Antal Dorati et le Philharmonia Hungarica

Antal Dorati - Philharmonia Hungarica - The Mercury Masters. Philharmonia Hungarica, direction : Antal Doráti. 1957-1975. Livret en anglais. 8 CD Decca Eloquence. 484 5517

Antal Dorati - Philharmonia Hungarica - The Mercury Masters. Philharmonia Hungarica, direction : Antal Doráti. 1957-1975. Livret en anglais. 8 CD Decca Eloquence. 484 5517

Amy Beach (1867-1944) : Symphonie « gaélique » en mi mineur op. 32 ; Maria Stuart, scène et aria op. 18 ; La Fille de Jephté, aria pour soprano op. 53 ; Extase, mélodie pour soprano et orchestre ; Bal Masqué, version pour orchestre op. 22. Camille Schnoor, soprano ; Angela Brower, mezzo soprano ; Orchestre symphonique de Munich, direction Joseph Bastian. 2024. Notice en allemand et en anglais. 78’ 52’’. Solo Musica SM488.
Bach restored. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1063r. Concerto pour violon et cordes en sol mineur BWV 1056r. Concerto pour trois violons en ré majeur BWV 1064r. Partita pour violon et luth en sol mineur BWV 997r. Concerto pour clavecin en ré mineur BWV 1059r. Combattimento. 2023-2024. Livret en anglais, allemand. 75’34’’ Et’Cetera KTC 1806
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto en do mineur BWV 1056r. Concerto en do majeur BWV 1053r. Concerto en do majeur/mineur BWV 209r. Suite en do mineur BWV 1067r. Larghetto en mi mineur BWV 1055r. Hugo Reyne, flûte à bec. Les Musiciens du Soleil. 2023 . Livret en français, anglais. 72’44’’ HugoVox 004
Première femme nommée directrice musicale d’un grand orchestre américain, JoAnn Faletta, cheffe titulaire de l’Orchestre Philharmonique de Buffalo, a récemment été nommée dans la liste des cinquante meilleurs chefs d’orchestre (d’hier et d’aujourd’hui) par le magazine Gramophone. A l’invitation de l’Orchestre National des Pays de la Loire (ONPL), elle a présenté un programme 100% américain ou inspiré par les États-Unis flirtant avec le jazz et la musique de film.
Avant de devenir le sujet d’une des meilleures et des plus célèbres comédies musicales d’Hollywood avec Gene Kelly, Oscar Levant et Leslie Caron, Un Américain à Paris est d’abord une sorte bien particulière de poème symphonique que George Gershwin écrivit en souvenir de ses déambulations amusées sur les Champs-Elysées et à travers Paris. Même si le compositeur revendiquait publiquement avoir utilisé les influences de Debussy et du Groupe des Six dans son oeuvre, elle est cependant du plus pur Gershwin avec ses relents de musique populaire et ses rythmes jazzy. Survolté et apparemment conquis par sa chef invitée, l’ONPL s’est distingué dans tous ses pupitres avec une joie contagieuse devant une salle comble, jeune et enchantée.
Le concert se poursuivait avec la création mondiale d’une oeuvre du pianiste et jazzmen français Paul Lay conçue comme une sorte de réponse facétieuse à l’oeuvre de Gershwin. Commandée par l’ONPL, Un Français à New York est une sorte de conte tragi-comique imaginé par le compositeur, mettant en scène un touriste français perdant son portefeuille dans le taxi qui l’emmène de l’aéroport JFK à Manhattan. Une course effrénée lui permettra de le retrouver, mais, épuisé, il s’endort sur un banc dans le cadre idyllique de Central Park en songeant à une actrice disparue dans un théâtre de Greenwich Village. Il finit par la retrouver dans un décor féérique dans lequel des clowns en cire le poursuivent…mais tout cela n’était qu’un rêve et un passant lui fait subitement retrouver la réalité en lui tapant amicalement sur l’épaule. Utilisant le grand orchestre symphonique, Paul Lay fait alterner une écriture strictement écrite (pour les musiciens de l’orchestre) avec ses brillantes improvisations au piano en compagnie de ses musiciens, Clemens van der Feen, à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Les deux univers se croisent, s’unissent et collaborent sous la baguette frémissante de JoAnna Faletta rompue à ce genre de musique métissée.
Il est des soirées lyriques qui génèrent la bonne humeur générale, ainsi à l’Opéra de Wallonie-Liège, celle de la première de « Don Pasquale » de Gaetano Donizetti.
Grâce à l’œuvre en elle-même, une des dernières du compositeur, créée en 1843 (il mourra en 1848) avant qu’il ne bascule dans une folie syphilitique, et composée en dix-sept jours seulement. Un prestissimo guère étonnant pour celui qui nous a laissé une septantaine d’opéras en tous genres et qui avait l’art de « l’économie musicale circulaire », de « l’auto-recyclage ».
L’œuvre est une joyeuse et endiablée « commedia » typique avec ses personnages typés : le vieux Don Pasquale, exaspéré par les prétentions matrimoniales de son neveu Ernesto, décide de se marier pour le spolier de l’héritage à venir. On se doute bien que le barbon va être le dindon de la farce. Son ami le docteur Malatesta ourdit un plan infaillible en lui faisant (faussement) épouser la Norina chérie de son neveu, devenue Sofronia pour la bonne cause. Une « jeune fille tout juste sortie du couvent » qui à peine (faussement) mariée se révèle absolument tyrannique, dispendieuse, insupportable, infernale. Une seule solution pour le dupé : rompre ce (faux) mariage. Révélation du subterfuge et happy end pour Ernesto et Norina.
Une farce réjouissante dans son développement narratif donc, mais qui s’enrichit de la savoureuse partition de Donizetti. Une musique qui pétille, une musique qui joue des atmosphères, une musique au second degré aussi dans cette façon qu’elle a d’en rajouter savoureusement dans ses moyens et ses effets. Mais attention, une très belle musique qui, si elle fait rire et sourire, émeut aussi dans ses moments sentimentaux. Une musique admirablement servie par un jeune chef, Dayner Tafur-Diaz, beaucoup plus que prometteur déjà : il a parcouru rapidement un magnifique chemin depuis qu’il a remporté le premier prix du Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra organisé par l’Opéra de Wallonie-Liège en 2022. Il est l’excellent « conducteur » d’un Orchestre et des Chœurs de l’Opéra manifestement heureux de le suivre dans ses intentions et indications précises.
Le Festival international de Colmar se déroulera cette année du 3 au 14 juillet. Alain Altinoglu, cher au cœur du public belge et bruxellois en particulier, est le directeur artistique de cette prestigieuse manifestation alsacienne.
Tout au long du festival, des concerts symphoniques et des récitals illuminent les journées mais l’un de ces concerts aura des couleurs belges avec la venue de l’ensemble Belgian Brass sous la direction d'Erik Desimpelaere. Ce concert se déroulera le dimanche 13 juillet à l’église Saint-Matthieu à 20h30 avec un programme Gustav Holst : Les Planètes et Erik Desimpelaere : High Definition (autour de grands thèmes du cinéma : Pirate des Caraïbes, Gladiator, Mission Impossible, Jurassic Park, ...). Dans High Definition, Erik Desimpelaere s’amuse à y mêler références classiques (Bach, Stravinsky...) et thèmes cinématographiques populaires dans une flamboyante fresque sonore. Un concert haut en couleur !
Né du quintette Belgian Brass Soloists, le prestigieux ensemble Belgian Brass s’est donné pour mission de faire découvrir la musique de tous les temps et de tous les genres au public le plus large possible. Composé d'éminents musiciens, tous solistes dans de grands orchestres européens, le Belgian Brass s’amuse à repousser les limites de la virtuosité et de la musicalité.
Le festival de Colmar vous propose de gagner 3 fois 2 places pour ce concert pour les premières personnes à nous écrire à notre adresse : crescendo.mus@skynet.be
Sir William Walton (1902-1983) : Troilus et Cressida, suite symphonique, arrangement Christopher Palmer ; Concerto pour violon et orchestre ; Portsmouth Point, ouverture. Charlie Lovell-Jones, violon ; Sinfonia of London, direction John Wilson. 2024. Notice en anglais. 63’ 20’’. Chandos CHSA 5360.

Oeuvres de Fazil Say (né en 1970), Mykola Lysenko (1842 – 1912), Sergei Rachmaninov (1873 – 1943), Béla Bartók (1881 – 1945), Alfred Schnittke (1934 – 1998), Arvo Pärt (né en 1935). Duo Shum : Lisa Strauss (violoncelle) et Anastasia Rizikov (piano). 2024- Livret en français et en anglais - 75’46 - Erato 5021732256928.
Pierre de Manchicourt (c1510-1564) : Missa Cuidez vous que Dieu. Missa De Domina. Missa Veni Sancte Spiritus. Missa Reges terrae. Beauty Farm. Mattero Pigato, Bart Uvyn, Filip Dámec, contreténor. Jan Petryka, Tomáš Lajtkep, Hannes Wagner, ténor. Philipp Kaven, baryton. Tim Scott Whiteley, Joachim Höchbauer, basse. Notice en anglais. Juin 2023. Deux CDs 71’59’’ + 67’12’’. Fra Bernardo FB 2419456
Comme tous les enfants, j’aime les histoires en images. Photos, tableaux, l’iconographie est la prise de contact la plus directe que nous puissions avoir avec un sujet. Avant d’entrer dans l’univers de Bach, nous avons tous fixé dans nos mémoires son portrait réalisé deux ans avant sa mort, sérieux, emperruqué, une page de musique à la main ; ou celui de Mozart par Joseph Lange, un profil gauche légèrement penché, le plus ressemblant d’après son épouse ; ou celui de Beethoven peint par Joseph Stieler en 1819. Chopin, Liszt, Wagner, tous ont donné lieu à des portraits dont personne ne pourra jamais dire s’ils étaient ressemblants. Plus tard, la photo a pris le relais. La caricature a apporté une touche appréciable. L’imaginaire cède le pas à la réalité. Mais à feuilleter albums et recueils iconographiques, il y a toujours quelque chose qui fonctionne différemment dans nos cerveaux, quelque chose que les descriptions ou analyses les plus qualifiées ne parviendront jamais à remplacer. Bach est sérieux, Mozart insaisissable, Brahms sévère derrière sa longue barbe, Ravel raffiné (et fumeur), Offenbach masque mal un sourire en coin (de nouvelles farces en perspective ?), Chostakovitch semble toujours souffrir. Voir le visage de tel ou tel compositeur peut donner parfois une autre idée de sa musique. C’est totalement subjectif mais notre esprit photographie une image qu’il associe à la musique de ce compositeur.
Fauré. Sa moustache. Ses cheveux blancs. Jean-Michel Nectoux nous a tout dit sur lui dans les nombreux ouvrages qu’il lui a consacrés, récemment encore le plus intime dans sa correspondance. Il manquait une approche, l’image. Et ce livre d’images, il nous le réserve pour le dessert. Ce qui est d’une logique absolue car l’importante iconographie qu’il a réunie est le parfait complément des ouvrages musicologiques déjà publiés. Fauré dans son environnement, ses proches, les lieux qu’il a fréquentés (Paris avant d’être défigurée), des maquettes de décors et costumes, des programmes et affiches, des lettres et pages de musique manuscrites. Qu’en ressort-il ? Que Fauré était bien autre qu’un simple musicien de salon, compositeur de mélodies et de Romances sans paroles, cette image longtemps colportée qui a nui à la diffusion de sa musique. Raffiné et élégant, oui. Fort et viril, aussi. Séducteur, encore. Il suffit de voir les photos où il est entouré d’élégantes femmes du monde, regards et sourires éloquents. Gestionnaire novateur et irréprochable dans ses fonctions de directeur du Conservatoire de Paris qu’il a su faire passer d’un siècle à un autre, d’un bâtiment à un autre, de la rue Bergère à la rue de Madrid.