A Genève, Mozart chez les baroqueux  

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Au terme d’une saison extrêmement diversifiée, le Service Culturel Migros invite le Freiburger Barockorchester à donner trois concerts à Genève, Berne et Zürich. Depuis plus de trois décennies, la formation défend le répertoire baroque et classique sur des instruments anciens. 

Sous la conduite du premier violon Gottfried von der Goltz, le programme entièrement consacré à Mozart commence par la 25e Symphonie en sol mineur K.183. Une fois passées les premières mesures où l’oreille finit par s’habituer à ce son acide produit par les cordes, l’on prête attention à un jeu finement articulé qui recherche les moindres contrastes de phrasé pour répondre aux hautbois et cors empreints de mélancolie. En un pianissimo opaque, les premiers violons recourant aux sourdines déroulent un Andante intériorisé que bousculera le rapide Menuetto débouchant sur un Trio où les vents semblent chercher leur route. Et le Final est un Presto où les lignes s’entrelacent en une tension presque suffocante.

Peter Donohoe complète brillamment son intégrale  des chansons sans paroles de Mendelssohn

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Lieder ohne Worte, volume 2. 17 Variations sérieuses op. 54 ; Lieder ohne Worte : Livre I op. 19 b n° 5 et 6 ; Livre II op. 30 n° 1, 2, 5 et 6 ; Livre III op. 38 n° 1, 3, 4 et 5 ; Livre IV op. 53 n° 1, 3 et 6 ; Livre V op. 67 n° 6 ; Livre VI op. 102 n° 3, 4 et 5 ; Phantasie op. 15 ; Scherzo du « Songe d’une nuit d’été », transcription de Serge Rachmaninov. Peter Donohoe, piano. 2021/22. Notice en anglais, en allemand et en français. 81.26. Chandos CHAN 20267.

A l’OSR, Charles Dutoit grand seigneur 

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Au cours de ces dernières saisons, Charles Dutoit a accepté régulièrement l’invitation à diriger l’un des concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande. Bardé de deux prix prestigieux, la ‘Royal Philharmonic Society Gold Medal’ et le ’Premio Una vita nella musica’ remis par le Teatro La Fenice de Venise, il défie aujourd’hui le poids de ses quatre-vingt-six ans avec une vigueur qui abasourdit.

Entièrement consacré à la musique française, son programme comporte la première exécution d’une nouvelle révision de l’orchestration du Concerto pour piano et orchestre de Ravel. Mais il débute par la musique de scène que Gabriel Fauré élabora en mai 1898 pour les représentations londoniennes du Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck. Charles Dutoit en aborde le Prélude dans un tempo extrêmement lent empreint de mystère, dominé par un legato expressif dont la charge émotionnelle sera décantée par le cor lointain et le violoncelle solo réexposant pianissimo le motif initial. La Fileuse est dépeinte par le moto perpetuo des cordes déroulant l’écheveau, alors que le hautbois développe sa cantilène qu’assombrit l’intervention du cor et de la clarinette. La Sicilienne oscille au gré de la flûte et de la harpe imitant les reflets changeants dans l’eau de la fontaine. Les bois tragiques évoquent la Mort de Mélisande en chargeant les tutti d’un extrême désespoir que les cordes dilueront en accords vides…

Intervient ensuite Jean-Yves Thibaudet qui reprend l’un de ses chevaux de bataille, le Concerto pour piano et orchestre de Maurice Ravel qu’il aborde avec un jeu clair où le trait est acéré avant de se fluidifier en arpèges amenant un cantabile sobre ponctué par une basse nerveuse. Les miroitements de la harpe produisent une atmosphère étrange dont Charles Dutoit se délecte à souligner les innovations audacieuses, tandis que le soliste livre un flux de doubles croches envenimées par le trille débouchant sur une stretta effrénée. Par contraste, l’Adagio assai n’est que méditation intériorisée, à peine troublée par une tension du tutti que dissipera le cor anglais. Le piano en ornementera la mélopée en sachant se mettre au second plan. Par contre, c’est lui qui se placera à l’avant-scène dans un Presto échevelé aux éclats fauves qui maintiendra cette dynamique haletante jusqu’aux percutants accords conclusifs. Aux insistantes requêtes de bis, Jean-Yves Thibaudet finira par céder en déroulant la Pavane pour une infante défunte comme dans un songe lointain…

Sentiments mitigés au Namur Concert Hall

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À l’occasion du premier Concours National de Trompette organisé à Namur, l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, renforcé par quatre étudiants de l’IMEP, a proposé un programme construit autour de deux concertos pour trompette.

Pour ouvrir le concert, nous avons pu entendre le très célèbre Adagio pour cordes Op.11 de Samuel Barber. Dirigés par Vahan Mardirossian, les musiciens ont très bien commencé l’œuvre, avec une belle nuance piano. Malheureusement, nous avons dû attendre de longues minutes avant qu’ils n’insufflent plus de tensions dans leur jeu. Bien que les musiciens aient été extrêmement précis d’un bout à l’autre de la pièce, c’est avec un goût de trop peu que nous sommes passés au premier concerto de la soirée.

Celui-ci était le Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes en do mineur Op. 35 de Dimitri Chostakovitch. Avec Tristan Pfaff au piano et Dominique Bodart à la trompette, l’orchestre nous a livré une belle prestation. Malgré un début quelque peu hésitant et un léger problème de balance entre le piano et l’orchestre, le premier mouvement fût joliment interprété. Tristan Pfaff a déployé tout son talent de virtuose dès le début de l’œuvre, tandis que Dominique Bodart a bien assuré chacune de ses interventions (la trompette ayant un rôle plutôt secondaire). Le deuxième mouvement fut beaucoup plus équilibré, bien que les pizzicato des cordes furent systématiquement inaudibles. Ce fut l’occasion d’entendre des interventions plus longues du trompettiste belge et d’ainsi pouvoir apprécier la sonorité très ronde de son jeu. Partie la plus réussie de la pièce, le troisième mouvement fut interprété avec plus d’énergie et de caractère que les précédents. La balance entre le pianiste, le trompettiste et l’orchestre était parfaite.

Très applaudi par le public, Tristan Pfaff a interprété en bis la Danse du Sabre de Khachaturian dans un arrangement pour piano seul. Impressionnant de calme et d’aisance dans cette pièce requérant une virtuosité et une précision chirurgicale, le pianiste a conquis le public.

Les affres du poète Rilke, reflétées dans un Livre d’orgue de Jacques Lenot, intensément valorisé

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Jacques Lenot (*1945) : Troisième Livre d’orgue. 1 Je suis peut-être enfoui au sein des montagnes solitaire comme une veine de métal pur ; 2 Je suis perdu dans un abîme illimité, dans une nuit profonde et sans horizon ; 3 Neige éternelle qui fait pâlir les étoiles ; 4 Que je sois le veilleur de tous tes horizons ; 5 O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort, donne à chacun la mort née de sa propre vie où il connut l'amour et la misère ; 6 Mais des anges sont venus comme une nuée d'oiseaux ; 7 Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes ; 8 Fais, Seigneur, qu’un homme soit saint et grand et donne-lui une nuit profonde infinie ; 9 Alors se levait l’âme errante des plaines ; 10 Car la pauvreté est comme une grande lumière au fond du cœur ; 11 Et comme la main qui monte aux yeux pour cacher des larmes trop tristes ; 12 Et que sont, devant toi, tous les oiseaux qui tremblent ; 13 Et ils vont dans l’espace qu’embrasse ton regard comme vont les mains sur les cordes de la harpe ; 14 Que ne se lève-t-il dans leur crépuscule, lui l’étoile du soir de la grande pauvreté. Jean-Christophe Revel, orgue. Mars 2021. Livret en français. TT 75’18. L’oiseau prophète 007

Holger Falk magnifie les mélodies et les chansons de Darius Milhaud

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Darius Milhaud (1892-1974) : Mélodies et chansons, volume 1 : Trois Poèmes de Jean Cocteau, op. 59 ; Dans les rues de Rio op. 44a ; Poèmes juifs op. 34 ; Les Soirées de Pétrograd op. 55 ; Quatre Poèmes de Léo Latil, op. 20 ; Deux Chansons extraites de « Première Famille » op. 193 ; Vocalise op. 105. Holger Falk, baryton ; Steffen Schleiermacher, piano. 2021. Notice en anglais, en français et en allemand. Texte complet des mélodies en français avec traduction anglaise. 59.53. MDG 613 2271-2.

Deuxième volume consacré par Elinor Frey aux sonates pour violoncelle du fils Dall’Abaco

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Giuseppe Clemente Dall’Abaco (1710-1805) : Sonates en sol majeur ABV 28, en mi bémol majeur ABV 37, en ré mineur ABV 45. Duetto en sol majeur ABV 47. Duos en fa majeur ABV 48, en la mineur ABV 49. Elinor Frey, Catherine Jones, violoncelle. Michele Pasotti, théorbe. Federica Bianchi, clavecin. Avril 2022. Livret en anglais, français, allemand. TT 74’51. Passacaille PAS 1122 

Vincent Bernhardt retend les Brandebourgeois sous la haire

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concertos Brandebourgeois no 1-6 BWV 1046-1051. Mindaugas Bačkus, direction artistique, violoncelle. Vincent Bernhardt, direction musicale, clavecin. Konrad Levicki, violon. Vytenis Giknius, traverso, flûte à bec. Rodrigo Calveyra, flûte à bec. Emmanuel Laporte, Jon Olaberria, Martin Roux, hautbois. Florian Gazagne, basson. Bruno Fernandes, trompette. Nina Daigremont, Nicolas Chedmail, cor. Anna Luiza Aleksandrow-Bertash, Ivan Bertash, alto. Piotr Waclawik, Julia Karpeta, viole de gambe. Orchestre de chambre Klaipeda. 2021. Livret en français, anglais. TT 41’29 + 58’01. Indésens Calliope Records IC004