Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Ombres et lumières dans Pelléas et Mélisande au Liceu

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Debussy prétendait trouver un nouveau chemin à l'opéra. Pris en étau entre le style du vérisme et ses drames de cape et épée, qui tranchaient avec les émotions provoquées par les injustices et misères de ce bas-monde, et le wagnérisme avec son exaltation brumeuse des légendes alémaniques (si souvent inspirées de Chrétien de Troyes...), il n'a écrit que ce seul ouvrage, rejetant tous ses précédents essais opératiques. Il lui a consacré dix ans, retravaillant sans cesse à simplifier le propos et à polir son langage et a tenu de longs échanges avec Maeterlinck à propos du livret, presque entièrement extrait de la pièce de théâtre avec diverses coupures. Leur brouille à propos du choix de la Mélisande mettra fin à leur relation... Dans sa correspondance avec Ernest Guiraud, qui fut son professeur au Conservatoire de Paris, il déclare qu’ il souhaite suivre le poète qui « disant les choses à demi, permettra de greffer mon rêve sur le sien; qui concevra des personnages dont l’histoire et la demeure ne seront d’aucun temps, d’aucun lieu… » ... « Je rêve de poèmes qui ne me condamnent pas à perpétrer des actes longs, pesants ; qui me fournissent des scènes mobiles, diverses par les lieux et le caractère ; où les personnages ne discutent pas, mais subissent la vie et le sort ». Cent vingt ans après sa création, Pelléas reste un indiscutable chef d'œuvre de la musique. Et, malgré les diatribes anti-wagnériennes qu'il prodiguait (comme le fameux Golliwoog's Cake Walk parodiant le thème germinal de Tristan et Yseult...) le rapprochement avec le drame wagnérien est omniprésent, autant dans l'histoire du triangle amoureux que dans la musique. Mais considérer son empreinte comme ouvrage dramatique nous mène tout droit à un chemin d'ombres et de lumières. Ombres car le texte, pour le spectateur actuel, oscille entre le niais des propos décousus des amants non avoués, (mais droit dans la lignée du non-dit freudien) et le stupéfiant, comme la terrible sentence d'Arkel : « Si j'étais Dieu, j'aurais pitié du cœur des hommes »

Musiques tchèques avec l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo 

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo invite le chef d’orchestre Tomáš Netopil pour un beau programme en hommage à la musique tchèque.  Le concert s’ouvre avec la Suite tirée de l’opéra La petite Renarde rusée de Janáček. Tomáš Netopil dirige la Suite préparée par son collègue Charles Mackerras. Le chef tchèque est un narrateur passionné et les pupitres de l’OPMC répondent à merveille aux sollicitations avec une belle palette de couleurs.  

A Genève, l’OSR à l’heure ouzbèke avec Aziz Shokhakimov et Behzod Abduraimov

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Pour le concert du 9 mars intitulé ‘Les stars ouzbeks’, l’Orchestre de la Suisse Romande invite deux trentenaires, Aziz Shokhakimov, chef titulaire de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et directeur artistique du Tekfen Philharmonic Orchestra en Turquie, ainsi que le pianiste Behzod Abduraimov, 1er Prix du London International Piano Competition en 2009.

Le programme commence par La Procession des fêtes de Khorezm, une page luxuriante due à la plume de Suleiman Yudakov (1916-1990), musicien soviétique d’origine ouzbèke. Jamais donné en Suisse auparavant, percutant comme la ‘Fête à Bagdad’ dans la Schéhérazade de Rimsky Korsakov, ce bref tableau en technicolor voit le hautbois instiller une note folklorique dans un cantabile qui s’étoffe progressivement pour conclure triomphalement par les cuivres éclatants nous rappelant les défilés du Spartacus de Khatchatourian.

Carmen-Thérapie à Luxembourg

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Au Grand Théâtre de Luxembourg, si la Carmen de Bizet, magnifiquement servie par ses interprètes, a encore imposé les envoûtements de sa partition, sa « représentation », elle, mérite quelques réflexions.

Voilà une partition qui, depuis sa création en 1875 (même si ses premiers jours furent difficiles), ne cesse de fasciner encore et encore des publics de partout. Cette saison, elle fera l’objet de 89 productions et sera représentée 547 fois ! Fascination pour son héroïne évidemment. Fascination aussi pour sa partition : entendre Carmen, c’est en retenir les airs et les retrouver à l’instant, quelques notes suffisent. A Luxembourg, elle a été musicalement très bien servie. Eve-Maud Hubeaux a été une excellente incarnation vocale de la redoutable gitane : séductrice, amoureuse, agressive, libre dans les notes qui la définissent. Epanouie. Michael Fabiano a peu à peu (c’est lié au concept de la mise en scène) manifesté la sidération de Don José, la façon dont il bascule dans une folie amoureuse inexorable. On regrettera peut-être alors qu’il « passe trop en force », notamment dans le duo final où il couvre la voix de sa partenaire. Anne-Catherine Gillet, quelles que soient les apparences qu’« on » a imposées à sa Micaëla, a justement exprimé toute la tendresse d’un amour « ordinaire », raisonnable. L’Escamillo de Jean-Sébastien Bou nous a paru un peu en retrait. Louise Foor (Frasquita), Claire Péron (Mercédes), Jean-Fernand Setti (Zuniga), Pierre Doyen (Moralès), Guillaume Andrieux (le Dancaïre) et Enguerrand de Hys (le Remendado) ont été leurs « comparses » bienvenus. Dans la fosse, José Miguel Pérez-Sierra a prouvé, avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, qu’il maîtrisait sa Carmen. Une mention particulière pour l’ensemble choral Aedes, intense présence.

Minh-Tâm Nguyen à propos des Percussions de Strasbourg

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Les légendaires percussions de Strasbourg célèbrent leurs 60 ans et font l'événement avec la parution d’un livre disque consacré à des œuvres de Xenakis, un compositeur auquel ce groupe est intimement lié. A cette occasion, Crescendo rencontre Minh-Tâm Nguyen soliste et directeur artistique des Percussions de Strasbourg, mais également professeur de Percussions au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon 

Les percussions de Strasbourg, c’est dans l’esprit des amateurs de musique du XXe siècle : Pleïades de Xenakis dont votre ensemble a assuré la première mondiale. Que représente cette pièce pour vous ? 

Les Percussions de Strasbourg sont dédicataires de plus de 400 œuvres. Pleïades fait partie des contributions fondamentales, aussi bien pour la composition musicale que pour le développement de la technique instrumentale pour percussions. Xenakis s'est appuyé sur le vaste instrumentarium des Percussions de Strasbourg et l'a étoffé de nouveaux instruments que sont les Sixxens. Et pourtant, cela n'a pas empêché de nombreux ensembles de percussion de jouer Pleïades depuis 40 ans dans les plus grandes salles et festivals internationaux. On doit la réussite de cette œuvre à une relation particulièrement nourrissante entre le compositeur et les interprètes. Notre quatrième génération est fière de continuer à partager cet héritage.

Que ce soit avec Pleïades ou Persephassa, autre partition liée aux Percussions de Strasbourg, mais également avec d'autres oeuvres pour instruments à percussions, Xenakis était très à son aise avec cette famille d’instruments. Qu’est-ce qui fait la force du geste compositionnel de Xenakis à travers les percussions ? 

Xenakis, en réponse à une lettre de J. Batigne, membre fondateur des Percussions de Strasbourg déclarait : "Quand j’écrirai pour vous, ce sera une oeuvre fondamentale pour la percussion". 

Toutes les œuvres pour percussions de Xenakis s'inscrivent dans le répertoire essentiel pour percussions et continuent, encore aujourd'hui, à susciter le développement des techniques instrumentales des percussionnistes. Ce sont des pièces extrêmement performatives et il en résulte, à chaque exécution, un débordement d'énergie. 

Beaucoup de musiques composées au cours de la seconde partie du XXe siècle semblent tomber dans un oubli, voire un dédain. La musique de Xenakis semble au contraire passer l’épreuve du temps et s’imposer comme une pierre angulaire de la modernité musicale. Partagez-vous cette impression ? 

 En effet, la musique de Xenakis ne vieillit pas et nous permet encore de l'observer selon un angle nouveau à chaque lecture. Il était très visionnaire.

A Lausanne un triomphe pour Alcina ! 

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En février 2012, l’Opéra de Lausanne avait présenté l’Alcina  de Haendel dans une mise en scène de Marco Santi qui n’avait guère marqué les esprits. Dix ans plus tard, Eric Vigié, son directeur, frappe un grand coup  en confiant une nouvelle production à Stefano Poda qui, à lui seul, assume régie, décors, costumes, lumières et chorégraphie. 

Et c’est justement par le jeu savant des éclairages qu’est créé un vaste jardin, encadré de cyprès effilés à la Fra Angelico, que découvrent les deux naufragés, Bradamante travestie en chevalier Ricciardo et son tuteur, Melisso. Immédiatement confrontés à Morgana, femme âgée portant une robe à panier noire démesurée, tous deux sollicitent une rencontre avec Alcina qui paraît dans une semblable crinoline blanche galonnée d’or. Tout habitant de l’ile, y compris Ruggiero, le fier chevalier, fiancé de Bradamante, revêt jaquette et culotte de cérémonie XVIIIe sur bas de soie. Lorsque descend des cintres une boule mastodonte qui s’entrouvre pour révéler le palais d’Alcina, une seconde jeunesse est donnée par enchantement à chacun de ceux qui y pénètre. Morgana ose s’afficher en body noir pailleté quand la reine, sa sœur, se pare d’un déshabillé vaporeux dans ses appartements de l’étage supérieur où règne la luxure, quitte à se donner du plaisir en usant des ‘loyaux services’ de la valetaille. Tandis que les abords de cet univers clos sont gardés par des panthères noires en céramique glazurée et que les serviteurs promènent des paons blancs empaillés, l’on finit par se rendre compte que ce monde enchanté a emprisonné les habitants en les métamorphosant en animaux et que tout dissident comme Oronte, Bradamante, Melisso et Ruggiero libéré du sortilège, est roulé dans une cage polyédrique. C’est donc lui qui brisera l’urne détentrice des pouvoirs magiques d’Alcina et de l’élixir de jeunesse. Et chacun retrouvera son aspect d’antan…

Sans surcharge ni artifice Rigoletto à Liège

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A l’Opéra de Liège, le Rigoletto de Verdi a une fois de plus enthousiasmé un public nombreux venu se réjouir du spectacle d’une tragédie. Se réjouir d’une tragédie ? Non, il ne s’agit pas d’un plaisir sadique comparable à celui qu’éprouvaient les spectateurs des jeux du cirque ; non, il s’agit de s’émerveiller de la façon dont un librettiste, un compositeur, un metteur en scène et son équipe, et des interprètes réussissent à sublimer, à transcender de terribles expériences de vie et de mort définitivement humaines : désirs, orgueil, trahison, mensonge, vengeance, amour, passion, soif du pouvoir, sacrifice.

D’autant plus que pour beaucoup de ces spectateurs, il s’agit d’un bonheur renouvelé, perpétué. Ils connaissent l’œuvre, mais chaque fois pourtant ils y découvrent des réalités inédites, dans une phrase du livret, annonciatrice de ce qui finira par advenir ou révélatrice d’une affection, dans une séquence de la partition dont on prend conscience soudain du raffinement de son orchestration, de son instrumentation.

Concert maritime avec l'Orchestre national de Cannes

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C'est avec intérêt qu'on retrouve l'Orchestre National de Cannes et son chef Benjamin Lévy pour un concert qui met au programme des œuvres à la thématique maritime, projet intéressant pour un orchestre d’une ville côtière.  Au programme trois compositeurs français qui ont exalté la mer. Jean-Marie Blanchard, le Directeur Général de l'orchestre, introduit le concert par quelques mots rappelant l'obligation d'humanité et de solidarité pour ceux qui souffrent si près de nous.

Le concert est lancé avec Une barque sur l'océan de Maurice Ravel. La nomenclature orchestrale est très importante mais tout est déployé avec sensibilité et raffinement. Benjamin Lévy illustre les ondes de la mer par une interprétation lumineuse, tout en finesse. Il crée exactement l'effet magique recherché par Ravel dans cette merveilleuse évocation d'un bateau sur l'océan. 

Au Grand-Théâtre de Genève, un sublime Atys

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Prodigieux spectacle que cet Atys de Jean-Baptiste Lully présenté par le Grand-Théâtre de Genève ! Son directeur, Aviel Cahn, a eu l’idée géniale de susciter une collaboration entre Leonardo Garcia Alarcon et le chorégraphe Angelin Preljocaj qui, pour la première fois dans sa carrière, assume la mise en scène d’un opéra. De cette tragédie lyrique sur un livret de Philippe Quinault, adorée par Louis XIV qui assista à la création à Saint-Germain-en-Laye le 10 janvier 1676, l’on a gardé en mémoire la production de 1987 de Jean-Marie Villégier dirigée par William Christie et reprise en 2011, production historicisante qui, dans son statisme empesé, suggérait l’esthétique théâtrale à la Cour du Roi Soleil.

Ici, tout est mouvement continuel comme dans un opéra-ballet dont la danse est l’élément vital. D’entente avec le directeur musical qui a opéré des coupes drastiques dans cette interminable partition, Angelin Preljocaj modifie le Prologue, hommage délibéré au tout puissant monarque, pour en faire une introduction à la tragédie elle-même. Mais le soir de la première du 27 février, comme dans les représentations ultérieures, Leonardo Garcia Alarcon s’adresse au public en évoquant les terribles événements actuels ; puis il présente l’hymne ukrainien dans un arrangement pour formation baroque qu’il a conçu à l’intention de sa Cappella Mediterranea. 

La sélection des concerts de mars 2022

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L’arrivée du printemps est scandée par le Printemps des arts de Monaco qui marque le début de la saison des festivals. Cette édition est un tournant car elle est la première programmée par Bruno Mantovani, le directeur artistique de la manifestation monégasque qui succède à Marc Monnet, un autre compositeur. La formule reste la même avec une programmation qui se déploie sur 4 week-ends du 10 mars au 3 avril. L’affiche est riche et elle propose des portraits musicaux du pianiste Jean-Efflam Bavouzet et de Quatuor Voce, la création est toujours bien présente sur le Rocher avec des premières mondiales de : Yan Maresz, Bastien David,  Aram Hovhannisyan,  Michel Petrossian et Bruno Mantovani. L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est le fidèle partenaire de l’évènement mais d’autres formations et ensembles seront de passage : l’Orchestre National d’Auvergne, les Orchestres Philharmoniques de Strasbourg et de Radio-France et même les Percussions de Strasbourg qui viendront naturellement célébrer Xenakis. 

En Belgique, ce sera au Klarafestival de faire l’affiche entre Bruxelles et Anvers du 11 au 27 mars. Le défilé des phalanges internationales amène à Bruxelles : l’Orchestre National de France, l’Orchestre d'État de Bavière, le City of Birmingham Symphony Orchestra et l’Orchestra of the Age of Enlightenments. Les orchestres belges Brussels Philharmonic (à Flagey) et Belgian National Orchestra (Bozar) seront de la partie et on note déjà sur les agendas le Peer Gynt d’Alfred Schnittke par le BNO sous la baguette de Michael Schønwandt.