Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

L’Orchestre National commence bien la saison

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Pour son concert d’ouverture de la saison 2019-2020 au Palais des Beaux-Arts, le Belgian National Orchestra -après que l’intendant Hans Waege eut dans une brève allocation trilingue eut mis en avant les objectifs et les ambitions de la formation pour cette nouvelle saison, la troisième de son directeur musical Hugh Wolff- et son chef titulaire se produisirent  dans un programme intelligemment concocté et donnant aux musiciens de la formation bruxelloise de nombreuses occasions de se mettre en évidence.

Le choix de Go, Solo n° 1 pour orchestre de Pascal Dusapin -compositeur que Bozar et la Monnaie mettront particulièrement en évidence cette saison- en guise de pièce d’ouverture s’avéra particulièrement réussi. Cette oeuvre, espèce de mini-concerto pour orchestre, fait entendre une musique dense, sans concessions, et exige de tous les musiciens une virtuosité tant individuelle que collective. On pointera l’engagement de chaque pupitre (on pense aux belles interventions des cuivres ou à l’incantation du violon solo) et la qualité de son -pleine et nourrie- obtenue par le chef.

Benvenuto Cellini ouvre la saison des 250 ans de l’Opéra Royal de Versailles

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Benvenuto Cellini de Hector Berlioz, présenté en version de concert, était l’une des productions les plus remarquées du Festival Berlioz qui fêtait le 150e anniversaire de sa mort. La production est passée par Allemagne et le Royaume-Uni avant d’arriver à l’Opéra Royal de Versailles le 8 septembre dernier. Berlioz à Versailles ? Pour un théâtre plutôt spécialisé dans la musique baroque, la présence de cette œuvre est quelque peu surprenante, bien que La Damnation de Faust y ait déjà été à l’affiche. Mais il y a bien une raison à cette programmation. L’opéra a été présenté dans un magnifique décor de Pierre-Luc-Charles Ciceri (1782-1868), peintre et décorateur de théâtre, auteur de nombreux décors spectaculaires pour La Muette de Portici d'Auber, Robert le Diable et Le Prophète de Meyerbeer, Guillaume Tell de Rossini ou encore Hernani de Victor Hugo (lors de la fameuse bataille) et bien d’autres opéras et théâtres. Datant de 1837, récemment restaurée, la toile peinte du « Palais de marbre rehaussé d’or » et ses châssis ont été construits à l’occasion de la création, la même année, du musée de l’Histoire de la France par le roi Louis-Philippe au Château de Versailles. Il s’agit de l’un des seuls décors de grande dimension de cette époque conservés tels quels ; il est spécialement remonté pour quelques semaines seulement. Berlioz a très certainement dirigé un concert sur la même scène, le dimanche 29 octobre 1848, devant ces splendides éléments à perspective renforcée.

Des Puritains entre fer et chair

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Tout respire la grâce chez Bellini. Des orbes pures, un legato qui chavire, des modulations moirées…une seule dynamique : celle de la courbe. Pourtant, c’est à travers une carcasse anguleuse pivotant sur tournette que l’on assistera à l’affrontement entre partisans de Cromwell et royalistes Stuarts d’un côté et aux déchirements amoureux entre Elvira et Arturo de l’autre. Ce procédé informatique appelé « rendu fil de fer » en trois dimensions date des années soixante. Il consiste à ne représenter que les seuls vecteurs d’une structure. On pense à des arêtes de poisson ou des squelettes. Or cette modélisation (reprise d’une précédente production) entre en conflit avec le galbe, le charnu, l’émotion de la substance musicale ; pire, elle ne présente -par définition- pas de surface et n’implique donc aucune dimension intérieure. C’est doublement fâcheux : l’expression des sentiments constitue en effet le socle même du belcanto ; le contraste entre le fracas des armes et le chant des déchirements intimes recèle par ailleurs l’un des plus puissants ressort d’I Puritani.  

Semyon Bychkov, à propos de Tchaïkovski 

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Le chef d’orchestre Semyon Bychkov fait paraître un coffret consacré à l’intégrale des symphonies, des concertos et d’oeuvres symphoniques de Tchaïkovski (Decca). Enregistré au pupitre de la Philharmonie tchèque de Prague ce box est l’un des événement éditoriaux de l’année. Par sa hauteur de vue et l’intelligence du propos, ce coffret s’impose comme une pierre angulaire de la discographie. Entre les dates d’un agenda chargé qui l’a vu triompher aux BBC Proms de Londres et au Festival de Bayreuth, Semyon Bychkov répond aux questions de Crescendo-Magazine  

Quelle est pour vous la place de Tchaïkovski dans l’histoire de la musique ? Est-ce qu’il vous apparaît comme un révolutionnaire ?  

Je ne pense pas que Tchaïkovski soit un révolutionnaire ! C’est un peu comme “comparer” Beethoven et Mozart. Tout compositeur doit créer son univers ! Beethoven inventait son monde sonore à partir de moyens complètements novateurs alors que Mozart poussait à l’extrême les procédés compositionnels de son temps. Dans les deux cas, ils ont composé des chefs d’oeuvre absolus ! Tchaïkovski est pour moi plus proche d’une évolution des procédés existants que d’un disrupteur beethovénien ! 

Pour revenir à sa place dans l’histoire de la musique, Tchaïkovski était le premier compositeur véritablement professionnel en Russie. Grâce au mécénat de Nadejda von Meck, il a pu abandonner l’enseignement pour se consacrer pleinement à la musique. N’oublions pas que ses contemporains, aussi talentueux qu’ils pouvaient être, exerçaient un métier en parallèle de leurs activités de compositeurs : Borodine était chimiste, Cui était officier et Moussorgsky fut également militaire. De plus, Tchaïkovski a reçu a également reçu une éducation musicale très professionnelle et il avait une approche très exigeante de son métier. Alors qu’il était jeune, il passait ses étés à composer des fugues, au titre d’exercice, qu’il envoyait à Rimsky-Korsakov pour recueillir son avis ! Par ces aspects Tchaïkovski poussait son professionnalisme à l’extrême ! 

La place de Tchaïkovski dans l’Histoire de la musique parle d’elle-même ! Il a été incroyablement populaire de son vivant et il reste, plus d’un siècle après sa mort, comme l’un des compositeurs préférés du public. C’est un signe qui ne trompe pas ! Tchaïkovski parle à nos sens et à notre intellect, ce qui lui garantit une place majeure dans la postérité. 

Céline Moinet, hautboïste 

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Céline Moinet est hautboïste solo du légendaire Orchestre de la Staatskapelle de Dresde. Issue de l’école française de l’instrument, l’une des plus réputée au monde, elle fait paraître un nouvel album (Berlin Classics) consacré à des oeuvres avec orchestre de Jean-Sébastien Bach.

Après différents albums fort appréciés, dont un superbe disque dédié à Schumann (Berlin Classics), qu’est-ce qui vous a porté vers l’enregistrement d’oeuvres de Bach ? 

Ce sont des oeuvres qui ont bercé mon enfance. Elles ont insufflé mon amour pour cet instrument. Enfant, j’empruntais à la bibliothèque municipale du Vieux Lille une cassette audio avec le Concerto pour hautbois de Marcello. Le deuxième mouvement est bien connu du grand public et a été ornementé au clavecin par Jean-Sébastien Bach. J’ai beaucoup tenu à enregistrer cette pièce pour mon premier disque avec orchestre. 

Comment avez-vous conçu le programme de ce disque qui mêle les concertos pour hautbois et des sinfonias de cantates qui mettent l’accent sur le hautbois ? 

Le hautbois est très présent dans la musique de JS Bach, il tient un rôle très particulier dans ses cantates. J’ai choisi certaines sinfonias ainsi que les reconstructions de concertos qui se prêtaient le mieux à mon instrument. Le mouvement lent du Concerto en ré mineur est tiré directement de la Cantate “Ich steh mit einem fuß im grabe” BVW 156, bien connu du grand public.

Le Septembre Musical de Montreux à l’heure russe

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A une dizaine de kilomètres de Montreux, sur les bords du Lac Léman, se dresse le Château de Chillon, forteresse médiévale du XIIe siècle érigée sur un îlot rocheux. Et c’est dans l’une des salles d’entrée rénovée, à l’acoustique remarquable, que le Festival a décidé d’organiser le récital du pianiste moscovite Boris Berezovsky.

Inclassable par l’originalité de son jeu et l’éclectisme de ses programmes, il modifie celui du 4 septembre comportant des pages de Balakirev, Lyadov et Scriabine en un diptyque Scriabine-Rachmaninov. Du premier cité, il fait découvrir la période médiane en présentant deux ouvrages de 1903, les Deux Poèmes op.32, passant d’une fluidité évanescente à une aspérité abrupte sous laquelle se perd la ligne mélodique, puis la Quatrième Sonate en fa dièse majeur op.30 qui est irradiée par d’étranges clartés qu’un trille balaie afin de permettre la brusque émergence du prestissimo volando, élaboré sans recourir démesurément à la pédale de sonorité. A la période 1906-1908 se rattachent l’impalpable Fragilité op.51 n.1, les Deux Pièces op.57 (Désir construit sur un crescendo expressif et la fugace Caresse dansée) et la superbe Sonate n.5 en fa dièse majeur op.53, rugissante dans ses basses telluriques jusqu’à l’avènement d’un Presto con allegrezza qui arrache tout sur son passage. Et ce volet s’achève par les Trois Etudes op.65 de 1912, travaillant sur les sonorités à partir d’intervalles de neuvième, de septième et de quinte.

Festival de Salzbourg : mythe et variation

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Dans son exploration des mythes, le festival de Salzbourg ne s’est pas limité au grand répertoire dramatique et lyrique avec des œuvres comme Médée de Cherubini ou Œdipe d’Enescu. Il y a bien sûr aussi Jacques Offenbach qui s’est laissé inspirer par le monde antique. Et puisqu’en 2019, on commémore son 200e anniversaire, son opéra-bouffe Orphée aux Enfers était programmé dans une mise en scène du metteur en scène australien Barrie Kosky, directeur du Komische Oper Berlin, un artiste d’une grande imagination et d’une belle virtuosité. On avait annoncé la version originale en français avec les dialogues parlés en allemand. Finalement, tous les dialogues étaient confiés à l’acteur Max Hopp qui interprétait aussi le rôle de John Styx. Max Hopp a rempli cette tâche avec une grande et admirable virtuosité mais le public devait être aux aguets pour suivre le tourbillon imaginé par Barrie Kosky.

A Montreux, deux jeunes loups à l’assaut de l’hégémonie tsariste

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A Montreux, la 74e édition du Septembre Musical voit arriver aux commandes un nouveau directeur, Mischa Damev, qui succède à Tobias Richter après treize ans de bons et loyaux services. Les trois premiers concerts sont confiés à l’Orchestre du Théâtre Mariinsky et à son infatigable chef titulaire et directeur artistique, Valery Gergiev. 

Le premier concert du dimanche 1er septembre était consacré à deux piliers de leur répertoire, Prokofiev et Tchaïkovski. Il faut relever d’abord que cet orchestre comprenant plus de cent instrumentistes répand son imposante sonorité bien plus naturellement dans une aussi vaste salle que l’Auditorium Stravinsky, alors qu’il se sent compressé au Victoria Hall de Genève. 

Le concert symphonique est-il l’avenir de la musique ? 

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L’association allemande des orchestres a publié les chiffres de l’évolution de la fréquentation des concerts symphoniques. Le nombre de spectateurs est passé de 5,9 à 7 millions entre 2000/2001 et 2016/2017 ! Pendant ce temps, les spectateurs “live” de l’opéra ont baissé de 4,7 millions à 3,8 millions. Si bien évidemment, il faut ajouter à ces chiffres ceux qui suivent des retransmissions dans les cinémas ou en VOD, ces résultats étonnent ! 

Pendant longtemps, le concert symphonique faisait un peu figure de malade, victime de l’érosion et du non renouvellement des publics alors que l’opéra par son côté spectacle total parvenait à garder son public traditionnel et à charmer de nouvelles générations. 

Certes en Allemagne, pays temple des relectures avant-gardistes, le côté répétitif et souvent déjà vu de mises en scènes souvent gratuitement provocantes au détriment de la musique, a pu fâcher jusqu’aux tranches les plus fidèles du public. 

Philippe Graffin, violoniste explorateur du répertoire 

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Le violoniste Philippe Graffin est un infatigable explorateur du répertoire violonistique. Déjà fort d’une discographie portée par une exemplaire curiosité, il vient d’enregistrer la Sonate n°7 d’Ysaÿe, redécouverte majeure qu’il emmène à travers la Belgique, en particulier au Festival Ysaÿe’s Knokke qui se déroulera au milieu de ce mois de septembre avant un concert à Liège, ville natale du musicien. 

Vous avez redécouvert la Sonate n°7, sonate pour violon opus posthume d’Eugène Ysaÿe. Comment avez-vous mis la main sur cette partition ? 

Cette œuvre dormait dans un cahier qui contient des esquisses de diverses sonates de l’opus 27 ainsi que d’autres œuvres, notamment la Sonate pour violoncelle seul op 28. Après la mort d’Ysaÿe, il a été entre les mains de l’un de ses proches, le violoniste Philip Newman et, après la mort de celui-ci, il est devenu la propriété de la violoniste belge Josette Lavergne. Au décès de cette dernière, ce cahier ainsi que nombre de documents ont été légués à la bibliothèque du Koninklijk Conservatorium Brussel. Ils m’ont invité à regarder ce document et nous nous sommes rendu compte qu’il contenait non pas une esquisse mais un véritable “premier jet” de trois mouvements qui constituaient une sonate. C’était supposé être la sixième, elle est donc aussi dédiée au violoniste espagnol Manuel Quiroga. Mais visiblement, Ysaÿe a trouvé qu’il devait écrire quelque chose en mi majeur, comme la dernière Partita du cycle de Bach ; il a ainsi abandonné cette sonate et écrit tout autre chose. J’ai terminé l’œuvre mais il n’y manquait pas grand-chose dans le dernier mouvement. C’est vraiment une belle œuvre d’Ysaÿe, importante, et je ne comprends pas, alors que le manuscrit a appartenu si longtemps à des violonistes, que nous n’en ayons pas entendu parler plus tôt !