Malgorzata Wasiucionek et Sylwia Michalik : deux musiciennes de talent, un très beau duo

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Georges Enesco (1881-1955) : Sonate pour  piano et violon N° 3 « dans le caractère populaire roumain », Op. 25 (1926) ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Cinq mélodies pour violon et piano, Op. 35 bis (1925) ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Mythes. Trois poèmes pour violon et piano, Op. 30 (1915). Malgorzata Wasiucionek  (violon), Sylwia Michalik (piano). 2020-DDD- 57’43-Textes de présentation en polonais et anglais-DUX 1629

Voir et revoir : quelques streamings en temps de confinement et de couvre-feu 

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 Crescendo-Magazine vous propose une sélection de quelques beaux concerts ou documentaires à voir ou revoir. Pour cette première sélection hebdomadaire cap sur Lille pour un superbe concert de l’Orchestre national de Lille sous la direction d’Alexandre Bloch. Au programme le Concerto pour orgue et orchestre avec de Thierry Escaich et la Symphonie d’Ernest Chausson. 

L’orchestre national de Lille poursuit ses explorations de la musique française avec un concert consacré à Parade d’Erik Satie et aux Forains d’Henri Sauguet. Le chef d’orchestre  Timothy Brock sera au pupitre avec la complicité de l’illustrateur Grégoire Pont pour ce concert à destination des petits (dès 8 ans) et des grands. C’est à voir dès samedi 23 janvier à 16h. 

 On reste avec de la musique française mais un axe Paris-Tokyo. L’Orchestre philharmonique de Luxembourg dirigé par Kazuki Yamada propose le superbe How Slow the Wind de Tōru Takemitsu, la Petite suite de Claude Debussy  (dans l’orchestration d’Henri Büsser) et le Concerto pour piano (dit en sol) de Maurice Ravel avec Pierre-Laurent Aimard. 

Les lauréats 2021 des International Classical Musics Awards 

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Le jury des International Classical Music Awards (ICMA) a annoncé aujourd'hui les prix pour 2021.

La soprano allemande Edita Gruberova reçoit le prix pour l'ensemble de son œuvre. Le chef d'orchestre espagnol Pablo Heras-Casado est nommé Artiste de l'année, le pianiste turc Can Cakmur est nommé Jeune artiste de l'année.

Le prix de la découverte est décerné à la violoniste allemande Maya Wichert, âgée de 14 ans.

Berliner Philharmoniker Recordings est le label de l'année. Un prix spécial est décerné à Drazen Domjanic, directeur général du Sinfonieorchester Liechtenstein ainsi que fondateur et directeur de l'Académie internationale de musique du Liechtenstein, et au violoniste Ingolf Turban.

Le Sinfonieorchester Liechtenstein rend hommage au violoniste  franco-belge Marc Bouchkov et au violoncelliste Kian Soltani en leur décernant le prix de l'orchestre.

Dans les catégories audio et vidéo, 18 productions sont récompensées.Parmi les artistes qui se produisent sur les productions audio et vidéo primées figurent
- les instrumentistes Kristian Bezuidenhout, Lucas Debargue, Alban Gerhardt, Kirill Gerstein, Franziska Pietsch, Beatrice Rana, Svjatoslav Richter, Josu de Solaun
- les chanteurs Stéphane Degout, Jodie Devos, Sabine Devieilhe, Sophie Junker, Emonela Jaho, Edgaras Montvidas
- chefs d'orchestre Thomas Adès, Riccardo Chailly, Pablo Heras-Casado, Dmitry Kitajenko, Louis Langrée, Andrea Marcon, Kirill Petrenko, Ivan Repusic, Jukka-Pekka Saraste, François-Xavier Roth
- ensembles Ensemble Diderot, Ensemble Huelgas, Orchestre baroque de Venise
- Berliner Philharmoniker, Freiburger Barockorchester, Lucerne Festival Orchestra, Münchner Rundfunkorchester, Les Siècles, WDR Sinfonieorchester

Le président du Jury Rémy Franck, et le secrétaire général, Nicola Cattò déclarent : "en 2020, le jury de l'ICMA -  composé de 20 médias issus de de 16 pays - a pu choisir des nominations parmi un grand nombre desparutions. Ainsi, le jury des ICMA est à nouveau en mesure de présenter une liste internationale exceptionnelle de gagnants, avec des productions de 17 labels issus de 8 pays différents. Cela prouve une fois de plus que le jury de l'ICMA a une vision globale du marché et qu'il décerne ses prix annuels aux labels et aux musiciens du monde entier qui ont fait preuve de performances exceptionnelles dans leur domaine spécifique. On nous a souvent dit que les prix ICMA sont très importants et précieux pour l'industrie ainsi que pour les interprètes. Nous sommes heureux de pouvoir contribuer à rendre populaires des enregistrements exceptionnels, surtout en ces temps difficiles où la vie musicale a tant souffert".

En tant que média culturel francophone basé en Belgique, Crescendo Magazine très heureux de la place qu'occupe notre pays dans le palmarès avec de beaux lauréats comme le violoniste Marc Bouchkov,  Paul van Nevel et son Huelgas Ensemble pour un album édité par Cyprès, la soprano Sophie Junker, ou Jodie Devos, jeune artiste des ICMA 2015, qui est primée pour sa participation à l’enregistrement du Timbre d’Argent de Camille Saint-Saëns (Bru Zane) avec Les Siècles et François-Xavier Roth en résidence à Tourcoing à quelques encablures de la frontière belge.  

Nous vous invitons à découvrir la liste des lauréats 2021 des ICMA.

Ronald Brautigam, pianiste de perspectives

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Le pianiste néerlandais Ronald Brautigam est l’un des musiciens les plus considérables de notre temps. Au piano ou au pianoforte, il a gravé des intégrales des oeuvres de Haydn, Mozart, Beethoven qui sont des références incontournables tant pour leurs qualités musicales que pour les perspectives ouvertes par ses interprétations. Alors que son fidèle label Bis réédite en coffret son intégrale des concertos pour piano de Mozart, ce musicien qui fourmille de projets, répond à nos questions.

Le label Bis réédite votre intégrale des concertos de Mozart avec la Kölner Akademie et le chef d'orchestre Michael Alexander Willens dans un généreux coffret. Cet ensemble a été enregistré sur plusieurs années. Quels regards portez-vous aujourd'hui sur cette intégrale ? 

Comme pour tous les enregistrements, ce sont des réflexions sur la façon dont je jouais au moment de l'enregistrement. Il s'écoule généralement au moins un an entre l'enregistrement et la sortie d'un album, et vos réflexions sur la musique ne cessent d'évoluer et de changer. Ce n’est peut-être pas immédiatement perceptible pour les auditeurs dans leur ensemble, mais pour moi, je  réécoute ces enregistrements plus anciens avec un certain sens de “trépidation”. C'est particulièrement vrai pour un ensemble complet qui a été enregistré sur plusieurs années.  Mais là encore, un enregistrement n'est qu'un moment figé dans le temps, jamais une interprétation parfaite. Artur Schnabel a mis le doigt sur le problème lorsqu'il a dit "Je ne suis attiré que par la musique qui peut être améliorée à chaque interprétation”

L'enregistrement de l'intégrale des concertos pour piano est-il un défi pour un pianiste ? 

Enregistrer avec un orchestre est beaucoup plus difficile que d'enregistrer en solo. Comme le résultat final dépend de nombreux musiciens, on ne sait jamais quelle prise sera finalement utilisée et donc il est indispensable d'être super-concentré tout le temps. Lorsque j'enregistre seul, deux ou trois prises sont nécessaires mais avec un orchestre, il faut évidemment beaucoup plus de prises pour s'assurer que chaque partie est bien couverte. Comme nous enregistrions habituellement un disque à la fois, nous avions suffisamment de temps pour préparer correctement le répertoire. Bien sûr, se plonger dans les tout premiers concertos a été toute une belle aventure, d'autant plus qu'ils ont réellement été pensés par Mozart pour un clavecin. C’est un instrument que je ne peux jouer avec ma formation de pianiste moderne.

Furtwängler, un mystère de la musique

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Crescendo Magazine publie cette semaine deux articles sur le légendaire Wilhelm Furtwängler.

Misère du chef d'orchestre ! cela devrait être un art, et c'est une exhibition, une comédie... Wilhelm Furtwängler, 1926, Carnets, Ed. Georg.

Le 30 novembre 1954, à Baden-Baden, s'éteint Wilhelm Furtwängler, l'un des plus grands musiciens de notre siècle. Quarante ans après, il demeure étonnamment présent.

Ses enregistrements figurent toujours aux catalogues, pris et repris sous tous les labels, des "majors" aux "pirates" ; ses écrits sont publiés ; son nom cité comme une référence. Pourquoi ? D'autres chefs de sa génération ont marqué de leur génie l'interprétation musicale : Toscanini, Walter, Mengelberg, pour évoquer les plus connus... D'autres interprètes ont parlé haut et fort ou ont écrit : Ansermet, Celibidache. Alors pourquoi Furtwängler représente-t-il un pôle si attractif ? Pourquoi, par-delà les chapelles, les écoles, les tendances nationales, est-il l'archétype du chef d'orchestre et plus encore du musicien interprète ? Voilà bien un mystère que nous n'avons pas la prétention de percer, mais seulement d'approcher, livrant au lecteur les contours d'une vie, d'un style, d'un caractère aussi, lui permettant de cerner ce qui constitue un destin assez exceptionnel, et peut-être de s'interroger sur ce qu'est la musique.

Vuillermoz, dans son histoire de la musique et parlant de Beethoven, remarquait que le public s'attendait à une vie aux détours compliqués vécue par un homme simple, alors que les vies sont souvent banales et les hommes -les âmes- complexes. Furtwängler n'échappe pas à ce trait. Sa vie, son "cursus", est une succession d'épisodes où la volonté personnelle le dispute à l'incidence des événements du monde, et ils furent parfois tragiques, mais, au fond, n'a rien d'extraordinaire, s'il n'y avait au premier plan un être très compliqué, bourré de contradictions, qui s'efforça toute sa vie, et par-delà les contingences, de mettre en pratique des aspirations très profondes et qu'il voulait universelles.

Il y crut toute sa vie durant, gardant le plus souvent par-devers lui -ses carnets les plus intimes ne furent publiés que bien après sa mort- ce qui à ses yeux constituait l'essentiel : l'art au service de l'homme, l'interprète au service de l'art, médiateur entre ce qu'il y a d'éternel dans l'oeuvre d'art et ce qu'il y a de divin en chacun de nous. Peut-être, au soir de sa vie, s'aperçut-il du côté trop idéaliste et illusoire d'une telle démarche, mais pour constater que, s'il y avait divorce, les torts étaient à la charge d'une époque consommatrice de stars (qu'aurait-il pensé aujourd'hui ?) et plus préoccupée de matérialisme que d'idéal artistique. L'homme était dans le siècle, mais ce siècle n'était plus le sien. Il préféra disparaître, presque discrètement, pour ne pas avoir à compromettre. Sans se rendre compte que légion étaient ceux, alors comme aujourd'hui, et sans doute comme demain, qui avaient un besoin de se reconnaître dans cette attitude, de s'identifier à cette démarche esthétique.

Furtwängler compositeur

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Crescendo Magazine publie cette semaine deux articles sur le légendaire Wilhelm Furtwängler, seconde étape Furtwängler comme compositeur.

Un parcours paradoxal

"Je tiens à dire que j'ai commencé comme compositeur bien avant de diriger, et toute ma vie je me suis considéré comme un compositeur qui dirige mais jamais comme un d'orchestre".

Cette profession de foi de Wilhelm Furtwängler illustre bien la place que tenait dans sa vie son activité de créateur. Celle-ci se trouvera favorisée par des dispositions précoces. En effet, il compose son opus 1 à l'âge de 7 ans. A douze ans, alors qu'il a déjà écrit des pièces pour piano, des Lieder et des oeuvres de musique de chambre, il achève La première nuit de Walpurgis pour chanteurs solistes, deux choeurs et orchestre. Deux ans plus tard, en 1900, le compositeur Josef Rheinberger lui enseigne les règles du contrepoint ; puis c'est enfin Max Von Schillings qui achèvera la formation musicale du jeune compositeur. De la musique de chambre, des essais symphoniques et des oeuvres vocales constituent ainsi l'essentiel de sa production de jeunesse qui s'achève en 1909 avec l'imposant Te Deum pour chanteurs solistes, choeur et orchestre. A cette date, Furtwängler alors âgé de 23 ans délaisse quelque peu la composition au profit de la direction d'orchestre, pour entreprendre le parcours légendaire que l'on connaît. Singulièrement, ce sont des "nécessités alimentaires" qui l'orientent dans cette voie. Il confessera en ce sens : "La direction d'orchestre a été le refuge qui m'a sauvé la vie car j'étais sur le point de périr compositeur".

Son activité au pupitre qui s'intensifie jusqu'au début des années '30 ne lui interdit pas quelques incursions dans le domaine de la composition puisqu'on peut relever une allusion au futur Quintette avec piano en ut majeur dans une lettre qu'il écrit en 1915. En outre, le Concerto symphonique pour piano et orchestre en si mineur est très vraisemblablement en gestation dans les années '20. Quoi qu'il en soit, dès 1932, Furtwängler se remet au travail avec assiduité. Une des périodes les plus difficiles de sa vie commence alors, au moment où le nouveau régime se met en place en Allemagne. En 1935, le compositeur achève son Quintette avec piano. A cette date, ayant démissionné de ses fonctions par hostilité contre les autorités nazies, il compose sa Première sonate pour violon et piano en ré mineur, négligeant ainsi ses oeuvres de jeunesse. C'est donc à 49 ans que Furtwängler entame une nouvelle période créatrice, assurément la plus significative. Il termine la première version de son Concerto symphonique pour piano et orchestre en 1936 et écrit sa Deuxième sonate pour violon et piano en ré majeur trois ans plus tard. Dès lors, c'est exclusivement le répertoire symphonique qu'il abordera, des années de guerre jusqu'à sa mort. Il achève sa Première symphonie en si mineur en 1941, et entame en 1943 l'élaboration de la suivante. Il y travaille lorsque Himmler le soupçonne d'avoir été complice de l'attentat contre Hitler en juillet 1944. Furtwängler se réfugie en Suisse en 1945 pour y achever l'orchestration de sa Deuxième Symphonie en mi mineur. Agé de 60 ans, il commence alors à concevoir sa Troisième Symphonie en Ut dièse mineur, en 1946. Les quatre mouvements sont terminés en 1953. Mais lorsque le compositeur s'éteint le 30 novembre 1954, s'il a pu mettre un terme à la seconde version du Concerto symphonique, il n'a pas parachevé l'allegro assai final de son ultime symphonie.

Les Contes d'Hoffmann à Barcelone

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Avec le Teatro Real de Madrid, le Liceu est une des rares maisons d'opéra qui survivent à l'actuelle débâcle. Au dernier mois de décembre, plusieurs représentations de “La Traviata” ont dû être annulées suite à des restrictions gouvernementales drastiques. La direction, ayant fait valoir les efforts techniques et d'organisation mis en pratique pour assurer une sécurité maximale de spectateurs et artistes, a finalement obtenu l'autorisation de continuer leur saison. « Les Contes d'Hoffmann » mis en scène en 2012 par l'équipe de Laurent Pelly retrouvent ici une distribution de haut vol, mais surtout une volonté de survie et de dépassement des difficultés qui frappe le spectateur. L'orchestre, mené de main de maître par Riccardo Frizza, élégant et souple à souhait dans l'accompagnement, chaleureux et structuré dans les parties instrumentales, joue avec un tel degré de concentration qui se met au niveau des plus grands ensembles du moment. C'est vrai que cette phalange suit ces dernières années un mouvement ascendant, mais c'est un plaisir de l'entendre à ce niveau et nous réconforte quant aux menaces qui guettent actuellement les activités culturelles. Car le formidable réservoir de mémoire qui constitue un orchestre et, a fortiori, une maison d'opéra, sont des éléments que les responsables de la culture devraient tenir bien présents lorsqu'ils se fourvoient dans la gestion des problèmes urgents, oubliant que l'art et la culture nous définissent en tant qu'êtres humains.

Alexandre Kantorow en récital à Monte-Carlo

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C'est avec plaisir qu'on retrouve le pianiste Alexandre Kantorow en récital à Monte-Carlo. Nous l'avions découvert en 2018 au Festival de Menton et depuis son palmarès s’est étoffé et impressionne pour ses 22 ans.  Il a été choisi cette année comme "artiste en résidence" de la saison de l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo et il est invité à  un récital et pour deux concerts avec l'orchestre.

Alexandre Kantorow est un merveilleux pianiste toujours à la recherche de la perfection et il possède un tempérament de feu. Pour son premier récital monégasque, il nous propose un programme passionnant de virtuosité et de sensibilité.

Brahms est un de ses compositeurs favoris et le concert commence avec les 4 Ballades op.10. Dès le début, il nous emmène au coeur de la partition avec énergie et clarté. Il anime ces légendes mystérieuses avec beaucoup de nuances et d'émotions. On est conquis par son interprétation habitée, mystique et ardente.