A Genève, Jonathan Nott et le XXe siècle  

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Pour la série ‘R comme Romande mais aussi Rareté’, Jonathan Nott consacre le programme du 16 mars de l’Orchestre de la Suisse Romande à trois œuvres majeures du XXe siècle. Il décide surtout d’en juxtaposer deux que l’on a souvent rapprochées, Le Sacre du Printemps, datant de l’hiver 1912-1913, et Arcana qu’Edgar Varèse composa entre 1926 et le printemps de 1927.

Du célèbre ballet d’Igor Stravinsky qui est devenu aujourd’hui un classique, il conçoit l’Introduction comme une longue improvisation menée par le basson dans l’aigu permettant aux bois de développer librement leur couplets. Pour la Danse des adolescentes, il recherche la précision du trait tout en accusant la pesanteur des accords dans les parties de cordes. Les Rondes printanières, le Jeu des cités rivales sont de véritables orgies sonores  tourbillonnant jusqu’à l’entrée des cuivres hiératiques qui accompagnent le Cortège du Sage. Puis une tenue en pianissimo imprégnée de mystère est engloutie par le presto sauvage de la Danse de la Terre. L’Introduction de la seconde partie paraît trop présente en nous privant d’une connotation envoûtante que finira par nous restituer le dialogue des cordes avec les trompettes en sourdines. Sur le pizzicato des violoncelles et contrebasses s’appuyant sur la percussion surgit la Glorification de l’élue. Le rallentando permettant l’Evocation des ancêtres est rapidement zébré par les stridences de la trompette propulsant la Danse sacrale, d’un fauvisme extrême par ses traits à l’arraché.

100 % Stravinsky avec François-Xavier Roth et Isabelle Faust

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Après Chalon-sur-Saône, avant Nîmes, Barcelone, puis Arras, Les Siècles proposent à Dijon leur concert Stravinsky 100%, avec Isabelle Faust, évidemment sous la direction du fondateur de l’orchestre, François Xavier Roth, que l’on ne présente plus. Berliozien émérite, il illustre avec bonheur le plus large répertoire, symphonique et lyrique, son récent Pelléas en témoigne (« Une grande réussite », écrit Philippe Cassard).

Sans surprise, le généreux programme nous offre tour à tour la 2e suite de l’Oiseau de feu, le Concerto pour violon et le Sacre du printemps. Les deux premières œuvres (et,  les Trois pièces pour quatuor) feront l’objet d’une captation.

Du ballet de Fokine, d’après un conte traditionnel, Stravinsky tira plusieurs suites d’orchestre. Il y a deux ans, David Grimal et ses Dissonances, hélas congédiées de Dijon, nous donnaient la version ultime de cet Oiseau de feu. La deuxième, que nous écoutons, de 1919, est la plus diffusée. L’introduction, très retenue, feutrée, mystérieuse et sourde, irisée, comme la magie sont au rendez-vous. La vie prodigieuse de l’oiseau de feu, aérienne, d’une rare liberté, ses variations nous ravissent. La grâce de la ronde des princesses, avec son merveilleux hautbois, la farouche danse infernale de Katschei, tellurique comme transparente, tout est admirable. Toujours la direction est claire, ménageant des équilibres subtils, incisive, percutante, faisant chanter les lignes. La berceuse, enchaînée magistralement, revêt des couleurs chaudes. Enfin la spectaculaire progression du final nous emporte. La réussite est magistrale.

Symphonies de la famille Bach élargie, dont quatre premières mondiales

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Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Symphonie pour cordes et basse continue en ré majeur BR-WFB C Inc. 1. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Symphonies en mi bémol majeur et en do majeur pour cordes et basse continue ; Symphonie en mi mineur pour cordes et basse continue Wq 177. Johann Christoph Friedrich Bach (1732-1795) : Symphonie en ré mineur. Johann Ernst Bach (1722-1777) : Symphonie en si majeur pour cordes, deux bassons et basse continue BR-JEB C 1. Johann Ludwig Bach (1677-1731) : Concerto en ré majeur pour deux violons, deux hautbois, cordes et basse continue. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Sinfonia en ré majeur pour violon, deux hautbois, deux trompettes, timbales, cordes et basse continue BWV 1045. Berliner Barock Solisten, direction Reinhard Goebel. 2021. Notice en allemand et en anglais. 63.37. Hänssler Classic HC21029.

La lyrique amoureuse de Francesco Rasi, déployée autour de son principal recueil poétique

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La Cetra di sette corde. Francesco Rasi (1574-1621) : madrigaux et arias. Giovanni De Macque (c1550-1614) : Canzona Seconda. Giovanni Battista Ferrini (c1600-1674) : Ballo di Mantova. Giovanni Giacomo Kaspberger (c1580-1651) : Toccata Seconda. Girolamo Frescobaldi (1583-1643) : Canzonetta detta La Trombocina. Ascanio Maione (c1570-1627) : Toccata Quarta. Anonymes : Aria di Fiorenza ; Aria di Romanesca. Riccardo Pisani, ténor. Ensemble Arte Musica. Chiara Granata, harpe. Giovanni Bellini, théorbe, guitare. Silvia De Maria, viole de gambe, lirone. Francesco Cera, clavecin et direction. Juillet 2020. Livret en anglais, français, italien ; paroles en italien et traduction bilingue. TT 68’27. Arcana A492

Intégrale du clavier à quatre mains de Dussek

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Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Grande Ouverture en ut majeur Op. 32 ; Fugues en ré majeur, sol mineur, fa majeur Op. 64 ; Sonates en ut majeur, fa majeur, si bémol majeur Op. 67 ; Duo à quatre mains en ut majeur « Grande Sonate » Op. 48. Duo Pleyel : Alexandra Nepomnyashchaya, Richard Egarr, piano. Livret en anglais. Février 2019. TT 79’52. Linn CKD 642

« Lucilin Extended », un concert expérientiel

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Depuis 22 ans, United Instruments of Lucilin s’impose de plus en plus comme un passage obligé dans le domaine de la musique de création au Luxembourg -un territoire à la superficie restreinte, mais habile à exploiter des ressources limitées. En particulier, l’ensemble, spécialisé dans la création et l’exécution d’œuvres du 20e et 21e siècles, promeut l’innovation et la recherche dans la performance scénique et instrumentale : de là l’« Extended » de ce soir, dédié à des pièces mises sur pied par des compositeurs qui n’arrêtent pas leur travail d’écriture aux notes posées sur la partition, à des artistes qui manifestent une volonté (parfois farouche) à pousser l’expérience un pas plus loin, qui aiment et veulent outrepasser les potentiels des mondes sonores défrichés, par un détournement d’usage des instruments connus, par l’adjonction de technologies électriques (énergie ! énergie !) à une acoustique ravissante mais parfois convenue, par un entrechoc de médias destiné à bouleverser les sens -et parfois ça marche, et parfois ça fait flop ; le risque est le parfum de plaisir de l’exercice.

Au programme de ce concert fouineur, sept pièces récentes (écrites entre 2013 et 2021), de commande ou pas, toutes données pour la première fois à la Philharmonie Luxembourg -si l’on ne compte pas la diffusion en live-stream Phil Live Doheem du 31 juillet 2020, qui héberge la première de l’œuvre de Jessie Marino (New York). YjQzljv1uFQ – For Toshi Makihara est pilotée par trois percussionnistes dont les mains, filmées à la verticale et retransmises sur grand écran, frappent directement la membrane de la timbale (illuminée de blanc, de bleu, de rose, de mauve…), claquent entre elles ou se font des pichenettes résonnantes, manipulent des triangles -et pour le final, une mailloche-, tous mouvements qui composent une chorégraphie, au visuel en l’espèce plus remarquable que le son lui-même. C’est aussi le cas de The Game of the Century, court morceau basé sur la partie d’échecs de 1956 entre Donald Byrne (un des champions de l’époque) et Bobby Fischer, épique et hors du commun (Fischer a 13 ans et amène Byrne à l’échec et mat après une série hallucinante de sacrifices), pour lequel Connor Shafran (Américain établi à Cologne) resserre le temps comme dans une course-poursuite et s’adresse lui aussi d’abord aux yeux, concentrés sur les mains des joueurs : ce sont les déplacements précipités des pièces sur le plateau, alliés aux claquements des boutons de l’horloge mécanique et à l’occasion complétés par le tambourinement des doigts sur le plateau de jeu, qui créent l’étroit monde sonore, sec et rythmé, de ce court morceau.

Passions exacerbées à Berlin : Francesca da Rimini de Zandonai 

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Riccardo Zandonai (1883-1942) : Francesca da Rimini, tragédie en quatre actes. Sara Jakubiak (Francesca), Jonathan Tetelman (Paolo il Bello), Ivan Inverardi (Giovanni Sciancato, nommé Gianciotto), Charles Workman (Malatestino dall’Occhio), Alexandra Hutton (Samaritana), Samuel Dale Johnson (Ostasio), Meechot Marrero (Biancofiore), Amira Elmadfa (Smaragdi), etc. Chœurs et Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction Carlo Rizzi. 2021. Notice et synopsis en anglais et en allemand. Sous-titres en italien, anglais, allemand, français, japonais et coréen. 140.00. Un DVD Naxos 2.110711. Aussi disponible en Blu Ray. 

Bach au luth par Jakob Lindberg : tact et castimonie

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Bach on the Rauwolf lute. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude en ré mineur BWV 999 ; Suite en fa majeur BWV 1006a ; [arrgmt J. Lindberg] : Fugue, Largo BWV 1005 ; Suite en ut majeur BWV 1007 ; Sonate en sol mineur BWV 1001 ; Chaconne en ré mineur BWV 1002. Jakob Lindberg, luth. Livret en anglais, allemand, français. Septembre 2020. TT 87’59.  BIS 2552

Musiques en parallèles avec Oriana  Masternak et Justyna Danczowska

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PARALLELS. Wolfgang Amadeus Mozart (1756 - 1791) : Sonate en Sol Majeur pour piano et violon, KV 301/293a (1778) ; Maurice Ravel (1875 - 1937) : Sonate posthume pour Violon et Piano (1897) ;  Józef Elsner (1769 - 1854) : Sonata in F Major op. 10 No. 1 pour piano et violon (1805) ;  Karol Szymanowski (1882 - 1937) Danse du ballet „Harnasie” pour violon et piano (1932) ;  Aleksander Tansman (1897 - 1986) :  Cinq pièces pour violon avec accompagnement de piano ou de petit orchestre (1930) : Toccata. Chanson et Boîte à Musique, Mouvement perpétuel, Aria, Basso ostinato.  Oriana  Masternak, violon ;  Justyna Danczowska, piano. 2021. Livret en polonais et anglais. DUX 1719.