Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Les lauréats 2022 des International Classical Music Awards (ICMA) 

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Aujourd'hui, le jury des International Classical Music Awards (ICMA) communique les noms des  lauréats de l'édition 2022. 

"Notre jury international et indépendant a sélectionné les lauréats à partir d'une liste de nominations comprenant 377 productions qui composent un large éventail d'artistes et de labels. Nos lauréats sont l'expression des plus hautes exigences artistiques, et le palmarès montre que notre jury ne se contente pas d'une évaluation superficielle de l'industrie musicale mais effectue une analyse complète et approfondie. La liste des lauréats comprend de nombreux musiciens renommés, mais aussi de jeunes musiciens émergents.  17 labels sont également représentés !" a déclaré Rémy Franck, président du jury. 

Le chef d'orchestre Adam Fischer remporte le Prix pour l’ensemble de sa carrière ; le clarinettiste et chef d'orchestre Martin Fröst est quant à lui désigné artiste de l'année. Le violoniste italien Gennaro Cardaropoli est jeune artiste de l’année et son compatriote Julian Kainrath est lauréat du prix de la découverte. 

Sebastian Androne remporte le prix du compositeur alors que  Château de Versailles Spectacles est le label de l'année. 

Le prix de l'orchestre (Philharmonique du Luxembourg) est attribué au compositeur Francisco Coll. 

Les Special Achievement Awards sont attribués au chef d'orchestre Pierre Cao et au pianiste Michael Korstick. 

Dans les catégories audio et vidéo, 17 productions ont été récompensées. Les lauréats recevront les trophées lors de la cérémonie annuelle de remise des prix qui aura lieu à la Philharmonie de Luxembourg le 21 avril. Cette soirée comprendra également un concert de gala avec la participation d'un certain nombre de lauréats et de l'Orchestre philharmonique du Luxembourg dirigé par Adam Fischer. 

Le concert sera retransmis en direct par la radio publique luxembourgeoise 100.7 et ensuite par les stations de radio du réseau mondial de l'Union européenne de radiodiffusion. 

Charles Dutoit et Martha Argerich à Monte-Carlo

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L'année commence fort à Monte-Carlo avec la venue de Martha Argerich et Charles Dutoit.  Du fait de la situation pandémique, la jauge étant de moitié, une grande partie des mélomanes monégasques et français n'avaient pas pu assister l'année passée à leur concert avec l’OPMC.  Cette venue sur le Rocher est  l'occasion de fêter à Monaco les 85 ans de Charles Dutoit, et les quatre fois vingt ans de la sublime Martha Argerich. 

Charles Dutoit connait les moindres recoins des oeuvres de Maurice Ravel. Il débute le concert avec le Tombeau de Couperin et sous sa direction l'OPMC donne une splendide performance de ce chef-d'œuvre en dentelle et en finesse :  superbes couleurs, un tempo fluide et bien phrasé avec une dynamique soigneusement contrôlée.

Le Concerto pour piano (dit en sol) de Ravel est un des concertos fétiches d'Argerich. Il est à son répertoire depuis des décennies, mais elle l'interprète toujours avec autant de fraîcheur et d'inventivité. Elle pose ses mains sur le clavier et la magie opère. C'est fulgurant. Tout y est. Le feu, l'élégance, le style, l'âme et le cœur. Au pupitre de l’OPMC, Charles Dutoit dirigeait la première monégasque de l’édition révisée Ravel Edition de ce concerto dont la phalange était co-commanditaire aux côtés de l’Orchestre des Champs-Elysées, de l’Orchestre National d’Auvergne et de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse.  

Bernard Foccroulle, perspectives 

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Personnalité majeure de la vie musicale et intellectuelle de notre pays et de l'Europe, Bernard Foccroulle déborde de projets. Alors qu’il vient de faire paraître un album consacré à des œuvres contemporaines, il met une touche finale à une intégrale des partitions pour orgue de l’Espagnol Francisco Correa de Arauxo à paraître ce printemps et à un documentaire sur les orgues à travers l’Europe. Cet entretien est également l’occasion d’échanger sur la situation de la Culture en ces temps pandémiques et de la nécessité de faire revivre les droits culturels si malmenés en cette période. 

Vous venez de faire paraître un album centré sur des œuvres contemporaines de Pascal Dusapin, Jonathan Harvey, Toshio Hosokawa, Betsy Jolas, Thomas Lacôte et vous-même. Comment avez-vous envisagé ce parcours et ces partitions ?  

Cet album rassemble des œuvres que j’ai jouées -et parfois créées- ces trente dernières années. Très occupé par mes responsabilités dans le monde de l’opéra de 1992 à 2018, je n’ai pas pu les enregistrer plus tôt. Mon départ du Festival d’Aix m’a permis de retrouver davantage de temps pour composer et interpréter. Chacune de ces personnalités m’est très chère : j’ai rencontré Betsy Jolas dans les années 1970, et j’ai créé sa première pièce d’orgue au Festival de Royan en 1976. La rencontre avec Jonathan Harvey a eu lieu au début du Festival Ars Musica : c’était l’une des personnalités les plus chaleureuses et inspirantes que j’ai rencontrées ! Pascal Dusapin est devenu un ami proche depuis la création de son opéra  Medeamaterial  à la Monnaie en 1992, et j’ai assisté à pratiquement tous ses opéras depuis lors. J’ai également connu Toshio Hosokawa à travers le monde de l’opéra, et son œuvre porte la marque d’une rencontre fascinante entre Orient et Occident. Thomas Lacôte appartient à une plus jeune génération d’organistes-improvisateurs-compositeurs, et son monde sonore est à la fois singulier et séduisant. Ce parcours de trente ans est donc à la fois un parcours personnel, mais il offre, me semble-t-il, un beau panorama de la musique d’orgue contemporaine.

L’une de vos prochaines parutions sera consacrée au compositeur Francisco Correa de Arauxo. Pourquoi ce choix ? Quelle est la place de ce compositeur dans l’histoire de la composition pour orgue. 

Correa est l’un de mes compositeurs favoris depuis plus de quarante ans. Né en 1584 à Séville où il a vécu la majeure partie de sa vie, il occupe une place de premier rang parmi les organistes-compositeurs ibériques de l’époque baroque. Sa musique est flamboyante, émouvante, expressive, virtuose... Il nous a aussi laissé un traité, la Faculdad Organica, qui est l’un des plus riches de toute cette époque. J’ai beaucoup joué ses Tientos en concert, et j’ai réalisé deux CD il y a une trentaine d’années. Entre-temps, j’ai pu approfondir ma connaissance de la musique instrumentale de cette époque charnière entre Renaissance et Baroque, notamment aux côtés des cornettistes Jean Tubéry et Lambert Colson. Ces trois dernières années, j’ai revisité l’œuvre de Correa avec une émotion et un plaisir encore plus grands, reparcourant l’Espagne pour trouver les orgues historiques les plus proches de son temps. En fait, Correa jouait un orgue flamand à Séville, témoignage de l’excellence de la facture d’orgues de nos régions à cette époque.

Par ailleurs, s’agissant d’un coffret de 4 CD de musique d’orgue, j’ai souhaité éviter une éventuelle monotonie et j’ai associé Lambert Colson et les chanteurs et instrumentistes de l’ensemble InAlto. Cela nous a permis d’enregistrer des œuvres des compositeurs auxquels se réfère Correa dans sa préface : Josquin des Prés, Roland de Lassus, Thomas Crecquillon, Nicolas Gombert, etc. La présence de ces musiciens franco-flamands fait ressortir l’origine vocale de la musique d’orgue, et illustre parfaitement l’incroyable circulation européenne des œuvres et des styles à cette époque.

Eric Aubier, sur les traces du Paris 1900 

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Le trompettiste Eric Aubier met a touche finale à un nouvel album intitulé "Cornet 1900" qui met à l’honneur toute une série d'œuvres et de compositeurs rares liés à la capitale française au tournant du XXe siècle (parution mars 2022). C’est également le premier volume d’une collection que le label Indesens va consacrer à la thématique Paris 1900. Crescendo Magazine rencontre l'un des plus brillants trompettiste de notre époque.   

Votre nouvel album se nomme “Cornet 1900” et il énonce la sonorité duveteuse de l'instrument. Qu’est-ce qui fait la spécificité de cet instrument ?
La sonorité « duveteuse » de l’instrument est due essentiellement à ses caractéristiques de conception. Il s’agit en effet du cornet à pistons. Par rapport à la trompette « classique » qui est essentiellement cylindrique dans sa perce, le cornet est partiellement conique ce qui lui donne cette sonorité plus douce et moins éclatante que la trompette. Le nom de cornet vient du cor, donc petit cor.

En quoi correspond-il à l'esprit et au style de Paris en 1900 ?

Le « décor » 1900 a pour but de résumer une époque historique avec tout ce qui se greffe autour à l’image de l’exposition universelle de 1889 qui a consacré la tour Eiffel, mais aussi avec tout ce qu’apporte le XIXe siècle des « lumières » ! Et bien sûr la musique et ses nouveaux répertoires. 

Notre imaginaire est rempli d’images de cette époque, de films muets que nous avons vus, d’ambiances surannées, de saveurs littéraires que nous avons découvertes par la lecture et aussi des 78 tours que nous avons entendus. Pour notre sujet 1900, c’est principalement l’âge d’or du cornet à pistons ! On peut dire que la grande époque de cet instrument inventé vers 1820 sera le XIXe siècle et la première moitié du XXe. A part Colombo et Arban, tous les compositeurs de cet enregistrement ont 1900 comme axe médian de leur vie.

A l’OSR, le Juan Diego Flórez Show 

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Depuis plusieurs décennies, l’Association genevoise des Amis de l’Orchestre de la Suisse Romande organise un Concert de l’An qui, après le report de la saison dernière, peut, cette fois-ci, se dérouler normalement dans un Victoria Hall comble jusqu’au moindre strapontin. La raison en est assurément la venue de Juan Diego  Flórez, idolâtré par une large partie du public local, qui a la chance de dialoguer avec  Daniel Harding, jouant le jeu d’accompagner la vedette médiatisée.

Pour ma part, j’ai assisté aux débuts du ténor à Pesaro en août 1996 alors qu’il remplaçait au pied levé Bruce Ford dans le rôle de Corradino lors de la première exhumation in loco de Matilde di Shabran. Certes, depuis ce moment-là, se sont écoulées vingt-cinq années d’une carrière sans répit. Le timbre a perdu de son éclat, la coloratura est moins précise, l’émission est entachée de nasalité ; mais le phrasé, inlassablement travaillé, est beaucoup plus expressif qu’à l’époque, tandis que la souriante présence actuelle relègue aux oubliettes la raideur des premiers pas.

Les feux s’ouvrent avec Rossini et l’ouverture d’Il Barbiere di Siviglia dont Daniel Harding assouplit la lecture en cultivant les contrastes d’éclairage et en imprégnant le cantabile d’un pianissimo raffiné, avant de conclure par une stretta ébouriffante. Le chanteur se met au même diapason en jouant de subtiles demi-teintes dans la scena « Deh ! Tu m’assisti amore » extraite d’Il Signor Bruschino et dans « La speranza più soave », la grande aria d’Idreno au second acte de Semiramide, où le coloris se renforce dans la cadenza tout en se fluidifiant dans les passaggi de la cabaletta. L’Orchestre de la Suisse Romande s’attaque ensuite à l’ouverture de Guillaume Tell que le chef conçoit d’abord comme une page de musique de chambre qui met en exergue la musicalité remarquable du violoncelliste solo Léonard Frey-Maibach dialoguant avec les cordes graves ; un pianississimo empreint de mystère s’innerve rapidement d’une énergie frémissante qui provoque un terrifiant orage puis sous-tend le discours du cor anglais ornementé par les flûtes et le final éclatant. Juan Diego Flórez revient en orientant, dès lors, son programme vers les emplois de lirico spinto. Avec une remarquable technique d’appui sur le souffle, il livre, dans un legato souverain, deux pages de Donizetti, le célèbre « Una furtiva lagrima » de L’Elisir d’amore et le tout aussi sublime « Angelo casto e bel » d’Il Duca d’Alba, précédé de son récitatif rongé par le désarroi.

Thibaut Lenaerts, à propos de César Franck

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L’année 2022 est marquée par les célébrations des 200 ans de la naissance de César Franck. Le label Musique en Wallonie (qui fête ses 50 ans) fait paraître un album d'œuvres chorales qui comporte nombre de découvertes. Le Chœur de Chambre de Namur dirigé par  Thibaut Lenaerts est la cheville ouvrière de cet enregistrement primé d’un Millésime de Crescendo Magazine. Nous rencontrons Thibaut Lenaerts pour parler de César Franck et ouvrir au niveau rédactionnel l’année Franck 2022.  

L’album "De l’Autel au Salon" présente des œuvres chorales du compositeur César Franck. C’est un versant trop peu connu  de son legs. Quelles sont les caractéristiques de ces pièces ? 

Certains des motets ont été édités et ont connu un certain succès : on parle ici par exemple du "Domine non secundum" ou du "Dextera" sans parler du célèbre "Panus Angelicus". D’autres sont tombés dans l’oubli car non édités, recopiés à la main et chantés pour une circonstance particulière (les inédits que j’ai retrouvés entres autres à la Bibliothèque Nationale de France). Toutes ces pièces pourtant méritent une meilleure place car elles permettent de découvrir un compositeur de génie mais aussi un musicien touchant et sincère, aussi bien dans la musique religieuse que profane. Au niveau vocal, ce qui frappe c’est que cela "tombe bien" dans la voix, et ce, pour toutes les voix ; c’est très agréable, sans aucune contrainte. Il y a bien quelques tournures harmoniques plus complexes "à la Franck" mais ce dernier se souvenait toujours qu’il composait le plus souvent pour des chorales de paroisse ou des cercles d’amateurs.

Est-ce qu’il y a un style du César Franck “choral”  ? 

Au départ, je ne pensais pas qu’il y avait un style "choral" Franck mais que sa musique s’inscrivait dans cette période de la seconde partie du XIXe où l’on cherche à redynamiser la musique liturgique comme Saint-Saëns ou Fauré, tous issus de la fameuse école Niedermeyer. Au fur et à mesure de l’assemblage du programme, et naturellement lors de l’enregistrement, nous fûmes frappés par la beauté et la puissance de sa musique, aussi bien dans les grands motets que dans les pièces plus intimistes. Tout ceci était bien loin des poncifs et des idées d’un Franck lourd et ennuyeux !

Casse-noisette à Monte-Carlo

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Le Casse-Noisette de Tchaïkovski est à l’affiche des fêtes de fin d’années sur le rocher avec les ballets de Monte-Carlo dans une chorégraphie de Jean-Christophe Maillot. Ce dernier transpose l'histoire de ce grand classique dans l'univers d'une compagnie de danse dont le titre du spectacle le sous-entend: "Casse-Noisette Cie". La chaleur de la maison familiale est remplacée par un studio de danse alors que le plateau est sobre et dépouillé. On est loin de la version originale : pas de Casse-Noisette en bois qui se transforme en prince, mais un cadeau inattendu, un nouveau chorégraphe qui déborde d'inventivité et de créativité et fait découvrir sa vocation : la danse.

On participe au rêve éveillé que vit Jean-Christophe Maillot depuis qu'il a été nommé Chorégraphe-Directeur des Ballets de Monte-Carlo en 1993. Maillot est un des principaux et des plus novateurs chorégraphes de danse moderne. Il développe son langage chorégraphique tant sur les bases de la danse académique que sur les courants néo-classiques. Il y a un échange permanent entre Maillot et ses danseurs. Il met en valeur les qualités individuelles de ses danseurs au sein de mouvements d'ensemble. On bascule dans un monde onirique. Le ballet est une féerie visuelle et Maillot se raconte avec une déclinaison de son amour du cirque, les paillettes, la fête.

Au Palais Garnier, de saisissants Faunes 

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Depuis le début décembre, le Ballet de l’Opéra de Paris a donné simultanément deux productions, Don Quichotte à la Bastille et une Trilogie Ashton /Eyal /Nijinski au Palais Garnier. Mais la nouvelle variante de la pandémie a sévi impitoyablement, provoquant l’annulation de plusieurs représentations de l’ouvrage de Ludwig Minkus, tandis qu’à l’Opéra, elle a décimé les rangs de l’Orchestre de l’Opéra National qui a été obligé de réaliser un enregistrement des trois partitions sous la direction du chef estonien Vello Pähn engagé pour ce spectacle.

Et c’est donc d’une bande-son que l’on entend le pianiste allemand Joseph Moog interpréter en soliste la redoutable Rhapsodie sur un thème de Paganini op.43 de Sergey Rakhmaninov, sur laquelle Frederick Ashton avait échafaudé Rhapsody, son ballet en un acte destiné à fêter les quatre-vingts ans de Queen Mom (la Reine mère Elizabeth). Créé au Royal Opera House de Londres le 4 août 1980, l’ouvrage est entré au répertoire de l’Opéra le 24 octobre 1996. Dans un décor à la Kandinsky et des costumes sobres jouant sur les nuances de bleu dus à Patrick Caulfield, évoluent six filles et six garçons sans être guidés par une trame précise ou un sujet défini. Ils encadrent Myriam Ould-Braham se jouant de figures virtuoses avec une grâce mutine, alors que Marc Moreau, vêtu de rouge et jaune come le joker d’un jeu de société, affiche un sourire moqueur en faisant valoir sa bravoure technique. Et le célèbre Nocturne constituant la dix-huitième Variation saura les réunir en un émouvant pas de deux.

Aux Lausannois ! Réservez donc au ‘Cheval Blanc’ ! 

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« La bonne Auberge du Cheval Blanc, séjour aimable et troublant », clament à tue-tête les pensionnaires de l’hôtel tyrolien. Mais à l’Opéra de Lausanne, la mise en scène de Gilles Rico ne leur laisse pas le temps de souffler, tant elle est émoustillante. Le chromo vétuste, si cher à tant de théâtres de province, passe aux oubliettes. Le décor de Bruno de Lavenère nous entraîne dans un lobby somptueux, jouxtant l’escalier lumineux qui conduit à la chambre n.4 avec balcon donnant sur le lac. L’on se voit au ‘Lido’ ou au ‘Paradis-Latin’ voire même aux ‘Folies-Bergère’, ce que nous confirme la cabane aux vaches, peuplée d’une gentry interlope. Mais tout rentre dans l’ordre au moment où est annoncée la venue de l’Empereur qui descend du ciel dans un zeppelin d’apparat. Mais, ô surprise, le potentat usé par les années de règne cache à peine ses penchants douteux en s’entourant de deux malabars à caleçon doré qui lui font mettre perruque de douairière et déshabillé vaporeux, à tel point qu’un Bistagne désarçonné le prendra pour une vieille folle… Les costumes de Karolina Luisoni brillent par la débauche de coloris qui singularise chacun des clients, cultivant l’exagération avec une rare délectation, tandis que les commis en tenue de groom côtoient les femmes de chambre en body provoquant. Et la chorégraphie de Jean-Philippe Guilois, si inventive dans ses clins d’œil, atteint son point fort dans la scène des nageurs se glissant sur des roulettes pour savourer leur béatitude, alors que les lumières de David Debrinay s’ingénient à plonger les berges du lac dans un monde fantastique peuplé de… yétis repoussants. Continuellement, dans les cintres, paraît le trapèze de Miss Helvetia, la yodleuse, qui se veut la garante du cachet folklorique dans cette opérette de Ralph Benatzky.

Molière et Lully

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Il y a quatre siècles, les cloches de l’Eglise Saint-Eustache sonnent à la volée pour le baptême de Jean-Baptiste Pocquelin, le 15 janvier 1622, lendemain de sa naissance. Dix ans plus tard, celles du Baptistère de Florence chantent la naissance du petit Giambattista Lulli. «Les deux Baptiste», comme les nomme la Marquise de Sévigné, se croisent probablement dans la capitale vers ces années 1660 où un adolescent timide s’apprête à gouverner par lui-même pour devenir «Le plus grand roi du monde» et... aussi «le plus mélomane de l’histoire» (J. de La Gorce).

A cette date, Molière a déjà fait son entrée mouvementée à la Cour. Les tournées en province qui ont succédé à l’échec de L’illustre Théâtre n’ont pas entamé sa volonté de réussir dans le genre tragique; aussi, en dépit de la rivalité avec les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, il choisit de se présenter à la Cour avec une tragédie de Corneille, Nicomède. Mais à la dernière réplique succède un silence glacial... le comédien propose alors en guise de conclusion «l’une de ces petites farces qui ont rencontré quelques succès en province.». Dès les premières répliques du Médecin amoureux, l’assistance hurle de rire, au point d’en faire pleurer le Roi qui alloue aussitôt la salle du Petit Bourbon à la nouvelle troupe, en alternance avec celle de Scaramouche.

 Au même moment, Lulli que tous appellent Baptiste, à l’aube de la trentaine, occupe une place enviable. Entré adolescent au service de la Grande Mademoiselle, le jeune Florentin s’est vite fait remarquer par son caractère enjoué et ses talents multiples. Depuis ce fabuleux Ballet de la Nuit où il danse à côté du Roi, compositeur de la musique instrumentale et auteur de nombreux ballets (Ballet du temps, Psyché, L’Amour Malade, Alcidiane, Ballet de la Raillerie, des Saisons…), il a acquis la nationalité de son pays d’adoption et pris la direction de la Bande des Petits Violons.