Quintettes de Boccherini par La Ritirata : une plaisante réjouissance 

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Fandango. Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette à cordes n° 73 en si bémol majeur op. 39 n° 1, G 337, « pour deux violons, alto, violoncelle et contrebasse obligée » ; n° 77 en ré majeur, op. 40 n° 2, G 341 « Fandango » ; n° 12 en ré majeur op. 11 n° 6, G 276 « L’Uccelliera » ; n° 60 en do majeur, op. 30 n° 6, G 324 « Musica notturna delle strade di Madrid ». La Ritirata, direction Josetxu Obregón. 2023. Notice en anglais, en français, en allemand et en espagnol. 58’ 35’’. Glossa GCD 923110.

Brillants débuts de Joshua Weilerstein à la direction musicale de l’Orchestre national de Lille

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En ce début de la saison, l’Orchestre national de Lille ouvre une nouvelle ère avec le jeune chef américain Joshua Weilerstein, fraîchement nommé au poste de directeur musical en succédant Alexandre Bloch. Dans les premiers concerts de son mandat, il marque d’emblée son empreinte, en dirigeant le Concerto n° 2 de Liszt avec Alexandre Kantorow et la 5e Symphonie de Mahler. 

Dans la première partie, Alexandre Kantorow incarne l’esprit de Liszt. Son jeu combine éclat et lyrisme, notamment dans des passages étincelants de petites notes rapides qui filent comme des flèches. Dans un duo presque intime avec le violoncelle solo, ils tissent ensemble une berceuse délicate, portée par des cordes discrètes mais envoûtantes. En guise de bis, Kantorow offre une saisissante interprétation de Der Müller und der Bach, extrait de La Belle Meunière de Schubert, empreinte de poésie mélancolique laissant transparaître le désespoir violent du héros. 

Les mélomanes sont plongés dans une véritable forêt mahlérienne en ce mois de septembre, avec plusieurs orchestres de renom qui explorent les œuvres du compositeur viennois. L’Orchestre de Paris a ouvert le bal avec sa Première Symphonie sous la baguette de Klaus Mäkelä, suivi de la Troisième par l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Jukka-Pekka Saraste. À Toulouse, c’est la Deuxième Symphonie qui a été dirigée par Tarmo Peltokoski, L’Ensemble Intercontemporain a donné en création mondiale une Quatrième Symphonie vue par Michael Jarrell. À Monte Carlo aussi, Kazuki Yamada a pris les rênes de la Troisième. Face à cette profusion, Joshua Weilerstein réussit à imposer une lecture saisissante de la Cinquième Symphonie de Mahler, qui marque les esprits.

Roger Muraro et les Années de pèlerinage de Franz Liszt 

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Le pianiste Roger Muraro fait paraître chez Alpha une intégrale du cycle les Années de pèlerinage de Liszt. Toute nouvelle parution de cette somme, monument du répertoire pianistique, est un événement d’autant plus qu’ici, elle se déploie sous les doigts de l'un des artistes les plus considérables de notre temps qui a déjà marqué la discographie par ses intégrales Ravel et Messiaen.  

Les Années de pèlerinage de Liszt, c’est une sorte d’Everest du répertoire pianistique. Une partition à la fois magistrale, mais certainement intimidante pour le pianiste. Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer, à ce stade de votre développement artistique, ce monument ?

Je n'ai jamais eu le sentiment d'une performance en travaillant, en jouant les Années de pèlerinage. Ce n'est pas une sorte d'Everest. Le pianiste s'installe pour raconter l'histoire d'une vie, la description et le ressenti face à la nature splendide, la quête de soi-même, les amours, les  découvertes littéraires et picturales. Voilà ce que nous dit l'œuvre : c'est la vie tout entière de Franz Liszt ; 50 années d'aventures, de recherches, un parcours qui n'a pas d'équivalent sous cette forme. En jouant cette œuvre, c'est un peu le parcours de ma vie que je refais ; peut-être suis-je plus réceptif aux beautés et aux tourments qu'a traversés Franz Liszt ?

Je présume qu’un tel enregistrement, c’est une longue préparation en amont avec des concerts. Comment avez-vous préparé cet enregistrement ?  

La difficulté majeure réside dans l'organisation du travail de cette œuvre qui dure environ 2 h 45'. La première chose est de lire les poètes, Senancour, Byron, Pétrarque, Dante, pour les réflexions qu'ils provoquent avec leurs images parfois simples ou sombres, parfois complexes ; la peinture des Italiens nous révèle la beauté, le calme et l'effroi..., toutes ces œuvres osent poser de grandes questions qui ont inspiré Franz Liszt. Cela nous rappelle que le compositeur a toujours eu besoin d'un support littéraire, pictural ou d'une nature orageuse ou bucolique qui provoquaient chez lui le désir de les évoquer, de les traduire en sons, en émotions, en trouvailles pianistiques. Sa musique est tout un programme, celui de sa vie.

 Est-ce que d’avoir enregistré et interprété à de nombreuses reprises les grands cycles pianistiques de Messiaen vous a aidé à aborder ces Années de pèlerinage

Il n'est pas facile de répondre à cette question. La musique de Messiaen constitue un univers à part. Dès la première note de ses Préludes tout est dit. La croyance est à la source de sa foi. Le mystère est lumière pour lui, les miracles existent. J'ai toujours joué Messiaen à la manière d'un tableau vivant, mais avec une foi s'appuyant sur d'autres mystères. J'entre dans le langage de Messiaen, je me sens un personnage de son tableau, sauf peut-être pour le premier des Vingt regards sur l'Enfant Jésus... Comment être le Père ?? Heureusement, il y a plusieurs manières d'approcher l'œuvre. Messiaen lui-même jouait sa musique très librement, comme un romantique parfois ! Avec Franz Liszt, le message est plus mystique, ésotérique, plus libre peut-être, d'une spiritualité différente.  Liszt est plus interrogatif, mais je n'écarte pas sa séduction, son désir de livrer sa générosité. Sa virtuosité ? C'est sa générosité, certainement pas une démonstration assez vulgaire. Il livre son cœur avec ses débordements.

Il me semble que l’un des défis majeurs de ce cycle est de conserver une cohérence à travers des morceaux bigarrés, contrastés de ton et souvent très narratifs dans leur programme et leurs développements musicaux ? Partagez-vous cet avis ? Quels ont été pour vous les défis musicaux à relever ? 

Quand vous marchez dans la campagne, quand vous parlez à bâtons rompus avec un être aimé, quand vous contemplez une œuvre qui inspire un commentaire, qui révèle une émotion, vous ne faites rien de plus que vivre, vous épanouir. C'est cela les Années de pèlerinage ; je ne me pose pas la question d'une cohérence fictive, c'est la vie voilà tout. Quant aux défis de ces Années, ils ne résident pas plus dans les difficultés techniques que dans la plus petite des pièces, celle qui semble anodine et qu'il faut rendre avec son parfum particulier ; cette petite fleur entre 2 abîmes est essentielle.

Ronsard en perspectives avec Denis Raisin Dadre

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Cette année marque l’anniversaire des 500 ans de la naissance de Pierre de Ronsard. Il va de soi que les poèmes de cet immense homme de lettre ont été une inépuisable source d’inspiration pour les compositeurs. Alpha sort un double album anniversaire avec des chansons de la Renaissance et des mélodies des XIXe et XXe siècles. Crescendo Magazine est heureux de s'entretenir avec  Denis Raisin Dadre, cheville ouvrière de la première partie avec son ensemble Doulce Mémoire.  

Ronsard et la musique, c’est un vaste sujet comme en témoigne ce double album. Comment avez-vous sélectionné les œuvres présentes sur cet album ? 

Plutôt que de faire un choix dans les 400 mises en musique de Ronsard au XVIe, j'ai tout simplement sélectionné les poésies qui avaient été le plus souvent mises en musique, les tubes en sorte !

Vous avez sélectionné 4 poèmes qui sont mis en musique par différents musiciens. Comment rendre musicalement les similitudes et les différences entre ces différentes versions sur base d’un même texte ? 

Je n'avais pas à intervenir, ce sont les compositeurs qui ont réagi de façon différente sur les mêmes textes, il suffisait de respecter leurs mises en musique ainsi Anthoine de Bertrand est beaucoup plus dans l'illustration des affects du texte qu'un compositeur comme Goudimel.

Entre les chansons, il y a des improvisations au Luth de Bor Zuljan. Pourquoi cet intermède purement musical ? 

D'abord Ronsard fait sans arrêt appel à son luth, j'aime le luth ennemi du souci, écrit- il et puis ces courts intermèdes sont nécessaires comme respirations entre les pièces vocales qui n'ont pas vocation à s'enchaîner.

Musique de chambre de Johanna Senfter, « la meilleure élève » de Max Reger 

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Johanna Senfter (1879-1961) : Quatuor avec piano en mi mineur op. 11 ; Sonate en ré majeur pour clarinette, alto, cor et piano op. 37 ; Trio en sol majeur pour clarinette, cor et piano op. 103 ; Quintette en si bémol majeur pour clarinette et quatuor à cordes op. 119 ; Sonate en la majeur pour clarinette et piano op. 57 ; Petit Trio facile pour violon, violoncelle et piano op. 134. Else Ensemble. 2021/23. Notice en allemand et en anglais. 129’ 47’’. Un album de deux CD CPO 555 495-2.

L’ouverture de saison de l’Orchestre de la Suisse Romande  

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Pour son ouverture de la saison 2024-2025, l’OSR fait appel au chef russe Tugan Sokhiev qui a été à la fois le directeur musical du Théâtre Bolchoï de Moscou et de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse. Son programme juxtapose Ravel, Saint-Saëns et Rimsky-Korsakov et est présenté pour deux soirs à Genève, pour un seul, à Lausanne. 

Comme souvent au cours de ces derniers mois, le premier concert de Genève donne l’impression d’être la répétition générale de celui que le Théâtre de Beaulieu à Lausanne affiché le 3 octobre. Il faut dire aussi qu’en cette salle reconstruite récemment, la sonorité d’ensemble a une spatialité bien plus fascinante que le manque d’ampleur étriqué produit au Victoria Hall. Et la première page figurant au programme, l’Alborada del Gracioso de Maurice Ravel orchestrée par lui-même en 1918, bénéficie, le deuxième soir, d’un fini au niveau du phrasé qui pallie les errances d’intonation de la veille. Judicieusement, le chef accentue la pulsation dans un tempo moderato qui permet au basson goguenard de livrer ses épanchements lyriques sous les fenêtres d’une belle bien cruelle qui les tourne en dérision. 

Martha Argerich, l’Orchestre de Rotterdam et Lahav Shani enthousiasmants entre Europe et Amérique

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C’est un programme annoncé « autour du thème de l’exil » qui nous était proposé, avec trois œuvres (qui obéissaient au traditionnel triptyque ouverture-concerto-symphonie) de trois siècles différents, dans un ordre chronologique inversé : l’ouverture Con Spirito de Joey Roukens (2024), le Troisième Concerto pour piano de Béla Bartók (1945) et la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák (1893). Mais en réalité, de ces trois compositeurs, seul le second a réellement été exilé, quand il a dû fuir, la mort dans l’âme, l’Europe pour les États-Unis en 1940. Le premier, né en 1982, n’a pas été confronté au déracinement. Et si le troisième a, en effet, émigré aux États-Unis, c’était un choix professionnel ; il n’y est resté que trois ans, et a pu finir sa vie, confortablement, dans sa Bohème natale.

Il n’en demeure pas moins que nous avons entendu trois œuvres de compositeurs européens qui sont directement liées à la musique américaine.

Con Spirito est une ouverture pour orchestre, d’une douzaine de minutes, commandée par l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam à leur jeune compatriote Joey Roukens. Créée l’avant-veille, elle est, au moins implicitement, un hommage au grand compositeur américain Leonard Bernstein. Avec d’irrésistibles réminiscences jazz, latino et balinaises, elle fait la part belle aux cuivres et aux percussions. Il y a bien quelques moments qui évoquent une atmosphère inquiète, mais la pièce est, dans son ensemble, particulièrement vitaminée. 

Lahav Shani est directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam depuis 2018 (il avait alors vingt-neuf ans -le plus jeune de l’histoire de cet orchestre à ce poste). Il le dirige autant par ses déhanchements qu’avec les bras ! Et le résultat est formidable : l’orchestre est libéré, avec des plans sonores très équilibrés, et sonne avec une plénitude réjouissante. 

L'alto en miroir avec Amihai Grosz

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William Walton (1902-1983) : Concerto pour alto (version révisée de 1962) ; Bohuslav Martinů (1890-1959) : Rhapsody-Concerto pour alto et orchestre. Amihai Grosz, alto ; Berliner Philharmoniker, direction : Sir Simon Rattle, Matthias Pintscher.  2017 et 2023. Livret en anglais et allemand. BPHR 24049