Oper am Rhein nous annonce l’arrivée de Rheingold sous la direction d’Axel Kober. 

Simon Rattle remet ainsi sur le métier une somme dont il avait donné à Salzbourg et Aix-en-Provence une interprétation mémorable au pupitre de son Philharmonique de Berlin d’alors (2006-2009). Sans mise en scène et seul sur scène face à l’orchestre et aux chanteurs, Rattle fait du Rattle avec ce côté toujours énervant de vouloir sur-diriger en soignant les détails jusqu’à en perdre le fil narratif. Cette absence de vraie tension théâtrale est la plus grosse carence de cette direction qui aime trop s’écouter diriger. Pourtant, le Symphonieorchester des bayerischen Rundfunks est plus superbe que jamais ! La couleur des cordes, la plastique des vents et la puissance des cuivres offrent au chef le plus beau support orchestral que l’on puisse rêver d’entendre. La comparaison avec la récente gravure de Jaap van Zweden est intéressante : le chef hollandais est plus direct dans sa narration, mais tout comme la battue de Simon Rattle, il ne parvient pas à créer une impulsion et une tension digne des Grands anciens. Autre pêché mignon de notre époque : la lenteur ! Rattle est un wagnérien qui prend son temps et si cette retenue lui permet de soigner les détails, elle nuit au pur théâtre. Une petite comparaison avec la légendaire captation de Karl Böhm à Bayreuth en 1967 (Decca) fait apparaître une différence de près de quinze minutes en défaveur du Britannique. Certes, ces comparaisons de timing sont toujours délicates, mais elles montrent le parti-pris interprétatif du chef. 

Côté chanteurs, il faut hélas reconnaître que le cast est décevant et pourtant, sur le papier, il additionne les meilleurs potentiels actuels ! Stuart Skelton est un Siegmund au chant classieux et à la présence imposante ; il est de loin le meilleur de cette distribution. Eric Halfvarson est un Hunding puissant mais cela manque de caractérisation. James Rutherford affirme un Wotan vocalement intéressant ; cependant il peine à habiter son personnage sur la longueur. Le gros point faible de ce cast réside dans la distribution féminine qui sonne hélas comme une caricature de chant wagnérien. Ni Eva Maria Westbroek , ni Iréne Theorin ne font ici illusion ! 

   On peinera donc à recommander ce coffret au final bien hybride entre une direction intellectuelle et un casting peu convaincant. En dépit d’une prise de son, comme toujours superlative, de la radio bavaroise. 

Son : 10 – Livret : 8 – Répertoire : 10 – Interprétation : 6

Pierre-Jean Tribot 

 

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