Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

"Miniatures" postlude du Printemps des Arts 2026

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Il y a des soirées qui prolongent un festival, et puis il y a celles qui lui donnent un second souffle. Ce postlude du Printemps des Arts de Monte-Carlo appartient sans hésitation à la seconde catégorie. En réunissant Bruno Mantovani et Jean-Christophe Maillot, les Ballets de Monte-Carlo renouent avec une intuition vieille de plus de vingt ans : faire dialoguer musique contemporaine et danse dans un format court, nerveux, sans temps mort.

Le principe de « Miniatures », né en 2004 sous l’impulsion de Marc Monnet, pourrait n’être qu’un exercice de style. Il devient ici un véritable terrain d’expérimentation. Deux pièces historiques — celles de Mantovani et de Ramon Lazkano — côtoient quatre créations. C’est sans doute là que réside la réussite de la soirée : dans cet équilibre entre mémoire et présent, entre reprise et prise de risque.

Si certaines musiques contemporaines peuvent sembler exigeantes à la premièreécoute, la danse agit ici comme un révélateur. Elle en éclaire les lignes de force, en déploie l’énergie. Portés par des danseurs toujours remarquables, et par des lumières, décors et costumes d’une grande richesse visuelle, ces univers sonores deviennent immédiatement plus accessibles.

L’Ensemble Orchestral Contemporain, fidèle à sa réputation d’excellence dans les répertoires des XXe et XXIe siècles, impressionne par la précision de son jeu et l’intensité de son engagement. Chaque miniature, d’une dizaine de minutes, compose ainsi un kaléidoscope dense et contrasté.

Toutes ne frappent pas avec la même intensité — et c’est heureux. Ramon Lazkano, avec « Lur-Itzalak », installe un temps suspendu, presque fragile. Les harmoniques effleurées du violon et du violoncelle dessinent une matière sonore qui semble se dissoudre au moment même où elle apparaît. À l’inverse, « Caravansérail » de Martin Matalon, porté par la chorégraphie de Julien Guérin, impose une tension plus immédiate, presque physique. On y sent circuler une énergie brute, parfois un peu démonstrative, mais indéniablement efficace.

María Dueñas et Alexander Malofeev : et le violon retrouva son âme !

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Je suis heureux d’avoir entendu cette prodigieuse artiste pour la première fois en direct dans un répertoire de musique de chambre, en compagnie d’un pianiste aussi créatif, attentif et admirateur de sa partenaire. L’on peut ainsi s’éloigner d’un certain « formatage » que la performance du soliste dans un concerto avec orchestre pourrait entraîner. Ce dialogue créatif avec un partenaire stimulant amène les artistes à un dépassement de soi, car ils savent que leur partenaire va surenchérir et apporter sans cesse de nouvelles idées interprétatives.

Puisque le degré de beauté sonore et émotionnelle que la jeune Espagnole est capable d’atteindre plonge l’auditeur dans un état de transe absolu, l’on ne sait plus si cette succession de phrases sublimes, de sonorités splendides ou de virtuosité invraisemblable relève du domaine du réel ou de celui du rêve. J’avoue avoir fermé les yeux à maintes reprises et avoir atteint une extase musicale idéale, inatteignable pour le commun des mortels : la perfection du trait et la profondeur expressive sortent totalement du vécu habituel, même chez les plus grands interprètes.

Ensuite, l’on rouvre les yeux et l’on est surpris de dévisager cette toute jeune femme, gracieuse et frêle, maniant son archet avec une aisance ahurissante, comme si le violon n’était que l’extension du corps d’une danseuse. Et cette invraisemblable main gauche, à la précision chthonienne, qui trouve ses notes avec une facilité déconcertante ! Tout cela semble chimérique ; l’on se dit, inconsciemment, qu’il y a dans un jeu dont l’excellence dépasse l’entendement quelque chose du pacte du Doktor Faustus avec le diable, de cet envoûtement satanique dont parlaient les contemporains de Paganini.

Le Grand Duo en la majeur de Schubert a la réputation d’être une pièce ingrate à jouer pour les violonistes : Dueñas y déploie ses ailes dans des phrasés d’une inspiration divine, répondant aux suggestions de myriades de couleurs provenant du pianiste avec une clarté et une retenue qui poussent l’auditeur à une écoute de plus en plus attentive, presque exacerbée. La succession de pianissimi, ponctuée de quelques accents et de forte soudains, oblige à une attention particulière, récompensée par un plaisir esthétique sans borne.

La saison 2026-2027 du Namur Concert Hall au Grand Manège

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La nouvelle saison namuroise est annoncée ! C'est un menu royal !

Le double anniversaire qui structure la saison 2026-2027 du Namur Concert Hall au Grand Manège ne relève pas du prétexte commémoratif : il tient de la démonstration. Les quarante ans du Chœur de Chambre de Namur et les cinq ans du bâtiment permettent de réunir, pour la première fois en une même saison, l'ensemble des productions que le Centre d'Art Vocal et de Musique Ancienne porte à travers le monde. Ce que le Concertgebouw d'Amsterdam, la Philharmonie de Paris, l'Opéra de Vienne ou l'Elbphilharmonie accueilleront cette année prend naissance ou trouve son aboutissement ici, rue Rogier. Plus de quatre-vingts concerts, une densité de programmation qui n'a guère d'équivalent.

Les piliers de la saison sont d'abord vocaux et baroques — à la mesure de ce que le Chœur de Chambre de Namur représente aujourd'hui dans le paysage européen. Marie-Nicole Lemieux signe sa prise de rôle dans la Médée de Charpentier avec Les Épopées de Stéphane Fuget. Reinoud Van Mechelen dirige la première mondiale au disque d'Alcide de Lully-Marais, puis sa propre lecture de la Passion selon saint Jean, œuvre qu'il a longuement chantée sous la direction d'Herreweghe, Christie et Rattle avant d'en assumer lui-même la direction. Leonardo García-Alarcón et Cappella Mediterranea sont au cœur de quatre productions majeures : l'Orfeo de Monteverdi après la Philharmonie de Paris, la Passion selon saint Matthieu en tournée vers Genève et Valence, l'Ercole amante de Cavalli en avant-première européenne, et les Concertos pour violon de Bach avec Chouchane Siranossian — enregistrés au Grand Manège dans les jours qui précèdent le concert. Christophe Rousset fait son retour avec le Requiem de Campra. René Jacobs ressuscite le Falstaff de Salieri à la tête du B'Rock Orchestra, en avant-première avant Bruxelles et Cologne. La Messe en si mineur de Bach, confiée à Bart Van Reyn et Il Gardellino, couronne les quarante ans du Chœur avant une tournée qui la conduira jusqu'à Amsterdam.

Une semaine sur la planète classique : le briefing de la semaine

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Chers et chères mélomanes,

Cette semaine, la planète classique a vibré au rythme d'une actualité riche et contrastée, entre défis institutionnels, hommages émouvants et l'émergence d'une nouvelle génération de talents. Plongeons ensemble dans les faits marquants qui ont animé nos scènes et nos studios, tels que rapportés par les amis et confrères comme Pizzicato, Scherzo, Slipped Disc ou Gramophone sans oublier notre propre journal !

À la une : turbulences et renouveau institutionnel

L'actualité a été dominée par des remous au sein de grandes institutions européennes et américaines. Selon les informations relayées par Pizzicato, le prestigieux Teatro San Carlo de Naples a fait l'objet de perquisitions ordonnées par le parquet suite à des audits financiers, avec des saisies de matériel informatique. Outre-Atlantique, le Kennedy Center de Washington est secoué par des accusations de népotisme et de mauvaise gestion portées par l'ancien conservateur Josef Palermo. Parallèlement, les orchestres américains tirent la sonnette d'alarme face aux retards critiques dans l'octroi des visas par les autorités fédérales, une situation qui multiplie les annulations de concerts et fragilise les tournées internationales.

Mais le monde classique est aussi celui du renouveau. Le Philharmonique de Berlin a déjà le regard tourné vers les moments médiatiques : son traditionnel Europakonzert du 1er mai se tiendra dans le cadre majestueux de la salle Haydn du palais Esterházy à Eisenstadt, un lieu chargé d'histoire. Le chef d'orchestre Claudio Vandelli assure la stabilité des Würth Philharmoniker en prolongeant son contrat jusqu'en 2029.

La mémoire vive du classique

La semaine a été l'occasion de célébrer des figures emblématiques dont la longévité force le respect. L'immense organiste espagnole Montserrat Torrent a fêté son centenaire, une étape franchie avec une sérénité désarmante, rappelant que pour elle, "Bach est Dieu". Le compositeur letton Pēteris Vasks, dont la musique spirituelle continue de toucher un large public, a quant à lui célébré ses 80 ans.

Le monde musical a malheureusement dû dire adieu à plusieurs personnalités marquantes. Le pianiste ukrainien Oleg Maisenberg, partenaire de chambre privilégié de Gidon Kremer et de Hermann Prey, s'est éteint à l'âge de 80 ans. Sa disparition, laisse un vide immense dans le monde du piano. Nous avons également appris le décès de la pianiste américaine Ann Schein (86 ans), du luthier réputé Martin Jaumann (59 ans) et de l'altiste polonaise Beata Prylińska (51 ans), autant de talents qui ont servi la musique avec dévotion.

Philip Glass : Satyagraha Opéra de Paris Garnier,

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Coup de Théâtre ce vendredi à l’Opéra Garnier, la standing ovation touche à sa fin, au moment où les gens commencent à quitter leur siège, in extremis, le tonnerre d’applaudissements s’amplifie brusquement et une forêt de smartphones s’élève! Un vieil homme d’une élégance infinie vient d’entrer sur le plateau, marchant lentement au bras du 1er rôle qui est venu le chercher, Philip Glass, 89 ans, salue sobrement, applaudit la troupe et ne cache pas sa vive émotion devant ce public tout aussi ému de le voir. Satyagraha, son 2ème opéra, sur un livret de Constance de Jong vient d’entrer magistralement au répertoire de l’Opéra de Paris. Même le célèbre Einstein on the Beach, premier volet de la trilogie n’avait pas eu cet honneur. 

Dans l’éventail d’approches opératiques exigeantes et variées de cette saison 25-26 dont nous ne pouvons que nous réjouir, Satyagraha n’a pas à rougir de son audace… il se trouve à l’une des extrémités du spectre esthétique, à l’autre bout duquel on peut trouver Montag aus Licht de Stockhausen, produit en Novembre 2025 à la Philharmonie. Les 2 ouvrages semblent être les deux pôles drainant deux publics irréconciliables au premier abord. Pourtant Glass et Stockhausen partagent le même but : un formalisme à toute épreuve, un goût du spectacle total, le pouvoir d’obtenir par leur seule écriture, un dépassement de soi des interprètes, et surtout une volonté obsessionnelle d’associer radicalité et exigence afin d’élever le public à un niveau d’écoute supérieur.

Car Philip Glass a beau faire partie des compositeurs d’opéras contemporains les plus joués au monde, son esthétique est une forteresse sacrée dont les mécanismes de défense sont redoutables. Sous son apparente facilité d’accès, la musique de Glass renvoie dos à dos les partisans d’une musique déconstruite, atonale, et les défenseurs d’un langage plus traditionnel.

Les premiers oscillant entre colère rageuse et mépris silencieux, les seconds préférant mettre en avant Steve Reich ou John Adams, et ainsi se délester d’une si perturbante radicalité. 

Puisqu’il va être question de non-violence, faisons preuve d’empathie, le temps d’un paragraphe, vis à vis des réfractaires à ce monde musical. 

L’ORW dévoile son ambitieuse saison 2026-2027

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Ce mercredi 15 avril 2026, Stefano Pace, directeur général de l’ORW, était entouré de Giampaolo Bisanti, directeur musical, et d’Andrea Battistoni, compositeur en résidence, pour lever le voile sur une nouvelle saison ambitieuse. Intitulée Pouvoirs et Désirs, la programmation 2026-2027 explore les forces qui gouvernent l’être humain à travers des œuvres liées par leurs ressorts dramatiques.

L’Opéra Royal de Wallonie-Liège propose dix opéras mettant en lumière les multiples visages du pouvoir et du désir. De Macbeth à Turandot, de Thaïs à Lohengrin, la saison traverse époques et styles, où ambition, séduction, jalousie et quête d’altérité se répondent. Les œuvres de Ravel — L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges — ainsi que Hubička (Le Baiser) de Smetana prolongent ces thématiques sur des registres plus intimes ou ludiques.

Cette réflexion se prolonge dans le présent avec la création mondiale de Zombie Opera et un nouveau final pour Turandot, tous deux signés par le compositeur en résidence Andrea Battistoni.

Portée par huit nouvelles productions et deux premières à Liège (Hubička et Capriccio), la saison réunit de grandes voix internationales — parmi lesquelles Luca Micheletti, Anne-Catherine Gillet, Aya Wakizono, Lionel Lhote, Nina Minasyan, Ian Koziara, Nino Machaidze, Lianna Haroutounian, Saioa Hernández et Luciano Ganci — ainsi qu’une équipe de chefs invités de premier plan, aux côtés du directeur musical Giampaolo Bisanti. Celui-ci ouvrira la saison avec Macbeth de Verdi, avant de diriger Lohengrin de Wagner en janvier, puis Roberto Devereux de Donizetti en février.

Parmi les chefs invités, Jean-Yves Ossonce, Alessandro Cadario, Pierre Dumoussaud, Michael Güttler, Robert Treviño et Daniele Squeo apportent leur expertise des répertoires et leur expérience des grandes scènes internationales.

Les Prix Caecilia 2025 : l’excellence discographique à l’honneur

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L’Union de la Presse Musicale Belge (UPMB) a dévoilé le palmarès des Prix Caecilia 2025, une édition qui confirme une fois de plus la vitalité et la diversité de la scène discographique actuelle. Fondés en 1974, ces prix visent à récompenser les meilleurs enregistrements mis en vente sur le marché belge, en mettant l’accent sur les nouveaux talents, les répertoires rares et les projets audacieux. La cérémonie de remise des prix s'est tenue dans le cadre prestigieux du Théâtre Royal de la Monnaie, sous l'accueil de son intendante Christina Scheppelmann.

La Jeune Musicienne de l’Année : Gwendoline Blondeel

Le titre de Jeune Musicienne de l’Année 2025 a été décerné à la soprano belge Gwendoline Blondeel. Formée à l’IMEP de Namur et passée par l’Académie de la Monnaie, elle s'est imposée comme une interprète incontournable, particulièrement dans les répertoires des XVIIe et XVIIIe siècles. Son talent éclate également dans son album Amor Eterno (Harmonia Mundi), récompensé par un Prix Caecilia, où elle explore avec une voix "ronde, brillante et ductile" des mélodies allant de Josquin Desprez à Marin Marais.

Le Palmarès des Prix Caecilia 2025

Le jury, composé de critiques de renom, a sélectionné dix enregistrements d'exception. Voici les lauréats de cette année, avec un lien vers la critique pour les albums chroniqués dans nos colonnes :

  • CollectifAmor Eterno (Harmonia Mundi) avec Gwendoline Blondeel, Quito Gato, Mathilde Vialle. Lire la critique sur Crescendo Magazine
  • John Dowland / Henry PurcellSongs of Passion (Erato) avec Lea Desandre, Thomas Dunford, Jupiter. Lire la critique sur Crescendo Magazine
  • Henry PurcellDido & Aeneas (Erato) avec Joyce DiDonato, Michael Spyres, Il Pomo d’Oro.
  • Johann Sebastian BachKeyboard Concertos (Harmonia Mundi) avec Beatrice Rana, Amsterdam Sinfonietta. Lire la critique sur Crescendo Magazine
  • George Frideric Handel / Giovanni Paolo ColonnaDixit Dominus / Missa Concertata (Ricercar) avec Cappella Mediterranea, Leonardo García-Alarcón. Lire la critique sur Crescendo Magazine
  • Jean-Marie LeclairComplete Violin Concertos (NoMadMusic) avec Stéphanie-Marie Degand, La Diane Française. Lire la critique sur Crescendo Magazine
  • John FieldComplete Nocturnes (Deutsche Grammophon) avec Alice Sara Ott.
  • Sergei RachmaninovVisiting Rachmaninoff (Harmonia Mundi) avec Alexander Melnikov, Julia Lezhneva.
  • Franz Schubert4 Hands (Erato) avec Bertrand Chamayou, Leif Ove Andsnes.
  • György LigetiConcertos (Harmonia Mundi) avec Isabelle Faust, Jean-Frédéric Neuburger, Les Siècles.

Les lauréats des prix ICMA Lifetime et Discovery Award : une collaboration exemplaire

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Dimache dernier, Can Saraç, lauréat du prix ICMA Discovery Award 2025, a partagé la scène avec l'Orchestre de chambre danois, sous la direction du maestro Adam Fischer, récipiendaire du prix ICMA Lifetime Achievement Award. Cette rencontre, rapportée par Frauke Adrians, membre du conseil d'administration des ICMA, a mis en lumière la synergie remarquable entre un jeune talent prometteur et une figure emblématique de la direction d'orchestre.

Une coïncidence riche de sens

Le concert, qui s'est déroulé le 12 avril, a présenté un programme ambitieux : la Musique pour cordes, percussions et célesta et le Concerto pour piano n° 3 de Béla Bartók, ainsi que la Cinquième Symphonie de Beethoven. John Frandsen, directeur général du Danmarks Underholdningsorkester, a souligné la coïncidence inattendue de ce programme avec les élections parlementaires hongroises, ajoutant une dimension symbolique à la performance de Fischer, chef hongrois reconnu pour son engagement.

Can Saraç : une étoile montante

À seulement 17 ans, Can Saraç, pianiste turc né en 2007, a fait ses débuts danois avec une assurance et une maturité impressionnantes. Sa maîtrise du Concerto pour piano n° 3 de Bartók a été saluée pour sa clarté, sa détermination et son absence de sentimentalité excessive. Il a su dialoguer avec les bois dans l'Adagio et a captivé le public par son interprétation des rythmes jazzy de l'Allegro vivace. Cette performance a démontré non seulement son talent exceptionnel, mais aussi sa capacité à s'intégrer parfaitement à l'orchestre, trouvant en Adam Fischer et l'Orchestre de chambre danois des partenaires de premier ordre.

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence : le triomphe de la générosité

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Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence vient de clore sa treizième édition avec un concert à l’image même de sa recherche. Au programme, le Concerto n°1 de Chostakovitch enlevé avec une clarté et une verve exemplaires par Renaud Capuçon. Voilà une interprétation qui illustre superbement le côté conversationnel de cette œuvre, dans la finesse du dialogue entre le soliste et les instrumentistes de l’orchestre, un Philharmonique de Munich en grande forme sous la baguette de leur chef inspiré Lahav Shani (ceux-là même que, d’une façon incompréhensible, le Festival des Flandres avait sottement refusé d’accueillir à Gand l’an dernier). Le programme même du concert était en soi un hommage puisqu’il reprenait le choix de Mravinsky pour la création le 29 octobre 1955, donnant en complément la 4e symphonie de Brahms en sorte que l’imposante passacaille de son quatrième mouvement renvoie à cette autre passacaille qui constitue l’attaque du finale du concerto par le violon soliste. De tels choix démontrent une volonté pédagogique évidente dans la programmation d’un festival. A la fois solide et apaisé, le Philharmonique de Munich en a donné une lecture qui prend le temps de monter en puissance jusqu’au tutti implacable de sa fin. Et cerise sur le cadeau, Dominique Bluzet, codirecteur du festival avec Renaud Capuçon, annonçait une résidence de trois ans de la formidable phalange bavaroise qui reviendra donc à Aix les deux prochaines années.  

Une présence multipolaire de Renaud Capuçon

Le violoniste et chef français a cumulé les casquettes tout au long du festival. Durant le week- end d’ouverture, on le retrouvait dans le lyrique concerto de Barber avec l’orchestre de Lille et comme cheville ouvrière des concerts-mémoire du Camp des Milles. Le samedi de Pâques, il dirigeait un programme Brahms où, en compagnie de son frère Gauthier, il imposait une belle complicité au sein du duo soliste tout en lui donnant le juste répondant de la part de son Orchetre de chambre de Lausanne qu’il dirigeait de l’archet. Et, en clôture, ce fut la rencontre avec le Philharmonique de Munich, en musique de chambre avec Argerich et en symphonique lors du concert final de haut vol. D’évidence à 50 ans, Renaud Capuçon, qui vient de publier une interprétation d’une grande maturité des sonates et partitas de Bach (DG) est à un nœud crucial d’une carrière multipolaire comme soliste et chambriste, chef d’orchestre et organisateur. Et le Festival de Pâques en profite pleinement. 

Variations sur G ou la musique des mots

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Les violonistes connaissent bien l’Air sur la corde de sol, adaptation du merveilleux Air, deuxième mouvement de la Suite pour orchestre n°3 de J.S. Bach, transcrit pour être joué uniquement sur la corde de sol, la quatrième corde aux sonorités plus chaleureuses que les trois autres. On doit cet arrangement au violoniste allemand August Wilhelmj dont la carrière de virtuose à la fin du XIXe siècle fut jalonnée d’évènements majeurs (violon solo à Bayreuth pour la création de la Tétralogie de Wagner) parfois insolites (invitation — unique en la matière — à jouer devant les femmes du harem du sultan de l’Empire Ottoman). Les musiciens habitués à jongler avec les langues étrangères connaissent bien la correspondance entre les notes telles que nous les désignons dans les pays latins (et slaves) et leur appellation sous forme de lettres dans les pays anglo-saxons et germaniques, où sol devient G. 

Petite réflexion qui me ramène à l’actualité, à l’heure où la Hongrie tourne une page de son histoire. La presse audiovisuelle française s’empare de l’évènement et découvre le nouveau premier ministre, Péter Magyar. Mais qui se soucie de prononcer son nom correctement ? Tout y passe, Maguiar, Madjiar… Seule la journaliste d’Arte a pris le soin de vérifier avant d’aller à l’antenne.

Un souvenir me revient à l’esprit. Nous sommes à la fin du siècle dernier et j’ai alors l’occasion de recueillir pour France Musique les mémoires du pianiste hongrois György Sándor, magnifique musicien émigré aux États-Unis qui a connu Bartók et s’est fait l’ambassadeur de sa musique dans le monde entier. M’entendant prononcer son prénom avec des G durs, à l’allemande (Guyorguy !), il me reprend gentiment en me demandant pourquoi je ne le prononce pas à la française, comme « Georges » (il parlait impeccablement notre langue). S’en suit un échange (hors micro) qui me permet de découvrir que le G hongrois se prononce J (ou Ge) et le y final ressemble à notre E muet. Depuis ce jour, je suis devenu plus attentif à la prononciation des noms étrangers et, comme tout bon musicien, je souffre quand la musique d’une langue est francisée à la hâte. Il en est de même du portugais (avec les J prononcés à l’espagnole) ou du tchèque : combien de décennies a attendu Dvořák avant de voir son nom correctement formulé ? Pour Václav, c’est loin d’être gagné avant que les Français découvrent que le C tchèque se prononce S.