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How Romantic : Katerina Andreou réinvente le concept des marathons de danse au Festival d’Avignon 

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La chorégraphe grecque Katerina Andreou propose à la compagnie nationale norvégienne, Carte Blanche, une pièce collective exaltante. L’artiste associée de la Maison de la Danse de Lyon et du Centre national de la danse livre une chorégraphie intelligente en utilisant en filigrane l’histoire des marathons de danse. Ces épreuves populaires et cruelles des années 20 voyaient aux Etats-Unis des couples désespérés danser jusqu’à épuisement dans l’espoir de gagner une maigre somme. 

Pour sa première pièce de groupe, c’est un procédé habile que choisit Katerina Andreou pour mettre à l’honneur les quatorze danseurs et dévoiler une chorégraphie bien pensée tant dans les passages individuels que dans la fureur du collectif. Si les marathons de danse ont donné lieu à différentes propositions artistiques, tel le film de Sydney Pollack On achève bien les chevaux ou le ballet éponyme de Bruno Bouché, ici, le concept est renversé. On retrouve les instants de rencontres, de slow et d’épuisements certes, mais l’épreuve s’achève à quatorze plutôt qu’avec un unique couple triomphant. 

Alors que le public s'installe, les danseurs entrent en scène. Comme nous, ils discutent, s'étirent et finissent par s'asseoir sur l’estrade qui sera le seul décor de la pièce. Un coup de sifflet retenti et le noir se fait dans l’assemblée. S'ensuit, peu à peu, le mouvement. Sur place d’abord, certains des jeunes interprètes en tenues modernes (short, jean et t-shirt) subissent des impulsions du bassin, des tremblements. On remarque que les interprètes forment des paires sans qu’ils ne soient pour autant physiquement liés. Progressivement, la danse se fait plus large et s’étale sur le grand plateau de la FabricA. Des danses de couple défilent libérées des standards habituels d’assignation de genre : swing, salsa, portés et slow sont interprétés sans distinction entre hommes et femmes. La scène d’épuisement, où les danseurs émettent des sons d'agonie, est particulièrement marquante par la qualité du mouvement. 

Comme pour avertir de la fin proche du spectacle, la musique de l'Élu du Sacre du Printemps de Stravinsky résonne. Mais alors qu’on attendait une issue macabre, les interprètes exultent : ils enjambent l’estrade, sautent toujours plus haut au rythme effréné d’un beat techno. 

El Cimarrón de Henze à Aix : un formidable coup de poing humaniste et libertaire

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Peu à peu, la personnalité d’Hans Werner Henze se décante : celle d’un partisan fanatique mais non partisan de la modernité qui use de tous les modes d’expression pour servir sa démarche : celle d’un foi libertarienne sincère et profonde qui dénonce les idées reçues et déteste tous les autoritarismes. Durant les années 1969 et 70, il est fasciné par Cuba et sa volonté d’indépendantisme anticapitaliste mais il ne suit toutefois pas Fidel Castro dans son désir de soumettre à sa volonté la création artistique. Il prend alors parti pour la libération du poète Heberto Pedrilla, ce qui lui vaut une interdiction de séjour. Entretemps il s’est montré fasciné par la Biographia de un cimarrón de Miguel Barnet qui raconte la vie et les combats d’un ancien esclave échappé, Esteban Montejo, alors âgé de 104 ans. Le « marron » désigne  un animal domestique retourné à l’état sauvage. Par extension « cimarrón » décrit un esclave en fuite qui se réfugie dans des lieux inaccessibles.

Et ce sont les multiples péripéties de cette existence passionnée que Henze va nous raconter sur base d’une adaptation de Hans Magnus Enzensberger. Doit-on parler de livret pour un texte qui donne naissance selon l’expression de Henze à un récital pour quatre musiciens. Nous sommes donc bel et bien transportés au cœur d’une expérience de théâtre musical dont la complicité créative unit un chanteur-acteur, baryton-basse (Iván García), une flûtiste (Daniel Shao), un guitariste (Jean-Marc Zvellenreuther) et un percussionniste (Min-Tâm Nguyen). Ces quatre-là vont s’engouffrer dans la mise en place d’un récit aux multiples péripéties avec, tout au long des quinze brefs chapitres qui composent l’œuvre, un sens ahurissant des atmosphères fortes et variées. Iván García joue dans son rôle intensément vécu de tous les registres (du chant lyrique au « sprechgesang » en passant par les cris, le falsetto, les chuintements et sifflements et intonations microtonales) qui collent littéralement au récit, parfois au sein de la même phrase. La performance du baryton basse vénézuélien qui remplace Eric Greene initialement prévu, nous vaut d’entendre l’œuvre dans sa version espagnole originale qui renforce encore l’authenticité du propos.

Festival de Musique La Chaux-de-Fonds : un lancement couronné de succès

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Préparée depuis trois ans par le pianiste argentin Nelson Goerner et l’équipe de la Société de Musique La Chaux-de-Fonds, la première édition du Festival de Musique La Chaux-de-Fonds s’est tenue du 7 au 12 juillet. Le public a chaleureusement accueilli ce nouveau rendez-vous estival, dont une deuxième édition est d’ores et déjà annoncée pour l’année prochaine. Nous avons assisté au concert de clôture.

Une semaine de musique réunissant des interprètes de renom et de jeunes talents autour de concerts de piano, de musique de chambre, de chœur et d’orchestre : l’occasion était idéale de profiter pleinement de ce nouvel événement dans la Salle de Musique, réputée pour son excellente acoustique. Pour cette première édition, on remarquait notamment la présence de l’orchestre de la Seiji Ozawa International Academy Switzerland sous la direction de Kazumi Yamada, de l’altiste Paul Zientara et du violoncelliste Krzysztof Michalski sous l’égide de Renaud Capuçon, ainsi que de l’orchestre Festival Strings Lucerne. Ce dernier assurait le concert de clôture, le 12 juillet, sous la direction de son premier violon solo Daniel Dodds, avec pour solistes la violoniste sud-coréenne Bomsori Kim, Martha Argerich et Nelson Goerner.

BaroQuiales "Alexander's Feast

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Créé en 1998, le festival des BaroQuiales est devenu au fil des années un rendez-vous culturel incontournable dans les Alpes-Maritimes. Né à Sospel, il rayonne aujourd'hui à travers les communes de la Roya-Bévéra, un territoire au riche patrimoine où chapelles, églises, cathédrale, portes monumentales et monastère offrent un cadre exceptionnel aux concerts.

Pour cette édition, les BaroQuiales ont fait étape dans cinq communes de l'est des Alpes-Maritimes : Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité. La programmation s'articule autour de l'oratorio Alexander's Feast de Haendel, œuvre majeure du répertoire baroque.

Sous l'impulsion de la compagnie artistique et culturelle La Chambre et de son directeur artistique Jean-Sébastien Beauvais, le festival défend une approche qui mêle musique, transmission et création. Fidèle à son identité baroque, il encourage les projets originaux, accompagne les jeunes ensembles et développe des actions de médiation culturelle à travers des masterclasses et des projets pédagogiques destinés aux musiciens amateurs.

Cette volonté de transmission se concrétise cette année par un stage vocal de six jours. Des choristes venus de toute la France s'y retrouvent pour préparer l'œuvre avant de rejoindre les instrumentistes et les solistes lors du concert de clôture, donnant naissance à un chœur éphémère réuni autour d'un même projet artistique. Ce travail collectif trouve son aboutissement dans une interprétation d'une remarquable cohésion, où professionnels et choristes amateurs partagent la scène avec une même exigence artistique.

L'organisation du festival se révèle à la hauteur de ses ambitions artistiques. Portée par une équipe soudée, passionnée et particulièrement investie, elle contribue pleinement à la réussite des BaroQuiales et à l'accueil chaleureux réservé aux artistes comme au public.

Fabrice Lambert propose un voyage en eaux profondes aux Hivernales 

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Chorégraphe attentif depuis longtemps aux liens entre l’Homme et les éléments naturels, Fabrice Lambert s’inspire cette fois des mouvements de l’océan. Déclinaison de Renverse créée en 2025 pour 8 interprètes, La vitesse de l’eau est un trio brillant : à découvrir aux Hivernales à Avignon jusqu’au 20 juillet. 

A la baguette, le compositeur Patrick de Oliveira, habitué des collaborations chorégraphiques (avec Jann Gallois ou les frères Ben Aïm par exemple), signe une partition élaborée en même temps que la chorégraphie. Sur scène 3 interprètes : Eve Bouchelot, Elsa Dumontel et Agathe Thévenot entièrement dévouées à une écriture chorégraphique exigeante. On assiste donc à une version resserrée, mais non moins puissante. 

Tout commence par un bruissement de pieds qui laisse deviner le déplacement des trois danseuses dans l’obscurité. De dos d’abord, on les suit des yeux lorsqu’elles oscillent à une même fréquence. Tantôt à l’unisson, tantôt reliées par une vibration commune, les trois danseuses sont quasi perpétuellement en mouvement durant ces 50 minutes foudroyantes. Elles développent une grande puissance ponctuée de brefs instants de suspension. Parfois on ressent même l’ivresse d’une scène de battle lorsque tout devient plus circulaire et que des solos émergent. 

Les déplacements mettent la scène en mouvement et les compositions chorégraphiques explorent différents états de la mer. Nous sommes contemplatifs et fascinés devant cette houle faite de marche aux tempos divers qui se transforme en clapotis, plus courts et irréguliers, grâce à des roulades et quelques arabesques, puis c’est un remous qui prend forme avant un tumulte explosif où se dévoilent des renversés rapides et des mouvements de bras larges qui accentuent l’ampleur des tourbillons. 

Au théâtre élisabéthain de Hardelot, Le Lieu de nulle part par la jeune compagnie J’ai tué mon bouc

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Le théâtre élisabéthain, situé face au château de Hardelot et reconnu internationalement pour son architecture circulaire en bois et sa conception écologique, a célébré ses dix ans le 24 juin dernier. Pour l’occasion, le Midsummer Festival a passé commande à une compagnie implantée dans les Hauts-de‑France. Trois comédiens‑chanteurs et leur équipe y proposent un « cabaret élisabéthain », Le lieu de nulle part, présenté en création.

Le spectacle s’ouvre sur Here the deities approve de Purcell, chanté dans une atmosphère de recueillement par François Gardeil, contre‑ténor. Pourtant, on comprend très vite que l’on n’assistera pas à un théâtre « sérieux ». En effet, il réapparaît pour le chanter en brossant ses dents, avec des trilles en gargarisme… L’air revient d’ailleurs à plusieurs reprises, tel un leitmotiv ou un ground, chaque fois transformé. Tout oscille entre gravité et légèreté : les trois funambules théâtraux avancent sur des cordes de couleurs, hantés par le Berlin des années 1930 et par des scènes underground new‑yorkaises des années 1980. Dans ce mélange joyeux, ils convoquent Shakespeare, Ovide et d’autres figures fondatrices du théâtre, dans une marmite de fulgurances électriques. Le plateau, transfiguré, devient tour à tour cabaret, tréteau, laboratoire, lieu de résistance et de fête.

À Pärnu, une journée avec l'Académie de direction Järvi

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Au Pärnu Music Festival, les académies structurent l'ossature pédagogique du festival : d'un côté, l'académie destinée aux instrumentistes, avec des cours dispensés par des mentors et la participation à l'orchestre de l'Académie qui donnait le concert d'ouverture ; de l'autre, la Järvi Academy consacrée à la direction d'orchestre, animée par Neeme, Paavo et Kristjan Järvi avec la complicité de Leonid Grin. Ce dispositif pédagogique constitue l'un des jalons centraux du festival, et sans doute son legs le plus discrètement stratégique : c'est là que passent, chaque été, quelques-uns des jeunes chefs appelés à faire carrière sur les grandes scènes européennes dans les décennies à venir.

Pour cette édition 2026, vingt-et-un musiciennes et musiciens ont été sélectionnés, venus de quinze pays, de la Mongolie à l'Australie, de la Slovénie à la Grèce. La cohorte frappe aussi par son amplitude générationnelle : les plus jeunes sont nés en 2006 ou 2007, quand les plus âgés approchent la quarantaine, voire la dépassent — c'est presque une génération entière qui sépare les extrêmes du groupe, signe que la Järvi Academy ne se conçoit pas comme un simple viaduc post-conservatoire, mais bien comme un lieu de passage à toutes les étapes de la trajectoire d'un chef. Le programme des cours est intensif, avec une part large donnée au répertoire, articulé autour de deux programmes d'ensemble : un premier axé Pärt-Eller-Haydn-Schubert, un second réunissant Tüür, Mozart, Liszt et Schumann. Des classiques, des chefs d'oeuvres romantiques et de la musique estonienne, un menu de choix pour se parfaite et développer son répertoire.

Cet après-midi, nous avons pu assister à une séance de travail consacrée à L'ombra della croce d'Erkki-Sven Tüür, pièce inscrite au second programme, avec le concours du Pärnu City Orchestra. L'intérêt de la séance tenait précisément à la fausse facilité de cette partition : sous une apparence dépouillée et économe de notes, l'œuvre exige un travail minutieux de la masse sonore et de l'amplitude dynamique, et c'est très précisément sur ces deux dimensions que les conseils de Neeme et Paavo Järvi ont porté — faire entendre les strates, calibrer les paliers, ne pas confondre l'immobilité apparente avec le relâchement du geste. Fait toujours fascinant que celui de voir de jeunes musiciens se frotter à la vue de chefs hautement capés, tellement soucieux de partager leur savoir et de les aider à trouver leur geste propre — non pas à imiter, mais à comprendre par où entrer dans une partition. Le travail se déploie avec une réelle empathie : ce sont des collègues expérimentés qui donnent des conseils à d'autres collègues, et la dynamique de la salle en tire une qualité rare. On observe par ailleurs une très bonne entente entre les étudiants eux-mêmes, que ce soit sur scène pendant les séances de travail ou en dehors, lorsqu'on les croise après les concerts : il règne au sein de la promotion un esprit de camaraderie collaborative qui contribue sans doute pour beaucoup à la qualité de ce que l'Académie parvient à produire chaque été.

Avoir vu et revoir : Requiem de Mozart au Festival d’Aix-en-Provence

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Ce Requiem de Mozart « revisité » par Romeo Castellucci avait été un des moments forts de l’édition 2019 du Festival d’Aix-en-Provence. En 2022, il a fait l’événement à La Monnaie à Bruxelles. Le voilà de retour à Aix. Retrouvailles pour les uns – dont moi-même -, découverte pour les autres.

Le revoir donc.

Commencer d’abord par rappeler qu’il n’est pas une œuvre scénique. C’est une messe, une Missa da Requiem. Mais de nos jours, on le sait, la tendance est à mettre en scène des oratorios ou autres œuvres du genre. Il y a peu, je rendais compte ici même d’une version scénique de la Missa da Requiem de Verdi créée à l’Opéra de Nancy.

Souligner ensuite la personnalité de celui qui s’est lancé dans l’entreprise. Romeo Castellucci, on connaît son talent, la radicalité de ses interpellations scéniques. Pour le meilleur et pour le pire. Personnellement, il m’a offert des moments d’émerveillement, inoubliables, mais il m’a tout aussi prodigieusement agacé. 

Castellucci, n’illustre pas l’oeuvre qu’il met en scène, il n’est jamais dans le pléonasme. Toujours, il nous propose des univers parallèles en quelque sorte, des équivalences plastiques ; il se livre à des « performances ». Toujours, il nous interpelle et nous oblige de ce fait à adopter un autre regard sur les œuvres qu’il s’approprie. Avec lui, il s’agit de renoncer à un regard rationnel, qui veut à tout prix comprendre ; il faut s’abandonner à ce qui nous est proposé, laisser libre cours à une perception sensorielle. C’est la clé d’un éventuel bonheur. Eventuel parce que ça ne marche pas à tous les coups !

Ce qui est incontestable cette fois, c’est que son Requiem, cette messe des morts, cette messe de la mort, est paradoxalement un hymne à la vie.

Pärnu Music Festival : leçon de musique et de répertoire avec Neeme Järvi

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Salle comble hier soir au Pärnu Kontserdimaja pour l'ouverture du festival , avec un programme d'une cohérence rare, articulé en arc de l'aube au crépuscule, servi par le Järvi Academy Symphony Orchestra sous la direction du légendaire Neeme. Une soirée foncièrement anti-spectaculaire — et foncièrement musicale.

Les premières mesures de Koit de Heino Eller donnent immédiatement le programme : cordes basses tenues, montée lente vers la lumière, aucune emphase. Neeme Järvi n'a pas besoin de trois minutes pour installer un climat : il lui suffit d'un tempo juste et d'un orchestre qui écoute. Le Pärnu Kontserdimaja est comble, l'atmosphère tient autant du rendez-vous artistique que de la réunion de famille, et l'évidence s'impose dès cet accord initial — avec Neeme Järvi au pupitre, on part pour une aventure. Le maître estonien a construit un programme dont l'ambition d'écoute contredit la modestie apparente : pas de soliste-vedette, pas de concerto, pas de morceau de bravoure. Six poèmes symphoniques et une pièce élégiaque, dont plusieurs pages que l'on n'entend pratiquement jamais en concert. Un programme das l'ADN du maestro : la découverte avant tout.

Le geste programmatique mérite qu'on s'y arrête. En encadrant chacune des deux parties par une page de Heino Eller — Koit (L'Aube, 1918) puis Videvik (Crépuscule, 1917) —, Neeme Järvi poursuit un travail de défrichage qu'il a mené sur le versant discographique pour Chandos : installer Eller au rang qui lui revient, celui de fondateur du symphonisme estonien, maître d'Eduard Tubin, jalon indispensable entre Sibelius et Pärt. Le placer face à Dvořák, Smetana, Fibich et Grieg ne relève pas de la coquetterie muséale mais d'une revendication d'équivalence de statut. Que ces deux tableaux aient été composés en 1917-1918, à quelques mois de la déclaration d'indépendance estonienne du 24 février 1918, ajoute à l'événement une résonance historique que le festival — et l'Académie qui porte le nom de Järvi — assument pleinement.

Des émotions délicates : Accabadora de Francesco Filidei au Festival d’Aix-en-Provence

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Proposer une création lyrique contemporaine dans le si élégant petit théâtre à l’italienne qu’est le Théâtre du Jeu de Paume : c’est le magnifique paradoxe perpétué de ces représentations-là au Festival d’Aix-en-Provence. Des notes et des airs d’aujourd’hui dans ce théâtre d’hier. Cela nous a valu plus que régulièrement de vivre quelques-uns des plus beaux moments de ce festival. Cette année encore.

Il est vrai que l’intimité de ce petit lieu et la proximité des spectateurs avec le plateau suscitent une atmosphère acoustique toute particulière, favorable à la rencontre, à l’échange.

Cette année : Accabadora de Francesco Filidei.

Un titre inattendu, difficile à énoncer du premier coup.

De quoi s’agit-il ? De qui s’agit-il ? Dans les campagnes de Sardaigne, d’une femme, la « Dame de la bonne Mort », la « dernière mère », celle qui, à la demande de la famille ou des proches, venait mettre un terme aux souffrances d’un mourant, l’euthanasier en quelque sorte, notamment en l’étouffant avec un oreiller.

L’autrice Michela Murgia a écrit un beau roman inspiré de cette tradition. Qui a lui-même inspiré le compositeur Francesco Filidei, déjà connu et reconnu pour trois autres créations : Giordano Bruno, Le Nom de la Rose et L’Inondation, créée au même Festival d’Aix-en-Provence en 2019.

Dans ce petit village sarde, Maria, née dans une famille trop pauvre, est confiée à Tzia Bonaria Urrai, une couturière âgée et mystérieusement respectée. Maria est ainsi ce que l’on appelle là-bas « une enfant de l’âme ». Peu à peu, elle va s’interroger sur les activités parallèles de Tzia et finira par découvrir la réalité de sa « mission ». Bouleversée, elle quitte le village pour aller s’installer dans le nord de l’Italie. Quelques années plus tard, elle est rappelée au chevet de Tzia Bonaria mourante. C’est alors qu’elle va accepter d’assumer à son tour le geste de Tzia.

La transcription lyrique de ce récit nous vaut un opéra d’émotions délicates.