Dido & Aeneas d’Henry Purcell à Luxembourg 

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 Au Grand Théâtre de Luxembourg, c’est tout sauf de l’abstraction que nous ont proposé Franck Chartier et son ensemble Peeping Tom dans leur approche d’un Dido & Aeneas de Purcell à la partition « augmentée », magnifiquement servie par Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée. Une approche dont la radicalité cohérente a manifestement séduit un public enthousiaste.

Dido & Aeneas est un opéra d’Henry Purcell créé en 1689. Il nous raconte la rencontre d’Enée, en fuite de Troie dévastée, et de Didon, la reine de Carthage, l’amour qui s’impose. Mais les dieux et des sorcières sournoises pressent Enée de reprendre son chemin, d’accomplir sa destinée. Didon, écrasée de douleur, en meurt. 

Une petite œuvre d’à peine une heure, si convaincante dans sa brièveté qui l’oblige à atteindre immédiatement l’essentiel des êtres, si bouleversante grâce aux deux airs de son héroïne, dont le fameux « When I am laid in earth » conclusif. Un sommet humain et musical.

Les Fantaisies pour viole de Purcell élucidées par le Chelys Consort

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Henry Purcell (1659-1695) : Fantazias & In Nomine Z.732-747 ; Rondeau en si bémol majeur & Chaconne [de The Fairy Queen] ; Two in one upon a Ground [de Dioclesian] ; Chaconne en sol mineur Z.730. Chelys Consort of viols. Ibrahim Aziz, dessus de viole. Alison Kinder, dessus et viole alto. Kate Conway, Sam Stadlen, ténors et basses de viole. Jennifer Bullock, basse de viole. Emily Ashton, Harry Buckoke, ténors de viole. Août 2019. Livret en anglais, allemand, français. TT 62’40.  BIS-2583

Portrait de compositrice : Imogen Holst

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La fille d’un compositeur honoré dans son pays peut-elle se créer une personnalité musicale reconnue ? C’est ce que nous allons découvrir en rencontrant Imogen Holst.

La Britannique Imogen Clare von Holst, connue sous le nom d’Imogen Holst, est une musicologue, compositrice, arrangeuse, cheffe d’orchestre et de chœur, enseignante, et auteure/éditrice qui a également été directrice artistique de festivals. Née le 12 avril 1907 à Richmond, dans le Surrey, elle est décédée le 9 mars 1984 à Aldeburgh, dans le Suffolk. Comme enseignante, elle a joué un rôle important dans l'éducation musicale britannique. 

Famille

Imogen est la fille unique de Gustavus Theodore von Holst, (Cheltenham, 21/09/1874 - Londres 25/05/1934) et d’Emily Isobel Harrisson (Londres 26/03/1876 - 16/04/1969). Les jeunes gens, connus comme Gustav Holst et Isobel Harrisson, se rencontrent lors d’un concert londonien organisé par l’Hammersmith Socialist Society. Gustav y dirige le Socialist Choir qu’a rejoint la jeune soprano Isobel. Le mariage a lieu à Londres au Fulham Register Office le 22 juin 1901, dès que la situation financière de Gustav le permet. Isobel se met à la couture pour qu’ils arrivent à assurer les fins de mois. 

Isobel Harrisson rejoint les « Independent-spirited women » et travaille, comme chauffeur volontaire, dans le Women’s Reserve Ambulance Corps venant en aide aux personnes dans le besoin pendant la guerre 14-18. En 1923, elle passe 2 mois en Amérique avec son mari et sa fille. Passionnée de décoration, elle préfère la vie à la campagne aux voyages lointains et rejoint plusieurs sociétés : l’English Folk Dance Society, l’Essex Society for Archaeology & History, l’Essex Agricultural Society, et supporte le British Women’s Institute et l’Eglise de Thaxed. Après son décès, le Times du 19 avril 1969 précise dans sa nécrologie qu’elle a été aimable et généreuse et qu’elle apporté, dans la vie de Gustav, grâce, aisance et confort

Gustavus Theodore von Holst (1874-1934), le père d’Imogen, est connu comme Gustav von Holst puis Gustav Holst parce que, en septembre 1918, il supprime officiellement le « von » trop germanique pour pouvoir participer à l’effort de guerre. Il est nommé organisateur musical pour la YMCA (Young Men's Christian Association) au Proche-Orient, basée à Thessalonique. 

Trois nouvelles parutions : Sonates en trio de Bach, pour viole et… violoncelle piccolo

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : « Sei Suonate à cembalo [con]certato è violoncello piccolo solo », en si mineur, la majeur, mi majeur, ut mineur, fa mineur, sol majeur BWV 1014-1019. Mario Brunello, violoncelle piccolo. Roberto Loreggian, clavecin, orgue positif. Francesco Galligioni, violoncelle, viole de gambe. Livret en anglais, français, italien. Août 2020. TT 45’43 + 51’58. Arcana A490

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour viole de gambe et clavecin en sol majeur, ré majeur, sol mineur BWV 1027-1029. Christoph Schaffrath (c1710-1763) : Sonate en la majeur CSWV:F:29. Robert Smith (1980*) : Dido’s Torment. Robert Smith, viole de gambe. Francesco Corti, clavecin. Livret en anglais. Février 2020. TT 62’43. Resonus RES10278

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour viole de gambe et clavecin en sol majeur, ré majeur, sol mineur BWV 1027-1029 ; Sonate en trio pour orgue no 3 en ré mineur BWV 527 [arrgmt Sarah Cunningham] ; Allemande de la Partita pour flûte en la mineur BWV 1013 [arrgmt Sarah Cunningham]. Sarah Cunningham, viole de gambe. Richard Egarr, clavecin. Livret en anglais, allemand, français. Novembre 2017. TT 65’51. Avie AV2491

A Genève, un pianiste atypique, Francesco Piemontesi

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Pour sa série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia invite le pianiste tessinois Francesco Piemontesi que l’on entend régulièrement à Genève depuis une dizaine d’années. Avoisinant la quarantaine, ce natif de Locarno a été élève d’Arie Vardi à Hanovre, tout en se perfectionnant auprès d’Alfred Brendel, Murray Perahia, Cécile Ousset et Alexis Weissenberg. Aujourd’hui, il est au sommet de son art avec une sonorité magnifique et un art du phrasé qui lui permettent de s’imposer dans un répertoire qui sort des sentiers battus. 

La preuve nous en a été donnée le lundi 25 avril au Victoria Hall par un programme Bach-Schubert comportant d’abord six pages du Cantor de Leipzig, dont trois pour orgue transcrites par Ferruccio Busoni. Il commence par le Prélude en mi bémol majeur BWV 552 dont il tire de puissants accords avant d’élaborer un discours très libre qui recherche les contrastes d’éclairage dans une polyphonie complexe qu’il clarifie par un usage parcimonieux de la pédale de droite. Et la Fugue qui sera placée en fin de première partie nous montrera qu’il s’écoute beaucoup en cultivant la précision du trait tout en s’appuyant sur la profondeur des basses. Le Choral Nun komm der Heiden Heiland BWV 659 impressionne par sa sonorité d’outre-tombe voilant une douleur lancinante. Dans une transcription de Wilhelm Kempff, il présente aussi un autre choral, Wachet auf, ruft uns die Stimme BWV 645 qu’il développe comme un andante sollicitant largement l’appui de la main gauche, alors que la Sicilienne de la Sonate pour flûte et clavecin en mi bémol majeur BWV 1031 est irisée d’infimes nuances qui enrobent l’ornementation limpide. Mais au cœur de ces pièces, il inscrit une page originale pour clavecin, le Concerto italien en fa majeur BWV 971 dont il déroule l’écheveau contrapuntique avec une nonchalance brillante qui laisse toutefois affleurer les voix intérieures dans l’Andante médian.

Compositions féminines pour le piano :  un superbe panorama international de trois siècles

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Œuvres pour piano d’Anna Bon (?- après 1769), Anne-Louise Brillon de Jouy (1744-1824), Hélène Antoinette Marie de Nervo de Montgeroult (1764-1836), Maria Szymanowska (1789-1831), Clara Schumann (1819-1896), Tekla Badarzewska-Baranowska (1834-1861), Agathe Backer GrØndhal (1847-1907), Chiquinha Gonzagua (1847-1935), Teresa Carreño (1853-1917), Cécile Chaminade (1857-1944), Emma Kodály (1863-1958), Amy Beach (1867-1944), Dora Pejacevic (1885-1923), Florence Beatrice Price (1887-1953), Lili Boulanger (1893-1918), Víteslava Kaprálová (1915-1940), Tatyana Nikolayeva (1924-1993), Miyake Haruna (°1942) et Tanya Ekanayaka (°1977). Nicolas Horvath, Alexander Kostritsa, Giorgio Koukl, Alexandra Oehler, Sara Aimée Smiseth, Takia Ekanayaka et Ishimoto Hiroko, piano. 2013 à 2022. Notices en anglais et en diverses langues. Plus de onze heures de musique. Un coffret de 10 CD Grand Piano GP897X.

Pasticcio en l’honneur de Pietro Torri, brillant pourvoyeur de la Cour de Bavière

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Trastulli & Arias. Divertissement pour la Cour de Bavière. Pietro Torri (1650-1727) : trastulli et airs d’opéra. Cristina Grifone, soprano. José Coca Loza, basse. Paolo Pandolfo, viole de gambe. Ensemble Musica Fiorita, Daniela Dolci, clavecin et direction. Septembre 2019. Livret en allemand et anglais ; paroles en italien et traduction en allemand. TT 77’03. Pan Classics PC 10417

Première mondiale au Grand Manège de Namur : recréation exceptionnelle de l’opéra Zoroastre de Rameau

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Le dimanche 24 avril, une première mondiale est à l’affiche du Grand Manège de Namur. L’opéra de Jean-Philippe Rameau, Zoroastre, dans sa première version de 1749, a enfin droit à sa recréation. Créé pour la première fois à Paris en 1749 sur base d’un livret de Louis de Cahusac, cette œuvre ne recevra pas le succès escompté. Malgré les 25 représentations, à chaque fois avec un public venu en nombre assister à cet opéra d’un Rameau au sommet de sa gloire, cette œuvre cassant les codes de l’époque n’a jamais réussi à conquérir le public français. Rameau et de Cahusac vont dès lors remanier cette tragédie en musique de cinq actes pour en obtenir une version bien différente créée en 1756. C’est cette dernière version qui a longtemps été privilégiée, laissant de côté la version originale de 1749. Il aura donc fallu attendre plus de 270 ans pour que la recréation soit produite. Cela est rendu possible par un partenariat international entre le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), le Centre d’Art Vocal et de musique ancienne de Namur (CAV&MA), l’Ateliers Lyrique de Tourcoing et Les Ambassadeurs ~ La Grande Ecurie.

L’argument de cette tragédie en musique est en somme assez simple. D’un côté, il y a Abramane, le Grand Prêtre des idoles dont l’objectif est de devenir le maitre de la Bactriane. Pour cela, il a assassiné le Roi en place, fait exiler Zoroastre, le héros de l’histoire, et enlever Amélite, héritière présomptive du trône de la Bactriane. Dans son camp se trouve Erinice. Elle est amoureuse de Zoroastre mais il ne l’aime guère. Elle s’allie donc avec Zoroastre pour se venger.