Une symphonie n°7 de Bruckner revigorée avec Markus Poschner 

par

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur, WAB 107 (Édition  Paul Hawkshaw). ORF Vienna Radio Symphony Orchestra, direction : Markus Poschner. 2023. Livret en allemand et anglais. 59’22’. Capriccio. C 8091. 

Avec ce nouveau volet de son incroyable intégrale des Symphonies de Bruckner, Markus Poschner frappe encore très fort avec une lecture qui revigore la célèbre Symphonie n°7 de. Du point de vue éditorial, le grand intérêt est de proposer l’édition critique de la partition par Paul Hawkshaw, immense spécialiste de Bruckner et partenaire de ce projet intégrale et dont il s’agit du premier enregistrement mondial. Le musicologue a particulièrement travaillé sur le manuscrit afin de faire sonner l'œuvre comme Bruckner le voulait en 1885. En effet, différentes scories avaient entaché notre appréciation de cette partition originelle. Bruckner avait engagé l’un de ses élèves, Franz Schalk, pour l'aider à préparer le manuscrit pour l'impression. Cependant,  Schalk a apporté des modifications non autorisées avant que l'œuvre ne soit publiée en 1885 à Vienne. Des éditions ultérieures de 1944 et 1954 par Robert Haas et Leopold Nowak n’ont pas permis de retrouver cet état de base : ainsi Haas a supprimé une grande partie de ce que Schalk avait ajouté, y compris de nombreux éléments importants autorisés par le compositeur. De son côté, Nowak a majoritairement réintégré ces éléments dans la partition, entre crochets éditoriaux, mais comme s'ils devenaient facultatifs. Dès ce travail éditorial nous permet d’écouter la Symphonie n°7 avec la plus grande justesse. 

Au niveau interprétatif, Markus Poschner continue son travail de décapage du texte. Son Bruckner est rapide, voir très rapide, ainsi la partition passe sous la barre des 60 minutes ! Comme toujours, précisons que la simple étude des minutage ne permet pas seul d’apprécier une interprétation mais cette donnée est révélatrice de cette volonté d’aller de l’avant. Les lignes instrumentales sont claires et l’orchestration s’affirme avec une incroyable pureté minérale. Le chef insuffle une énergie foncièrement galvanisante et le premier mouvement se clôt dans une sorte de transe musicale qui saisit. Le second mouvement est un modèle d’équilibre et de finesse orchestrale avec un travail sur les nuances et la lisibilité des pupitres. Les deux derniers mouvements se déploient avec cette énergie communicative.  L’ORF Vienna Radio Symphony Orchestra se présente comme un groupe compact affuté et précis, galvanisé par cette direction qui semble libérer toutes ses énergies. L’orchestre fait bloc avec cette vision qui revisite la tradition. On est loin de l’art intimidant d’une architecte de cathédrale sonore, Bruckner se dévoile ici, altier, conquérant, pugnace, tel un maître artisan qui cisèle un ouvrage dont la modernité orchestrale apparaît au grand jour. 
Avec l’enregistrement de la Symphonie n°5, cette Symphonie n°7 est d’emblée la lecture de référence de cette intégrale qui nous ravit au fil des parutions !   

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