Versailles par Tharaud

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“Versailles” : Oeuvres et transcriptions de Rameau, de Visée, Royer, d’Anglebert, François Couperin, Duphly, Lully et Balbastre. Alexandre Tharaud, piano ; Sabine Devieilhe, soprano et Justin Taylor, piano. 2019. Livret en français, en anglais et en allemand. 78.12. Erato 0190295386429.

Alexandre Tharaud a déjà enregistré Bach, Scarlatti, Couperin ou Rameau. Cette fois, il propose un panorama « royal » intitulé Versailles sur un superbe Steinway. Sur un Steinway ? Tharaud s’en explique : « (…) Ces compositeurs baroques ont posé les bases de la musique française : impossible d’interpréter Saint-Saëns, Debussy ou Ravel en les dissociant de Couperin et de Rameau. Ce dernier a par ailleurs écrit une musique de clavier orchestrale, dépassant le clavecin, qu’il abandonna jeune. Le piano du XXIe siècle est un orchestre en soi, s’approchant ici des vents et des cordes, là du clavecin et de l’orgue (comme dans la fugue de d’Anglebert). Je m’inscris donc aussi dans la tradition des pianistes interprètes de la musique baroque française. » Tharaud rappelle que Marcelle Meyer fut la première à pratiquer de cette manière, qu’il s’inspire d’elle depuis son adolescence et qu’il ne cesse de jouer la majorité de son répertoire. Il nous plonge ainsi dans l’univers esthétique français de l’Ancien Régime à travers un programme judicieusement choisi, dont la diversité et la variété révèlent à quel point le pianiste a construit un édifice musical vivant, séduisant et chatoyant.

Parmi les 21 pièces qui composent ce bouquet, on trouve des pages connues, comme Les Ombres errantes de Couperin, tirées de son Quatrième Livre, ou Le Rappel des Oiseaux de 1724 de Rameau, mais aussi des pièces peu courantes de Duphly, Balbastre ou Royer. L’auditeur est sensible à l’agencement du programme, car Tharaud crée une alternance de rêverie, de finesse, de recueillement ou de légèreté avec une élégance de style qui maintient l’intérêt tout au long de ce bel album. Cerise sur le gâteau lorsque s’élève soudain, à la plage 9, la voix cristalline de Sabine Devieilhe dans un extrait des Indes galantes de Rameau, l’aria Viens, hymen, moment en suspension d’une fraîcheur désarmante et d’une spontanéité touchante. Un peu plus loin, c’est Justin Taylor qui se joint à Tharaud dans une transcription pour quatre mains, due à Léon Roques, des Sauvages de Rameau. Sensibilité garantie, comme elle l’est d’un bout à l’autre de ce parcours, vrai plaisir dynamique pour l’esprit et les sens. L’enregistrement a eu lieu à Paris, à la Salle Colonne, en deux parties, en janvier, puis en février 2019. A chaque fois, Alexandre Tharaud fait preuve de la même qualité d’approche, poursuivant ainsi la grande tradition dont il se revendique et qu’il sert avec des sonorités enchanteresses auxquelles nous adhérons volontiers.

Son : 9   Livret : 9   Répertoire : 9   Interprétation : 9

Jean Lacroix  

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