Un récital de mélodies cosmopolites par Angela Gheorghiu

par

« Plaisir d’Amour »Angela GHEORGHIU, soprano ; Alexandra DARIESCU, piano. 2019-67’19-livret en anglais, français, allemand-textes langue originale, anglais-chanté en roumain, français, russe, italien, allemand, portugais, espagnol-DECCA4834999

L’album s’ouvre sur une photo ensoleillée et souriante de la soprano Angela Gheorghiu à l’image du titre. Tandis que depuis plus de vingt ans elle règne sur les scènes d’opéra dans le répertoire italien et en particulier puccinien, la voici donc sur les sentiers buissonniers d’un programme selon ses goûts et son cœur qu’elle donne déjà depuis quelques années autour du monde. Reflets de son cosmopolitisme et de ses attachements, sont rassemblées des œuvres de sa Roumanie natale, des mélodies françaises, russes, allemandes, espagnoles… autour de la romance Plaisir d’Amour (J.P.Martini). Musicienne ultrasensible, technicienne aussi accomplie qu’exigeante, dotée d’un tempérament sismique d’une expressivité rare, attachante dans sa provocation même, l’esthétique de la sobriété n’est toutefois point sa tasse de thé comme le montre ce Grillon insolite sur une musique de Rameau (romance popularisée par Regina Resnik). Pour autant, avec quelle aisance ce phrasé impérial ne s’épure-t-il pas en célestes pianissimi ! Ainsi de la Nuit d’étoiles composée par Claude Debussy encore adolescent et consumé de passion pour la vaporeuse blonde Madame Vasnier. Ainsi également de la première des « Mélodies de Venise » de Gabriel Fauré, Mandoline, d’une chatoyante pulsation rythmique, enlevée avec le goût, la joie, l’élégance que requiert le poème de Verlaine.

Le piano caméléon de sa compatriote Alexandra Dariescu prête son éloquence à l’éclectisme du programme et forme avec la voix un authentique duo qui rend les mélodies de Rachmaninov irrésistibles. Le climat général va de l’extatique (Bellini Vaga luna) à l’espièglerie (Paisiello) ou la fièvre. La mélodie française est particulièrement bien représentée et interprétée (phrasé de l’Heure exquise) malgré la difficulté de diction. Deux Lieder de Richard Strauss inattendus -Morgen féerie ardente et gracile puis Cäcilie investie comme rarement- montrent que le post-romantisme viennois lui va comme un gant. Sogno et Ideale de Tosti coulent naturellement. Enfin, hommage au pays natal avec des mélodies (Brediceanu et Stephânescu) où s’oublie la morbidezza au profit de la verve populaire. L’Etude opus 10 n°3 de Chopin ploie sous l’arrangement assez surchargé de Félia Litvine... à la mesure des deux divas. Enfin, la chanson de Balfe (I dreamt I dwelt in marble halls) ménage un moment un peu sirupeux que les cambrures de Villa-Lobos et Obradors viennent fouetter au final (El vito).

Bénédicte Palaux Simonnet

Son : 10-Livret : 9-Répertoire  : 10-Interprération : 10

 

 

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