Hip-Hop, bonheur baroque avec les Indes Galantes à Paris

par

« Les Indes Galantes » de Jean-Philippe Rameau, dirigé par Leonardo Garciá Alarcón, mis en scène par Clément Cogitore et chorégraphié par Bintou Dembélé

Enthousiasme unanime à Paris Bastille pour ovationner Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau dans leur interprétation -Cappella Mediterranea de Leonardo García Alarcón, mise en scène -Clément Cogitore- et chorégraphie -Bintou Dembélé. Un bonheur baroque, un bonheur tout court.

C’est en effet ce que manifestement les deux mille cinq cents spectateurs de l’Opéra Bastille ont ressenti -et c’est ainsi chaque soir. Quatre heures de représentation qui filent, une mise en scène inventive, des trouvailles scénographiques judicieuses, des interprètes aussi talentueux qu’heureux d’être là, un émerveillement renouvelé. 

Rééditions en coffrets : Ton Koopman, musique symphonique polonaise et quatuors à cordes des îles britanniques ! 

par

Les labels continuent faire tourner leurs catalogues et le mélomane peut se réjouir de retrouver, en coffrets économiques, de grandes réussites discographiques de l’ère numérique. 

Ton Koopman. A Baroque Master. Oeuvres de Frescobaldi, Soler, Buxtehude, Telemann, Bach, Handel, CPE Bach, WF Bach. 1 coffret de 10 Erato 0190295394172. 

Jean Cras, esthétique marine

par

Jean Cras (1879-1932) : La flûte de Pan, Quintette pour piano 2 violons, alto et violoncelle, Quintette pour harpe, flûte, violon, alto et violoncelle. Sophie Karthäuser, soprano ; Jean-Claude Vanden Heyden, piano ; Matthijs Koene, flûte de pan ; Oxalys. 2018-Livret en néerlandais, français, anglais et allemand. Passacaille. PAS1067.

Monte-Carlo: les 30 ans des Monte-Carlo Music Masters 

par

Pour célébrer le 30e anniversaire des Monte-Carlo Music Masters, ce « concours des meilleurs » qu’ils ont fondé, Chantal et Jean-Marie Fournier ont proposé un feu d'artifice musical en invitant d'anciens membres du jury et des vainqueurs de ces Masters : Nelson Freire, Ruggero Raimondi, Maxim Vengerov, Béatrice Uria-Monzon, Maurizio Baglini, Roustem Saitkoulov, Alexander Gadjiev et Fanny Clamagirand se succèdaient sur la scène de l'Opéra Garnier. Un magnifique Bösendorfer trône sur scène et Alain Duault est le fidèle Maître de Cérémonie de cette soirée. 

ELIAS de Félix Mendelssohn au TCE : d’une bouleversante vérité

par

Le nom du chef d’orchestre et claveciniste Masaaki Suzuki à la tête de l’Orchestra of the Age of Enlightenment constitue, en soi, la promesse d’un moment exceptionnel ; à plus forte raison lorsque c’est l’un des chef d’œuvres de l’Oratorio romantique qui est au programme. Elias concilie en effet l’équilibre architectural, la stylisation des affects de Bach, l’ardeur radieuse de Haendel et l’esthétique d’un monde nouveau, exubérant, coloré, puissant. Mais il y a plus, ces pages créés en 1846 à Birmingham, font « entendre » à travers les siècles la voix même du jeune compositeur. L’étonnant livret (respectant scrupuleusement le texte biblique), rédigé de sa main, ne craint ni les répétitions ni une rythmique assez peu variée, ce qui suscite un climat hypnotique et laisse l’esprit s’évader loin des diversions quotidiennes. Avec le personnage du prophète Elie, l’auditeur est confronté aux tragédies fondamentales de l’existence : la mort, la haine, le désespoir, l’amour parfait. Il est alors introduit dans la contemplation à travers le regard ardent du musicien. Suzuki dirige avec une ampleur d’une précision extrême offrant une vision aussi puissante que cohérente. L’orchestre, aux cuivres parfois très sonores, s’engage sans réserve tout comme le chœur. D’une pure beauté, le Trio des Anges « Lift thine eyes » -si proche des trois génies de La Flûte enchantée- sauve (à juste titre !) Elie du désespoir.

À Turin, de fascinants Pêcheurs de perles

par

Pour son ouverture de saison, le Teatro Regio de Turin choisit un ouvrage français, Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet, donné dans la première version de 1863 et dans la langue originale. Depuis décembre 1886, l’œuvre a été présentée cinq fois dans la capitale piémontaise, deux fois en concert et trois fois en scène, les trois dernières représentations en traduction italienne remontant à juin 1959 au Teatro Nuovo qui affichait Alfredo Kraus, Renata Scotto et Enzo Sordello sous la direction d’Oliviero de Fabritiis.

Aujourd’hui, le Teatro Regio se veut innovateur en proposant l’édition critique de 2015 qu’a réalisée le musicologue Brad Cohen qui reconstitue la version en trois actes telle qu’elle fut jouée au Théâtre-Lyrique de Paris le 30 septembre 1863, comportant notamment un finale où Zurga met le feu au village pour permettre la fuite des amants, alors que dans les remaniements de 1885 et 1893 commis par l’éditeur Choudens, il en viendra au suicide.

A Lyon, quelle musique que GUILLAUME TELL !

par

L’Opéra de Lyon ouvre sa saison avec un grand ouvrage qui n’y a pas été représenté depuis longtemps, le Guillaume Tell de Rossini dans sa version originale française. Cet ultime chef-d’œuvre qui dure près de quatre heures impressionne d’abord par le génie de l’écriture, que révèlent une orchestration fabuleuse et un traitement tout aussi ingénieux des masses chorales, prônant l’esthétique du grand opéra que développeront un Halévy, un Auber ou un Meyerbeer. Et quelle musique !

Et c’est bien elle qui est la carte maîtresse de cette nouvelle production. Dès les premières mesures de la célèbre Ouverture, Daniele Rustioni, le directeur musical de la maison, sait lui insuffler un souffle dramatique qui ne faiblit jamais et une précision du trait dans les ensembles qui est proprement ahurissante. Et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon restitue admirablement ses options, ce que l’on dira aussi des Chœurs, magnifiquement préparés par Johannes Knecht, ex-chef choral de l’Opéra de Stuttgart qui, par l’ampleur de la sonorité, ont un réel impact émotionnel sur le spectateur dont vibre la corde sensible. 

Une histoire sans fin… et magique

par

« Der Freischütz » de Carl Maria von Weber, dirigé par Laurence Equilbey et mis en scène par Clément Dutilleul & Raphaël Navarro –

L’œuvre romantique fondatrice de l’opéra allemand ? Radicalement déspatialisée, radicalement détemporalisée, magique ! Au diable le kitsch forêts sombres, villages-colombages, culottes de peaux ! Place au concept. Dont la concrétisation visible convainc heureusement plus que les textes dramaturgiques qui prétendent le justifier.

Laissons-nous aller à notre bonheur de spectateur. Nous retrouvons le pauvre Max qui doute de ses talents de chasseur et redoute de ne pas réussir l’épreuve qui lui permettra non seulement de devenir le garde-chasse du prince, mais ainsi d’épouser la tendre Agathe. Il accepte la proposition de « balles franches » que lui fait le sinistre Kaspar, en dette d’âme avec le diabolique Samiel.