Un public aussi content que lui : « Il Turco in Italia » de Gioachino Rossini à Liège

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A l’Opéra de Liège, le public a été manifestement très content de sa rencontre avec les personnages d’Il Turco in Italia, grâce évidemment au savoir-faire et à l’inventivité réjouissante de Rossini, grâce aux interprètes et grâce aussi à Fabrice Murgia qui les a allégrement mis en scène.

« Peut-être le public sera-t-il aussi content que moi » : tels sont les derniers mots de l’œuvre, prononcés par le poète Prosdocimo, en quelque sorte le deus ex machina de ce qui vient de se jouer, un deus ex machina savoureusement souvent dépassé par les initiatives inattendues de ses inspirateurs-interprètes. Il Turco in Italia est bien une « comédie à l’italienne ».

A Naples, un auteur en mal d’inspiration la trouve en observant autour de lui le théâtre de la vie : Zaida, une gitane exilée qui ne se remet pas d’avoir été injustement répudiée, expulsée du sérail de ce pacha Selim qu’elle aime tant. Fiorilla, l’épouse fatiguée de Geronio, son vieux mari, fatiguée aussi de Don Narciso, son amant encombrant, et en quête d’un renouveau. Selim, lui-même, qui débarque, « Turc en Italie », et va donc se retrouver « au carrefour » des deux belles. Vous imaginez aisément les quiproquos, les imbroglios, les espoirs, les désespoirs, les retournements de situation. Mais, comédie oblige, tout est bien qui finit bien, chacun retrouve sa chacune. 

Si cette « comédie à l’italienne » nous enchante, c’est évidemment d’abord grâce à Rossini. On connaît Rossini, on connaît ses procédés, on attend leur surgissement et on s’en réjouit. Il est vrai que ce paresseux travailleur (jusqu’à sa retraite anticipée à l’âge de 37 ans) avait bien compris que se répéter, voire même recycler des partitions (ce n’est pas le cas ici), n’est pas un défaut quand le résultat est là et que le public en redemande. Giuseppe Finzi, qui est un de ses familiers, a bien mis en valeur cette inventivité réitérée à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Wallonie-Liège.

Ravel orchestral et lyrique : mise en coffret des enregistrements de Stéphane Denève à Stuttgart

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Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Le Tombeau de Couperin. Alborada del Gracioso. Rapsodie espagnole. Bolero. Pavane pour une infante défunte. Ma Mère l’Oye, ballet complet. Une barque sur l’océan. Shéhérazade, ouverture de féérie. Menuet antique. Fanfare pour l’Éventail de Jeanne. Daphnis et Chloé, ballet. Valses nobles et sentimentales. Shéhérazade, trois poèmes pour voix et orchestre. L’Heure espagnole. L’Enfant et les sortilèges. Ma Mère l’Oye, cinq pièces enfantines. Stéphane Denève, Orchestre symphonique de la Radio SWR de Stuttgart. SWR Vokalensemble. Cantus Juvenum Karlsruhe. Stéphanie d’Oustrac, soprano. Jean-Paul Fouchécourt, ténor. Alexandre Duhamel, baryton. Paul Gay, basse. Yann Beuron, ténor. Camille Paul, soprano. Marie Karall, mezzo-soprano. Julie Pasturaud, mezzo-soprano. Annick Massis, soprano. Maïlys de Villoutreys, soprano. Marc Barrard, baryton. François Polino, ténor. Octobre 2012 à décembre 2015, réédition 2022. Livret en anglais et allemand. Coffret de cinq CDs 69’31, 66’15, 73’19, 67’33, 62’04. SWR»Classic SWR 19428CD

Rafael Kubelík en concert à Lucerne 

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Joseph Haydn (1723-1809) : Symphonie n°99 en mi bémol majeur, Hob.I:99 ; Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour piano, Op.2 ; Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en Fa mineur, Op.36. John Ogdon, piano ; New Philharmonia Orchestra, Rafael Kubelík. 1968. Livret en allemand, anglais et français. 2 CD Audite 95 745  

Première discographique pour l’opéra The Dragon of Wantley de JF Lampe, un ami de Haendel

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John Frederick Lampe (1703-1751) : The Dragon of Wantley, opéra en deux actes.  Mary Bevan (Margery), Catherine Carby (Mauxalinda), Mark Wilde (Moore of Moore Hall), John Savournin (Gubbins/Le Dragon). The Brook Street Band, direction John Andrews. 2021. Notice et livret exclusivement en anglais. 107.56. Un album de deux CD Resonus RES10304.  

Max Volbers, virtuose de la flûte à bec 

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Le jeune flûtiste Max Volbers est le récipiendaire du  prestigieux Deutscher Musikwettbewerb 2021. Dans le cadre de l’accompagnement exemplaire que cette institution met en place pour les jeunes artistes, il fait paraître un disque “feu d’artifice” qui explore toutes les potentialités de cet instrument. Il répond aux questions de Crescendo-Magazine. 

Vous êtes le lauréat du Deutscher Musikwettbewerb 2021. Que représente ce prix pour vous ? 

 En fait, beaucoup de choses : nous parlons depuis Frans Brüggen -c'est-à-dire depuis longtemps- du fait que la flûte à bec est "arrivée" dans la vie des concerts, qu'elle est prise au sérieux, qu'elle est bien plus qu'un instrument pour les enfants. Le fait que nous devons toujours répéter cela comme un moulin à prières, même après d'innombrables concerts, enregistrements de CD, apparitions à la télévision de nombreux joueurs exceptionnels de différentes générations, montre que nous avons encore un bon bout de chemin à parcourir. À cet égard, c'est un peu comme si la flûte à bec avait également remporté ce concours. En effet, la particularité du concours est qu'à partir de la 3e épreuve, tous les jurys spécialisés se réunissent pour former un grand jury. Vous jouez donc la finale devant 30 jurés qui viennent tous de directions musicales et d'instruments très différents. J'ai donc pu convaincre des musiciens très différents avec mon instrument et son répertoire, dont la plupart ne connaissaient pas la flûte à bec. Et c'est vraiment un sentiment très agréable. 

Ce qui est génial avec ce prix, c'est qu'il est lié à un si bon suivi, on est supervisé et soutenu intensivement pendant plusieurs années et, enfin, l'enregistrement du CD fait également partie du prix.

 Il s'agit de votre premier enregistrement. Comment avez-vous conçu le programme et choisi les œuvres ? 

 Au début, on s'assoit vraiment devant une feuille blanche et on commence à rassembler des idées. J'ai su assez rapidement que je voulais me concentrer sur les différents processus d'arrangement et explorer de nouvelles œuvres sur mon premier CD. Une fois que cela a été clair, j'ai tout de suite su quelle pièce je voulais absolument enregistrer, à savoir le Concerto Pasticcio de Bach que j'avais joué pour la première fois lors de mon récital de fin d’études. J'ai réfléchi aux différents chemins vers le nouveau répertoire que je voulais emprunter, qui étaient les suivants : Pasticcio (comme je l'ai dit, je le savais déjà), la paraphrase, la variation, la diminution (une technique d'ornementation particulière qui a connu son essor au 17e siècle), le remaniement pour un autre instrument, la commande d'une nouvelle pièce. J'ai dressé une longue liste de morceaux qui, selon moi, pourraient convenir, et qui sont finalement devenus les neuf morceaux que nous avons enregistrés ensemble. J'ai estimé qu'il était important de donner également un exemple de transcription réelle du XVIIIe siècle, à savoir la Suite de Charles Dieupart. Il a écrit à l'origine les Six suites pour clavecin, mais elles ont également été publiées à la même époque (probablement pour des raisons commerciales et peut-être à l'insu et sans le consentement de Dieupart) pour flûte à bec et/ou violon et basse continue. La musique de Dieupart, soit dit en passant, a grandement influencé Jean-Sébastien Bach ; nous savons qu'il a copié les suites et en a incorporé une partie dans ses Suites anglaises. Au final, j'avais une grande liste de pièces qui aurait pu être enregistrée sur quatre ou cinq CD - beaucoup trop de musique. Il a été assez difficile d'en faire une sélection finale. Il était important pour moi que, malgré toutes les différences stylistiques entre les pièces, le résultat soit un programme qui semble logique. Presque comme une histoire qui serait cohérente en elle-même. 

Volume 38 de l’intégrale des cantates par la J.S. Bach-Stiftung

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Bach Kantaten n°38. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates Ach Gott, wie manches Herzeleid BWV 3 ; Erwünschtes Freudenlicht BWV 184 ; Nun danket alle Gott BWV 192. Gerlinde Sämann, Ulrike Hofbauer, Miriam Feuersinger, soprano. Jan Börner, altus. Margot Oitzinger, alto. Christian Rathgeber, Daniel Johannsen, ténor. Wolf Matthias Friedrich, Fabrice Hayoz, Manuel Walser, basse. Chœur et orchestre de la J.S. Bach-Stiftung, direction Rudolf Lutz. Mai 2010, février & avril 2021. Livret en allemand et anglais (paroles des cantates en allemand non traduit). TT 53’50. J.S. Bach-Stiftung n°38.

Steve Reich de part et d’autre de l’Atlantique 

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Deux parutions de prestige autour de Steve Reich nous emmènent à Los Angeles et Paris pour des œuvres qui seront chéries des amoureux du style unique du compositeur. 

Steve Reich (né en 1936) : Runner ; Music for Ensemble and Orchestra, Los Angeles Philharmonic, Susanna Mälkki. 2018 et 2021. Livret en anglais. Nonesuch 075597910186. 

L’Or du Rhin et la Walkyrie au Staatsoper de Berlin sous la direction de Thomas Guggeis

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A la tête du Staatsoper de Berlin depuis 1992, Daniel Barenboim aurait dû marquer cette saison qui le verra fêter ses quatre-vingts ans en dirigeant par trois fois une Tétralogie complète. Malheureusement, on sait que le pianiste et chef israélo-argentin doit affronter pour l’instant d’assez sérieux problèmes de santé, raison pour laquelle il a dû pour ce Ring si attendu être remplacé au pupitre de la maison berlinoise par deux chefs. C’est l’expérimenté Christian Thielemann qui prenait à son compte les premier et troisième cycles, alors que c’est le jeune Thomas Guggeis -assistant de Barenboim à Berlin (et cité comme tel dans le programme), mais aussi futur Generalmusikdirektor à Francfort- qui se voyait confier le deuxième dont il sera question ici.

Les représentations de chaque cycle s’étendant sur huit jours, l’auteur du présent compte-rendu a dû se limiter à assister aux deux premières soirées d’une production dont on reparlera sans doute encore longtemps.

Une oeuvre posant des questions essentielles sur le pouvoir, l’amour, le devoir, l’argent, la folie de la possession et de la cupidité est bien sûr de tous les temps et de tous les lieux. Il est devenu si habituel de voir des oeuvres classiques et romantiques transposées dans des époques ultérieures ou contemporaines que cela ne choque plus personne, mais il faut reconnaître que le metteur en scène russe Dimitri Tcherniakov fait très fort. 

L’action, apparemment située dans les années 1960 à en juger par la vêture des personnages, se déroule principalement dans un institut de recherches sur le comportement humain, pompeusement intitulé Experimental Scientific Centre for Human Evolution ou E.S.C.H.E. (Le mot Esche signifie frêne en allemand, arbre du tronc duquel Siegmund est censé extraire l’épée au premier acte de la Walkyrie, mais Tcherniakov n’aimant guère ce qui est simple et univoque et s’évertuant à éliminer toutes les références mythiques ou magiques de l’oeuvre, le héros prendra bêtement l’arme sur une étagère du coquet appartement où résident Hunding et Sieglinde. Nous y reviendrons). Il est maintenant aisé de deviner que Wotan apparaît sans lance ni bandeau sur l’oeil et le spectateur ne verra pas Alberich se transformer en dragon ou en crapaud (on ne voit d’ailleurs pas le fameux Tarnhelm censé le rendre invisible).