Passions exacerbées à Berlin : Francesca da Rimini de Zandonai 

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Riccardo Zandonai (1883-1942) : Francesca da Rimini, tragédie en quatre actes. Sara Jakubiak (Francesca), Jonathan Tetelman (Paolo il Bello), Ivan Inverardi (Giovanni Sciancato, nommé Gianciotto), Charles Workman (Malatestino dall’Occhio), Alexandra Hutton (Samaritana), Samuel Dale Johnson (Ostasio), Meechot Marrero (Biancofiore), Amira Elmadfa (Smaragdi), etc. Chœurs et Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction Carlo Rizzi. 2021. Notice et synopsis en anglais et en allemand. Sous-titres en italien, anglais, allemand, français, japonais et coréen. 140.00. Un DVD Naxos 2.110711. Aussi disponible en Blu Ray. 

Bach au luth par Jakob Lindberg : tact et castimonie

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Bach on the Rauwolf lute. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude en ré mineur BWV 999 ; Suite en fa majeur BWV 1006a ; [arrgmt J. Lindberg] : Fugue, Largo BWV 1005 ; Suite en ut majeur BWV 1007 ; Sonate en sol mineur BWV 1001 ; Chaconne en ré mineur BWV 1002. Jakob Lindberg, luth. Livret en anglais, allemand, français. Septembre 2020. TT 87’59.  BIS 2552

Musiques en parallèles avec Oriana  Masternak et Justyna Danczowska

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PARALLELS. Wolfgang Amadeus Mozart (1756 - 1791) : Sonate en Sol Majeur pour piano et violon, KV 301/293a (1778) ; Maurice Ravel (1875 - 1937) : Sonate posthume pour Violon et Piano (1897) ;  Józef Elsner (1769 - 1854) : Sonata in F Major op. 10 No. 1 pour piano et violon (1805) ;  Karol Szymanowski (1882 - 1937) Danse du ballet „Harnasie” pour violon et piano (1932) ;  Aleksander Tansman (1897 - 1986) :  Cinq pièces pour violon avec accompagnement de piano ou de petit orchestre (1930) : Toccata. Chanson et Boîte à Musique, Mouvement perpétuel, Aria, Basso ostinato.  Oriana  Masternak, violon ;  Justyna Danczowska, piano. 2021. Livret en polonais et anglais. DUX 1719. 

Il Trittico de Puccini à la Monnaie : une éclatante réussite 

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Monter le Trittico de Puccini en une seule soirée est une gageure, car c’est prendre le risque de représenter l’un après l’autre trois courts opéras tout à fait dissemblables : un drame de la jalousie dans Il Tabarro, une triste histoire de fille-mère reléguée depuis de longues années au couvent dans Suor Angelica, une farce madrée et subtile dans Gianni Schicchi.

Saluant le public venu nombreux et très largement sans masque à la Monnaie pour enfin revivre une soirée d’opéra à l’ancienne, Peter de Caluwe tempéra sans doute l’enthousiasme de certains en annonçant que ce que le public de cette première représentation verrait était certes la première mais aussi la générale du spectacle. En effet, la générale avait dû être annulée en raison de la maladie -covid en l’occurrence- de la chanteuse Corinne Winters, remplacée par Lianna Haroutounian initialement prévue dans la deuxième distribution et qui faisait ses débuts sur la scène bruxelloise.

Rarement représenté et enregistré, Il Tabarro est à coup sûr le plus noir et vériste des opéras de Puccini. Pour représenter la péniche amarrée sur la Seine où se déroule l’action, Rainer Sellmaier a conçu un ingénieux décor à deux étages et quatre compartiments. Au niveau supérieur on trouve le pont de la péniche ainsi que la chambre à coucher du couple de bateliers, alors qu’au niveau de la scène sont représentés la cale du bateau et le bord de Seine. Puccini joue résolument la carte du vérisme dans ce bref drame qui verra le batelier Michele tuer son rival Luigi dans la cale. Très attentif à la différence de nature entre chaque volet du triptyque, le metteur en scène Tobias Kratzer opte ici pour une approche puissamment expressionniste, mettant aussi bien en évidence l’irrésistible attirance physique entre Giorgetta -la femme du batelier -et le marin Luigi que les affres de la jalousie qui dévore Michele. 

Cap vers l’Outre-Manche : récital violon et harpe, un isthme entre Baroque et Folk

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Good Taste. Spirit & pleasure. Turlough O’Carolan (1670-1738) : Lord Galway’s Lamentation ; Mac Donogh’s Lamentation ; George Brabazon first & second Air ; Dr John Stafford ; Lament for Charles MacCabe. Francesco Geminiani (1687-1762) : Lady Ann Bothwel’s Lament ; The last Time I came o’er the Moor. John Dowland (1563-1626) : Tarleton’s Jig. John Playford (1623-16687) : Greensleeves ; An English Masque. Rowallan’s Lute Book : A Tune. Traditionnel : The Gobby O Jig ; Mrs Ballantine’s Reel ; Mrs Fullarton ; An Clár Bog Deal ; She’s sweetest when she’s naked ; Lady Ann Bothwel’s Lament ; Lament ; The last Time I came o’er the Moor ; On the Brink of the White Rock ; Mr Sloane’s Reel ; Miss Georgina Mackay’s Reel ; Caitlin Triall ; Black at the Bone ; Thro’ the Wood ; Morrison’s Jig ; Barley Broth, a Jig ; Oh Nanny, wilt thou gang with me? ; The Roving Galway Boy ; The Reel of Bogie. Christoph Mayer, violon baroque. Johanna Seitz, harpe baroque. Monika Nielen, hautbois baroque. Livret en anglais, allemand. Février 2021. TT 57’28. Aeolus AE-10346

Benoit d’Hau, la passion de la découverte

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Crescendo Magazine rencontre Benoit d’Hau, directeur des labels IndéSENS et Calliope, des structures qui n’ont cessé de se développer à l’international et de remporter des succès critiques par leurs choix éditoriaux. Alors que Benoit d’Hau lance une collection intitulée "Paris 1900" consacrée aux répertoires pour cuivres et vents au tournant du XXe siècle, il fait le point avec nous sur son parcours, ses ambitions et sa vision du marché de l’enregistrement. 

Vous lancez une collection intitulée "Paris 1900" consacrée aux répertoires pour cuivres et vents au tournant du XXe siècle avec un grand nombre de raretés. Quelle est l’origine de ce projet ? 

Cela fait presque 20 ans que je mûri cette collection, dédiée à tous les instruments à vents, cuivres et bois, car leur répertoire a véritablement éclos vers 1900, concomitamment à la révolution technologique dont ils ont bénéficié à partir des années 1870-1880. 

Nous sommes ici au cœur de ce que l’on désigne habituellement sous le terme « école française des vents ». Cette tradition est bien réelle et fait la fierté et la renommée de tous les instrumentistes français (*) depuis des décennies, notamment au Japon, aux USA et à présent à travers toute l’Asie. Nos solistes donnent des master-classes dans le monde entier, des concours internationaux portent leurs noms, nos conservatoires accueillent de nombreux élèves en clarinette, saxophone, trompette, trombone, tuba, flûte, hautbois… 

Ce qui caractérise le plus cette particularité française est son timbre. A quoi reconnaît-on un orchestre français ou belge, si ce n’est à son timbre ? Cela provient justement des vents de l’orchestre. C’est flagrant chez Ravel et Debussy qui accordent une large place aux sections de cuivres et de bois. On parle de la couleur de ces orchestres ; elle est brillante, timbrée et se distingue aussi par l’articulation (ou le détaché) très limpide, légère et virtuose des musiciens français. Cela provient de plusieurs facteurs dont notre langue (prononciation), mais aussi d’un travail technique spécifique, mené par tous les musiciens depuis leur plus jeune âge, sur des méthodes et recueils d’études techniques des grands maîtres de la fin du 19e siècle, comme Jean-Baptiste Arban pour les cuivres. 

Quelles ont été les évolutions de la facture instrumentale au XIXe siècle ?

Au milieu de la seconde moitié du 19e siècle, la facture (technologie dirions-nous aujourd’hui) des instruments qui constituent l’harmonie et la petite harmonie de l’orchestre symphonique a connu une véritable révolution. Pour faire simple, les instruments de la, fin du 18e siècle étaient essentiellement « harmonique » car ils étaient dépourvus de pistons (les cuivres) ou comportaient un système de « clétage » ou de trous (les bois) très basique. Par conséquent le répertoire concertant était très pauvre. A partir du milieu du 19e siècle, les ingénieurs facteurs d’instruments ont réussis à améliorer la conception de ceux-ci, au point de les rendre « chromatiques ». Capables de jouer l’ensemble des notes de toutes les tonalités, ils devinrent les égaux des claviers et des cordes, qui avaient connus leurs progrès bien plus tôt. On peut parler d’un coming-out des instruments à vent. 

Le rôle de la France, et de la Belgique d’ailleurs, fut déterminant. Tout le monde connaît Adolphe Sax (inventeur du saxhorn et du saxophone), il y avait aussi les ateliers Selmer (1885) ou les ateliers Georges Leblanc, et Noblet à La Couture Boussey (1890)… L’apogée de toutes les grandes innovations technologiques (et artistiques) françaises se concentre autour des années 1900, comme en témoignent les Expositions Universelles parisiennes, dont la Tour Eiffel et le Grand Palais sont devenus nos emblèmes, internationalement ! La maison Antoine Courtois (trompettes, cornets à pistons, cors, bugles, euphoniums, saxhorns…) créée en 1803 remporte la Médaille d’Or de l’Exposition Universelle de 1878, et collectionnera ensuite les récompenses en 1895. 

Benjamin Appl et le Voyage d’hiver

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Le baryton Benjamin Appl publie chez Alpha un enregistrement du cycle Le Voyage d’Hiver (Winterreise) de Franz Schubert en compagnie du pianiste James Baillieu. Une telle parution est toujours un événement dans la carrière d’un artiste tant ce cycle est un pilier du répertoire. Crescendo Magazine vous propose un riche échange avec ce brillant musicien, l’un des plus talentueux de sa génération.

Le Winterreise est un monument de l'histoire de la musique. Est-ce intimidant pour un chanteur de l'enregistrer ? 

Oui, absolument ! Il existe des milliers d'enregistrements et certains d'entre eux sont des références absolues. Ces enregistrements sont des points de comparaison, pour les chanteurs évidemment, mais également pour les mélomanes et les professionnels qui s’en servent logiquement comme des étalons pour évaluer les nouvelles interprétations. Mais d'un autre côté, l’art interprétatif est une forme culturelle vivante et, par conséquent, il prendra toujours de nouvelles directions. Lorsque je travaille avec des étudiants, je les encourage toujours à ne pas se contenter de regarder la tradition, mais aussi à réfléchir à ce qu'ils peuvent ajouter et développer dans une musique qui est si présente depuis des décennies et des siècles. Si nous ne le faisons pas, nous pouvons simplement ranger ces merveilleux enregistrements du passé dans des musées et des vitrines. Le Winterreise est particulièrement intéressant, car il s'agit d'un véritable voyage. Le chanteur et le pianiste doivent prendre des décisions à chaque seconde, pour chaque note. On peut choisir de descendre un chemin par ici, ou de le remonter par là. Le Winterreise peut avoir de nombreux parcours différents, personnels, et l'itinéraire de chacun peut varier chaque jour. C'est la partie la plus gratifiante de ce cycle et sans doute l'une des raisons pour lesquelles des immense artistes comme Dietrich Fischer-Dieskau et d'autres ont choisi de l'enregistrer encore et encore.

Que voulez-vous apporter à l'interprétation du Winterreise ? 

Après avoir travaillé sur ce cycle pendant environ 15 ans, je suis de plus en plus fasciné par la bravoure de ce Wanderer. Alors que les autres personnes autour de lui dorment, passent à côté de la vie, ne se posent pas de questions gênantes ou ne prennent pas le temps de réfléchir, ce jeune homme a senti qu'il devait quitter un endroit plutôt confortable pour partir en voyage -un voyage intérieur particulièrement glacial et froid de sentiments et d'émotions. Il affronte les coins les plus sombres de sa personnalité. C'est pourquoi j'ai voulu créer une manière naturelle de présenter ce personnage comme un être humain, comme quelqu'un qui réfléchit, rêve et est sincère. Quelqu'un qui pourrait être vous ou moi.