Josu de Solau, pianiste 

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Le pianiste Josu de Solaun est lauréat d’un International Classical Music Awards 2021 dans la catégorie “Musique de chambre” pour son enregistrement avec la violoniste Franziska Pietsch. Leur album “Fantasque” propose des sonates de Gabriel Fauré, Claude Debussy, Maurice Ravel et Francis Poulenc. Florica Jalba, de Radio Romania Muzical, membre du jury des ICMA, a réalisé l'interview suivante avec ce musicien. 

Tout d'abord, félicitations pour le prix ! Je pense que c'est une très bonne nouvelle pour vous dans cette période difficile que nous traversons.

Oui, exactement. Pendant cette période, toute bonne nouvelle prend une signification particulière, elle vaut beaucoup plus et je suis très heureux de ce prix. Pour n’importe quel musicien, recevoir un prix dans les circonstances actuelles donne l'espoir d'aller de l'avant, vers un avenir meilleur.

Comment avez-vous choisi le programme de ce disque -quatre sonates pour violon et piano de quatre compositeurs français ?

Je me suis toujours senti très proche de la musique française. J’en suis tombé amoureux dès mes études, en Espagne. Et particulièrement les œuvres que ma partenaire de duo et moi-même avons choisies pour ce disque. Nous voulions que ce soit complètement différent de notre précédent album qui était consacré à Strauss et Chostakovitch. Ici, on trouve de la parodie, du sarcasme, mais aussi de la tendresse et une belle richesse de couleurs. Rien ne pouvait être plus différent que de la musique française et, compte tenu de mes préférences personnelles, cela s'est avéré le choix parfait.

Dossier Puccini (III) : Puccini et les femmes

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Nouvelle étape de notre dossier Puccini avec un article d'Erna Metdepenninghen sur le compositeurs et les femmes.

La première femme qui a joué un rôle important dans la vie de Puccini est sa mère, Albina Magi-Puccini. Giacomo était son préféré et un lien très fort unissait la mère et le fils. Toute sa vie, Puccini a parlé de sa mère avec beaucoup de tendresse et leur relation a marqué la psychologie de l’artiste.

La seconde était Elvira Gemignani, née Bonturi, l’épouse d’un ancien ami d’école et mère de deux enfants qui, à l’âge de vingt-quatre ans, quitta son mari pour vivre avec Puccini à Milan et qui, après la mort de son mari, devint officiellement Madame Puccini. Il semble que la jeune Elvira ait été une vraie beauté, une apparition imposante, mais elle ne jouissait pas du caractère ensoleillé qui aurait pu adoucir ses traits sévères. On s’accorde à dire qu’elle n’était pas facile à vivre, obstinée, assertive, entêtée et très consciente de sa position de femme d’un homme célèbre. Ses réactions étaient souvent imprévisibles et ses remarques blessantes. Les pêcheurs superstitieux de Torre del Lago étaient d’ailleurs convaincus qu’elle avait “le mauvais oeil”. Elle n’avait jamais pu se détacher de ses origines petites-bourgeoises comme Puccini l’avait fait ; elle avait l’esprit étroit et ne semblait intéressée que par son ménage. Elle était une épouse fidèle et une mère dévouée que ses enfants adoraient, surtout Tonio, le fils qu’elle eut avec Puccini. Il est vrai que son rôle d’épouse n’était pas aisé car, malgré ses multiples qualités charmantes, le compositeur était un homme avec qui il était difficile de vivre au quotidien. Puccini n’était pas du tout enclin à faire d’Elvira une vraie partenaire de sa vie créative ; et puis, il y avait ses multiples aventures amoureuses et la jalousie maladive d’Elvira.

Une lettre de Puccini datée du 30 août 1915 témoigne de cette jalousie : Tes soupçons t’inspirent les investigations les plus indignes. Tu inventes des femmes pour assouvir ton instinct de policier. Tout te paraît sérieux, grand et important tandis que ce n’est rien, négligeable... Tu n’as jamais regardé ces choses comme le font d’autres femmes qui sont plus raisonnables... Tu t’imagines des relations importantes. En réalité, ce n’est rien d’autre qu’un sport que tous les hommes pratiquent dans une certaine mesure sans pour cela sacrifier la chose sérieuse et sacrée : la famille... Ne me pousse pas à haïr ma maison mais, au contraire, que j’y trouve joie et calme au lieu de cette irritation continue et décourageante... La femme d’un artiste a une autre tâche que les femmes d’hommes ordinaires. C’est quelque chose que tu n’as jamais voulu comprendre. Oui, tu ricanes même quand le mot “art” est prononcé. Cela m’a toujours offensé et cela continue à m’offenser. Moi, plus que toi, je cherche la paix. Mon ambition est de mener et finir avec toi une vie qui aurait été moins difficile si tu avais vu plus clair et avais eu plus de bon sens. Au revoir. Je t’embrasse. Reste calme. Attends-moi. Je serai toujours ton Topizio (Topizio, “petite souris”, était le petit nom tendre que Giacomo utilisait dans les premiers jours de leur idylle, comme “Topizia”).

Dossier Puccini (II) : Puccini et la couleur locale

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Suite de notre dossier consacré à Puccini et publié dans les anciens numéros de Crescendo Magazine. Le regretté Bruno Peeters nous parle du compositeur et de la couleur locale.

L’immense célébrité de Puccini, jamais démentie, repose sur plusieurs éléments. On pointera évidemment la désarmante séduction mélodique de ces airs qui se gravent immédiatement dans la mémoire. Ainsi la présentation de Rodolfo dans La Bohème, ou le grand air de Butterfly. On notera ensuite la parfaite adéquation entre la musique et le drame, touche réservée aux plus grands. Tels les cinq accords parfaits qui ouvrent Tosca, l’entièreté du Tabarro ou tout le premier acte de Turandot. Mais il y a un troisième élément, moins souvent mis en évidence, qui me paraît tout aussi important et lié au second. Cette union entre musique et drame provient de l’infaillible sens dramatique de Puccini, certes, sensible dès Manon Lescaut, mais aussi d’un souci très remarquable de l’atmosphère, de l’ambiance, du climat, souci éminemment moderne, et que l’on pourrait rapprocher de l’art cinématographique.

Cette attraction vers la couleur à donner n’est certes pas l’apanage du musicien lucquois, et d’autres avant lui l’ont également appliquée : en France par exemple, où Massenet alla visiter le Jardin des Plantes avant de décrire une bataille de singes dans Bacchus ou, moins anecdotique, Gounod composant sa Mireille en Provence, aux côtés du poète Frédéric Mistral. Mais il y a plus que cela, bien sûr. La couleur locale aide à circonscrire une ambiance, non pas à la créer véritablement. C’est ici qu’intervient le génie de l’auteur, comme nous allons rapidement tenter de le percevoir durant cette petite ballade au coeur du monde puccinien.

Streamings de la semaine : Cologne, Lille et Toulouse

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Ce parcours hebdomadaire commence à Cologne avec le chef d'orchestre Fabien Gabel au pupitre de l'Orchestre du Gürzenich de Cologne dans un superbe programme qui nous propose la suite de Much Ado about Nothing de Korngold, Parade de Frank Peschi et la rare mais somptueuse Kammersinfonie de Franz Schreker. L'orchestre et le chef sont rejoints par la violoniste Vilde Frang pour le Concerto pour violon de Stravinsky dans une interprétation ébouriffante.

https://www.youtube.com/watch?v=yhwuWuiashk&t=15s

A Lille, l'Orchestre national de Lille était dirigé par Jan Willem de Vriend pour la Marche funèbre de Cherubini et la Symphonie n°3 "Héroïque" de Beethoven.

Toulouse bat au rythme des Musicales Franco-Russes, le concert d'ouverture proposait une soirée 100% Prokofiev avec la pétaradante suite tirée de Lieutenant Kijé et la démonstrative Symphonie n°5. L'excellent Kirill Karabits dirigeait l'Orchestre National du Capitole de Toulouse.

https://www.youtube.com/watch?v=xryFOnvKeNQ

 

Hommage à Frans Lemaire

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Nous avons appris le décès de notre collègue et rédacteur de Crescendo Magazine Frans Lemaire.

Né le 12 janvier 1927 à Montigny-le-Tilleul, il avait mené une carrière dans l'ingénierie au service de l’Industrie (diplômé de Harvard) et dans la musicologie.  Comme critique de disques, il a collaboré de 1956 à 1981 à La Revue des disques et occasionnellement, en France, à La Revue du Son et Harmonie-Diapason. Mais il est surtout connu pour sa riche bibliographie sur la musique russe et la musique juive. Il avait ainsi publié de nombreux ouvrages de références aux éditions Fayard :  La Passion dans l’histoire de la musique, Le destin russe et la musique, Le destin juif et la musique, La musique du XXᵉ siècle en Russie.

La curiosité le portait vers tous les musiques, nous mettons en lien un texte qu'il avait ainsi consacré à Bruckner :

FOCUS : Anton Bruckner, hier et aujourd’hui. La fin d’un mythe?

L’ONPL, Tabea Zimmermann et Renaud Capuçon limpides dans des œuvres troublantes de Michael Jarrell

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Michael Jarrell (né en 1958) : Émergences-Résurgences ; … Le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement… ; 4 Eindrücke. Orchestre National des Pays de la Loire, dir. Pascal Rophé ; Tabea Zimmermann, alto ; Renaud Capuçon, violon. 2021. 58'50". Notes en français, anglais et allemand. BIS-2482 SACD.