À Namur, Florilège de Concertos baroques !

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Mardi soir, les mélomanes fuyaient la canicule, trouvant refuge dans la fraicheur de l’Église Saint-Loup qui accueillait le concert d’ouverture du Festival Musical de Namur, coup d’envoi des Festivals de Wallonie qui ont choisi, cette année, le thème « Racines ». L’affiche était partagée entre Leonardo García Alarcón, bien connu du public namurois, dirigeant son Millenium Orchestra, et Chouchane Siranossian, violoniste et artiste associée des Festivals de Wallonie. 

Virtuose française d’origine arménienne, aussi à l’aise au violon baroque qu’au violon moderne, Chouchane Siranossian proposait un programme audacieux, (quasi-marathonien !) de quatre concertos baroques au cours de la soirée. Plus inconnus, le Concerto en La D96 de Tartini et le Concerto op.3 n°1 en Ré de Locatelli étaient confrontés, après la pause, à deux tubes du répertoire concertant baroque, le Concerto en la BWV 1041 de J.S. Bach et le Concerto op.10 n°6 en sol de Leclair. Déjà concentrée dés son entrée sur scène, elle se lance ardemment dans l’interprétation de ce programme exigeant, endossant à la fois le rôle de soliste, mais aussi de cheffe, dirigeant le Millenium Orchestre conjointement avec Alarcón dans une optique résolument chambriste. Si les impulsions de départ sont données par la violoniste, Alarcón gère les fins de phrases depuis son clavecin, façonnant le son de l’orchestre comme un artisan malaxerait l’argile. On constate rapidement une jolie spontanéité dans son jeu -garantie idéale d’une interprétation fraiche ! Si l’on doit tendre l’oreille à de nombreuses reprises pour l’entendre, les problèmes de projection sont assez vite résolus dés la 2e partie où l’on sent l’artiste plus à l’aise dans ces deux derniers concertos. D’ailleurs, quelle grâce dans l’Andante du Concerto de Bach -un superbe moment suspendu qui restera gravé dans nos mémoires ! 

Yoann Tardivel, l’organiste qui fait redécouvrir Saint-Saëns

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L’organiste Yoann Tardivel nous offre un album dédié à la musique pour orgue de Camille Saint-Saëns (Editions Hortus). Après un disque dédié à César Franck, le musicien nous fait découvrir un pan entier encore trop méconnu de l’oeuvre de ce compositeur.   

Après des oeuvres de César Franck, votre nouvel album est dédié à Camille Saint-Saëns ? Pourquoi ce choix ?  

C’est justement en travaillant au disque consacré aux 3 Chorals de Franck que j’ai découvert la musique d’orgue de Camille Saint-Saëns. J’ai longtemps pensé que l’œuvre d’orgue de Franck n’avait aucun équivalent dans le répertoire romantique français. Le fait que son œuvre ait été à tel point sanctuarisée par des générations d’organistes accentue évidemment cette impression. Pendant les années où Franck conçoit les pièces d’orgue op 16 à 21, (un véritable événement dans notre répertoire!), Saint-Saëns était organiste à l’église de la Madeleine à Paris, et une personnalité importante du monde de l’orgue et pourtant alors qu’il est un compositeur a priori plus populaire que Franck, son œuvre d’orgue n’a pas réellement fait son chemin aux travers des décennies. Après avoir travaillé sur ce répertoire, je pense que de rapprocher cet alpha et cet oméga de la musique romantique est important pour bien cerner le développement de l’orgue romantique français tout autant qu’un certain nombre d’aspects propres à la nature de son répertoire.

Qu’est-ce que ces oeuvres nous apprennent sur l’art de Saint-Saëns ?

En dépit d’une grande cohérence de langage, les sources d’inspirations de la musique de Saint-Saëns sont multiples. L’histoire de l’orgue étant d’une grande richesse, cet aspect prend une certaine dimension avec cette partie de son catalogue. On peut trouver autant ses amours de jeunesse, comme Mendelssohn, que son amour intarissable pour Mozart, par exemple au début de l’Allegretto des Sept improvisations qui s’apparente aux lignes si pures que Mozart pouvait offrir dans sa musique sacrée. Dans la deuxième Fantaisie, une sorte de rêverie lisztienne précède une fugue relativement sévère et dans la troisième Fantaisie, c’est une guirlande presque debussyste qui précède une imitation de quatuor dont les lignes rappellent la musique de son élève Fauré. C’est cette étonnante diversité qui, pour moi, fait le prix de sa musique et qui confère, même à des œuvres de la toute fin de sa vie, une inaltérable impression de fraîcheur.

Rafael Kubelík en concert 

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Rafael Kubelík : The Munich Recordings. Oeuvres de Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Dvořák, Bruckner, Berlioz, Smetana,  Janáček, Hartmann, Bartók. Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, direction : Rafael Kubelík. 1963-1985- livret en anglais et allemand. 15 CD Orfeo. C 98115. 

Mais encore : rééditions 

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Les labels font tourner leurs catalogues avec pertinence, même si le concept de coffret et de prix réduits conduit souvent à une économie éditoriale un peu chiche, principalement dans le chef des livrets de présentation. Du flot des rééditions, on retient ces belles initiatives. 

Les symphonies de Glazounov par Neeme Järvi 

Alexandre Glazounov (1865-1936) : intégrale des symphonies, ouverture solennelle op.73 ; Poème lyrique, Op.12 ; Valses de concert n°1 et n°2 Op.47 et Op.51 ; Procession de mariage, Op.21. Bamberger Symphoniker et Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Neeme Järvi. 5 CD Orfeo C.977 195. 

Macbeth à Anvers : Bruit et fureur, sang ; un bonheur

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« Une histoire pleine de bruit et de fureur », telle est bien, pour reprendre la citation de Shakespeare, celle de son héros Macbeth ; telle est bien celle que nous raconte Michael Thalheimer, le metteur en scène de l’opéra de Verdi. Une histoire qui ne peut être que sanglante.

Au soir d’une bataille, Macbeth a rencontré des sorcières lui prédisant un avenir royal. Encore faudra-t-il pour cela se débarrasser des « obstacles ». Poussé par sa femme, Lady Macbeth, il commet les meurtres nécessaires, jusqu’à ce que se réalise une autre des prédictions : sa punition, sa mise à mort, « le jour où la forêt de Birnam se mettra en marche, et par un homme "qui ne sera pas né d’une femme" ».

Sur le plateau, quasi toujours dans une obscurité à la luminosité travaillée, nous apparaît comme une sorte de cuvette, d’étang vidé. Y tomber, c’est, glissant encore et encore, ne plus pouvoir en ressortir. Le lieu devient enfermement fatal, huis clos de tragédie. Une métaphore s’impose à nous, celle qui est déclinée en plusieurs photos dans la brochure de soirée, celle d’un tourbillon s’ouvrant au milieu d’un fleuve : malheur à vous si vous y êtes happé, il vous engloutira inexorablement. Ainsi les Macbeth.

I Puritani à Liège : deux voix derrière un voile

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Créé en 1835, « I Puritani » est le dernier opéra de Vincenzo Bellini, bientôt emporté par une maladie fulgurante alors qu’il n’a que 34 ans. Après « Norma » et « La Sonnambula », c’est une œuvre de grande maturité lyrique et d’une incroyable exigence interprétative.

Le titre ne doit pas nous égarer : le contexte historique est bien celui du conflit qui opposa en Angleterre au XVIIe siècle les Puritains, partisans de Cromwell, aux Cavaliers, ceux des Stuart, mais il n’est là que pour huiler les rouages d’une mécanique dramatique. L’essentiel est ailleurs, dans une histoire d’amour réciproque et difficile à faire reconnaître (Elvira, fille de Puritain, aime le royaliste Arturo), de fidélité au risque de soi-même (celui-ci la quitte pour sauver Enrichetta, la veuve menacée du roi décapité), de sentiment de trahison et de la folie qui en résulte chez Elvira. D’immenses sentiments exacerbés. Ceux qui conviennent parfaitement aux déferlements lyriques. Et donc à la mise au défi du talent des interprètes. Et donc au bonheur des lyricophiles !

On considère que les rôles d’Elvira et d’Arturo sont parmi les plus difficiles du répertoire. Quand ils sont justement interprétés, ils sont de ces airs qui donnent la chair de poule et suscitent les ovations. Zuzana Marková (Elvira) et Lawrence Brownlee (Arturo) n’ont pas déçu les attentes : en toute virtuosité expressive, ils se sont joués des péripéties de leurs partitions, y ajoutant un engagement scénique qui a rendu leurs personnages absolument convaincants. Chair de poule et ovations !

Une Table Ronde désopilante  

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Pour sa cinquième édition depuis 2010, l’Opéra de Lausanne part en tournée avec la Route Lyrique qui lui fait donner vingt représentations en dix-neuf villes différentes. Cette politique d’ouverture permet ainsi aux publics les plus divers de découvrir l’activité du théâtre vaudois.

Judicieusement a donc été choisi l’opéra-bouffe de Florimond Hervé dit Roger, Les Chevaliers de la Table Ronde, créé aux Bouffes-Parisiens le 17 novembre 1866, remanié et présenté aux Folies-Dramatiques le 2 mars 1872. Cet ouvrage déjanté en trois actes se gausse irrévérencieusement des preux Amadis, Ogier, Renaud, Lancelot et Roland s’emberlificotant dans leur quête amoureuse plutôt que dans la recherche du Saint Graal, alors que les enchanteurs Mélusine et Merlin se préoccupent davantage d’intrigues que de magie. Et c’est justement à l’interprète du rôle de Merlin, Jean-François Vinciguerra, qu’a été confiée la mise en scène de cette bouffonnerie irrésistible. Dominique Pichou conçoit un décor unique, facilement transportable, consistant en une muraille de château médiéval avec tourelles et mâchicoulis que les lumières de Denis Foucart peuvent creuser afin de nous livrer la salle du trône avec écran TV branché sur la chaîne Melusina’s Shopping, puis le harem où se prélassent l’enchanteresse devenue sirène et sa suite. Et les costumes d’Amélie Reymond jouent la carte d’un Moyen-Age d’Epinal où le toc des cuirasses dorées frôle hennins et pourpoints à collerette. Et Jean-Philippe Guilois, qui campe aussi le personnage anecdotique de Fleur de Neige, seconde le metteur en scène en agençant les mouvements chorégraphiques de ce spectacle hilarant.

Voci Celesti au Festival de Pentecôte de Salzbourg

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Pour la 8e édition du Festival de Pentecôte de Salzbourg sous sa direction artistique, Cecilia Bartoli avait choisi comme thème Voici Celesti (voix célestes). L’envie de consacrer un programme à l’art des castrats la hantait depuis quelque temps. Elle a donc composé un programme illustrant la personnalité de grands castrats tels Farinelli ou Senesino,  mais aussi le répertoire qu’ils défendaient et les compositeurs qui écrivaient pour eux (avec colloque et projection du film Farinelli de Gérard Corbiau). La pièce-maîtresse était la production scénique d’Alcina de Händel avec Bartoli dans le rôle-titre, une production qui sera reprise au mois d’août au cours du festival d’été.  

À la Scala, un Korngold fascinant, un Verdi mi-figue, mi-raisin

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De vaporeux rideaux couvrant de larges baies vitrées où seront projetées les tours de Bruges, des volées de cloches ou des bougies rouges, un portique illuminé aux néons, un vaste écran de télévision jouxtant un sofa design et un chariot de service contenant les intouchables reliques telles qu’un luth, un éventail, un écrin avec une mèche de cheveux, ainsi le décorateur-costumier Stuart Nunn conçoit ‘le temple de ce qui fut’ voulu par le librettiste Paul Schott pour Die tote Stadt d’Erich Wolfgang Korngold, ouvrage créé par le Stadttheater de Hambourg le 4 décembre 1920. Curieusement, ce chef-d’œuvre inspiré par Bruges-la-morte, le roman de Georges Rodenbach, n’a jamais été représenté à la Scala de Milan. Et Graham Vick conçoit une mise en scène fluide centrée sur le personnage de Paul, obsédé par le souvenir de son épouse défunte, Marie. Transposant l’action à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, il joue sur l’opposition du réel concrétisé par Frank, l’ami de Paul, et Brigitta, la gouvernante, et de l’univers fantasmagorique suscité par Marietta et sa troupe de danseurs. Habillée godiche comme l’Eliza Doolittle de My Fair Lady, elle a le don d’utiliser sa ressemblance flagrante avec la morte pour assujettir le malheureux veuf qui frise continuellement la schizophrénie. Tandis que passent quelques béguines en bures blanches puis la procession du Saint Sang que Paul révère de son prie-Dieu, la compagnie qui veut répéter le ballet des nonnes de Robert le Diable transforme le lieu en un lupanar bariolé emprunté à Cabaret avec une gigantesque tête de mort couronnée près d’une galerie où s’entassent les prisonniers. Lorsque disparaît la vision cauchemardesque, Paul se retrouve seul devant des murs grisâtres, dont il se libère comme d’une idée fixe enfin annihilée.

Le Quatuor Alfama et Albane Carrère présentent Still Schubert

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Le quatuor Alfama et Albane Carrère ont enchanté leur public ce mardi soir au Studio 1 de Flagey à l’occasion du concert de sortie de leur tout dernier CD chez Cyprès : "Still Schubert".Emue, Elsa de Lacerda, premier violon, le présenta brièvement au public. 

Le quatuor a entamé le concert avec le quatuor à cordes La jeune fille et la mort de Franz Schubert.  Avec un très beau son d’ensemble et un bel équilibre, les musiciens nous ont offert une magnifique palette d’émotions et de très belles nuances -forte amples et piano tout en délicatesse. Les musiciens sont soudés, et se portent mutuellement, notamment lorsqu’il s’agit d’offrir un tapis sonore à l’un d’eux pour déployer un thème principal, sans jamais porter préjudice à l’unité du groupe. Ils excellent tout autant dans les unissons desquels se dégage une grande force. Dans le quatrième mouvement, ils démontrent une technique infaillible et restent parfaitement synchronisés malgré un tempo impressionnant.