La Filarmonica della Scala à la Philharmonie de Paris: Vengerov enchante, Chailly déçoit

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Venus à Paris pour un unique concert à la Philharmonie, l’orchestre et le chef milanais avaient concocté un programme composé de deux oeuvres seulement, mais très exigeantes tant pour le soliste que pour l’orchestre.

Dès le premières mesures du Nocturne qui ouvre le Concerto pour violon n° 1 de Chostakovitch, l’impression que donnait Maxim Vengerov était celle d’une concentration totale, alors que, les yeux mi-clos, il déployait la ligne mélodique avec un sens de la cantilène et un lyrisme qui allait infailliblement au coeur de la musique. Dans le diabolique Scherzo, Vengerov opta par moments pour un son plus cru tout en montrant une sensibilité d’écorché vif, déchaîné dans l’épisode central dont -servi par une maîtrise technique hallucinante- il fit ressortir ce sentiment de danger et de folle prise de risques, avant de saisir à la perfection le côté klezmer parodique et grinçant.

Décès de notre rédacteur Bruno Peeters

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Crescendo Magazine est bouleversé par le décès de Bruno Peeters. Collaborateur historique de notre revue puis de notre site, Bruno était aussi érudit que passionné. Immense connaisseur de la musique française, en particulier de l’opéra français du XIXe siècle, Bruno était toujours en quête d’une rareté ou d’une redécouverte qu’il partageait avec enthousiasme dans les colonnes de Crescendo Magazine. Sa grande culture et la virtuosité de sa plume nous manqueront terriblement. Crescendo Magazine pense très fort à Véronique son épouse et à ses enfants.       

L’hommage à Basquiat à la Fondation Louis Vuitton

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Présenté en clôture de l’exposition Jean-Michel Basquiat, ce concert de l’Ensemble intercontemporain associait grands maîtres américains (Cage, Crumb), jeunes compositeurs installés à Paris (Robin, Dessner) et la création mondiale d’une pièce pour trois trompettes du directeur musical de l’ensemble, Matthias Pintscher.

Skull de ce dernier se veut un hommage à Basquiat (le « crâne » étant une figure omniprésente chez le peintre américain). On repère bien un tâchisme instrumental, un travail de spatialisation à la manière de la superficie d’une toile, et une volonté d’accumulation expressive, mais Skull s’apparente avant tout à une œuvre de commande au modernisme apaisé, utilisant les sourdines des trompettes (Lucas Lipari-Mayer, Gustav Melander, Clément Saunier) avec beaucoup de goût dans un discours très élégant et architecturé. Oublions rapidement les 7 Haikus de John Cage interprétés par le valeureux pianiste Hideki Nagano. De l’aveu de Basquiat, le groupe de noise auquel il appartenait faisait de la musique inspirée par John Cage, c’est-à-dire « de la musique qui n’[était] pas vraiment de la musique ». On ne saurait donner tort aux propos de l’artiste new-yorkais, tant on ne sait quand commencent ni finissent ces piécettes au bord du néant. Seule reste l’idée de performance artistique, et la probable envie d’épater le bourgeois.

Un Richard Strauss historique avec Kempe

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Richard STRAUSS (1864-1949) : Daphné. Gottlob FRICK (basse), Helena ROTT (contralto), Gudrun WUESTEMANN (soprano), Werner LIEBING (ténor), Helmut SCNINDLER (ténor), Chor der Staatsoper Dresden, Staatskapelle Dresden, dir. : Rudolf KEMPE. ADD–2018–74’ 26’’ et 45’ 17’’–Textes de présentation en anglais et en allemand–Profil/Hänssler PH07038

JoAnn Falletta, cheffe d’orchestre à la curiosité sans frontières

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La Maestra JoAnn Falletta est une exploratrice musicale, aimant découvrir et enregistrer des partitions tombées dans l’oubli. Avec ses fidèles musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Buffallo, elle a gravé pour la firme Naxos l’un des plus épatants panoramas de la musique orchestrale. L’ensemble compose l’un des legs les plus indispensables de notre époque et se doit d’être un modèle d’intelligence et d’inspiration pour les jeunes générations de musiciens. Alors qu’elle dirige au Concertgebouw d’Amsterdam un exigeant programme qui associe littérature et musique contemporaine, elle répond aux questions de Crescendo Magazine.  

Quand on regarde votre discographie, on est impressionné devant son amplitude. Vous avez enregistré un incroyable panorama de la musique orchestrale avec des oeuvres de Respighi, Novák, Glière, Schmitt, Holst, Schreker .... Comment avez-vous découvert ces partitions, car certaines sont des raretés absolues?

Le répertoire "moins connu" m'a toujours intéressée. J’ai cet attrait depuis ma jeunesse mais cette attirance s’est renforcée au moment où suis devenue directrice musicale du Womens Philharmonic. Notre mission au Womens Philharmonic était de jouer des musiques inconnues composées par des femmes (que ce soient des oeuvres du passé ou des oeuvres de notre temps). J'ai dû faire beaucoup de recherches sur le répertoire -de Hildegard von Bingen aux premières mondiales des femmes contemporaines. J'aimais découvrir de nouvelles partitions ou des trésors injustement tombés dans l’oubli. Cet appétit de trouver des œuvres inhabituelles a été ravivé lorsque Klaus Hermann, le fondateur du label Naxos, a invité l’Orchestre Philharmonique de Buffalo à devenir l'un de ses orchestres réguliers pour des d'enregistrements. Bien sûr, Klaus ne voulait pas ré-enregistrer les piliers du répertoire. Il m'a mise au défi de trouver des partitions qui seraient des joyaux à découvrir. J'ai décidé de me concentrer sur la musique européenne post-romantique tardive. Je me suis mise à regarder partout, je lisais d'innombrables livres et articles et j’écoutais tout ce que je pouvais trouver ! La recherche des musiques injustement négligées est devenue pour moi une force directrice dans ma vie musicale. L'orchestre et moi-même nous sommes sentis très privilégiés de pouvoir enregistrer ces raretés et de les présenter aux mélomanes du monde entier.

La violoniste Steinbacher amoureuse de Richard Strauss

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Richard Strauss (1864-1949) : concerto pour violon et orchestre en ré mineur, op. 7 ; Romanze ; Little Scherzino, op. 3 n°4 ; Zueignung, op. 10 n°1 ; Traum durch die Dämmerung, op. 29 n°1 ; Cäcilie, op. 27 n°2 ; Wiegenlied, op. 41 n°1 ; From "Arabella" : "Aber der Richtige...". Arabella Steinbacher, violon, WDR Symphony Orchestra, Lawrence Foster, direction. SACD-2018-Notice en anglais et allemand. 60'35". Pentatone PTC 5186 653.

Beethoven Labyrinthus : Nouveau spectacle du Centre de Musique de chambre de Paris

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Un nouveau concept de la musique classique qui réinvente les formes de concerts

Le Centre de Musique de Chambre de Paris, créé à l’initiative du violoncelliste Jérôme Pernoo et inauguré en novembre 2015, vise à promouvoir la musique de chambre et les jeunes interprètes professionnels. Les musiciens, qui sont à l’aube de leur carrière professionnelle et, pour la plupart, encore étudiants, se voient offrir des occasions de se produire dans des conditions extrêmement formatrices : jouer sans partition les œuvres-clés du répertoire dans un spectacle-concert avec mise en espace, ce qui nécessite des coordinations bien rodées. Le même spectacle, sous forme de récits en musique, est présenté à la Salle Cortot à Paris (quartier général du Centre) chaque jeudi, vendredi et samedi à 21 heures pendant trois semaines consécutives soit neuf fois. Ces représentations -car ce sont de véritables représentations- sont précédées de préparations intensives non seulement de l’interprétation mais aussi d’approfondissement du contexte historique et artistique, pour que chaque musicien puisse entrer en immersion totale dans l’univers de l’œuvre et du compositeur. En première partie de ces spectacles, on peut entendre à 19 heures 30 un concert court (45 mn environ) concentré soit sur une seule œuvre, soit sur un seul compositeur. Entre les deux concerts, « freshly composed », un séance de dix minutes pour une ou plusieurs pièces de musique de chambre écrites par un(e) (très) jeune compositeur et présentées par son auteur(e). Nous avons ainsi entendu quelques œuvres dont l’opus 1 de Thomas Prechal, 14 ans (!)

A la Scala, un Casse-Noisette selon Balanchine

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En ouverture de sa saison 2018-2019, le Corps de ballet du Teatro alla Scala et son directeur, le niçois Frédéric Olivieri, se parent de couleurs festives en assumant la première représentation italienne d’un Casse-Noisette que George Balanchine avait conçu en 1954 pour le New York City Ballet et que, selon une tradition immuable, la compagnie reprend chaque mois de décembre depuis sa création. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de voir quatre fois la production originale au New York State Theatre sis au Lincoln Center. Et c’est donc avec une extrême curiosité que j’attendais cette présentation milanaise.