Avec le vibrant Here’s the woman!, Jean-Luc Fafchamps enthousiasme la Monnaie

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Quand on investit la salle Malibran, au sixième étage des Ateliers de la Monnaie, recrachés hors de l’ascenseur dimensionné comme un monte-charge, déjà quelque chose se passe sur la scène qui n’en est pas vraiment une : deux hôtesses et un hôte, aux tailleurs et costume bleus et stricts, évoquant la bonhomie stylée de la Sabena époque Atomium, font face au public -qui bruisse de l’excitation avant ce qu’on pressent comme un événement. Chacun prend place pour la première de Is this the end? #2 - focalisé, après Dead Little Girl, premier volet (sur trois) dédié à l’Adolescente, créé en septembre 2020 (et livestreamé pour cause de C…)-, sur la Femme, rouge et atmosphérique. Soulignant d’invites répétées les phrases défilant au bas de l’élément central du triptyque, articulation unique du décor, pour l’heure figurant les tuyaux illuminés de l’orgue, les hôtes en bleu (et bientôt en gants blancs -à l’occasion index dressés) endossent le rôle d’ironiques maîtres de cérémonie, tour à tour poteaux indicateurs, machinistes, pourvoyeurs d’émotion, aussi dérisoires qu’essentiels.

Grandes orgues virtuelles donc, au jeu mimé par le compositeur en redingote étincelante qui ouvre le rideau, dos à l’audience, mains virevoltant dans l’espace, puissance sonore restituée en soundscape pour un effet immersif. Car, dans le désordre pandémique, il a fallu à nouveau s’adapter, même si Here’s the woman! bénéficie cette fois d’un public parfaitement humain et présent en nombre : l’orgue, l’orchestre et les chœurs sont enregistrés et les chanteurs sont le biotope vivant d’un opéra qui s’échappe de l’ordinaire à plusieurs titres et fait de la contrainte une redoutable opportunité créative.

Gabriela Montero : un épiphénomène de l'interprétation pianistique?  Ou la renaissance d'un art perdu ?

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"Je connecte avec mon public d'une manière tout à fait unique et réciproquement. L'improvisation est une part tellement essentielle de mon identité qu'elle devient pour moi la façon la plus naturelle et la plus spontanée de m'exprimer. J'improvise depuis que mes mains ont touché le clavier pour la première fois, mais pendant de nombreuses années, je l'ai gardé en secret. Un jour, Martha Argerich m'a entendu improviser et elle en fut ravie. C'est elle qui m'a persuadée qu'il était possible de combiner une carrière d'artiste classique « sérieuse » avec ce côté plutôt inhabituel de ma personne". Voici les paroles d'une artiste qui se démarque de presque tous ses collègues par une approche vivante et surtout émouvante d'un art, celui de l'improvisation, qui était l'apanage de tous les grands jusque vers 1880, où le métier de pianiste/interprète et non plus pianiste/créateur s'est imposé. Bach, Mozart, Beethoven ou Chopin étaient admirés pour leurs improvisations. Le musicologue Luca Chiantore a écrit un livre captivant sur les notes que Beethoven prenait pour ses improvisations, où un certain degré de préparation préalable était évident mais prouve qu'il ne se bornait pas à une simple ornementation d'oeuvres déjà écrites. Depuis, le culte du texte écrit a rétréci notre vision du phénomène « concert » où une part d'improvisation pouvait donner une saveur inégalable à telle ou telle soirée. De nos jours, cet art ne survit que dans le domaine du « jazz » où des noms comme Keith Jarret ou Michel Petrucciani ont laissé une empreinte indiscutable. Il est vrai aussi que ce langage, avec de structures moins serrées que le dit « classique » s'y prête singulièrement. Mais le phénomène Montero est d'un tout autre ordre : chez elle, la musique jaillit d'une source intérieure comme un flot d'émotions et de couleurs d'une richesse presque picturale. Et pas seulement dans ses improvisations : ce sont toutes ses interprétations qui sont imprégnées de cette démarche absolument spontanée où elle se place comme une médium entre l'auteur et nous. Elle conçoit les œuvres non pas comme une construction linéaire ou géométrique où les notes et les lignes formeraient des accords et des structures contrepointiques, mais comme des coups de pinceau intégrant des irisations d'accords fluctuants qui intègrent des notes et dont le mouvement perpétuel crée les tensions et les détentes. En ce sens, sa démarche est identique à celle de notre langage parlé : les voyelles et les consonnes forment les mots, mais notre pensée articule les mots dans la phrase sans se référer aux détails de chaque voyelle ou consonne. Et nous fait ainsi redécouvrir des pièces qu'on a écoutées presque jusqu'à la nausée sous un jour radicalement nouveau, comme si elle improvisait toujours...

ICMA 2022 : le concert de gala à la Philharmonie de Luxembourg

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Ce jeudi 21 avril, à la Philharmonie du Luxembourg, se déroulaient la remise des prix et le concert de gala de l’édition 2022 des ICMA. Pour les non-initiés, les ICMA, ou International Classical Music Awards, sont des prix musicaux récompensant des labels, des ensembles, des musiciens et des chefs d’orchestres. Ces prix sont attribués par un jury indépendant composé des rédacteurs en chef de 19 magazines musicaux internationaux dont Crescendo Magazine.

La remise des prix s’est déroulée aux alentours de 17h dans la salle de musique de chambre de la Philharmonie. Présentée par Rémy Frank, président du jury des ICMA, elle fut ponctuée de discours de la part des gagnants venus nombreux pour recevoir leur prix des mains des membres du jury. Nous avons eu la chance d’être gratifiés de trois interventions musicales durant la cérémonie. La première fut assurée par le Boreas Quartett Bremen, lauréat du Early Music Award, qui nous a interprété Sermone blando de William Byrd. Par la suite, nous avons pu entendre deux fois l’Orchestre de l’Opéra de Versailles sous la direction de Stefan Plewniak. Ils ont représenté le label Château de Versailles Spectacles, lauréat du Label of the year Award. Ils nous ont tout d’abord interprété l’ouverture d’Il Vespasiano d’Attilio Ariosti ainsi que La spartana generosa : « Sagace è la mano » de Johann Adolf Hasse, qui fut l’occasion d’entendre la magnifique voix du contre-ténor Filippo Mineccia. Ils sont revenus plus tard pour offrir un extrait du Concerti di Parigi et « Siam Navi all’onde algesti » de l’Olimpiade, tous deux de Vivaldi, la dernière avec la mezzo-soprano Adèle Charvet.

Après cette magnifique cérémonie pleine d’émotions, nous avons eu l’immense chance d’assister au plus long, et sûrement au plus ambitieux, concert de gala organisé par le jury des ICMA. Au programme, deux heures et demi de concert, deux orchestres et un ensemble, six chefs d’orchestres et de nombreux lauréats sur la scène du grand auditoire de la Philharmonie du Luxembourg.

Ouverture de la 26e édition du Festival de Pâques de Deauville

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La 26e édition du Festival de Pâques de Deauville a commencé le 16 avril dernier à la salle de vente hippique Elie de Brigac-Arqana qui se transforme en une salle de concert le temps du festival. L’année dernière, l’épidémie a obligé les musiciens à jouer devant la caméra pour les retransmissions en streaming. Cette année, les concerts sur internet ont disparu, pour une bonne raison : le public est de retour !

Un quart de siècle après sa création, le Festival de Pâques de Deauville est toujours fidèle à sa ligne directrice : l’excellence de la musique de chambre par des jeunes musiciens en vue. À quoi s’ajoute, pour ce premier week-end, la diversité du répertoire, car les trois concerts proposés couvrent 5 siècles de l’histoire de la musique occidentale, du baroque italien et français du XVIIe siècle jusqu’à une œuvre écrite en 2005.

L’ensemble Jupiter, sous la direction artistique de Thomas Dunford, ouvre le bal le samedi 16 avril avec le programme « Amazone », dont le disque récemment publié chez Erato est abondamment salué. Le thème d'Amazone a fasciné de nombreux compositeurs baroques, mais Yannis François, concepteur du programme, et la mezzo soprano Lea Desandre, ont mis particulièrement en valeur les femmes qui se battent pour la Nature. Si la rareté des pièces choisies nous régale pour le plaisir de la découverte -puisque la plupart des pièces (outre Vivaldi) n’ont jamais été données depuis plus de trois siècles-, ce soir, la voix de la mezzo est hélas souvent couverte par l’ensemble de huit musiciens. L’acoustique sèche de la salle (pourtant considérablement améliorée grâce à la pose d’un parquet épais de 5 cm en guise de scène) ne permet pas pour autant l’audibilité, en grande partie à cause également de la place que nous occupions. Seuls les aigus, sonores, percent avec clarté. Malgré tout, on sent son admirable engagement à incarner les sentiments exprimés par le texte. Les instrumentistes jouent en harmonie entre eux, avec toujours une touche de spontanéité, surtout de la part de Thomas Dunford. La soirée est imprégnée d’atmosphère amicale, comme dans un cercle d’intimes, ce qui fait d’ailleurs la marque de fabrique de l’ensemble.