Maître Péronilla, la résurrection d’un Offenbach irrésistible

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Jacques OFFENBACH (1819-1880) : Maître Péronilla, opéra-bouffe en trois actes. Véronique Gens (Léona), Eric Huchet (Maître Péronilla), Anaïs Constans (Manoëla), Tassis Christoyannis (Ripardos), Chantal Santon-Jeffery (Alvarès), Antoinette Dennefeld (Frimouskino), François Piolino (Don Guardona), Patrick Kabongo et Loïc Félix (Frères Vélasquez), etc. ; Choeur de Radio France, Orchestre National de France, direction : Markus Poschner. 2020. Livret en français et en anglais. 100.40. Un livre-disque du Palazzetto Bru Zane BZ 1039 (2 CD).

Nouveau fleuron de la série de livres-disques que l’on doit au Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique française, Maître Péronilla vient ajouter une pierre blanche à la commémoration des deux cents ans de la naissance du compositeur. Avec un léger décalage dans le temps, certes, mais cet enregistrement a été réalisé au Théâtre des Champs-Elysées les 31 mai et 1er juin 2019 dans le cadre du bicentenaire. Depuis la captation (indisponible) de l’ORTF en 1970 sous la direction de Robert Martignoni, l’œuvre était inaccessible. La voici ressuscitée dans une version soignée et bien interprétée. Créé aux Bouffes Parisiens en 1878, cet opéra-bouffe tire son nom du personnage de Maître Péronilla, le père de l’héroïne, chocolatier de Madrid, rôle tenu avec brio par Eric Huchet, un habitué d’Offenbach. L’intrigue, quelque peu alambiquée, est construite sur ce que l’on peut résumer comme un double mariage arrangé qui ne convient pas à toutes les parties, et dont la résolution sera débrouillée après une série de situations cocasses. Sujet mince s’il en est : Offenbach s’est chargé lui-même du livret, avec l’aide de Charles Nuitter et de Paul Ferrier pour les parties versifiées. Selon la bonne habitude de cette précieuse collection de livres-disques, on trouvera ici plusieurs textes de spécialistes signés Alexandre Dratwicki, Gérard Condé, Jean-Claude Yon, auteur d’une copieuse étude sur Offenbach (Paris, Gallimard, 2000) qui fait autorité, et Etienne Jardin, ainsi qu’un long article du Figaro, à l’époque de la création. Comme toujours, le Palazzetto Bru Zane ne se contente pas de « l’objet-disque », il l’accompagne d’une documentation érudite et de commentaires de première main, notamment sur Offenbach et l’Espagne ou sur le monde du commerce dans la création du compositeur. Remarquable et précieux travail qui ajoute au bonheur de l’écoute. 

Nous sommes donc en Espagne, dont le compositeur arrive à reproduire l’atmosphère par l’introduction de morceaux caractéristiques : malaguenas, boléros et autres inspirations hispanisantes viennent sans cesse relancer une action débridée, amusante et d’une légèreté séductrice. Après une ouverture pétillante, on se régale très vite avec les couplets sur le chocolat (irrésistible Eric Huchet) dont le goût est digne du meilleur Offenbach. Ce dernier a écrit une partition bondissante dont la relance est facilitée par l’alternance avec les nombreux dialogues parlés, dont on saluera la parfaite intelligibilité (l’art de la diction existe encore !). Quant à l’art du théâtre, il est ici parfaitement utilisé, on éprouve la sensation d’assister à cette version de concert. Les personnages sont nombreux, ils approchent la vingtaine, apportant à l’action un dynamisme jaillissant et enjoué. L’héroïne, c’est Manoëla, la fille de Maître Péronilla (Anaïs Constans, adorablement fraîche), qui frôle le mariage avec le barbon Don Guardona (François Piolino) alors qu’elle aime Alvarès, le maître de musique (Chantal Santon-Jeffery, emballante). 

Véronique Gens, qui excelle décidément dans tous les registres, incarne la tante mûrissante de Manoëla, Léona, qui refuse de vieillir et finira par épouser Don Guardona. Toujours impeccable, elle comble l’auditeur à chaque intervention. Quel talent ! Mais il y a aussi Tassis Christoyannis dans le rôle très amusant du soldat Ripardos où il déploie sa souplesse et sa finesse vocale, et Antoinette Dennefeld en Frimouskino (c’était le titre initial choisi par Offenbach) dont la malice va permettre l’astuce qui dénouera l’imbroglio des deux mariages, ou encore les frères Vélasquez (délicieux Patrice Kabongo et Loïc Félix). Mais il faudrait citer tout le monde car chacun s’est investi, chacun tient sa place avec efficacité et verve, donnant à l’ensemble un élan charmeur auquel il n’est pas possible de résister. L’orchestration est au diapason de cette folle histoire ; à la fin de l’acte second, une insinuante valse tourbillonnante vient ajouter à l’ambiance délirante. Le Chœur de Radio France et l’Orchestre National de France accompagnent cette douce ivresse avec le dynamisme que leur insuffle Markus Poschner, qui arrive à ne pas en faire trop et à ne pas ajouter d’effets clinquants, il vise plutôt la réussite d’un travail d’ensemble. Le résultat est là, il comble notre goût de la légèreté. 

En cette période de confinement qui se prolonge, voilà sans doute un antidote idéal à la morosité qui risque d’envahir tout un chacun. Même si la période de Pâques inciterait plutôt à jeter une ou deux oreilles du côté des diverses Passions, pourquoi ne pas illuminer la fête par ce moment de plaisir ? 

Son : 9  Livret : 10  Répertoire : 9  Interprétation : 9

Jean Lacroix 

 

  

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