A Genève, l’adulation de Frank Peter Zimmermann 

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‘Un final réjouissant’, ainsi est intitulé le dernier concert de la saison 2021-2022 de l’Orchestre de la Suisse Romande. Sous la direction de Jonathan Nott, l’artiste en résidence en a été le violoniste Frank Peter Zimmermann qui, en trois soirées, nous a présenté des pages aussi rares que la Première Rhapsodie de  Béla Bartók   la Suite Concertante de Bohuslav Martinů  et le Concerto en ré mineur de Robert Schumann. 

Mais c’est par un ouvrage célèbre, le Concerto en ré majeur op.77 de Johannes Brahms que s’est achevé ce cycle le mercredi 9 juin. Confronté à un tissu orchestral d’une épaisseur consternante qui souscrit à la grosse artillerie en laissant les vents ignorer toute indication de nuance, le soliste tire son épingle du jeu en imposant progressivement un grain pathétique qui retient ses élans pour modeler un cantabile suave imprégné de poésie intimiste. Une technique à toute épreuve lui permet de négocier les traits échevelés de la première cadenza, de nourrir d’un lyrisme généreux l’Andante médian et d’imprégner le Final d’une impétuosité alla zingara qui deviendra effervescente dans la coda. Le public ne s’y trompe pas en faisant fête au violoniste qui, en bon prince souriant, enchaîne deux pages lentes de Bach en faisant chanter les doubles cordes.

Sous un meilleur jour, l’Orchestre de la Suisse Romande était apparu, en début de programme, dans une œuvre d’abord difficile, la Cinquième Symphonie en mi bémol majeur op.82 de Jan Sibelius. Sous la baguette de Jonathan Nott, la formation donne l’impression de chercher son assise jusqu’à un premier paroxysme que les bois décantent en le rendant mystérieux. Le murmure des cordes s’amplifie progressivement en suscitant des appels de cuivres qui dynamiseront le discours en un scherzo enlevé aboutissant à un presto éclatant. L’Andante mosso en est ici la contre-épreuve avec ses bois en demi-teintes s’appuyant sur les longues tenues de cuivres et le pizzicato des cordes graves d’où émanera une sérénité pastorale à peine troublée par de menaçantes interventions des cors. Le Final tient de la course infernale lançant le serpentement des cordes et les bois modérateurs à l’assaut des cuivres péremptoires. Puis le dessin arachnéen des violons laissera sourdre une tension interne qui sous-tendra les trompettes éclatantes proclamant un optimisme réparateur.

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le mercredi 9 juin 2022

Crédits photographiques : Irene Zandel

 

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