Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Concours Reine Elisabeth : une session de grande envergure

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Les lumières de la fête sont éteintes : nous sommes face à nos souvenirs. Ils s’agrègent et quelques observations s’imposent.

On commencera par saluer le haut niveau individuel des candidats : tous les finalistes méritaient bien leur qualification pour l’épreuve ultime. Avec un remarquable niveau d’excellence instrumentale . Une chose est sure : la jeune génération des violoncellistes est bien armée. D’autant plus que cette maîtrise technique se met au service d’une franche musicalité.  A un point tel qu’avec certains lauréats, en tout cas les quatre premiers classés), on assistait bel et bien à un concert plutôt qu’à une prestation de concours.

La jeunesse est par ailleurs dominante. La moyenne d’âge de ces finales était proche de 24 ans alors que celle des finalistes classés n’atteignaient que 22 ans et demi. Il est clair que, compte tenu du niveau technique des candidats, seule leur musicalité joue un rôle discriminant et la plupart des jeunes musiciens, s’ils ont réellement quelque chose à nous dire, le montrent très tôt dans leur développement individuel et en tout cas bien avant qu’ils n’atteignent 25 ans. Au point que l’on peut se demander ce qu’ils peuvent encore nous apporter de nouveau six à sept ans plus tard. Leland Ko, cinquième prix, est à ce titre une exception. Sa maturité est évidente mais il l’a met au service d’une inventivité décontractée qui ravit les auditeurs. Les autres aînés parmi les finalistes affichent un métier réfléchi mais sans cette pointe de créativité qui font les grands de demain.

Les deux cadets (un petit 20 ans) s’affirment en tout cas comme de solides musiciens : Alvaro Lozano Cames (5e) et, surtout Tae-Yeon Kim (2e) dont la prestation demeure un modèle d’inventivité respectueuse.

L’intérêt des jeunes violoncellistes pour le répertoire moderne est évident : onze finalistes ont présenté un concerto écrit au 20e siècle, seul un Dvořák représentant l’ère romantique. Le goût évolue entrainant dans cet effort un public visiblement conquis. Le timbre du violoncelle est par essence celui de la voix humaine : les compositeurs de l’ère moderne ont su lui conserver son expressivité chaleureuse. Une remarque qu’explique aussi la personnalité de Rostropovitch, associé à 10 des 12 concertos entendus cette semaine.

Un classement logique

Ce sérail de très bons musiciens rendait le choix entre les finalistes complexe. Six d’entre eux méritaient de se trouver parmi les Premiers Prix et cinq s’y retrouvent. On ne regrette donc qu’un seul absent, Lionel Martin qui avait littéralement révélé dès le lundi soir le vrai potentiel de l’imposé allant d’offrir un fier panache au concerto de Dvořák. Le jury lui a préféré Maria Zaitseva, le type même de la bonne élève consciencieuse mais qui reste un peu trop dans sa rectitude littérale.

Pour le reste, les deux premiers prix s’imposaient. Ettore Pagano est un musicien racé, servi par une sonorité généreuse et un impressionnant sens de la construction sans que ces qualités restreignent un franc naturel libérateur. Tae-Yeon Kim affiche un sacré tempérament qui donne forme aux structures les plus compliquées (son imposé est d’une implacable logique) et qui est servi par une sonorité, à la fois ferme et ample. Celle-ci lui permet d’affronter avec un engagement révélateur le concerto de Lutoslawski qui, après Hayoun Choi en 2022, propulse une nouvelle fois une candidate déterminée vers les hautes sphères. D’une volonté ardente mise au service d’un dialogue fertile avec l’orchestre, sa lecture du Lutoslawski restera un moment majeur de l’édition 2026.

Concours Reine Elisabeth ; Tae-Yeon Kim, une énergie conquérante

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Bachelor of Music du Curtis Institute où elle a étudié avec Gary Hoffmaan et Peter Wiley avec une bourse de la Jacqueline du Pré Memorial Fellowship, Tae-Yeon Kim  (Corée, 20 ans)nous arrive, malgré son jeune âge, bardée d’une belle collection de prix et de concerts.

D’emblée, elle pose sa marque sur l’imposé. Une cadence d’entrée engagée, une ode hivernal énergique où la concurrente lutte littéralement avec l’orchestre : Tae-Yeon Kim a décidé d’empoigner « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man et de le mener à bon port sans fléchissement. Par contraste, le printemps devient une véritable réflexion, directe, sans détours mais qui laisse chanter les belles sonorités du violoncelle. La soliste maintient une démarche combative tout au long de l’été. L’automne développe pour sa part une chaude complicité avec l’orchestre. La vision de la concurrente prêche un fort appétit de vie : à la fin d’une semaine de doutes, c’est revigorant.

A entendre son exécution de l’imposé, on comprend que Tae-Yeon Kim ait choisi le concerto de Lutoslawski. Conçue comme un conflit entre le violoncelle et l’orchestre, l’œuvre fut écrite à la demande de Rostropovitch qui le créa à Londres en 1970. Sa femme, Galina Vichnevskaïa le décrivait d’ailleurs comme un « Don Quichotte du 20e siècle ». L’œuvre est jouée d’un seul tenant avec quatre épisodes entouré d’une introduction et d’une cantilène et finale. Comme on pouvait s’y attendre l’attaque solo, savamment cadencée, de l’introduction crée un obsédant climat d’attente. Quelques brefs appels de trompette et les cuivres s’emballent sans rien faire perdre à la soliste de son self control : elle développe au contraire un puissant soliloque face à l’effervescence d’un orchestre agité. Elle mène le jeu avec une ténacité implacable, entraine l’orchestre dans un tourbillon sonore et affirme une liberté revendiquée dans le quatrième épisode. La cantilène est habitée d’une incontestable force de conviction, celle d’un chant humaniste revendiqué qui s’engouffre dans un finale militant où la soliste domine toutes les sollicitations de l’orchestre. Une sacrée performance. Rappelons que c’est avec ce même concerto que Choi avait gagné la précédente session du Reine Elisabeth.

Concours Reine Elisabeth : Andrew Ilhoon Byun, une nature discrète

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Diplômé de la Julliard School et du New England Conservatory, chambriste passionné, Andrew Ilhoon Byun (Canada, 28 ans) est actuellement artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth où il travaille avec Gary Hoffman et Jeroen Reuling.

Son « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man se base sur une volonté de garder une vraie clarté au discours. Une certaine neutralité imprègne la cadence de départ. Toute l’interprétation du concurrent canadien va en fait osciller entre une retenue réfléchie et une tentation à répondre à armes égales au fracas de l’orchestre, ce qui ne va pas de soi. Les frémissements de la flûte saluent l’apparition des frimas de l’hiver : le violoncelle du candidat y répond en demi-teintes. ce qui n’est guère aisé par la suite vu le fracas de l’orchestre qui le couvre démesurément. Le printemps ramène son lent cheminement répétitif où le violoncelle s’intègre à un éveil du monde où il articule sa cadence comme un beau chant solitaire mais distant. Le dialogue (le combat ?) de l’été entre l’orchestre et le soliste demeure sommaire dans son acharnement. Les contraires semblent vouloir se rejoindre dans la mélancolie de l’automne, un moment désarçonné par les éructations de l’orchestre mais le concurrent reprend bien la parole restituant à la fin de l’ode son côté interrogatif.

Ce qui nous a choqué dans la tonitruance de l’orchestre apparait clairement dans l’écriture d’une grande finesse de Dutilleux dans son « Tout un monde lointain ». Voilà une partition où le violoncelle prend délibérément la main dès la méditation d’« Enigme » où il signe un dialogue millimétré avec les instruments de l’orchestre qui se déploie tout au long de « Regards ». Le concurrent reste attentif à maintenir un chant discret tout au long de la méditation centrale et demeure toujours dans un rapport d’équilibre avec un orchestre inspirateur.

Cette partition appelle une connivence entre l’instrument soliste et l’orchestre. Celle-ci peut se développer dans un chant éperdu et c’était bien sûr la voie privilégiée par Rostropovitch. D’autres préféreront un discours plus discret qui creuse les potentialités de la partition vers l’inconnu. C’est dans cette voie que s’est engagé Andrew Ilhoon Byun : il le fait avec une juste retenue qui rend toute sa modernité à la musique de Dutilleux.

Les multiples vibrations de "Photo d’un enfant avec une trompette", l’opéra de chambre d’Éric Tanguy et Michel Blanc

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Au commencement, comme souvent (voire toujours) avec Éric Tanguy, il y a une amitié. Celle qui l’a lié avec Michel Blanc, pendant plus d’un quart de siècle, jusqu'à la mort du comédien il y a moins de deux ans. Cela fait maintenant bien longtemps que nous savons qu’il était un véritable artiste, capable d’incarner des rôles bien plus profonds et diversifiés que ceux de l’éternel hypocondriaque ou du dragueur lamentable qui l’avaient rendu célèbre. Et pas seulement au cinéma, puisqu’il a aussi été un formidable acteur de théâtre.

Ce que l’on connaît moins, car il était très discret à ce sujet, c’est à quel point il était passionné de musique. Il était un mélomane averti, mais aussi un pianiste certainement d’un niveau tout à fait honorable, car à l’âge de vingt, il avait envisagé même d’en faire son métier. Il travaille alors six à sept heures par jour, mais réalise qu’il ne deviendra pas « le nouvel Arthur Rubinstein », et renonce. Confiant à Éric Tanguy qu’il aurait rêvé de jouer au piano un concerto de Mozart, mais qu’il s’en serait senti en position d’imposteur, celui-ci lui écrit ce qui est peut-être alors une première mondiale : un concerto pour récitant et orchestre.

Ce sera Sénèque, dernier jour, sur un texte de Xavier Couture, créé en 2004 par l'Orchestre de Bretagne sous la direction de François-Xavier Roth, et enregistré par la suite, pour Erato, par l’Orchestre National de France dirigé par Alain Altinoglu. Il s’agit d’un véritable concerto, avec cadence et tuttis d’orchestre. On y entend un Michel Blanc remarquable d’intelligence musicale, dans le sens où (aidé bien entendu par le talent du compositeur dans l’écriture entre la voix et l’orchestre) il maîtrise supérieurement l’art de se glisser dans les silences, de répondre aux interventions instrumentales ou de les amener. Et puis, quelle diction, à la fois aussi nette qu’un instrumentiste qui fait entendre chaque note, et aussi naturelle qu’un comédien qui se laisse porter par son propre rôle. Du grand « art » (pour reprendre le titre de la pièce de Yasmina Reza dans laquelle, aux côtés de Pierre Vaneck et Pierre Arditi, il a partagé le rôle de Serge avec Fabrice Luchini au moment de la création).

Concours Reine Elisabeth : Krzystof Michalski, un parcours habité

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Krzystof Michalski (Pologne, 23 ans) commence ses études à la Musica Mundi School de Waterloo où il est l’élève de Jérôme Pernaud. Il rejoint ensuite le Conservatoire de Paris où il obtient son master en 2024 dans la classe d’Edgar Moreau.  Il sera le dernier à interpréter l’œuvre phare de cette finale, le concerto n°1 de Chostakovitch qui aura été défendu par pas moins d’un tiers des finalistes !

Les remous tumultueux de l’hiver, les demi-teintes énigmatiques de l’automne, l’agitation trépidante de l’été, la poésie raréfiée du printemps : le concurrent polonais ne nous fait grâce d’aucune des sollicitations de « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man qu’il subit plus qu’il ne les domine. Il termine d’ailleurs sa prestation dans l’imposé avec un grand point d’interrogation.

On trouve un autre tonus dans l’attaque sautillante de l’allegretto du concerto n°1 de Chostakovitch : le rythme est soutenu, le chant expansif sous les traits d’ironie des bois.

Changement complet de climat avec la longue complainte du moderato où, petit à petit, s’installe une sensation d’austérité qui renforce encore le côté poignant d’un mouvement maintenu dans une sorte d’apesanteur jusqu’au désespérant éclat final qui ne peut conduire qu’à un silence meurtri. Un poids tragique enserre le début de la cadence jusqu’à ce que celle-ci s’engouffre dans un cri plaintif qui ouvre le pas pesant de l’allegro molto avant de l’envoyer caracoler au milieu des sarcasmes grimaciers. Un beau parcours bien habité.

Concours Reine Elisabeth : Leland Ko revendique un ludisme décontracté

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Il nous présente une lecture très personnelle de « Four Odes to the Tidings of Flowers ». Il y a quelque chose de félin dans son approche en finesse de l’imposé et c’est pour ensuite proposer un caractère ludique dans l’animation qui l’oppose à l’orchestre très intrusif. Un beau bouillonnement traverse la deuxième section où le violoncelle survole en souplesse le dialogue. Même affirmation personnelle dans les grands glissandi à partir desquels le concurrent confirme sa volonté d’imposer son instrument comme le vecteur moteur de la partition, accumulant les ambiances typées, des instants calins aux grandes phrases revendicatrices. Le tout avec une souplesse qui aère singulièrement le propos dans une page parfois très ostentatoire Le dernier mouvement nous accueille dans une atmosphère étrange où le soliste développe une conversation discrète dans un climat presque chambriste, en solitaire ou en réponse aux instruments de l’orchestre.

Leland Ko a le mérite de présenter une œuvre rarement jouée dans les concours. Ecrit en 1945 et créé l’année suivante à Boston sous la baguette de Koussevitzky par sa dédicataire Raya Garbousova, le concerto de Barber relève de la veine romantique de ce compositeur.

L’allegro moderato semble se vivre comme un voyage : le violoncelle vagabonde dans les climats souples suggérés par l’orchestre. Il les saisit et les développe avec une belle ductilité qui conduit vers une cadence particulièrement développée non exempte d’un certain ludisme.

L’andante sostenuto nous convie à une rêverie apaisée : le chant règne en maître et le violoncelle a tout loisir de répondre aux avances épurées des bois, particulièrement au fil d’un long dialogue avec le hautbois. Un moment délicieux qui induit un réel hédonisme. Le molto allegro e appassionato repose sur une rythmique délibérément dansante que le candidat suscite avec une bonne humeur débordante non sans s’abandonner dans des moments d’un franc lyrisme. Mais l’orchestre ne tarde pas à relancer le débat et le soliste s’abandonne pleinement au jeu des sollicitations. Il domine le débat jusqu’à une conclusion gagnante qui enthousiasme le public.

Concours Reine Elisabeth : Alvaro Lozano Cames et la finesse du trait révélateur

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Alvaro Lozano Cames (Espagne, 20 ans) est le benjamin de cette session violoncelle, ce qui ne l’empêche pas d’afficher à 20 ans un sacré palmarès. Etudes à la Fondation Barenboïm-Said à Séville, bachelor de l’Escuela superior de Musica Reina Sofia, master classes avec Helmerson, Maisky et Muller, il a déjà donné de nombreux concerts, notamment en formation de chambre.

Le candidat joue « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man avec la volonté de jouer dans des sonorités nettes et sensibles, tout en assumant des contrastes saisissants. Les moments apaisés n’en gardent pas moins la primeur même face à un orchestre particulièrement sonore dans l’été et le printemps. Le début de l’automne distille un climat aimablement transparent qui nous mène vers une fin interrogative.

Le concerto n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch commence d’une façon presque goguenarde. Le violoncelliste joue avec malice du caractère sautillant de l’allegretto auquel il insuffle un entrain émoustillant. Par contraste le ton se noircit dans le moderato d’abord phrasé avec une retenue engagée avant de prendre une dimension planante qui accentue l’impression d’intemporalité : beaucoup de pudeur dans ce chant profond, complexe mais plein d’une détresse humaine qui donne au propos une dimension presque tragique. Un climat d’inquiétude domine le début de la cadence mais il s’emballe ensuite d’une façon presque farouche vers un allegro con moto au pas solidement cadencé et qui frise le grotesque.

Concours Reine Elisabeth : Dilshod Narzillaev, un génial bâtisseur d’atmosphères

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Bachelor de l’International centre for music at Park University et master du conservatoire de New England, Dilshod Narzillaev (Ouzbékistan, 28 ans) se perfectionne actuellement à la Chapelle musicale Reine Elisabeth avec Gary Hoffman. Il aborde avec une belle retenue la cadence d’ouverture de « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man et conduit ensuite le dialogue avec l’orchestre avec un engagement mesuré. En fait, le candidat traite chaque ode comme un moment séparé auquel il attache une marque personnelle : tour à tour rêveuse et engagée, combattive ou éthérée. Méditative, elle inquiète ; virulente, elle interpelle.

Cette approche très diversifiée n’en implique pas moins une réelle cohérence, celle d’un musicien résolu à nous raconter une histoire et qui sait rendre l’exercice intéressant.

Le concerto n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch nous ramène dans un territoire plus connu. On réagit d’emblée au stimulus du thème claudiquant du début de l’allegretto, servi avec une verve décidée qui, pas à pas, fait monter le tonus général avec un enthousiasme bienvenu. Maintenu dans un tempo attentiste, le moderato retrouve ce style déclamatoire des grands mouvements lents de Chostakovitch où la force de conviction suffit, dans un contrôle absolu, à évoquer une impression d’immensité. Le concurrent y maintient une retenue émouvante qui donne toute sa portée à cette méditation hors norme. Ce moment d’exception se prolonge dans le début de la cadence qui nous emmène insensiblement aux bords du silence. Mais c’est pour mieux rebondir ensuite avec une vitalité acharnée qui fait littéralement exploser l’allegro con moto dans son insolente veine populaire. Un grand geste musical où l’imagination transcende la clarté maîtrisée de l’expression.

Concours Reine Elisabeth : Clara Dietlin, un esprit de finesse poussé dans ses derniers retranchements

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Après une licence et un master au conservatoire supérieur de Paris, Clara Dietlin (France, 24 ans) se perfectionne désormais à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth avec Jeroen Reuling et Gary Hoffman.

Dans « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man, elle joue la carte de la discrétion avec un automne très impressionniste en dépit de son fracas final et un hiver très diffus face à la densité de l’orchestre. Entre les deux, un été tourbillonnant où elle ne tient pas tout-à-fait le choc de l’orchestre et un printemps en suspension. Le tout donnant une sensation de dispersion qui laisse l’œuvre singulièrement fragmentée.

On la retrouve ensuite, elle aussi, dans la symphonie concertante op.125 de Prokofiev, un page décidément fort en vogue puisque nous l’aurons entendue trois fois au cours de la finale. On se demandait comment la candidate française allait pouvoir adapter sa sonorité assez fine avec les grands élans expressifs de l’écriture de Prokofiev. L’attaque de l’andante est sur ce point plutôt éloquente d’autant plus qu’elle se poursuit dans un moment plutôt rêveur et que la concurrente s’efforce à maintenir cette intensité tout au long du mouvement tout en négociant des moments d’une belle fraicheur. Elle se lance ensuite dans la course folle d’un allegro giusto très enlevé, soutenu par une rythmique obsédante qui contraste fort avec le chant inspiré mais discret de la section centrale. Elle sait raison garder dans la cadence et termine ce long mouvement avec un sain engagement. Le procédé fonctionne sans doute moins bien dans les sollicitations variées du finale qui se dilue un peu trop. Il n’empêche qu’avec une belle élégance, Clara Dietlin nous fait apprécier une lecture moins généreuse de cette œuvre monumentale mais pas inintéressante.

Concours Reine Elisabeth : le lyrisme évolué d’Ettore Pagano

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Après des études en Italie (Stauffer Center for strings de Crémone, Conservatoire Santa Cecilia à Rome), Ettore Pagano (Italie, 23 ans) termine sa formation à l’Université des Arts de Berlin auprès de J.P.Maintz. Tout comme Lionel Martin le premier soir, Ettore Pagano impose une vision globale de « Four Odes  to the Tidings of Flowers » .Parti des passages les plus tonitruants et accidentés, il dépouille peu à peu l’œuvre jusqu’à une quasi abstraction : virtuosité énergique dans ses confrontations avec l’orchestre de l’hiver, caractère obstiné de l’été traité en scherzo, sérénité tourmentée de l’automne, recherche d’une immanence dans la complainte répétitive du printemps. Clairement, il y a un concept dans cette interprétation et il est bien défendu.

On retrouve ensuite le concurrent italien dans la symphonie concertante op.125 de Prokofiev qui fit l’objet de discussions entre Prokofiev et Rostropovitch. L’influence de ce dernier sur le répertoire de son instrument est colossale et ne cesse de s’affirmer au fil du temps. Ainsi, 10 des 12 œuvres concertantes jouées lors des finales du Reine Elisabeth cette année sont-elles dues aux interventions du violoncelliste russe !

Dès l’attaque de l’andante initial s’impose un beau chant, à la fois ample et large. Il traverse tout l’allegro giusto au travers des multiples sollicitations atmosphériques qu’accumule le compositeur. Le soliste conduit sa vision de l’œuvre là où Kitamura semblait la subir. Cette maîtrise délibérée habite un finale particulièrement actif où le soliste joue le jeu des sollicitations, parfois ironiques, souvent dérangeantes du compositeur. Le patchwork fonctionne bien. Il est l’œuvre d’un musicien raffiné.