Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Début de saison triomphal pour l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo

par

La saison de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dénommée "Une nouvelle porte s'ouvre" commence fort et la salle des Princes du Grimaldi Forum est comble pour ce concert inaugural.  Il propose un programme idéal pour satisfaire le public : ouverture-concerto-symphonie à base de grands tubes consensuels.  

Kazuki  Yamada et l'OPMC se présentent en toute grande forme dès les premières mesures de l’ouverture du Carnaval romain de Berlioz. Ils nous procurent une version époustouflante de ce joyau de la musique romantique. Le chef dirige l'orchestre dans un tempo bien phrasé et avec une dynamique admirablement maîtrisée. Les différentes parties de l'orchestre sont en parfait accord.  On découvre un des plus beaux solos pour cor anglais de l'histoire de la musique romantique. Le corniste nous fait frissonner de joie.

Le thème mélancolique est repris par l'alto qui touche profondément et la section de trombone est phénoménale. Yamada sait comment conduire l'accumulation des rythmes enivrants. Tous les musiciens de l'orchestre sont éblouissants.

Concert de rentrée de l'Orchestre Symphonique de la Monnaie de La Monnaie sous la direction d'Alain Altinoglu

par

Ce dimanche 25 septembre a lieu à Bozar un concert donné par l’Orchestre Symphonique de la Monnaie dans le cadre du 250e anniversaire de sa création. Au programme de cette soirée festive, la Symphonie de Rédemption de César Franck, les Vier letze Lieder de Richard Strauss, Beyond de Harold Noben (création mondiale commandée par la Monnaie) et, pour finir, Till Eulenspiegels lustige Streiche, op.28 lui aussi de Richard Strauss. Nous retrouvons au pupitre de la phalange bruxelloise son directeur musical Alain Altinoglu accompagné pour l’occasion par la soprano britannique Sally Matthews.

Pour commencer, César Franck, dont on fête le bicentenaire de la naissance, est mis à l’honneur avec la première bruxelloise de la  Symphonie de Rédemption (1ère version de 1872 dit « Ancien morceau symphonique »), une partition redécouverte par le musicologue Joël-Marie Fauquet. Les premières notes sont jouées avec une certaine franchise nous plongeant immédiatement dans le concert. De beaux solos de clarinette, flûte et cor se distinguent dans cet Allegro Molto transmettant une belle énergie gérée avec brio par Alain Altinoglu. L’équilibre entre les cordes et l’harmonie est parfaitement ajusté. Dans le tumulte de cette œuvre se trouvent des moments d'accalmies avant que la musique ne reparte de plus belle. De belles intentions musicales sont données par le chef, ce qui rehausse l'interprétation déjà d’une excellente qualité. De plus, il sait conduire avec beaucoup de naturel les différentes progressions et nuances de cette œuvre. La pièce se termine avec un decrescendo général tout en gardant une certaine énergie.

La première partie du concert se clôture avec les Vier letze Lieder de Richard Strauss. Après un rapide changement de plateau voyant l’effectif imposant se réduire quelque peu, la soliste britannique Sally Matthews fait son entrée pour interpréter cette œuvre faisant partie des pièces les plus célèbres pour orchestre et soprano. Cette pièce datant de 1948 est la dernière composition de Richard Strauss. Ce dernier s’est inspiré de poèmes de Joseph von Eichendorff, en particulier par Im Abendrot (Dans le rouge couchant), pour composer ces quatre Lieder. Le premier Lied, Frühling (Printemps), commence dans un climat mystérieux. La soliste atteint avec aisance le registre aigu exigé par la partition. L’orchestre soutient Sally Matthews sans pour autant empiéter sur sa voix. Il sait néanmoins prendre le relais lorsque qu’elle ne chante pas. Le deuxième Lied, September (Septembre), commence tel un frémissement qui parcourt un jardin d’été. Le chef transmet avec grande délicatesse ses intentions musicales pour soutenir d’une belle façon la soprano. Ce deuxième Lied se termine en douceur, comme si l’on fermait paisiblement les yeux. Le troisième Lied, Beim Schlafengehen (En s’endormant), débute avec une certaine gravité. Sally Matthews aspire à l’oubli que procure le sommeil. La Konzertmeister nous offre par ailleurs un magnifique solo. Les contrastes sont saisissants. Le dernier Lied, Im Abendrot, permet à la soprano de montrer une dernière fois l’étendue de son talent et de sa maitrise vocale. Alain Altinoglu conduit subtilement un orchestre attentif pour sublimer la belle voix de la soliste. Le dernier vers, mystérieux, nous renvoie au thème principal du poème symphonique Tod und Verklärung composé 60 ans plus tôt. Cette excellente prestation est acclamée par un public conquis par la maîtrise de l’orchestre, la voix enchanteresse de la soliste et la direction bienveillante du chef.

Bach, le minimalisme et l’immersion

par

Je sors d’une fête de retrouvailles (reportée pendant deux ans pour ce que vous savez… et dont il s’avèrera dans quelques jours qu’on eût mieux choisi en la reportant encore), ignorant du dimanche sans voiture qui, dès sa clôture à 19 heures, réengorge obstinément les entrées de Bruxelles (j’ai essayé, mais où est le métro et où laisser l’auto ?) et me pose donc dans le fauteuil de la salle Henry Le Bœuf, en surplomb des consoles, le souffle court, deux minutes avant l’entrée furtive sur la scène obscure des musiciens partiellement escamotés derrière des structures géométriques aux formes erratiques.

Issu du Conservatoire de Nantes, Simon-Pierre Bestion, pétri de musiques contemporaine et ancienne, revendique une interprétation où l’instrumentiste s’approprie les sons du compositeur et, en particulier au travers de la Compagnie La Tempête qu’il crée en 2015, travaille l’éventail et la mise en relation de partitions, dont la connexion évoque en elle-même une nouvelle histoire. Bach minimaliste est un de ces programmes, œuvre à part entière, très structuré, dont la mécanique acquiert au fur et à mesure de son déroulement un statut d’évidence (pourtant, Jean-Sébastien, minimaliste ?), construit en fil tendu, dans lequel on se lance comme on plonge en apnée, après une profonde inspiration, mains jointes et épaules élancées, à peine si quelques orteils battent la mesure -on ne s’arrête pas, on y va d’une traite.

Orphée et Eurydice aux Champs-Elysées

par

La reprise de la mise en scène de Robert Carsen présentée au Théâtre des Champs-Élysées jusqu’au 1er octobre date maintenant de plus de dix ans. Retravaillée avec soin, elle se réfère à la version viennoise de la création (1762) en italien où le rôle d’Orphée fut chanté par un castrat contralto. Mais... ici c’est un contre-ténor, Jakub Josef Orlinski, qui interprète l’aède et les ballets ont disparu si bien que l’on serait tenté d‘y voir une cinquième version du chef d’œuvre de Glück. Eventail vocal rare puisque la seconde version donnée à Parme fut confiée à un castrat soprano (1769), la troisième dirigée par le compositeur en présence de Marie-Antoinette à un ténor (1774), et celle de Paris avec ballets fut révisée par Berlioz pour la contralto colorature Pauline Viardot (1859).

En choisissant un décor unique (les quatre éléments ordonnés sur la courbure terrestre) Robert Carsen explique se focaliser sur l’enjeu du mythe, c’est à dire la confrontation vie-mort-musique. Célébration funèbre ou rituel ésotérique, toujours est-il qu’elle place le profane à distance. L’esthétique puritaine ponctuée de sempiternels costumes-tailleurs noirs renvoie avec une cruelle exactitude le reflet d’un monde sans joie, sans couleurs, sans plaisirs (Que revienne le temps des tuniques grecques surtout portées par de tels interprètes !)

Le Liceu ouvre la saison avec un Don Pasquale débordant de joie

par

Créé en 1843, alors que Donizetti avait déjà composé pas moins de 70 titres, Don Pasquale est en quelque sorte son testament théâtral. Chef d’œuvre de l’« Opera buffa », il en sera aussi pratiquement son oméga car seuls deux autres grands l'ont suivi : l'inclassable Fallstaff verdien et le très spécial Gianni Schicchi de Puccini. Intitulé à bon escient « Dramma giocoso », le propos est à première vue joyeux et insouciant, mais la trame sous-tend bien de considérations profondes sur la nature humaine, le vieillissement et la liberté individuelle. La veille de la création parisienne au Théâtre des Italiens, qui avait connu les grands succès rossiniens, Wagner présentait à Dresden son Fliegende Holländer et, quelques mois plus tard, ce sera le tour de la création du Ernani de Verdi. En 1843, Donizetti n'a que 46 ans, mais la maladie le ronge et la révolution de 1848, année de sa mort, commence à sourdre. Ceci peut expliquer le caractère vindicatif et libérateur de ce livret remanié par le compositeur lui-même sur un ouvrage d’Antonio Anelli.

Catarina Amon, à propos de Classeek

par

La plateforme en ligne Classeek ne cesse de se développer. 5 ans après son lancement, elle annonce toute une série de développements dont une série de concerts de jeunes talents diffusés en ligne. A cette occasion Crescendo Magazine s’entretient avec Catarina Amon, fondatrice et PDG de Classeek. 

Classeek a été fondée en 2017. Quel bilan tirez-vous 5 ans plus tard ? 

Le bilan le plus évident est que Classeek est une belle aventure. Car c’est comme une belle histoire d’amour, toujours animée par la même passion du premier jour. On ne regrette rien et on recommencerait. Notre engagement pour servir sa mission <Découvrir, suivre et soutenir les talents à travers le monde> ne se tarit pas. La fraîcheur, l’esprit créatif et innovateur y sont essentiels. Classeek est naturellement aussi un chemin d’apprentissage. On essaye, on trie ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas, et c’est ainsi qu’on avance dans le temps. Aujourd’hui je suis fière de ce que Classeek soitt devenue et de ce qu’on a pu construire.

Nous développons une vraie communauté, avec déjà 9 ambassadeurs exceptionnels au service des jeunes, qui nous ont recommandé 37 artistes qui se sont présentés sur notre scène et en livestream et qui ont participé à notre Programme. Cette année pour la première fois nous avons ouvert une place à des candidatures et nous avons reçu 98 candidatures de jeunes artistes entre 20 et 30 ans de grande qualité pour notre Programme 2022-2023. Et nous avons 2000 utilisateurs sur la plateforme sur ClasseekLink avec de belles histoires à raconter !

Cette rentrée est marquée par de nouveaux développements de la plateforme. Pouvez-vous nous les présenter ? 

ClasseekLink est une plateforme qui a l’ambition d’être la référence de l’industrie pour les jeunes artistes afin de se présenter, se rencontrer et de rester en contact entre eux et avec les professionnels. On crée une vraie communauté. Depuis sa naissance en octobre 2020, elle est en constante progression tel le chemin de vie d’un jeune musicien. Cette saison, nous allons la rénover de manière différente : par l’expérience utilisateur, le design pour la rendre plus parlante pour les jeunes générations, agréable d’utilisation afin qu’il se sentent comme “à la maison”. Nous commençons par l’amélioration de notre produit phare : le press kit digital qui est un outil créé en 2018 et qui sera intégré au profil des artistes. En un seul geste, un artiste où qu’il soit dans le monde pourra créer son profil avec presskit intégré et se présenter gratuitement. Facile à créer, mettre à jour et partager avec les organisateurs qui peuvent télécharger les matériels nécessaires directement en un clic, il permettra d’économiser des échanges de mails successifs. Un nouvel outil sera aussi intégré à la plateforme cette saison, une Newsroom qui donnera accès en temps réel à toutes les nouvelles de l’industrie agrégées apparues sur des médias généralistes, spécialisées de musique classique,  et sur les réseaux sociaux. Cette Newsroom permet aussi de filtrer le tout par dates, des nouvelles sur des catégories plus spécifiques, comme par exemple la discographie, les revues, les prix obtenus dans les compétitions, des interviews, des nouvelles sur des festivals, des premières et, à chaque recherche, on peut trouver les noms les plus cités dans les sources trouvées. Si on cherche dans la catégorie compétitions aujourd’hui, on voit que le nom le plus cité est celui du pianiste ukrainien Dmytro Choni qui a reçu la médaille de bronze cet été à la compétition Internationale de Van Cliburn. D’autres fonctionnalités verront le jour, destinées à développer un vrai esprit communautaire.

Sophia Vaillant et les compositrices françaises

par

La pianiste Sophia Vaillant fait paraître un album intitulé “Compositrices françaises d’hier et d’aujourd’hui” (IndéSens). Ce voyage musical à travers le temps met à l’honneur 10 compositrices d’Hélène de Montgeroult à Betsy Jolas, Graciane Finzi et Edith Canat de Chizy.   

Votre nouvel album se titre “compositrices françaises d'hier et d'aujourd'hui". 10 compositrices sont à l’honneur de votre nouvel  enregistrement ? Comment avez-vous sélectionné ces partitions ?

J'avais envie de regrouper des compositions de style et d'époques différentes.  J'ai d'abord choisi les compositrices que j'avais envie de mettre à l'honneur : celles dont je jouais déjà certaines de leurs pièces, celles que j'avais envie de jouer, et celles dont je pensais qu'il était nécessaire de les mettre en avant.

Ensuite, j'ai fait le choix de présenter un programme d'œuvres très  diversifiées, contrastées, et assez courtes. J'ai donc lu beaucoup de partitions, et j'ai essayé de les combiner.

Le choix dans l’ordre des plages nous fait évoluer de manière chronologique ? Pourquoi avez-vous opté pour cette progression du  temps ?

L'ordre chronologique permet de situer chacune des pièces dans son contexte historique.

On parle parfois d’un style français, d’une école française de  composition plutôt caractérisée par un amour du timbre ? Est-ce qu’il y a un trait commun à ces différentes œuvres ?

L'école française de composition est, en partie, caractérisée par  l'amour du timbre. Surtout à partir du XXe siècle, avec les compositeurs tels que Varèse, Honegger, Messiaen, ... Cette recherche sur le timbre est peut-être la caractéristique de l'évolution de la musique occidentale, à partir de la deuxième école de Vienne. Je dirai que le trait commun entre toutes ces œuvres, est la grande liberté d'écriture.

Joliment joli : « Lakmé » de Léo Delibes 

par

A l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, Lakmé de Léo Delibes offre à ses spectateurs un album de belles images colorées-coloriées et surtout des ravissements vocaux. Tout cela est, n’y voyez pas d’ironie, joliment joli. 

Dans le jardin aussi magnifique que solennel d’un temple hindou, ils se voient et cela suffit pour qu’ils s’aiment. Définitivement. Mais ils ne vivent pas dans le meilleur des mondes et tout ne pourra pas y aller pour le mieux. Elle, c’est Lakmé, la fille du redoutable brahmane Nilakantha ; lui, c’est Gérald, un officier de ces forces britanniques qui ont colonisé et occupent le pays. Leur amour est impossible, elle en mourra. 

Une tragédie, oui et non. Oui dans les faits et leur enchaînement fatal, non dans la musique et les airs qui l’expriment. Si beaux pour dire le rêve impossible.

Joliment jolie : telle est la mise en scène de Davide Garattini Raimondi, absolument couleur locale. Tout dit l’Inde des représentations coloniales : processions religieuses, pétales de fleurs, statues des dieux, bougies, sari, uniformes anglais (dont nous venons de contempler à satiété les déclinaisons contemporaines lors d’un enterrement récent), portrait de la Reine Victoria. Et surtout, elle nous vaut un remarquable travail sur les couleurs, celles des lumières de Paolo Vitale, celles des vêtements de Giada Masi. Le fruit, comme nous l’apprend la brochure de soirée, de tout un travail de recherche sur ces couleurs et leurs significations là-bas. Oui, un magnifique album d’images colorées-coloriées.

Anthony Hermus prend la tête du Belgian National Orchestra

par

Affluence et effervescence des grands soirs aux Palais des Beaux-Arts à l’occasion de ce premier concert de la saison de l’Orchestre National sous la baguette de celui qui n’est encore officiellement que le futur directeur musical de l’orchestre (il ne prendra en effet ses fonctions qu’en septembre 2023). Mais même si la présente saison est encore annoncée comme étant de transition, il ne fait pas de doute qu’Antony Hermus -qui dirigera en tout cinq programmes- entend bien dès à présent imprimer son sceau sur la formation bruxelloise.

Après un bref discours inaugural de l’intendant Hans Waege où ce dernier se félicita entre autres de voir enfin l’Orchestre National officiellement lié à la salle Henry Le Boeuf en devenant l’orchestre maison de Bozar ainsi que du prestige accru de l’ensemble qui accomplira cette saison d’importantes tournées en Grande-Bretagne et en Espagne et se produira également à trois reprises à Salzbourg, c’est sur les chapeaux des roues que le chef néerlandais et l’orchestre entamèrent ce concert en proposant au public Pulses of the Earth (2017) du compositeur anversois Wim Henderickx (né en 1962). Longue d’environ dix minutes et version révisée du deuxième mouvement de la Symphonie N° 2 « Aquarius ‘ Dream » de l’auteur, l’oeuvre -dynamique, bruyante, colorée et animée d’une irrésistible pulsion rythmique-  fait montre d’une écriture orchestrale très maîtrisée. C’est à une véritable débauche de couleurs et de rythmes qu’on a droit, sans parler des interventions vocales de l’orchestre qui à certains moments crie « cha-cha-cha » avec beaucoup d’enthousiasme. Le chef, l’orchestre et le compositeur -apparemment ravi- furent chaleureusement applaudis.

Au Festival de Salzbourg 2022

par

Cette année, les Salzburger Festspiele ont à nouveau pu présenter un riche programme de concerts, récitals, opéra et théâtre, un soulagement après les problèmes et restrictions de l’année précédente. Six productions scéniques et deux versions de concert étaient à l’affiche. Dans les distributions, à côté de noms illustres, de jeunes chanteurs participant au «Young Singers Project», qui suivent des Masterclasses et ont été choisis pour faire partie de l’ensemble. C’était le cas de la soprano belge Flore Van Meerssche qui a été distribuée en « sacerdotessa » dans la production d’Aida (Verdi) dirigée d’ailleurs par Alain Altinoglu, le directeur musical de la Monnaie.

Cette Aida était une reprise de la production de 2017 dans une mise en scène de Shirin Neshat, une artiste iranienne (photographe, vidéaste), avec des décors abstraits de Christian Schmidt. Pas d’évocation de l’Egypte des pharaons, mais un monde oriental plutôt islamique, sévère et fermé, avec des femmes voilées, des hommes insolents et effrontés qui terrorisent même la Cour de la Princesse Amneris,(sur la musique des petits esclaves maures !) et des blocs de prêtres immobiles avec de longues barbes blanches. Des projections réalisées par la photographe Neshat illustrent le contexte d’Aida, qui ne correspond pas au livret de l’opéra, et la mise en scène et la caractérisation des personnages restent trop sommaires. Pas étonnant qu’Erwin Schrott fasse régulièrement sortir le grand prêtre Ramfis des rangs ! Vocalement un peu plus de discipline aurait été préférable. Rien à reprocher à Roberto Tagliavini qui donnait au Roi noblesse vocale et autorité. Piotr Beczala débutait en Radames et donnait une belle allure au jeune guerrier. Vocalement, le rôle était brillamment interprété et il terminait « Celeste Aida » tout en nuances comme Verdi l’avait souhaité ! Elena Stikhina offrait à Aida une voix souple et expressive, de belles nuances et de l’émotion. Belle prestation d’Eve-Maud Hubeaux dans le rôle d’Amneris : allure royale, voix ample et expressive et interprétation captivante. Luca Salsi campait un Amonasro vaillant. Dans sa brève intervention de la sacerdotessa du temple, Flore Van Meerssche donnait à entendre une voix limpide et pure. C’est Alain Altinoglu, le directeur musical de la Monnaie, qui dirigeait le Wiener Philharmoniker dans une exécution subtile et dynamique, pleine de nuances et de couleurs, avec un soin remarquable pour les chanteurs et un grand souffle dramatique.    

Il Trittico de Puccini avait droit à sa toute première présentation au Festival de Salzburg, sous la direction musicale de Franz Welser-Möst et dans une mise en scène de Christof Loy. Il se présentait d’emblée comme la production la plus populaire du festival. Certainement aussi grâce à la présence dans les trois operas d’Asmik Grigorian, la soprano lituanienne qui est la nouvelle star du Festival. Loy choisit de ne pas présenter les trois opéras Il Tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi dans l’ordre habituel. La soirée débutait avec Gianni Schicchi sous forme d’une farce burlesque pour finir avec Suor Angelica, prisonnière dans un cloitre strict, enfermée entre des murs gris qui bannissent le soleil et la verdure, quasiment sans chaleur humaine.