Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Mathilde Serraille, bibliothécaire du Melbourne Symphony Orchestra 

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Crescendo-Magazine vous propose des rencontres avec des professionnels des métiers de la musique. Si l’attention se focalise traditionnellement sur les musiciens, l’organisation de la vie musicale nécessite un large panel de métiers. Pour ce premier rendez-vous, nous suivons Mathilde Serraille, bibliothécaire du Melbourne Symphony Orchestra, phalange symphonique des antipodes. 

Qu’est-ce qui vous a motivée à devenir bibliothécaire d’orchestre ? 

Rien ne m’a à proprement parler “motivée” car c’est un métier dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce qu’une amie m’en parle ! Et pourtant je ne pouvais rêver mieux. Enfant, j’adorais les bibliothèques au point de créer des fiches pour les livres de mes propres rayons. Et la musique est une passion qui n’a fait que grandir depuis mes premières notes de harpe à six ans.

Ravie d’étudier à l’Université Lyon 2 en musicologie et au Conservatoire de Lyon en harpe et en culture musicale, j’ai vite été grisée par le bouillonnement intellectuel de ces institutions et l’érudition manifeste de mes enseignants et compagnons. La pratique instrumentale me plaisait mais je n’avais aucun don particulier pour envisager une brillante carrière de harpiste. J’ai donc décidé de devenir professeur d’université. Mais le parcours jusqu’à la thèse (qui d’ailleurs ne garantit pas l’avenir !) est long et j’ai donc cherché à travailler en parallèle de mes études. Après un mémoire consacré au catalogage d’œuvres pour harpe, un CDD de six mois à cataloguer des disques à la bibliothèque du Conservatoire de Lyon, puis un peu de secrétariat au département de musicologie de l’Université  Lyon 2 (et, au passage, la perte de quelques illusions sur le métier d’enseignant), j’ai été embauchée comme assistante-bibliothécaire à l’Orchestre National de Lyon.

Halka de Moniuszko, enfin à Bruxelles

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Moniuszko est de ces compositeurs qui, révérés chez eux, ne sont au mieux que des noms une fois la frontière de leur pays franchie. Aussi, on ne peut que féliciter le festival Midis-Minimes d’avoir choisi -avec l’aide du Ministère polonais de la Culture souhaitant dignement marquer le bicentenaire de la naissance du compositeur- d’accueillir, pour clôturer cet été en beauté, une aussi intéressante que convaincante représentation en concert de la version originale en deux actes de Halka (créée à Vilnius en 1848), un opéra qui n’a cessé de figurer au répertoire des opéras polonais (mais dans sa version en 4 actes retravaillée pour la création varsovienne en 1857).

Une des causes de la méconnaissance de l’oeuvre de Moniuszko est certainement la provenance « périphérique » de celle-ci qui, bien que située en dehors du canon germano-franco-italien, n’est pourtant guère éloignée de ce qui se faisait ailleurs à l’époque en Europe. Quant à l’obstacle de la langue, il suffit de se rappeler -même si la phonétique du polonais n’est pas des plus aisées- qu’on a pris ces dernières années l’habitude d’entendre les opéras de Janáček, Tchaikovsky ou Moussorgsky chantés partout dans la langue originale.

L’OSR en partance pour Santander

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Le 31 août prochain, l’Orchestre de la Suisse Romande et son chef, Jonathan Nott, seront les invités du Festival International de Santander ; en préambule, le programme choisi pour cette occasion a été présenté au Victoria Hall de Genève le mercredi 28 et a débuté par l’un des piliers du répertoire, la Septième Symphonie en la majeur op.92 de Beethoven.

Par de virulents accords aussitôt enlevés, le Poco sostenuto initial joue des contrastes d’éclairage en allégeant les traits de cordes alors que la transition use du rallentando afin de détailler chaque note avant que ne se développe un Vivace exubérant qui évite de surcharger le discours. L’Allegretto qui suit avance avec fluidité en s’appuyant sur la pulsation des graves, tandis que le fugato médian se voile de demi-teintes mélancoliques émanant du cantabile des bois. Le Scherzo est rendu effervescent par le dessin bondissant des archets que les cors élargissent à peine pour chanter en pianissimo le motif religieux du trio. Et le Finale n’est plus qu’une débauche de coloris aveuglants que ponctuent de cinglantes timbales en ce qui pourrait bien être une apothéose de la danse selon la formule wagnérienne.

Salzbourg 2019 : une exploration des mythes !

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Du 20 juillet au 31 août, le festival de Salzbourg présente 199 représentations (opéra, concert, théâtre). Neuf opéras sont à l’affiche, dont cinq nouvelles productions : Idomeneo (Mozart), Médée (Cherubini), Œdipe (Enescu), Orphée aux Enfers (Offenbach) et Simon Boccanegra (Verdi) ; deux reprises : Alcina (Händel) et Salome (R. Strauss) ; et deux en version concert : Adriana Lecouvreur (Cilea) et Luisa Miller (Verdi). Et aussi la production destinée aux enfants : Der Gesang der Zauberinsel (Marius Felix Lange) interprété par les membres du « Young Singers Project ».

Les opéras en version concert sont surtout des attelages de stars, moins alléchants quand la star en question, Anna Netrebko en l’occurrence, déclare forfait pour Adriana Lecouvreur et que le public trouve alors le prix des places (jusqu’à 330 euro) quand même un peu cher !

Quatre des opéras en version scénique étaient inspirés des mythes anciens : Médée, Idomeneo, Orphée aux Enfers et Œdipe. Leurs représentations ne pouvaient être des plus différentes ! Mais Médée, Orphée et Œdipe avaient malheureusement en commun la mauvaise projection du texte français dont il était souvent impossible de comprendre un seul mot !

Sur les bords du Léman, un festival à découvrir : Tannay

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A une quinzaine de kilomètres de Genève, à proximité de Nyon, se situe la charmante commune de Tannay qui a la chance de posséder un château du XVIIe siècle avec un grand parc donnant sur le Lac Léman. Chaque été, depuis dix ans, y est édifiée une vaste tente sur infrastructure métallique pouvant accueillir plus de quatre cents spectateurs, où se déroule un festival de musique de chambre intitulé les Variations Musicales de Tannay sous l’égide de Serge Schmidt, son infatigable président.

Depuis le début de l’aventure, Renaud Capuçon en est l’un des habitués ; pour cette saison, il s’est produit le 20 août avec un ensemble qu’il a formé en février 2018, les Lausanne Soloists, composé d’une vingtaine d’étudiants des classes terminales de la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU).

Mihai Constantinescu, Directeur Général du Festival George Enescu 

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Le Festival George Enescu est l’un des grands événements de vie musicale en Europe. Pendant un mois, Bucarest vit au rythme frénétique de plusieurs concerts par jour avec les plus grands orchestres et les plus grands solistes. Célébrant la figure musicale centrale du compositeur George Enescu, il présente de nombreuses ramifications à travers le pays et passe en revue tous les styles musicaux avec, en particulier, un focus passionnant sur les musiques de notre temps. Alors que le Festival va s’ouvrir le 31 août avec la très symbolique Symphonie n°9 de Beethoven, Crescendo Magazine rencontre Mihai Constantinescu, le Directeur Général du Festival. 

Le programme du Festival est intitulé “Le Monde en Harmonie” ; pouvez-vous nous expliquer ce choix de thème ? 

Ce thème est directement inspiré par Enescu. Il disait que la musique avait un but sacré, celui d’unir les âmes. J’ai l’impression que nous vivons dans un monde plus dichotomique et segmenté que jamais. Sur la scène du Festival, plus de 50 nationalités, sans distinction de couleur, de sexe, de préférences ou de croyances, travaillent ensemble dans un but commun. L’orchestre est donc une métaphore du monde fonctionnel dans lequel nous aimerions vivre : collaboratif, inspiré, dans un acte artistique unitaire. En quelque sorte, nous pouvons observer le monde en harmonie à travers le Festival. Cela peut être une source d’inspiration, une occasion de réflexion et, pourquoi pas, d’orientations pour agir.

Norbert Gertsch, directeur éditorial chez G.Henle Verlag 

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Dans le milieu de l’édition musicale, l’éditeur allemand Henle est une référence connue des musiciens professionnels pour la qualité de ses parutions Urtext. Fondée il y a plus de 70 ans, cette maison d’édition peut s'enorgueillir d’un savoir-faire unique par son approche scientifique des textes musicaux, compétence toujours inégalée qui fait de chaque parution un événement. Crescendo Magazine s’entretient avec Norbert Gertsch, Deputy Managing Director qui assure la direction du programme éditorial de G.Henle Verlag 

Henle Verlag est l'un des principaux acteurs de l'édition musicale. C'est aussi un éditeur “historique” avec plus de 70 ans au service de l'excellence éditoriale. Comment avez-vous perpétué cet héritage?

En fait, Henle est l'un des jeunes éditeurs de musique classique. Il faut nous mettre en perspective avec d’autres éditeurs : Breitkopf & Härtel célèbre cette année ses 300 ans, Schott Music célèbrera ses 250 ans en 2020 quant aux Éditions Peters, elles sont dans le business de l’édition musicale depuis plus de 200 ans. Lorsque Günter Henle a fondé la maison d'édition en 1948, il poursuivait d'abord et avant tout un objectif : les éditions Urtext. C'était une énorme opportunité parce que les méthodes d'éditions scientifiques pour la musique imprimée n'avaient pas été exploitées à grande échelle. C'était un territoire en grande partie inexploré et les musiciens étaient évidemment impatients qu'il le remplisse le plus tôt possible. Les éditions Urtext de G. Henle Verlag ont aussitôt été une réussite ! Les fondations de cette qualité éditoriale résident dans un travail extrêmement fastidieux ; ce qui fait que le développement des projets nous demande généralement plusieurs années. Il a fallu des décennies pour remplir le catalogue et, même aujourd'hui, nous sommes toujours en train de publier des grands chefs d'œuvre. Il suffit de penser à l’édition des Quatuors à cordes de Mozart dont deux volumes sont déjà sortis et deux autres sont en préparation. Actuellement, il nous manque encore quelques concertos importants: les Concertos pour Piano de Tchaïkovski et Liszt, et le Concerto pour violoncelle de Dvorák, pour n'en citer que quelques-uns. Ainsi, pour répondre à votre question à propos de notre héritage : nous continuons à travailler au plus haut niveau de qualité pour publier des éditions critiques avec les critères d’une excellence scientifique optimisée pour l’interprétation.

A Sion, le génie de la violoniste Patricia Kopatchinskaja

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Située dans le canton du Valais, la ville de Sion est l’une des capitales suisses du violon. Le mérite en revient au Hongrois Tibor Varga qui s’y installa en 1963 pour fonder une académie d’été, un festival et un concours international en 1967. Depuis sept ans, c’est toutefois un vent de fantaisie slave qui souffle sur le Sion Festival depuis que le violoniste Pavel Vernikov en a pris la direction artistique. 

Dans une programmation qui laisse une large place à des projets originaux, deux vedettes de l’école musicale « russe » créaient l’événement lors du week-end inaugural du Sion Festival. Originaire de Moldavie, la violoniste Patricia Kopatchinskaja est une fidèle du public helvétique puisqu’elle habite Berne depuis de nombreuses années et possède la double nationalité autrichienne et suisse. Aux côtés de la pianiste Polina Leschenko, la musicienne aux pieds nus sidère par son incroyable liberté interprétative.  Sous l’archet de son Pressenda de 1834, les Impressions d’enfance d’Enesco apparaissent comme un torrentueux livre d’images, tour à tour impressionnistes et modernistes (on songe parfois à Messiaen). Annonçant le nom des mouvements d’une voix gourmande, la violoniste moldave prend tellement de risques rhapsodiques qu’on remarque à peine le jeu franc et direct de sa consoeur pianiste. Même fascination pour la Sonate n°2 de Ravel (dont Enesco tenait la partie de violon à la création en 1927) que Kopatchinskaja réinvente sous nos yeux. Pas de poursuite hédoniste du beau son, au contraire, la violoniste se tient constamment sur un fil fragile et fantomatique. Avec un jeu aussi imprévisible, le célèbre Blues central prendra des couleurs de Far West et de jazz manouche. Kopatchinskaja tente beaucoup, ne réussit pas tout mais impressionne par une inventivité de tous les instants. 

A Pesaro, le génie de Rossini est l’atout majeur

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En ce mois d’août 2019, le Rossini Opera Festival (ROF) présente sa 40 édition, car les deux premiers spectacles, La Gazza ladra et L’Inganno felice, ont été affichés à partir du 28 août 1980. Pour ma part, j’ai eu la chance de prendre part à vingt-cinq saisons consécutives ; s’il fallait tirer un bilan, je dois constater que le niveau musical et vocal s’est considérablement amélioré grâce à l’apport constant des jeunes artistes formés à l’Accademia Rossiniana, alors que les mises en scène partent dangereusement à la dérive, comme partout !

Le cru 2019 n’échappe pas à la règle, preuve en est donnée par la nouvelle production de Semiramide confiée à Graham Vick. Depuis août 2003, donc depuis seize ans, l’ouvrage n’a pas été repris par le festival. Au cours de la dernière décennie, le metteur en scène britannique y a donné des lectures décapantes de Mosè in Egitto et de Guillaume Tell qui ont divisé le public et la critique. Dans des décors et costumes de Stuart Nunn et des éclairages de Giuseppe Di Iorio, cette Semiramide provoque nombre de réactions négatives.

 Vive la fantaisie ! Avec Fabien Girard, administrateur du Sion Festival en Suisse

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Il existe de nombreux festivals de musique classique en Suisse. Comment le Sion Festival se différencie-t-il dans le paysage estival ? 

Le Sion Festival est un petit festival mais très dynamique. Le festival a été créé en 1964 par Tibor Varga, qui s’était installé à Sion. Notre « patte » artistique, c’est vraiment Pavel Vernikov, le directeur artistique depuis 7 ans, qui l’apporte. Il amène non seulement ses compétences sur le violon mais également une ouverture sur toutes les disciplines. Lors des précédentes éditions, nous avons travaillé avec des clowns, de la danse, de la vidéo. Nous imaginons aussi des concerts cross-over qui plaisent énormément au public. L’esprit Vernikov, c’est une certaine originalité, une fantaisie à la russe. 

Quels sont les grands rendez-vous de cette édition 2019, qui s’achève le 1er septembre ?

Grâce à Pavel, nous accueillerons de grandes vedettes du violon, comme Patricia Kopatchinskaja en ouverture. Des stars comme Gidon Kremer reviennent chaque année à Sion avec des projets extrêmement originaux. A son niveau de carrière, il est réjouissant de constater que Kremer n’a rien perdu de son esprit créatif ! Il donnera le 29 août un concert Weinberg avec un film de Kirill Serebrennikov, le célèbre réalisateur russe. Nous recevrons également les 12 Violoncelles du Philharmonique de Berlin (27 août) et le Klangforum Wien qui donnera Frankentein !! de HKGrüber (21 août). La fantaisie dont je vous parlais, c’est d’oser amener ces projets au public sédunois qui répond de façon toujours très positive, ce qui est extrêmement gratifiant pour nous.