Leif Ove Andsnes, intégrale au dique retrospective et introspective

par

Warner classics met en boîte la totalité des enregistrements du pianiste Leif Ove Andsnes,  des galettes parues sur les labels Virgin et Warner et qui contribuèrent à faire de l’artiste l’un des pianistes les plus en vue de la scène actuelle. On redécouvre ainsi en 36 disques un parcours soliste, chambriste et concertant qui se savoure comme une succession de grands crus. A l’occasion de cette parution, Leif Ove Andsnes répond à nos questions. 

Ce coffret Warner couvre 20 ans d'enregistrements sur 36 CD.  Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez reçu ce coffret ? 

J'étais plutôt fier et bouleversé de voir tout ce que j'avais fait pendant ces 20 ans. J'étais aussi un peu nostalgique, car cela m'a rappelé de nombreux projets et sessions d'enregistrements du passé.

Quel regard portez-vous sur tous ces enregistrements ? Les avez-vous tous réécoutés ? 

Je n'en ai pas écouté beaucoup, mais je vais probablement en réécouter certains maintenant. Ce n'est pas toujours avec plaisir que j'écoute mes propres enregistrements. Je ressens chaque note de manière trop personnelle et je ne peux pas vraiment écouter avec des oreilles ouvertes. 

Dans ce coffret, vous dirigez des concertos de Haydn et Mozart depuis le clavier. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure de la direction d'orchestre depuis le clavier ?  

J'ai fait un essai dans mon ancien festival de musique de chambre à Risør lorsque j'avais une vingtaine d'années. Il m'a semblé très naturel de m'asseoir dans l'orchestre, de jouer et de diriger en même temps, et j'ai senti qu'il y avait là un potentiel. Quelques années plus tard, j'ai noué des liens plus étroits avec l'Orchestre de chambre de Norvège, ce qui m'a permis d'explorer davantage ce domaine, d'abord avec les trois concertos de Haydn, puis en commençant par Mozart sur plusieurs années. En 2012, lorsque j'ai commencé mon projet Beethoven Journey avec le Mahler Chamber Orchestra (Sony), j'ai pris la décision d'interpréter moi-même les concertos à la tête de l'orchestre, et j'ai beaucoup appris sur la direction d'un orchestre au cours de ces années de projet Beethoven.

Comment avez-vous choisi le répertoire de ces enregistrements ? En regardant la liste complète, on a l'impression que vous n'avez pas de limites et que vous pouvez passer du grand répertoire solo à la musique de chambre, aux concertos contemporains ou à un album de "bis". Qu'est-ce qui sous-tend votre grande curiosité pour des répertoires aussi différents ? 

J'ai toujours eu de la curiosité et de l'intérêt pour un grand nombre de répertoires différents. Lorsque j'ai commencé à travailler pour Virgin Classics en 1990, l'industrie du disque était en plein essor grâce au nouveau format CD. Il était possible de faire n'importe quoi et n'importe quel répertoire, et j'ai adoré ces possibilités. Ce que je trouve particulièrement satisfaisant, c'est de voir que mon répertoire d'enregistrement reflète assez bien mes activités de tournée, qu'il représente bien les intérêts que j'avais pour différents répertoires et différentes époques. 

Stewart Goodyear, Clara Schumann en miroirs 

par

www.AnitaZvonar.com
Music photographer

Le pianiste Stewart Goodyear participe au volet final du projet consacré par l’Orchestre du Centre national des Arts de Canada à Ottawa autour de Robert Schumann, Clara Schumann et Johannes Brahms. A cette occasion, le pianiste interprète des oeuvres de Clara Schumann qui sont mises en miroir avec ses propres improvisations, telle une passerelle musicale entre les siècles.  Stewart Goodyear répond aux questions de Crescendo-Magazine. 

Qu'est-ce qui vous a poussé à participer à ce projet hors du commun ?

J'ai été très honoré de recevoir une invitation de Marc Stevens, qui était alors directeur général de l'Orchestre du Centre national des Arts. Ce dernier a quitté ses fonctions en août 2021 et a été remplacé par Nelson McDougall.  Il m'a parlé de ce projet très excitant, qui consistait à enregistrer les symphonies de Robert Schumann et de Johannes Brahms, ainsi que des œuvres de Clara Schumann. Il m'a demandé si je serais intéressé par l'enregistrement de certaines œuvres pour piano de ce dernier compositeur, et j'ai été ravi de cette opportunité. Inclure enfin ces œuvres dans mon répertoire et travailler avec l'OCNA sur un projet d'enregistrement a été un rêve devenu réalité. 

Vous interprétez des pièces de Clara Schumann. Quelle importance accordez-vous à cette musicienne dans l'histoire de la composition ?

Clara Schumann est l'une des plus grandes compositrices que la nature ait jamais produites. Pour moi, c'est une artiste qui n'a pas eu peur de communiquer une intimité et une proximité totales avec l'auditeur. Plus que Chopin et Fauré, je crois que Clara... si je peux l'appeler par son prénom... a vraiment apporté ces qualités à notre monde de la musique. 

Les œuvres de Clara Schumann sont de plus en plus jouées en concert et enregistrées. Pensez-vous que les mélomanes du monde entier assisteront à une renaissance de Clara Schumann, comme il y a eu une renaissance de Mahler ?

Lorsque les œuvres de Clara seront enfin accessibles à tous les auditeurs, je pense qu'elle méritera de figurer parmi les compositeurs aux côtés de Bach, Beethoven, Chopin et Brahms, quatre compositeurs qui n'ont jamais été démodés dans les programmes et dont la musique parle aux générations passées et futures d'auditeurs et d'interprètes.

Comment avez-vous choisi les trois partitions pour piano solo que vous avez enregistrées ?

J'aimerais pouvoir dire que je les ai choisies.... Lorsque Marc m'a parlé de ce projet, il a mentionné ces œuvres spécifiques pour piano solo ainsi que le trio pour piano de Clara.

Vous complétez l'interprétation de ces trois partitions par des improvisations. Qu'est-ce qui vous a poussé à poursuivre l'aventure Clara Schumann avec ces improvisations ?

La musique de Clara Schumann m'a ramené à l'époque où, petit garçon, j'ai commencé à improviser et à créer de la musique sur place. Je jouais pour moi-même, sans remarquer la présence d'auditeurs dans la pièce, et cela m'a donné la liberté d'expérimenter et de jouer sans règles ni limites. Avoir la chance d'enregistrer mes improvisations a été une expérience très nouvelle et vulnérable. J'ai eu l'impression d'avoir enfin l'occasion de partager avec les auditeurs qui achètent des disques ce côté de moi que je n'avais jamais partagé auparavant.

Modeste, Lucilin défriche et affine sa « qualité sans snobisme "

par

United Instruments of Lucilin ouvre la saison de musique contemporaine à la Philharmonie de Luxembourg (et, par la même occasion, le cycle Lucilin: Now!, nouvelle incarnation de Musiques d’aujourd’hui, qui interroge sur « comment la musique contemporaine va sauver le monde ») avec un doublé Saunders / Lang, alléchant et dissemblable -même si les deux se rejoignent sur le parti-pris de faire entendre des sons, ces phénomènes vibratoires délivrés (jusqu’à un certain point) des codifications de la musique.

Au travers de Stirrings Still III (je choisis l’adverbe à dessein, tant la pièce de Rebecca Saunders apparaît translucide, délicate comme une crêpe dentelle de Bretagne), quatrième volet d’une série de compositions-collages, créé à Innsbruck en 2019, la compositrice anglaise joue avec les frontières du silence, celles dont l’interprète s’approche, qu’il effleure de son doigté, de son souffle, de son archet, quand il donne existence à la partition, ces notes qui émergent, indécises, lignes tracées d’un bout de crayon taillé, affuté, là où il n’y avait rien, affleurement du son sourdant du néant, hésitant à y retourner aussitôt, tel un faon apeuré dans la pénombre. Ce jeu fantomatique est conforté par une disposition des musiciens (un peu) sur scène -mais aussi dispersés dans la salle, son couloir ouvert, l’accès aux coulisses-, qui se meuvent, lentement, de façon visible, de façon cachée (la contrebasse passe ainsi de l’arrière-scène droite à l’arrière-scène gauche) : errante, gravement sereine, la musique a la beauté du glissement des plaques tectoniques terrestres vu de la lune. Stirrings Still III est un collage au sens où, sans partition globale, les sept interprètes dessinent, chacun avec la notation pour son seul instrument, leur contribution à l’ensemble, en fonction de la position dans l’espace, de l’acoustique ou de la résonance, de leurs déplacements pendant la pièce.

La saison à l'Opéra de Nice s'ouvre avec "Lakmé" de Leo Delibes

par

Le public niçois est heureux de retrouver Lakmé, une partition qui séduit toujours par la beauté des mélodies, des airs et par le dépaysement de l'intrigue.

La mise en scène de Laurent Pelly, reprise par Luc Birraux, extrêmement dépouillée, se met au service de l'opéra. Pas de folklore, de temples ou de costumes kitsch. On est juste élevé par la magie de la musique et du chant. L'Inde rêvée est davantage un spectacle inspiré du théâtre Kabuki. Les costumes sont blancs, les visages sont poudrés de blanc. Pour les Anglais les costumes sont gris foncé. 

Pour tout décor : des voiles blancs transparents découpés, de tailles différentes, sont déplacés selon les besoins de l'action. Un énorme disque orangé pour la pleine lune. Un marché imaginaire composé de quelques boutiques éclairées de l'intérieur et mobiles. Une énorme cage formée de cordages noués pour protéger Lakmé du monde extérieur. Les éclairages sont superbes et subtils. Nous entrons dans l'opéra comme on lirait un livre de contes et de légendes.

Lakmé est le portrait d'une femme remarquable. La pureté de son amour impossible, le sacrifice ultime de sa vie, est ce qui émeut et nous relie au destin de la fille des Brahmanes.

Mozart, suite d’une intégrale concertante en pépinière : trois opus de 1784 au clavier de Claire Huangci

par

Next Generation Mozart Soloists vol.5. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano no 15 en si majeur K. 450, no 16 en ré majeur K. 451, no 17 en sol majeur K. 453. Claire Huangci, piano. Howard Griffiths, Orchestre du Mozarteum de Salzbourg. Mai 2021. Livret en allemand, anglais, français. TT 71’43. Alpha 928

Idoménée à l’opéra de Nancy : un opéra plus à entendre qu’à voir

par

Mozart composa Idoménée, roi de Crète (Idomeneo, re di Creta ) à vingt-cinq ans. Deux opéras sérieux, Mithridate roi de Pont (Mitridate, re di Ponto), d’après Racine et Lucio Silla sur un livret retravaillé par Métastase le précédent. Sans oublier, dans les genres plus légers La Fausse ingénue (La finta semplice), La Jardinière futée (La finta giardiniera) et le Roi Pasteur (Il re pastore), excusez du peu. L’opéra n’a donc déjà plus de secret pour lui. La maturité de l’orchestre et les arias impressionnent chez ce compositeur de moins de trente ans qui, contrairement au librettiste, évite les lourdeurs héritées des habitudes anciennes en respectant les contraintes de son époque. Idoménée en ce sens est une sortie du monde haendélien, avant d’entrée dans le nouveau monde grâce à l’Enlèvement au Sérail (Die Entführung aus dem Serail) l’année suivante. L’opéra de Nancy relève donc le défi de cette œuvre entre deux époques avec le metteur en scène Lorenzo Ponte.

Lorenzo Ponte choisit de jeunes chanteurs, y compris pour les ainés comme Idoménée et Arbace. Mais le pari essentiel de sa mise en scène est d’exhumer de l’oubli Meda, la première épouse d’Idoménée, afin de montrer que ce temps est encore dominé par la sacrifice des enfants par leurs parents, alors que le suivant, inauguré par le mariage d’Idamante et Ilia, sera basé sur la vie. Effectivement, l’univers des ainés est sous le signe de la destruction, comme l’indique le retour de guerre d’Idoménée et la Crète attaquée par un monste marin au troisième acte, et le suivant est dominé par celui de l’amour avec le mariage des amoureux en camps ennemis Ilia et Idamante.
Cepenfant jamais Meda n’est mentionnée dans le libretto. Pourquoi l’avoir exhumée ?

Carl Loewe et le destin tragique du théologien tchèque Jan Hus

par

Carl Loewe (1796-1869) : Jan Hus, oratorio pour soli, chœur et orchestre, op. 82. Monika Mauch, soprano ; Ulrike Malotta, mezzosoprano ; Georg Poplutz, ténor ; Dominik Wörner, baryton ; Arcis-Vocalisten München ; Barockorchester L’Arpa festante, direction Thomas Gropper. 2022. Notice en allemand et en anglais. Textes de l’oratorio exclusivement en allemand. 93’ 15’’. Un album de deux CD Oehms OC 1720-2

Grisant récital de motets entre Renaissance anglaise et stile nuovo 

par

Philips & Dering motets. Peter Philips (c1560-1628) : Ecce vicit Leo ; Loquebantur variis linguis ; Pavan and Galiard dolorosa ; Ave Jesu Christe ; Ut re mi fa sol la ; Jubilate Deo ; Gaudens Gaudebo ; Christus resurgens ; Salve Regina. Richard Dering (c1580-1630) : Jesu dulcedo cordium ; Factum est silentium ; Virgo prudentissima ; O bone Jesus ; Fantasia a 5 ; Quem vidistis pastores. John Dowland (1563-1626) : Paduan a 4. The Choir of Gonville & Caius College ; Cambridge in Echo, Matthew Martin. Juillet 2022. Livret en anglais ; paroles en latin et traduction en anglais. TT 60’58. Linn CKD 717

Ernani de Verdi à Florence, dans le respect de la tradition

par

Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ernani, opéra en quatre actes. Francesco Meli (Ernani), Roberto Frontali (Don Carlo), Vitalij Kowaljow (Don Ruy Gomez de Silva), María José Siri (Elvira) ; Chœurs et Orchestre du Mai musical florentin, direction James Conlon. 2022. Notice et synopsis en italien et en anglais. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 134’ 00’’. Un DVD Dynamic 37972. Aussi disponible en Blu Ray.